lundi 14 septembre 2015

Critique 707 : VALERIAN, TOMES 1 & 2 & 6 - LA CITE DES EAUX MOUVANTES & L'EMPIRE DES MILLE PLANETES & L'AMBASSADEUR DES OMBRES, de Pierre Christin et Jean-Claude Mézières (CYCLE TEMPOREL)

 Avant-propos :

Après avoir parlé des huit tomes qui constituent le Cycle Spatial de la série, je vais donc rédiger les critiques des épisodes du CYCLE TEMPOREL.

Cependant, hélas ! je dois le dire tout de suite, je ne pourrais pas tous les passer en revue car je ne dispose pas des tomes 19 à 22 (qui forment la dernière saga et l'épilogue de toute la série).

La construction du Cycle Temporel diffère de celle du Cycle Spatial en cela qu'elle propose des histoires possédant un fil chronologique, qui doivent donc se lire comme un feuilleton à suivre. 

Cette suite court sur les tomes 1, 2, 6, 9, 10, 11, 12, 13, 15 et 18. Les tomes 9 et 10 forment un diptyque, de même que les tomes 11 et 12. Pour respecter ces compositions, je vais donc procéder par des entrées qui compteront parfois les critiques de trois albums (comme celle-ci), puis de deux (pour respecter les diptyques). 
Concrètement je parlerai donc d'abord :

- des tomes 1 (La Cité des eaux mouvantes), 2 (L'Empire des mille planètes) et 6 (L'Ambassadeur des ombres) ;
- puis des tomes 9 et 10 (Métro Châtelet, Direction Cassiopée et Brooklyn Station, Terminus Cosmos) ;
- puis des tomes 11 et 12 (Les Spectres d'Inverloch et Les Foudres d'Hypsis) ;
- et enfin des tomes 13 (Sur les Frontières), 15 (Les Cercles du Pouvoir) et 18 (Par des Temps incertains).

Stay tuned !
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VALERIAN : LA CITE DES EAUX MOUVANTES est le premier tome de la série (et le premier chapitre du CYCLE TEMPOREL), écrit par Pierre Christin et dessiné par Jean-Claude Mézières, publié en 1970 par Dargaud.
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Au XXIVème siècle, Galaxity est la capitale de l'empire galactique terrien. Deux de ses agents, Valérian et Laureline, sont appelés pour une nouvelle mission : il leur faut pourchasser un dissident qui vient de s'évader de prison, le super intendant des rêves, Xombul, qui veut prendre le pouvoir en remontant le temps pour réécrire l'Histoire. 
Xombul réussit à atteindre la Terre du XXème siècle, en 1986 exactement, où il pense profiter du cataclysme nucléaire qui a dévasté la planète - et marqué le début de l'Âge Noir sur lequel subsiste le plus grand secret au point que les autorités de Galaxity y interdisent tout voyage.
Valérian est autorisé par son supérieur à enfreindre les règles et débarque dans New York submergé par les eaux, à cause de la fonte des glaciers. Tandis que Xombul espère s'emparer des connaissances scientifiques de l'époque pour devenir le maître de l'univers, Sun Rae, un pillard, et Schroeder, un jeune savant, aident Valérian et Laureline, qui l'a rejoint, à le poursuivre. 
En s'emparant d'un prototype de machine spatio-temporelle conçue par Schroeder, Xombul disparaît, dématérialisé, car l'équipement n'était pas pleinement opérationnel. Valérian et Laureline n'ont pas pu (d'ailleurs ils n'ont pas le droit de modifier le cours de l'Histoire) éviter le cataclysme mais ont neutralisé l'ennemi.
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VALERIAN : L'EMPIRE DES MILLE PLANETES est le deuxième tome de la série (et le deuxième chapitre du CYCLE TEMPOREL), écrit par Pierre Christin et dessiné par Jean-Claude Mézières, publié en 1971 par Dargaud.
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En 2720, Valérian et Laureline, partis enquêter sur la planète Syrte-la-magnifique afin de déterminer si elle ne représente pas une menace pour l'empire terrien, vont prêter main forte à la guilde des commerçants dirigée par le marchand Elmir à rétablir l'ordre et la justice sur place. 
Ce monde est effectivement sous la coupe des Connaisseurs, un ordre religieux strict et redouté, mais dont Valérian va découvrir la véritable identité : il s'agit en vérité des rescapés terriens d'une expédition spatiale lancée à la recherche d'une planète pour accueillir la race humaine après le cataclysme nucléaire de 1986.
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VALERIAN : L'AMBASSADEUR DES OMBRES est le sixième tome de la série (et le troisième chapitre du CYCLE TEMPOREL), écrit par Pierre Christin et dessiné par Jean-Claude Mézières, publié en 1975 par Dargaud.
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Valérian et Laureline sont réquisitionnés pour être les gardes du corps de l'ambassadeur de la Terre qui veut imposer un nouvel ordre à Point Central.
A peine arrivés, Valérian et l'ambassadeur sont enlevés par un commando de mercenaires. Laureline et le responsable du protocole, le geignard colonel Diol, partent à leur recherche en explorant le dédale de Point Central où chaque information se monnaie.
Laureline finit par découvrir que Valérian et l'ambassadeur sont captifs du puissant mais pacifiste peuple des Ombres, le premier à s'être établi à Point Central. L'ambassadeur porte leur parole devant le grand conseil... Qui décide d'exclure la Terre pour 100 ans en représailles à son hégémonie.

Avec ces trois albums, nous remontons aux sources de la série créée par Pierre Christin et Jean-Claude Mézières, et bien que la première histoire (La cité des eaux mouvantes) date de 1968, on peut mesurer sa modernité intacte et son efficacité imparable. C'est vraiment l'oeuvre de deux visionnaires, par la narration et l'esthétique.

Le premier tome prend la forme classique d'un pur récit d'aventures auquel sont ajoutés des éléments fantastiques dans la plus pure tradition de la science-fiction : un malfrat remonte le temps, le héros l'y poursuit, bientôt rejoint par sa partenaire, ils y croisent des individus dépassés par la situation mais dont le rôle sera déterminant dans la résolution de l'intrigue. Le tout est mené sur un rythme très vif, sans temps mort, dans des décors impressionnants (maintes fois revus depuis - New York submergé par l'océan suite à la fonte des glaciers du Pôle Nord).

Ce qui frappe aussi, c'est que, dès le début, Christin établit la série sur, non pas un héros solitaire (quand bien même Valérian agit seul pendant une douzaine de pages), mais sur le couple formé par Valérian et Laureline, et la jeune femme n'est pas un faire-valoir mais bien une femme d'action au caractère affirmé. Toute la construction de la série s'en trouvera atteinte et lui assure une modernité étonnante pour l'époque.

L'affrontement contre Xombul repose sur des motifs classiques (le méchant qui veut dominer l'univers en réécrivant l'Histoire à sa convenance) mais le scénario sait déjouer les clichés en n'accumulant pas les combats. Il s'agit davantage d'une course-poursuite, pleine de rebondissements, où les bons ont souvent un coup de retard, qu'ils compensent par leur ténacité et leur vigueur.

Christin glisse aussi des éléments comiques qui permettent de faire respirer l'intrigue tout en la faisant progresser : le personnage de Schroeder est ainsi directement inspiré par celui incarné par Jerry Lewis dans Dr Jerry et Mr Love, l'archétype du savant qui ne se doute pas de l'aspect précurseur de ses inventions (en l'occurrence la première machine à voyager dans le temps). Le personnage de Sun Rae (dont le nom évoque celui du jazzman Sun Ra) est aussi une parodie de gangster-gourou dont l'opportunisme dépasse en quelque sorte la malfaisance (dans la mesure où il aide les héros).

L'Empire des mille planètes voit la série monter en gamme avec un récit très ambitieux, suggéré par son titre. L'album connaîtra certainement un regain d'intérêt pour le public quand, en 2017, le film de Luc Besson qui en est l'adaptation sortira au cinéma : le cinéaste n'a pas choisi la facilité en jetant son dévolu sur cette aventure qui a toute d'une superproduction mais qui se double d'une réflexion sur l'obscurantisme religieux et le mercantilisme.

Dans cette histoire, Valérian et Laureline subissent plus souvent qu'ils ne contrôlent la situation : rapidement confrontés aux mystérieux et inquiétants Connaisseurs, ils s'allient ensuite à la Guilde des marchands, mais ces deux camps ne sont pas vraiment recommandables (les Connaisseurs sont présentés comme des fanatiques religieux, esclavagistes ; les marchands pensent d'abord à rétablir des relations commerciales avec l'empire galactique).

Lorsque Valérian - et le lecteur - découvre la vérité sur l'identité et le passé des Connaisseurs, il apprend aussi leur triste condition, leur rôle sacrificiel. Mais Christin a ainsi la possibilité d'inscrire la série, encore toute récente, dans une perspective à la fois prometteuse et vertigineuse. Replacé dans sa continuité complexe, ce tome se déroule l'année (2720 donc) où Laureline a intégré officiellement le SST (Service Spatio-Temporel) et où les troubles provoqués auparavant par Xombul entament le statut de Galaxity.     

L'Ambassadeur des ombres est encore plus déterminant dans la trame chronologique de la série : l'action se passe en 3005 et aboutit à l'exclusion de Galaxity de Point Central. On apprend pourquoi et la raison n'est pas banale : l'ambassadeur terrien venu pour imposer au grand conseil une stricte remise en ordre est enlevé par un peuple premier qui le convertit à une philosophie pacifiste, qui sera rejetée.

Chez Christin, on le sait, toute société a ses classes, les civilisations sont très hiérarchisées, ce qui a pour effet d'en souligner les inégalités et les défauts : Point Central est ainsi décrit comme un endroit tentaculaire, aux dimensions spectaculaires, mais profondément corrompu, avec des castes opprimées et des privilégiés indifférents. Ce que suggère l'auteur, c'est que cette place forte est déclinante parce qu'elle reproduit à une plus grande échelle les tares de Galaxity : c'est une version futuriste et cosmique de l'O.N.U., qui réagit radicalement à l'hégémonie terrienne - à laquelle Laureline répond en la déjouant lorsqu'elle plaide pour la libre détermination des peuples. 

Mais, avant tout cela, c'est un récit jubilatoire et surprenant : Valérian est très vite mis sur la touche et Laureline tient la vedette (confirmant son statut d'héroïne à part entière). Pour la première fois, on fait la connaissance du transmuteur grognon de Bluxte (cet alien capable de répliquer des objets de valeur et toutes les monnaies sonnantes et trébuchantes, d'une manière très drôle) et des Shingouz (ces trois extra-terrestres qui monnaient n'importe quelle information, tout en étant d'excellents indics), qui reviendront régulièrement dans la série. Flanquée de ces bestioles et d'un responsable protocolaire couard, Laureline explore les méandres de Point Central, faisant connaissance avec quantité de créatures avec courage jusqu'à ce qu'elle retrouve enfin son partenaire (persuadé d'avoir fait le plus dur dans cette affaire).

Visuellement, ces trois tomes sont notables pour l'évolution du graphisme de Mézières : au départ, son style a un côté cartoony, les personnages ont une physionomie semi-réaliste, tandis que les décors possèdent déjà un sens du détail minutieux remarquables. Le découpage est cependant parfois maladroit comme en témoigne la présence de flèches indiquant fréquemment au lecteur le sens dans lequel s'enchaînent les cases. Mais la force de séquences comme la fuite de New York ou la traversée mouvementée du parc de Yellowstone sont indéniables.

Avec L'Empire des mille planètes, on comprend ce qui a décidé Luc Besson à l'adapter : la planète de Syrte-la-magnifique offre une variété de sites et d'ambiances qui, avec les possibilités illimitées des effets spéciaux aujourd'hui, garantit au cinéma une histoire très dépaysante. Mézières y affiche des dispositions exceptionnelles pour représenter un monde inventé de toutes pièces, avec géographie, ses habitants (aux physionomies extraordinaires), que traverse le couple de héros avec un mélange de sentiments égale au lecteur (tour à tour fasciné et angoissé). Le découpage a gagné en fluidité, même s'il y a encore de menus défauts (une dernière page mal montée qui rend le dénouement trop vite expédié). Néanmoins, la gestion des cases, quelques splash-pages sensationnelles, des jeux d'ombres et de lumières produisant des ambiances intenses, sont épatantes.

L'Ambassadeur des ombres profite de l'expérience engrangée par Mézières : il s'agit de son sixième tome et se situe après des opus majeurs comme Le Pays sans étoiles, Bienvenue sur Alflolol et Les Oiseaux du Maître (tomes 3, 4 et 5, appartenant au Cycle Spatial), le dessinateur est désormais un artiste plus accompli, dosant parfaitement ses effets, maîtrisant bien ses personnages et sa narration. L'aspect le plus spectaculaire de cet album tient encore une fois dans la représentation des aliens auxquels Mézières donne les apparences les plus folles et une expressivité fabuleuse. Il prouve aussi, si besoin était, qu'il est aussi à l'aise pour animer une histoire avec une femme au premier plan, sans que son trait soit affecté.

Tout cela forme donc un trio de premier ordre. (Re)lire Valérian confirme bien que c'était une série hors normes qui, partie sur des bases ambitieuses, a su conserver un niveau prodigieux.    

dimanche 13 septembre 2015

Critique 706 : SPIROU N° 4039 (9 Septembre 2015)


Le 9ème tome de la série Seuls de Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti commence à être pré-publié cette semaine (c'est très agréable à lire, bien écrit et dessiné, mais j'avoue que je suis largué avec l'histoire puisque je n'ai lu que le 1er tome). Le bandeau indique que la revue consacre un hommage à Stéphane De Becker alias Stuf, dessinateur de Passe-moi l'ciel, décédé le 22 Juillet dernier.
J'ai aimé :

- L'hommage à Stuf. La rédaction a visiblement attendu que l'émotion retombe un peu mais n'a pas fait les choses à moitié pour saluer la mémoire de celui qui a été le coloriste des Spirou et Fantasio par Tome et Janry (ce dernier étant ensuite devenu son scénariste). 
Près de dix pages, dont 3 gags de Passe-moi l'ciel (y compris le tout dernier, resté en noir et blanc), et des témoignages très dignes de Tome, Janry, Luc Warrant, Bruno Gazzotti, Dan (respectivement 1er, 2ème et 3ème dessinateurs de Soda, série que colorisait Stuf), Patrick Pinchart (ex-rédacteur en chef de Spirou).
De nombreux scénaristes et artistes ont réalisé une illustration inédite en hommage à Stuf : Bianco, Gazzotti, Warrant, Le Gall, Hausman, Follet, Dan, Seron & Wozniak, Ernst & Zidrou, Bataillon, Cauvin, De Thuin, Weyland, Hardy, Tofépi, Saive, Netch, Madaule, Krings, Gilson, Gihef & Cerise, Baker, Giemsi, Louis, De Jongh, Delile, Stedo, Kox, Pé, Darasse, Brab, Rodrique & Adam, Romaq, Dairin, Momo, Pixel Vengeur et Trondheim.
Nathalie, la compagne de Stuf, s'exprime aussi - même si, sur ce coup, sa déclaration est vraiment très mal située sur la page.
L'homme et l'artiste étaient très appréciés. RIP.

- Les Tuniques bleues : Les quatre évangélistes (7/7). Blutch et Chesterfield sont coincés par Cancrelat dans le dépôt de munitions de Pendleton. Comment leur mission va-t-elle se terminer dans ces circonstances ?
Cauvin et Lambil concluent efficacement, au diapason de tout ce qui a précédé, cette aventure, avec un dernier plan savoureux. La lecture de cette histoire aura été agréable, classique certes, mais bien menée, et un cran au-dessus de la précédente (Les Tuniques bleues se mettent au vert, pré-publiée il y a un an).

- Kinky & Cosy. Les deux gamines imaginées par Nix rejoignent le sommaire avec quatre strips à l'humour singulier : c'est parfois très drôle, mais aussi si décalé que je suis passé à côté. On va voir ce que ça donne sur la durée.

- Capitaine Anchois. Floris soumet Louis, le second du capitaine, à l'épreuve de l'hypnose : le gag est très amusant, même s'il faut admettre que la série marque un peu le pas depuis quelque temps.

- L'Atelier Colosse. Je mentionne ce nouveau titre qui pose plusieurs questions : s'agit-il d'une tentative de répliquer à L'Atelier Mastodonte ? D'un canular monté par un certain Boby ? C'est très curieux, avec des références explicites (à Niffle, Obion, Trondheim). Une expérience étrange, à suivre, même si c'est très déroutant.

- Boni : Le truc avec Bruno. Ian Fortin est à la croisée des chemins : ses strips restent rigolos, avec une cruauté étonnante, mais l'emploi (trop) fréquent au personnage de brute de Bruno commence à peser sur sa belle production. Après 40 gags, Boni aurait besoin de se renouveler un peu si son auteur ne veut pas régresser.

- L'Atelier Mastodonte. Les deux doubles strips de la semaine sont signés par Bianco et Obion, et résonnent du coup étrangement par rapport à ce qui se dit dans L'Atelier Colosse. Artistiquement, c'est très nettement supérieur, plus original, personnel. Mais le lecteur peut légitimement se sentir gêné par deux titres qui semblent s'affronter. Y a comme un parfum de guerre civile qui plane... Ou alors c'est une plaisanterie très déroutante.

- Game Over. Midam ne force pas son talent, il n'en a pas besoin : ses gags sont réjouissants, implacables.

En direct de la rédak donne la parole à Nix, le papa de Kinky & Cosy, mais aussi à Jérôme Jouvray qui répond à un lecteur à propos du récit produit pour le n° spécial "Vacances d'antan". Il faut aussi lire l'interview très instructive de Gazzotti en préambule de l'épisode de Seuls. La semaine prochaine, c'est Katz qui aura droit à la "une".
Les aventures d'un journal revient sur la création de Passe-moi l'ciel de Janry et Stuf, en 1990, lancé à partir d'une rubrique ludique intitulée Jeurêka. En 25 ans, le titre aura connu 359 épisodes.

Les abonnés ont droit à un Guide de survie par Pic et Zou comme supplément : c'est un peu mieux que les dernières semaines, mais le prochain numéro réserve une bien plus belle surprise...

samedi 12 septembre 2015

Critique 705 : VALERIAN, TOMES 16 & 17 - OTAGES DE L'ULTRALUM & L'ORPHELIN DES ASTRES, de Pierre Christin et Jean-Claude Mézières (CYCLE SPATIAL)


VALERIAN : OTAGES DE L'ULTRALUM est le seizième tome de la série (et le septième du CYCLE SPATIAL), écrit par Pierre Christin et dessiné par Jean-Claude Mézières, publié en 1996 par Dargaud.
Cette histoire se poursuit et s'achève dans le tome 17 (L'Orphelin des Astres).
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4 individus, le quatuor Mortis, kidnappent le califon d'Iksaladam et Laureline alors qu'elle faisait du tourisme avec Valérian, devenu riche grâce au transmuteur grognon de Bluxte (un animal capable de répliquer des objets de valeur).
Le calife offre une fortune à qui retrouvera son fils et Valérian accepte la mission pour récupérer Laureline. Mais le détective de l'établissement où s'est produit l'enlèvement est aussi sur le coup, profitant des tuyaux des Shingouz.
Les ravisseurs s'enfuient avec le vaisseau d'une autre touriste qui peut les pister grâce au lien psychique qu'elle a avec son appareil et accepte d'aider Valérian, à contrecoeur car elle estime que les terriens n'aiment personne.
Direction : Point Central où Valérian retouve Jal, l'ex-amant de son alliée, Kistna (leur aventure est narrée dans le tome 13, Sur les frontières, appartenant au Cycle Temporel).
Grâce à son tchoung-traceur qu'elle a sur elle en permanence, Laureline déjoue la surveillance des kidnappeurs pour contacter Valérian. Elle découvre, en l'attendant, que ce sont des ouvriers du calife qui sont à l'origine de l'enlèvement de son fils pour protester contre leurs scandaleuses conditions de travail...   
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VALERIAN : L'ORPHELIN DES ASTRES est le dix-septième tome de la série (et huitième - et dernier - du CYCLE SPATIAL), écrit par Pierre Christin et Jean-Claude Mézières, publié en 1998 par Dargaud.
Cette histoire est la suite et la fin de celle commencée dans le tome 16 (Otages de l'Ultralum).
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Le califon d'Iksaladam a été "adopté" par Valérian et Laureline, ce qui leur vaut d'être traqués par des mercenaires, dont le quatuor Mortis. Pour compliquer encore plus leur situation, le couple a égaré leur astronef.
Ils sèment une première fois leurs poursuivants grâce à un livreur, Glü, qui les entraîne dans la région de Shimbalil où ils rencontrent un riche producteur de cinéma, Ty Koün IV, contre lequel, à l'issue d'une joute, Valérian gagne un vaisseau.
Valérian et Laureline gagnent ensuite l'université de Shimbalil où ils comptent sur le professeur Scharz-Metterklume pour rééduquer le califon, avant de renoncer à cause des méthodes de l'enseignant, et de reprendre leur cavale.
Afin de gagner de l'argent, Laureline accepte de jouer dans une production de Ty Koün IV, ce qui permettra d'inscrire dans un établissement privé le califon où il sera scolarisé et à l'abri.
Valérian retrouve son astronef et entraîne le quatuor Mortis dans une nouvelle course-poursuite spatio-temporelle sans que les tueurs sachent que le califon est hors de portée désormais.

Avec ces deux nouveaux épisodes se termine le Cycle Spatial, et Pierre Christin conclut en beauté par une histoire en deux parties, pleine de péripéties, de rythme et d'humour.

Le scénariste ne se contente pas de produire un récit divertissant, même si l'aventure est contée avec légèreté. Au début du tome 16, on voit Valérian et Laureline en simples touristes, visitant des endroits exotiques, résidant dans des hôtels de luxe. Christin montre la jeune femme appréciant ces moments de détente tandis que son partenaire s'ennuie visiblement, en mal d'action. Il déclare, désabusé : "c'est ça voyager... Se souvenir des choses qu'on a vues avant...". Cela souligne la vitalité de Laureline alors que Valérian ne s'habitue pas à ne plus être un agent du SST, sans mission à remplir. Sa mauvaise humeur lui inspire même des commentaires acides à l'adresse des autres touristes.

Mais cela ne dure pas et l'auteur précipite ses deux héros dans un tourbillon d'action mené sur une allure folle, avec un calife aussi riche qu'impitoyable - une caricature bien sentie des exploitants pétroliers - , des détectives qu'une énorme récompense motive, des mercenaires qui changeront d'employeurs sans scrupules (d'abord agissant pour les ouvriers, puis leur patron), avec le retour d'un schniarfeur (ce gnome aussi grossier que dangereux, vu dans Les armes vivantes, tome 14), quelques apparitions des Shingouz (ces impayables négociants, qu'on voit dans plusieurs épisodes du Cycle Temporel), une extra-terrestre majestueuse et son ancien amant, Jal,  un ancien collègue de Valérian (leur liaison a lieu dans Sur les frontières, le tome 13, appartenant lui aussi au Cycle Temporel - mais on peut comprendre l'histoire sans ça)...

Otages de l'Ultralum se distingue par son format plus long qu'à l'accoutumée (une soixantaine de pages) et cela impacte un peu la lecture : Christin en profite pour montrer en détail plusieurs quartiers de Point Central (lorsque le tchoung-traceur de Laureline part à la recherche de Valérian), des pages honnêtement dispensables au récit mais en même temps agréables pour découvrir le coeur de l'empire galactique.

Le scénario aborde les conditions de travail dangereuses d'individus surexploités et confirme la critique récurrente du libéralisme économique dans la série, le tour de force étant que cette dénonciation soit parfaitement intégrée à la narration.

L'Orphelin des Astres poursuit et termine cette saga, toujours pied au plancher. Il faut remarquer le jeu de mots du titre de ce tome 17 car Christin a toujours porté un soin particulier aux noms des albums de la série : ce garçon, par ailleurs souvent insupportable mais malgré tout attachant, n'est plus seulement la pupille de Valérian et Laureline qui ne l'ont pas rendu au calife mais un créateur de désastres dans les astres.

Le risque de toute histoire développée sur deux volumes consécutifs est que la seconde partie soit moins efficace que la première, mais ce n'est pas le cas ici : avec sa succession infernale d'étapes, de péripéties, de gags, de personnages hauts en couleurs, L'orphelin des astres est peut-être même supérieur à Otages de l'Ultralum.

Christin ne fait pas l'économie de quelques piques bien senties contre le système, éducatif en l'occurrence, en pointant les méthodes radicales du Pr Scharz-Metterklume puis l'intégration coûteuse à l'école privée de Mistress Karlä-Varlä. 

Visuellement, ces deux tomes sont une nouvelle démonstration de Jean-Claude Mézières qui livre des planches découpées avec une énergie au diapason du récit : c'est un résumé de la manière de travailler du dessinateur avec son scénariste, avec lequel il discute abondamment du contenu des histoires avant leur réalisation puis débute leur illustration sans même disposer d'un script fini, qui évolue en cours de route, selon les idées des deux partenaires. Cette spontanéité transpire dans de nombreux épisodes, tous cycles confondus, de la série, et particulièrement ici.

Par ailleurs, les pages décrivant le dédale de Point Central offre à Mézières l'occasion de briller encore une fois : ses architectures sont fascinantes, toujours aussi modernes trente ans après l'entame du titre, les extra-terrestres disposent de physionomies inégalables dans leur variété et leur expressivité, et les efforts de l'artiste à cet égard sont doublement payants car le lecteur est constamment surpris mais continue de pouvoir s'identifier facilement à Valérian et Laureline, qui sont les seuls terriens dans ces environnements.

Quelle prodigieuse imagination ! Quel plaisir ! Et quel meilleure réussite que celle de raconter, en mots et en images, aussi bien les exploits d'agents spatio-temporels au point que leur série n'a jamais été démodée, dépassée !

vendredi 11 septembre 2015

LUMIERE SUR... ZEP

 ZEP
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Une entrée un peu spéciale : Zep, le créateur de Titeuf, mais aussi l'auteur du formidable Découpe en tranches, a posté sur son blog (zepworld.blog.lemonde.fr) ces pages où il réagit au drame des réfugiés en Europe. J'ai juste trouvé ça formidable, d'une grande justesse. Et ça fait du bien en ce moment, alors que beaucoup de politiques considèrent cette actualité avec des commentaires nauséabonds.

Au cas où ça ne soit pas très lisible ici, 
alors je vous donne le lien du post de Zep sur son blog
pour que vous puissiez mieux en profiter :

jeudi 10 septembre 2015

Critique 704 : VALERIAN, TOMES 8 & 14 - LES HEROS DE L'EQUINOXE & LES ARMES VIVANTES, de Pierre Christin et Jean-Claude Mézières (CYCLE SPATIAL)


VALERIAN : LES HEROS DE L'EQUINOXE est le huitième tome de la série (et le cinquième du CYCLE SPATIAL), écrit par Pierre Christin et dessiné par Jean-Claude Mézières, publié en 1978 par Dargaud.
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La planète Simlane organise une compétition pour désigner le champion qui fertilisera la Mère Suprême car la population est vieillissante et stérile. 
Quatre concurrents sont en lice : Irmgaal de la planète Kralan, issu des guerriers noirs du feu et du fer ; Ortzog de la planète industrieuse Bourgnouf ; Blimflin de la planète Malamum ; et donc Valérian qui représente la Terre.
La compétition se déroule sur quatre jours sur l'île de Filène : le premier consiste à affronter les forces de la matière, le deuxième les monstres du règne animal, le troisième les pièges de l'esprit, et le dernier voit la rencontre du vainqueur avec la Mère Suprême au terme d'une ultime audition avec le maître.
Qui sera désigné ? Laureline attend le verdict avec un mélange d'appréhension et de jalousie...
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VALERIAN : LES ARMES VIVANTES est le quatorzième tome de la série (et le sixième du CYCLE SPATIAL), écrit par Pierre Christin et dessiné par Jean-Claude Mézières, publié en 1990 par Dargaud.
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L'astronef de Valérian et Laureline se pose en catastrophe sur la planète Blopik après un saut spatio-temporel compliqué car leur vaisseau a besoin de réparations - or les deux agents sont sans le sou car ils sont devenus des vagabonds depuis l'expulsion de Galaxity de Point Central.
Sur ce monde hostile, ils font connaissance avec une troupe d'artistes composée de Brittibrit, un transformiste de la planète Chab ; Doum A'Goum ; et la succube Yfisania, qui leur explique qu'une guerre entre deux clans dévaste l'endroit où ils ont échoué après avoir été escroqué par un extra-terrestre.
Le seigneur de guerre Rompf fait prisonnier la bande et veut qu'elle l'aide à pacifier son monde en "faisant la guerre à la guerre". Contraints de participer au prochain assaut, Valérian utilise le Schniarfeur, gnome redoutable et grossier qu'il devait livrer discrètement ici, pour semer la confusion dans la bataille.
La troupe et Laureline embarquent dans l'astronef piloté par Valérian, direction : la Terre du XXème siècle où, grâce à leur ami, M. Albert, ils se refont financièrement en se produisant en spectacle en Russie où ils ont atterri.

12 ans séparent ces deux albums qui appartiennent au Cycle Spatial, et pourtant leurs intrigues présentent des similitudes troublantes, qu'on peut interpréter, selon son humeur, comme un signe de la cohérence thématique de la série... Ou comme le signe d'un manque d'inspiration après 23 ans de parution. Le plaisir procuré par leur (re)lecture me fait plutôt penser à la première hypothèse, même s'il est évident que Les Armes Vivantes est un peu moins bon que Les Héros de l'Equinoxe, un des grands classiques de Valérian.

Ce 8ème tome est sans doute un de mes favoris, sinon mon préféré (avec le diptyque Métro Châtelet, Direction Cassiopée / Brooklyn Station, Terminus Cosmos, qui appartient au Cycle Temporel). Je l'ai lu et relu bien des fois depuis que je l'ai découvert lorsque j'étais adolescent et même quand j'ai cessé pendant un moment de suivre la série, il est demeuré un des épisodes auquel je revenais le plus.

Son premier atout est son accessibilité : l'intrigue est simple, racontée avec beaucoup de rythme et d'humour, sans oublier une pointe de réflexion politique. Pour le fan de comics super-héroïques, c'est aussi un délice particulier car la narration est à la fois un hommage et une parodie du genre.

Des références, l'album n'en manque pas : c'est un récit d'aventures, aux rebondissements foisonnants, et bourré de clins d'oeil. Par exemple, le personnage d'Irmgaal est un pastiche irrésistible des héros qu'on trouve chez Philippe Druillet, son look évoque celui de Thor de Stan Lee et Jack Kirby. Mais c'est aussi, plus sinistrement, une incarnation du nazisme, avec ses allusions à une race supérieure, au fer et au feu, tout comme le champion Ortzog personnifie le stalinisme tandis que Blimflin est une émanation futuriste du mouvement hippie et écologiste. A côté de ces surhommes aux idéologies extrémistes, le lecteur s'identifie facilement au sympathique Valérian, dont les convictions plus modestes et humanistes, et à l'aspect physique plus ordinaire, rassurent.

Christin imagine des épreuves mises en scène avec maestria par Mézières dont le découpage s'enhardit franchement : il dessine de fantastiques doubles pages de quatre bandes, aux compositions nerveuses et inventives, avec des jeux d'ombres et de lumières très expressionnistes.

Comme d'habitude, le génie de Mézières est éclatant en ce qui concerne les designs : les costumes, les accessoires, les véhicules, les décors sont époustouflants, et ont inspiré d'innombrables lecteurs/artistes. Qu'il s'agisse de représenter des bâtiments décrépits à l'arrivée du Simlane, ou le temple de la Mère Suprême, ou de suivre les quatre challengers dans la nature hostile de l'île Filène, le dépaysement est assuré.

Pour l'anecdote, Mézières a même donné les traits de son complice Christin au maître de la dernière épreuve. 

Laureline est en retrait dans cette histoire, mais le dénouement offre à ses admirateurs un savoureux retournement de situation, qui prouve une fois encore que la jeune femme a autant de caractère que de charme...

Les Armes Vivantes s'appuie aussi sur une dynamique de groupe puisque Valérian et Laureline partage l'affiche avec un groupe de trois (puis quatre) personnages. Le périple sur Blopik rééquilibre cependant la relation entre les deux héros.

Christin n'est pas un moraliste, mais à sa manière il aime construire ses histoires comme des fables puisque, sous le couvert du divertissement, en s'inscrivant dans les registres de l'aventure et de la science-fiction, il en profite volontiers pour épingler les travers sociaux, politiques, économiques. Un de ses motifs préférés est l'absurdité de la guerre et ce 14ème tome l'illustre parfaitement avec le personnage de Rompf, un seigneur qui veut "faire la guerre à la guerre".

Pourquoi exactement les belligérants de Blopik s'affrontent, on ne le saura pas, et ce n'est pas là l'important d'ailleurs. La raison des guerres finit pas se perdre avec le temps au profit du désir de conquête et de la suprématie d'un camp sur l'autre. La logique stupide de Rompf en est directement issue.

Valérian est chargé de délivrer un colis bien spécial, et dont le contenu, inconnue de Laureline, irritera longtemps la jeune femme avant et après qu'elle l'ait découvert, mais qui s'avère être un moyen de régler la situation grotesque de Blopik - ce qui s'appelle soigner le mal par le mal en l'occurrence (mais le Schniarfeur est très amusant, avec son flot d'insultes, puis son reconditionnement chirurgical radical)... Par opposition, le rôle de la troupe d'artistes dans ce conflit offre un contraste à la fois humoristique et tragique : face à l'horreur de la guerre le divertissement est dérisoire mais les talents bien spéciaux des trois compagnons de galère de Valérian et Laureline seront précieux.  

Enfin, comme on l'apprend dès le début de l'histoire, Valérian et Laureline sont désormais sans emploi, ce qui permet d'estimer que les événements se déroulent après l'an 3005, quand Galaxity a été exclu de Point Central. Les agents spatio-temporels sont livrés à eux-mêmes, errant dans le cosmos, sans le sou, à bord d'un astronef déréglé. C'est une preuve que la série a bien évolué et que ses héros ont été durement impactés.

Mézières a à la fois beaucoup évolué sans se transformer durant les douze ans qui séparent ce 14ème tome du 8ème. Son découpage est plus débridé, avec encore des doubles pages, des cases en inserts. Plus frappant encore, son trait est désormais plus nerveux, lâché, avec un encrage plus épais (sans doute dû à un usage plus fréquent du pinceau au détriment de la plume, même si l'artiste n'a jamais eu un trait particulièrement fin, ni un style hyper-réaliste).

En revanche, il n'a rien perdu de sa prodigieuse imagination pour représenter des aliens aux aspects les plus fous, réinterprétant parfois volontiers des figures issues de la mythologie (comme Rompf qui ressemble à un centaure mais avec une tête de taureau : un hybride détonant mais réussi). Le look ordinaire de Valérian apporte un relief épatant face à ces monstres de foire, tantôt sympathiques, tantôt inquiétants, et Laureline a toujours cette séduction irrésistible mêlée d'un tempérament acéré.

On approche de la fin du Cycle Spatial puisque seulement deux tomes (les 16 et 17) y appartiennent encore.