vendredi 16 janvier 2015

Critique 556 : EN ATTENDANT QUE LE VENT TOURNE, de Blaise et Robin Guinin


EN ATTENDANT QUE LE VENT TOURNE est un récit complet écrit et dessiné par Blaise Guinin, mis en couleurs par Robin Guinin, publié en 2011 par Casterman.
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C'est l'été, le temps des vacances pour les enfants. Trois gamins, Pierrot (le narrateur, un blondinet timide mais futé), Florentin (un rouquin à lunettes entreprenant) et Xavier (la casquette toujours sur son crâne nu et au tempérament vindicatif), décident de construire une cabane dans un arbre.
Lorsque Xavier doit s'absenter pour passer une semaine chez son père, divorcé de sa mère, Florentin et Pierrot commencent leur ouvrage sans lui.
Quand Xavier découvre que ses copains ne l'ont pas attendu et que la cabane est achevée, il la détruit par dépit. Pierrot et Florentin se  demandent qui a pu commettre ce méfait lorsque les jumeaux Brossard et la petite Lucie débarquent sur les lieux pour récupérer les planches pour bâtir une cabane de leur côté.
Il est paraît clair que ces derniers sont responsables et les trois amis entreprennent de se venger. Ils s'en prennent d'abord à Lucie en la surprenant quand elle est seule. Mais même quand la vérité éclate sur l'identité du coupable, la situation continue à dégénérer... Jusqu'à la tragédie ?

Le comble pour une histoire bâtie autour d'un mensonge est que ses auteurs semblent mentir eux-mêmes au lecteur en lui promettant dès la première page que le dénouement sera dramatique. En attendant que le vent tourne, même s'il n'est pas par ailleurs dénué de qualités, est un récit qui illustre parfaitement cela : promettre beaucoup (trop) sans tout tenir.

Cet album de 132 pages aborde son sujet avec adresse : Blaise Guinin qui a écrit et dessiné cette histoire, aidé par son frère Robin aux couleurs, met en place avec efficacité son intrigue et ses protagonistes. On lui sait gré de mettre en scène des enfants en évitant toute mièvrerie, au contraire il montre parfaitement à quel point ces gamins font preuve de volonté pour le meilleur - construire une cabane - et le pire - s'obstiner à se venger en voulant la mort de leurs ennemis. 

La situation est exposée de telle manière que le lecteur en sait plus que les personnages. Nous savons donc que les coupables ne sont pas ceux désignés par les circonstances et par le véritable responsable lui-même. A mesure que les choses s'aggravent, nous en mesurons le caractère à la fois dérisoire et dramatique. La cruauté, la bêtise des deux camps adverses (avec d'un côté l'entêtement du groupe des trois garçons à en découdre sans lésiner sur les moyens, et de l'autre l'attitude frustre et provocatrice des jumeaux), mais aussi la figure de l'innocence prise entre ces deux feux (incarnée par Lucie), la naissance de l'amour et la difficulté à en faire l'aveu, le pardon sans poids face à l'esprit de vengeance, tous ces éléments forment un ensemble de scènes, une palette d'émotions, très forte, très prenante.

Seulement voilà, quand on arrive au terme de ce récit, on a la désagréable sensation que Blaise Guinin s'est joué de nous. En soi, rien de bien grave : bien des histoires s'appuient sur la mystification, mais l'intérêt de ce type de procédé narratif réside dans le fait qu'on l'ignore jusqu'à la fin. Or, ici, on nous promet un drame... Devant, à l'évidence, l'auteur a reculé, peut-être pour ne pas produire une bande dessinée dont la résolution aurait été trop terrible. C'est plus embêtant car cela s'appuie sur un suspense dans les dernières pages qui met mal à l'aise et aboutit à un dénouement semblable à un texte qu'on aurait corrigé pour ne froisser la sensibilité de personne. 
C'est dommage car ce qui aurait pu être une BD dérangeante et poignante ne parvient qu'à être une production plus mineure, comme si son auteur avait eu peur de sa propre ambition. Frustrant.
NB : En vérité, des interférences éditoriales ont pesé sur l'écriture de l'histoire - précision utile et nécessaire à apporter a posteriori, et qui m'a été communiquée par Robin Guinin (voir le commentaire qu'il a laissé à la suite de cette critique).

Visuellement, le dessin de Blaise Guinin séduit par sa simplicité mais aussi par ses qualités évocatrices. L'action n'est pas précisément située, ce village, sa montagne, sa forêt, deviennent du coup des décors universels (même si les prénoms et noms des personnages indiquent qu'on est quand même en France).
L'économie de traits n'empêche pas les acteurs de l'histoire d'être expressifs, avec des visages et des attitudes très justes. Et le découpage, lui aussi minimaliste, avec une moyenne de trois cases par planche, est bien pensé, avec de belles compositions, de valeurs de plans variées.

Que Robin Guinin soit crédité en couverture n'est pas usurpé car la qualité de sa colorisation est déterminante dans l'album : il utilise une palette nuancée, à la fois très lumineuse, délicate, et qui précise bien l'écoulement du temps, les ambiances, dans un cadre bucolique magnifiquement valorisé ainsi. Sans lui, il est indiscutable que cette bande dessinée n'aurait pas cette attractivité.

On peut donc déplorer que l'éditeur n'ait pas laissé son auteur raconter l'histoire telle qu'il l'avait prévue (en menaçant de façon consternante de ne pas la publier !). A cause de cet interventionnisme, ce récit complet demeure un ouvrage habile mais qui aurait pu (du) aller plus loin encore. On le finit un peu insatisfait malgré d'indéniables atouts : un étrange sentiment en vérité.

jeudi 15 janvier 2015

Critique 555 : JOHAN ET PIRLOUIT, TOME 6 - LA SOURCE DES DIEUX, de Peyo


JOHAN ET PIRLOUIT : LA SOURCE DES DIEUX est le sixième tome (et la dixième histoire) de la série, écrit et dessiné par Peyo, publié en 1957 par Dupuis.
Cet épisode commence comme la suite directe du tome 5 (Le Serment des Vikings) mais reste compréhensible sans avoir lu ce dernier (un résumé de la situation des héros ouvre l'album - voir la page ci-dessous).
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Après avoir aidé Odd, fils de Gudhrun, à reprendre le trône de Snoeland, Johan et Pirlouit sont ramenés chez eux à bord d'un drakkar. Mais un violent orage s'abat sur eux et voilà les deux amis à l'eau, dérivant sur la mer jusqu'au lendemain matin.
Ils gagnent la terre à la nage et perdent connaissance, épuisés. Lorsqu'ils reviennent à eux, ils rencontrent les habitants qui les ont recueillis, de pauvres gens en vérité, exploités par le seigneur de Gracauchon. Ils racontent être victimes d'une vieille malédiction lancée par une sorcière qui les a rendus faibles et mous, d'où leur surnom de "mollassons".
Pour conjurer le sort, un seul remède existerait : l'eau provenant de la source des dieux. Johan entraîne Pirlouit à la recherche de ce breuvage miraculeux mais l'aventure compte plusieurs périls, parmi lesquels un traître au sein des mollassons qui va prévenir le seigneur Gracauchon de leurs investigations, un méchant géant, et la grotte où se trouve l'eau elle-même dont l'accès est périlleux...

En Octobre dernier, je déplorai de ne pouvoir terminer les critiques des aventures de Johan et Pirlouit par Peyo car la bibliothèque municipale où je les empruntais ne disposait plus des trois tomes qui manquaient à mon projet. Mais la situation a évolué depuis puisque j'ai pu accéder à ce sixième volume. J'espère sous peu aussi lire les deux premiers épisodes (des histoires mettant en scène seulement Johan : Le Châtiment de Basenhau et Le Maître de Roucybeuf).

La Source des Dieux commence peu après les événements du Serment des Vikings où les deux héros avaient permis à un seigneur nordique de récupérer son trône. Quelques mois ont passé quand démarre cette nouvelle histoire, compréhensible sans avoir lu la précédente, et Johan et Pirlouit sont en mer pour regagner leur pays.

A partir de là, sans perdre de temps, Peyo enchaîne les péripéties dans un récit mené à un train d'enfer : un naufrage, un peuple opprimé par un tyran, la quête d'une source magique, de multiples embûches pour y parvenir, la trahison de leurs hôtes, l'affrontement contre un géant, la rencontre avec le gardien de l'eau miraculeuse, la guérison des opprimés et leur révolte dans une bataille épique contre leur oppresseur... C'est un défilé ininterrompu de séquences énergiques, drôles, palpitantes, fantastiques.

On voit que Peyo s'amuse mais a aussi atteint une maîtrise dans son art de la narration que viendront confirmer tous les tomes suivants, à commencer par La Flèche Noire. On n'a ni le temps de réfléchir ni de s'ennuyer car l'auteur ne nous donne aucun répit : il utilise de nombreux éléments décoratifs typiques pour mieux distraire le lecteur, et s'appuyant sur le duo désormais bien rôdé que forme ses héros il mène son histoire en la ponctuant de traits d'humour. La combinaison du caractère toujours volontaire de Johan et celui immuablement râleur mais complice de Pirlouit fonctionne à plein régime, et même si Peyo ne creuse pas beaucoup (voire pas du tout) les rôles des mollassons (quand bien même le recouvrement de leurs moyens physiques et moraux fait penser à l'effet de la potion magique sur d'illustres gaulois), du géant, de l'infâme Gracauchon ou du gardien de la source, on ne s'en émeut guère tant on est happé par le souffle de l'aventure, avec sa succession d'obstacles (les affluents qui retardent les héros, leur duel avec le géant - un vrai morceau de bravoure, admirablement mis en scène et directement inspiré des films comiques muets - , leur progression difficile dans la grotte). Il y a là, bien avant l'heure, tout ce qui fera le ressort des Indiana Jones mais dans un environnement médiéval.

Visuellement, Peyo est, à cette époque, au sommet de son art et cet état de grâce ne le quittera plus jusqu'à la fin de son run sur la série. 
Il s'astreint encore à un découpage strict, avec des gaufriers d'une douzaine de cases en moyenne, ce qui confère à l'album une densité remarquable mais aussi une vigueur incroyable grâce au sens inné de la composition (qui cadre le plus souvent ses personnages de plein pied pour que l'action soit toujours bien exposée).  

La beauté des décors naturels, même s'ils demeurent pour la plus grande part du récit peu spectaculaires (avant d'atteindre la grotte, il faut patienter trente pages sur les 44 de l'album), est souligné par un trait toujours superbement simple et précis, ce qui permet à Peyo de tirer le maximum d'effets des lieux. La forêt devient ainsi le théâtre d'une ballade décourageante mais préfigurant aussi les sinuosités de la grotte : tout, dans cette aventure, raconte un trajet improbable, dangereux, pour Johan et Pirlouit, aventure placée sous le signe de l'eau puisque du naufrage initial à la découverte de la source c'est peu de dire qu'ils se mouillent vraiment pour survivre aux périls qu'ils rencontrent et aider ceux qui les ont sauvés.

Et, bien entendu, on a encore droit à une fameuse bataille avec une figuration très fournie - une sorte de gimmick dans la série mais que Peyo dessinait formidablement bien.

Je me répète, mais quelle superbe série, quelle magnifique création : lire Johan et Pirlouit est un régal sans cesse renouvelé. 

mardi 13 janvier 2015

Critique 554 : FREE COMIC BOOK DAY - THOR / CAPTAIN AMERICA : THE MIGHTY AVENGERS, de Roger Langridge et Chris Samnee


FREE COMIC BOOK DAY - THOR / CAPTAIN AMERICA : THE MIGHTY AVENGERS est un récit complet, écrit par Roger Langridge et dessiné par Chris Samnee, publié en 2011 par Marvel Comics dans le cadre du "Free Comic Book Day" (une bande dessinée offerte gratuitement à titre promotionnel et disponible une fois l'an dans les les comic-shops).
Cette histoire complète la mini-série THOR THE MIGHTY AVENGER, réalisée par les mêmes auteurs, mais sans en être la conclusion.
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Il y a bien longtemps, Loki, le dieu asgardien du mensonge, a fait prisonnier l'enchanteur Merlin, allié du roi Arthur de Camelot, après lui avoir dérobé une ceinture magique mais dont il ne maîtrise pas encore tous les tours. Merlin décide alors d'invoquer deux héros du futur pour l'aider à renverser la situation : d'abord Captain America, qui opère sur le front allié en 1942, et ensuite Thor, demi-frère de Loki, dieu du tonnerre, banni par son père Odin sur Terre.
Les deux hommes, qui ne se connaissent pas et ignorent donc qu'ils combattront au sein des Avengers plus tard, réussissent à intégrer les troupes du roi Arthur auprès duquel se tient Loki, qui convoîte le Saint-Graal...

Comme j'en avais parlé dans ce blog, la mini-série Thor The Mighty Avenger fut une des lectures les plus jubilatoires de 2010 : produite, comme d'autres comics, pour profiter du film Thor (de Kenneth Branagh), elle ne rencontra, hélas !, pas le succès qu'elle méritait et fut prématurément et injustement interrompue au bout de huit numéros - une sanction d'autant plus frustrante que son scénariste avait prévu une saga en 12 épisodes, mais prévoyant devant les faibles ventes, avait ensuite préparé un dénouement au bout de 10 chapitres.

Une fois par an, les éditeurs américains participent à une opération appelée le "Free Comic Book Day" qui consiste à distribuer gratuitement dans le réseau des librairies spécialisées des exemplaires gratuits de diverses séries en proposant une histoire inédite. 
Profitant de cette opportunité, l'équipe artistique de Thor The Mighty Avenger livra donc cet ultime appendice, mais sans pour autant donner de fin à la série. Il s'agit plutôt d'un récit complet de 21 pages dans lequel le dieu du tonnerre rencontre pour la première fois Captain America, bien avant qu'ils ne soient tous deux membres des Avengers. Cependant, cette intrigue ne s'inscrit pas dans la continuité puisqu'on sait que jamais il ne fut fait mention auparavant ni ensuite d'une telle réunion entre ces deux héros.

Tous ceux qui auront aimé Thor The Mighty Avenger - et, malgré son annulation, ce titre gagna de nombreux nouveaux fans ensuite, lorsqu'elle fut éditée en recueils - retrouveront avec délice ce qui en faisait une version si sympathique du héros asgardien. Roger Langridge y déploie sa verve malicieuse et son habileté narrative dans un récit très rythmé, enjoué, qui peut séduire les jeunes lecteurs comme les vieux fans. Il y a de l'humour, de l'esprit, de l'action, du spectacle, du suspense, tout cela pour une somme finalement réduite de pages, mais subtilement exploitée. C'est un vrai "feel-good comic", qui montre qu'on n'a pas nécessairement besoin de sombrer dans les ressorts mélodramatiques ou violents du genre pour être efficace et divertissant.

Il trouve même de l'espace pour adresser quelques clins d'oeil ironiques aux connaisseurs (comme lorsque les soldats appellent Captain America "Fighting America", le nom d'une autre création patriotique de Jack Kirby, ou quand il situe l'aventure au temps des chevaliers de la table ronde d'Arthur à Camelot sur fond de quête du Graal).

Chris Samnee doit une bonne partie, pour ne pas dire l'essentiel de sa renommée actuelle à sa prestation sur Thor The Mighty Avenger. Beaucoup de lecteurs, comme moi, l'ont vraiment découvert ainsi, avant qu'il ne brille sur Daredevil, et ont été séduits par le style épuré et dynamique de cet artiste, revendiquant lui aussi des références atypiques (comme Alex Toth, à contre-courant du photo-réalisme).

Le dessin de Samnee, bien qu'ayant évolué, mûri, depuis, présentait déjà de formidables qualités, avec un découpage classique mais très fluide, des compositions toujours justes, des personnages expressifs, un sens de la lumière et des ombres parfaitement dosé (et mis en valeur par la colorisation de Matthew Wilson).

Il en a même profité pour re-designer le costume de Captain America (qui porte encore son bouclier triangulaire de ses débuts) avec adresse (à mi-chemin entre la combinaison de super-héros et des éléments vestimentaires plus classiques du soldat).

Lire cet épisode donne à la fois de nouveaux regrets sur l'annulation de Thor The Mighty Avenger tout en consolant un peu puisqu'il nous en donne un prolongement très distrayant et magnifiquement réalisé. 

samedi 10 janvier 2015

LUMIERE SUR... MATTHIEU BONHOMME

 MATTHIEU BONHOMME
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Critique 553 : SPIROU N° 4004 (7 Janvier 2015)


On va se marrer car Les Cavaliers de l'Apocadispe sont de retour et ont les honneurs de la couverture. Cédric figure sur le bandeau, mais là, je le sens moins bien...
J'ai aimé :

- Benoît Brisefer : Le gorille blanc (3/9). Alors que M. Dussiflard et leur guide, Mbili, sont victimes d'une insolation, Benoît utilise ses pouvoirs pour retrouver le village de ce dernier et rencontre Biloulou, un garçon de la tribu. Tonton Placide, de son côté, prépare le voyage du président dans le pays...
En préambule de cet épisode, le scénariste Luc Parthoens explique avec précision quels sont les enjeux du retour de Benoît Brisefer et les difficultés rencontrées pour écrire cette aventure. L'exigence du co-auteur du script (avec Thierry Culliford, le fils de Peyo) est payante car le récit est toujours bien mené et donne envie de connaître la suite alors qu'on en atteint le premier tiers.
Les dessins de Pascal Garray sont au diapason : classiques mais efficaces (en particulier lors de la course folle de Benoît dans la savane).

- Une aventure de Spirou et Fantasio : La grosse tête (6/9). Spirou déraille complètement alors que va débuter le tournage de son deuxième film, adapté du Prisonnier du Bouddha, au Bretzelburg. Fantasio est outré par la désinvolture de son ami face à la situation du pays. Mais tout va peut-être changer lorsqu'ils sont enlevés par des rebelles...
Makyo et Toldac ont vraiment construit une histoire très riche en développant à la fois les tensions entre les deux héros sur fond de star-system et de conflit politique au Bretzelburg - ce dernier élément semblant avoir été négligé dans les précédents chapitres pour revenir au premier plan ici. Dans les deux cas, c'est toujours aussi bien senti et entraînant.
Téhem s'en donne lui aussi à coeur joie, soignant particulièrement l'expressivité de ses personnages qui n'arrêtent plus de se disputer même quand ils ne contrôlent plus rien.

- Mélusine. De la difficulté d'être prof de gym dans une école de sorciers : Clarke revient à la description gaguesque de la vie quotidienne de ses héros (après le feuilleton sur le trafic à l'intérieur de l'établissement). Retour gagnant.

- Adeline : Le candidats de Maman. La mère d'Adeline cherche à caser sa fille avec un des fils des commerçants du quartier : c'est pas gagné ! Alex Lopez s'amuse, et nous avec, avec ce récit court (5 pages) dont la chute est savoureuse. Le dessin surjoue parfois le propos mais la tonicité de l'ensemble est très drôle.

- Capitaine Anchois. Floris a à nouveau droit à deux passages cette semaine : sa pleine page est irrésistible, avec une chute (au propre comme au figuré) réjouissante. Son strip, bien caféiné, est également rigolo.

- Les Cavaliers de l'Apocadispe font du patin. Les trois héros bien crétins de Libon se fourrent encore dans un coup tordu et tordant : la bêtise érigée au rang des Beaux-Arts. Si cela ne vous fait pas marrer, il y a du souci à se faire.

- Rob. James et Boris Mirroir troussent encore deux fois deux strips très marrants où le zèle bureaucrate de leur robot va entraîner Clutch dans une situation très embarrassante avec son ex-patron.

- Pinpin reporter. Les pages de Matthieu Sapin sont certes d'une pauvreté visuelle malheureuse, mais cette semaine il se fend d'un petit état des lieux sur ses débuts (avec Sfar, Blain, Sattouf) qui touche par la mélancolie (et aussi l'amertume) qui s'en dégage.

- Zizi chauve-souris. Trondheim et Bianco se fendent de trois nouveaux strips acides comme ils savent si bien les faire : c'est précisément ce qui rend leur collaboration si plaisante, ce refus de produire une bd pour enfants gentille et correcte.

- L'Atelier Mastodonte. Obion se tape encore un terrible bide avec un calembour. Et Nob fait semblant d'écouter le sermon de Trondheim. Y a pas à dire, mais produire chaque semaine une série aussi parfaite est miraculeux.

- Tash et Trash. Dino a aussi du génie : avec un minimalisme confondant, il sort un gag fulgurant.

- Dad. C'est pas joli-joli de vouloir lire le journal intime d'une de ses filles et le papa de Nob va l'apprendre à ses dépens. Là encore, toujours un prodigieux sans-faute. (Voir ci-dessous :)


En direct de la rédak vaut plus par ses annonces - le retour prochain d'Attila - que par l'interview lénifiante de Laudec (dessinateur de Cédric).
Les aventures d'un journal revient sur l'éphémère série Michel et Thierry, par Jadoul et Piroton (le dessinateur du mythique Jess Long, que j'eus le privilège de rencontrer quand j'étais gamin).

Et la semaine prochaine, ô joie, c'est le retour du Royaume de Benoît Féroumont !

Et n'oubliez pas, aussi la semaine prochaine, le Hors-Série de "Spirou" en hommage aux victimes de l'attentat contre "Charlie Hebdo" annoncé par Frédéric Niffle sur Facebook :

"Chers amis,

"SPIROU va réaliser un numéro spécial hors-série qui paraîtra déjà la semaine prochaine afin de rendre hommage aux 12 personnes assassinées dont des auteurs de Charlie Hebdo (Cabu, Charb, Tignous, Wolinski), et pour expliquer pourquoi la liberté d'expression est si importante dans un monde civilisé. Dire que nous ne sommes pas d'accord avec cette vision d'une société totalitaire.

« Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire » Evelyne Beatrice Hall en 1906 pour résumer la pensée de Voltaire.

"Nous vous sollicitons donc pour participer à ce numéro spécial.

"Votre dessin, votre texte, votre/vos planche(s) doivent nous arriver au plus tard ce samedi 10 janvier.

"D'avance un très grand merci pour votre soutien.

"Rappelons toutefois que SPIROU est un journal qui prône la tolérance jusqu'au cœur de sa devise : "Spirou, ami, partout, toujours"

"La rédaction SPIROU."