dimanche 9 février 2014

Critique 410 : DEADLINE, de Laurent-Frédéric Bollée et Christian Rossi

DEADLINE est un récit complet de 80 pages écrit par Laurent-Frédéric Bollée et illustré par Christian Rossi, publié en 2013 par les éditions Glénat.
Le XXème siècle débute. Dans l'Etat du Tennessee, un cowboy, Louis Paugham, usé, arrive en cheval dans une bourgade. Il va frapper à la porte d'une maison, une servante noire ouvre, il l'assomme puis entre. Une fois dans le salon, il fait face à un vieillard dans une chaise roulante sur lequel il bondit quand celui-ci le reconnaît et veut l'abattre. Finalement, Paugham tue son adversaire et quitte les lieux sans que personne n'ait rien remarqué.
Pourquoi a-t-il commis ce geste ? La réponse se trouve dans son lointain passé : après que ses parents aient été tué par deux esclaves noirs en fuite, Louis est recueilli par Philip Paugham, un abolitionniste de la traite négrière qui parcourt le Sud. Lorsque celui-ci est à son tour assassiné par des soldats confédérés, Louis est enrôlé de force dans l'armée.
Bientôt il prend part à une mission : escorter des prisonniers nordistes pour un échange. Parmi eux, un beau soldat noir qui trouble profondément Louis. Une nuit d'orage, il disparaît mystérieusement avant que le jeune homme découvre qu'il a été supplicié et supprimé par deux de ses supérieurs. Louis, surpris, doit fuir pour sauver sa peau.
La guerre de sécession s'achève. Louis erre, hanté par le souvenir de ce soldat noir dont il était tombé amoureux. Des années après, sa route croise par hasard un des meurtriers. Il entreprend alors de venger l'homme qu'il aimait mais aussi de soulager sa conscience.
Pour cela, il devra oser franchir la "deadline", ce sillon que les sudistes traçaient sur le sol de leurs camps pour garder leurs prisonniers, mais aussi la frontière symbolique entre les barbares et leurs victimes...
Cet ambitieux et déroutant western est un objet atypique. Déjà il aborde la question de l'homosexualité et de la ségrégation raciale, mais qui plus est du point de vue d'un sudiste. Le scénariste Laurent-Frédéric Bollée réussit un récit très fort, très troublant aussi, sans jamais ennuyer tout au long de ses 80 pages. Il n'oublie pas pour cela d'employer des motifs classiques et éprouvés du genre avec les grands espaces, les pueblos perdus écrasés par la chaleur, les règlements de comptes, les héros vengeurs. 
Mais dans l'écriture de Bollée, ces stéréotypes sont brouillés par les tours du destin qui donnent une ambiguïté durable aux protagonistes : ainsi, Louis Paugham a toutes les raisons de détester les noirs, responsables de la mort de ses parents, et d'ailleurs son parcours n'aboutit pas un revirement sur la question. Il s'agit davantage d'un homme tombé amoureux d'un autre, lequel se trouve être noir, et la couleur de la peau n'est jamais clairement donnée comme un élément constitutif de son trouble sentimental. Il est certes fasciné par ce soldat nordiste, dont il se demande ce qui la conduit à intégrer l'armée (la promesse d'être affranchi, la conviction de combattre pour une cause juste, ou comme Louis, un embrigadement forcé), mais il semble que ce soit plus l'homme qui l'attire que l'homme noir.
C'est donc un récit psychologique et intime autant qu'une aventure dans le cadre du western et de ses codes auxquels nous invite Bollée, c'est aussi une réflexion sur le destin. Les rencontres que fait le héros et les conséquences qu'elles ont sur son existence le situent davantage que son propre caractère.
L'histoire est ponctuée par des flash-backs renvoyant à l'adolescence puis à la jeunesse de Louis Paugham, en démarrant alors qu'il a la cinquantaine, et se conclut à sa mort (qui n'a rien de spectaculaire). La construction narrative est très habile. Cependant le récit n'a rien à voir avec une version de Brockeback Mountain - si  on devait le rapprocher d'un autre (post) western en bande dessinée, ce serait l'excellent Western de Van Hamme et Rosinski où on assiste aussi à la fin d'une époque en compagnie d'un personnage durement éprouvé et poursuivi par ses démons.
Bollée imagine aussi des scènes très audacieuses mais exposées de manière simple, ce qui augmentent leur capacité à être troublantes (comme lorsque Louis étreint une jeune fille noire avec laquelle il a nouée une relation après la guerre et lui demande d'enfiler les vêtements du soldat qu'il a gardés puis de ramener ses cheveux en arrière pour qu'ils paraissent plus courts : ainsi elle ressemble exactement à celui qu'il a aimé sans pouvoir coucher avec lui). 
Bien entendu, ce qui distingue encore plus l'album, c'est son dessinateur et de ce côté-là, Bollée a eu le privilège de collaborer avec l'extraordinaire Christian Rossi, qui nous gratifie de planches somptueuses.
Héritier de Jean "Moebius" Giraud, dont il pris la succession sur la série Jim Cutlass et donc habitué au western (il avait aussi dessiné le très bon Chariot de Thespis), Rossi a connu la consécration qu'il mérite avec la série W.E.S.T.. Il a adopté la même technique graphique pour Deadline en employant la colorisation directe et le résultat est stupéfiant : la palette est volontairement réduite à une gamme de jaunes, ocres, marrons en majorité, mais le rendu est d'une beauté incroyable.
L'art de la composition, le souci de l'expressivité, la méticulosité des décors (en particulier les paysages naturels, mais aussi les endroits habités présentés avec des perspectives admirablement maîtrisées), le découpage varié, tout est là, la marque d'un très grand artiste au sommet de son art, qui lui permet de jouer avec les ambiances, les émotions à un degré tel que cela rend la voix-off parfois un peu redondante.
Glénat a bien fait les choses en ajoutant un cahier de croquis au livre, ce qui permet d'apprécier la quantité d'essais de Rossi pour préparer ses personnages.
Magnifique bande dessinée au sujet et au traitement inattendus, servis par une équipe créative bien inspirée. 

mercredi 5 février 2014

Critique 409 : DAREDEVIL BY MARK WAID, VOLUME 5, de Mark Waid et Chris Samnee


DAREDEVIL BY MARK WAID, VOLUME 5 rassemble les épisodes 22 à 27 de la série écrite par Mark Waid, publiés en 2013 par Marvel. Le dessins sont signés par Chris Samnee.
 
 
 
"Ikari. Japanese for 'Fury'."
(Daredevil #25)
 
Ce cinquième recueil des épisodes de Daredevil écrits par Mark Waid commence par les retrouvailles musclés entre le héros et le Superior Spider-Man (rappelons cet effet que, désormais, le corps de Peter Parker est l'hôte de l'esprit du Dr Octopus) : ce dernier, sollicité par Kirsten McDuffie (l'assistante du procureur, qui a eu une liaison avec Matt Murdock et pense qu'il représente désormais en tant que Daredevil un danger pour lui-même et la société), veut infliger une correction à son collègue lorsqu'ils sont surpris par Stiltman (l'Homme aux échasses) en train d'attaquer un hélicoptère.
Après avoir neutralisé le vilain et avoir convenu du malentendu de leur affrontement, les deux justiciers se séparent. Matt Murdock entreprend de se réconcilier avec Foggy Nelson, qui l'a viré de leur cabinet d'avocats pour les mêmes raisons que Kirsten McDuffie l'a rejeté. C'est alors que Foggy confie à son ami son douloureux secret : il souffre d'un cancer.

En un chapitre, Mark Waid a réussi à retourner le lecteur : 20 pages après le début de l'épisode, plein d'action, il accable Daredevil et le lecteur avec une révélation terriblement poignante. Tout l'arc qui va suivre va être marqué par ce coup de théâtre et les conséquences sur la vie d'homme et de héros de Matt Murdock. Si cela frappe autant les esprits, c'est que la maladie éprouve un des tandems les plus anciens de l'univers Marvel, quiconque est fan de Daredevil ne peut qu'être touché par le tourment qui touche les deux personnages et par la manière dont Mark Waid choisit de ne pas tricher avec ce ressort dramatique.
Le scénariste ne se sert pas du cancer à la légère, il l'utilise pour traiter de la fidélité et de la loyauté entre les deux amis mais aussi pour désigner les limites à la fantaisie propre aux comics de super-héros : ainsi, l'épisode 26 est enrichi d'une "back-up story" de 8 pages où Foggy, à l'hôpital, accepte pour un médecin de parler à des enfants également atteints du même mal. Ils écrivent et dessinent un comic-book mettant en scène les Avengers contre un monstre symbolisant le cancer et dont ils viennent à bout. Foggy croit alors que ces gamins croient que les super-héros peuvent vaincre ce qui les affligent avant de comprendre qu'ils ne sont pas si naïfs et cherchent surtout par ce biais à composer avec leurs maladies.
Waid ne prouve pas seulement ici qu'il a le don, rare, d'écrire des histoires avec humanité et émotion, au-delà des clichés sur la violence et la sexualité que véhiculent nombre de comics, il nous dit que le monde des super-héros tel qu'il le conçoit, s'il a sa part d'irréalité, parle aussi et surtout des personnages qui les entourent et qui sont vulnérables. Et si les seconds rôles peuvent souffrir et mourir, alors les héros ne sont pas non plus à l'abri.

Par ailleurs, ces six nouveaux épisodes forment aussi une conclusion aux deux premières années du run de Mark Waid, la fin d'un premier acte en quelque sorte. Il était implicitement dit dans le précédent recueil que les ennuis subis par Daredevil depuis une vingtaine d'épisodes s'inscrivaient dans une trame plus globale, une manoeuvre orchestrée par un adversaire unique et mystérieux, qui s'était servi de Klaw, de la profanation du cimetière où reposait "Battlin' " Jack Murdock par l'Homme-Taupe, de Coyote pour pousser le héros dans ses derniers retranchements. Son association avec Foggy et sa relation avec Kirsten en ont fait également les frais.
Un nouvel ennemi se dresse devant Daredevil, encore plus redoutable puisqu'il s'avère posséder les mêmes pouvoirs que lui : Ikari (Furie en japonais), dont l'aspect évoque le premier costume de DD et qui se présente à lui en portant le peignoir de boxeur de son père. Il va infliger au justicier une correction terrible, aussi humiliante et douloureuse physiquement qu'éprouvante psychologiquement, lui promettant de le tuer mais sans préciser où et surtout quand. Murdock, déjà ébranlé par ses combats précédents, la maladie de Foggy, sa rupture avec Kirsten, cède à la panique et doit demander de l'aide à plusieurs de ses amis (en premier, celle de Hank Pym/Ant-Man, mais aussi celles, plus ponctuelles, de Black Widow, Iron Fist, Superior Spider-Man). Il pourra ainsi remonter jusqu'au cerveau de l'affaire, découvrant alors qu'il s'agit d'un de ses plus vieux et rancuniers ennemis.

Cette autre partie de l'arc est brillamment exécuté, sur un rythme soutenu, avec des scènes d'action superbes, pleines d'intensité, qui testent vraiment les limites de la résistance de Daredevil et éprouvent les capacités de déduction du lecteur. Rétrospectivement, on repense aux assauts successifs qu'a dus repousser le héros depuis le début du run de Waid et on apprécie la solidité du plan du scénariste (qui, contrairement à certains de ses collègues, n'a pas claironné qu'il n'avait pas tout organisé sur une presque trentaine d'épisodes et du coup a réussi à mieux nous surprendre). Waid a ce savoir-faire classique mais efficace des auteurs "à l'ancienne" qui dispose ses pions sagement, fait monter la pression, et garde le meilleur pour la fin : on ne voit rien venir tant qu'il ne l'a pas décidé et on est cueilli le moment venu, avec juste ce qu'il faut d'ambiguïté (la réponse de Matt à Foggy quand celui-ci lui demande s'il a vraiment essayé d'épargner complètement son adversaire est troublante à souhait).

Ces épisodes sont tous dessinés par Chris Samnee qui produit une prestation exceptionnelle. Il est aussi à l'aise quand il s'agit d'animer des scènes intimistes entre Murdock et Nelson, grâce à son talent expressif pour traduire les émotions les plus subtiles ou plus dramatiques, que lorsqu'il doit mettre en scène les combats acrobatiques entre Daredevil et Ikari (dont le duel occupe 13 pages sur 20 du #25, entrecoupé par des flashbacks sur les leçons "à la dure" prodiguées par Stick au jeune Matt). 
Waid a travaillé avec son lot de grands artistes, mais Samnee est sans doute le partenaire avec lequel sa complicité est la plus éclatante, la plus aboutie depuis son partenariat avec Mike Wieringo (sur Fantastic Four). Samnee est un dessinateur très complet, au style plein de punch, sachant varier et doser ses effets, qui a su garder le meilleur de ses influences classiques avec des découpages modernes : il possède cette habileté qu'ont les artistes italiens, toute entière dirigée vers la manière de mieux servir le script, de le rendre plus efficace.

Rarement, comme à la lecture de ces épisodes, on a eu le sentiment que les deux facettes de la série et de son héros ont été traitées avec un tel équilibre, poussant Murdock jusqu'à ses extrêmes limites comme Daredevil, mais soulignant surtout que ce qu'il vit comme héros masqué impacte encore plus ce qu'il vit comme homme, et que ce qu'il vit comme homme l'atteint quand il se masque.

C'est une leçon de storytelling avec une profondeur émotionnelle rare ici démontrée. Waid et Samnee explorent l'autre aspect de la vie d'un super-héros, ce que cela veut dire d'être là pour des gens qui ont peur pour lui (peur pour "l'homme sans peur"), d'être à son tour désarmé autant par un adversaire particulièrement retors que par les affres de la vie. 
Les deux auteurs ont ainsi réussi à combiner le récit d'un grand défi pour Daredevil comme la description de l'homme derrière le masque du justicier. Quoi qu'ait prévu Mark Waid pour le futur (après avoir annoncé que son run actuel se terminerait au #36, en Février 2014, tout en assurant que lui et Samnee ne seraient pas loin ensuite), il a déjà réussi à produire un des meilleurs runs de la série - espérons qu'il continuera à s'occuper de "tête à cornes" encore longtemps.

Critique 408 : DAREDEVIL BY MARK WAID, VOLUME 4, de Mark Waid et Chris Samnee


Daredevil by Mark Waid, volume 4, collecte  les épisodes 16 à 21 de la série écrite par Mark Waid et dessinée par Mike Allred (#17) et Chirs Samnee (#16, 18-21), publiés en 2013-2013 par Marvel.
La série entame, mine de rien, sa deuxième "saison" sous la direction de Mark Waid avec ces épisodes : 21 épisodes et un sans-faute (à l'exception des numéros dessinés par Koi Pham, une erreur de casting vite corrigée), par un scénariste qui a su s'approprier le concept du titre tout en conservant des éléments disposés par ses prédécesseurs. Mark Waid a ainsi revitalisé Daredevil de manière spectaculaire.

Le premier chapitre de ce recueil, l'épisode 16, explore la suite directe des évènements traversés parle héros lors de son séjour en Latvérie où les expériences du Dr Fatalis l'ont privé de ses sens. L'histoire est un hommage directe à L'Aventure intérieure de Joe Dante, avec Ant-Man qui se balade littéralement dans la tête de Daredevil pour détruire les implants électroniques que Fatalis y a installé, tandis que Tony Stark/Iron Man et le Dr Strange supervisent l'opération.
Au passage, Waid établit un parallèle (à ma connaissance) inédit entre les parcours personnels de Daredevil et Ant-Man, prémisse à une collaboration entre les deux héros qui sera exploité ensuite. C'est inattendu mais parfaitement bien vu, comme tout ce qu'a entrepris le scénariste depuis le début de son run (où il a surpris aussi en renouvellant la galerie des adversaires du héros). 
Puis on assiste à un coup de théâtre macabre et imprévisible lorsque Foggy Nelson met Matt Murdock devant le fait accompli : ayant trouvé quelque chose de compromettant sur sa santé mentale, il congédie son ami et partenaire de leur cabinet juridique. Waid semble indiquer qu'effectivement le personnage a bel et bien perdu la tête après des années de traumatismes.
L'épisode suivant (le #17) est un peu spécial : il revient sur un moment passé, au début de leur carrière commune, de Foggy et Matt, où l'on devine que ce qui les sépare aujourd'hui prend ses racines dans des tensions plus anciennes, malgré une forte amitié.
Pour l'anecdote, il faut savoir que le dessinateur Mike Allred avait exprimé dans le courrier des lecteurs de la série son enthousiasme par rapport à la contribution de Mark Waid, et c'est ainsi que Marvel, profitant du départ de l'artiste de chez DC (où il réalisait, avec Chris Roberson, la série I, zombie, pour le label Vertigo), lui a offert de participer à ce chapitre.
Waid a taillé un épisode sur mesure pour le style surréaliste d'Allred en convoquant Stilt-Man (l'Homme aux échasses), un des vilains les plus grotesques de la série. La bataille qui l'oppose à Daredevil occupe une bonne partie de l'histoire, mais son épilogue demeure touchante.
Il est alors temps de passer au plat de résistance de l'album avec un arc en quatre parties (#18 à 21), à nouveau illustré par Chris Samnee.


A la manière du récit qui vit s'affronter Daredevil à Mole-Man (l'Homme-Taupe) dans le volume 2, Mark waid orchestre un haletant suspense, riche en rebondissements, et qui emprunte volontiers au genre horrifique. 
L'argument que creuse le scénariste consiste à faire croire au lecteur mais aussi aux proches de Matt Murdock et à Daredevil lui-même qu'il perd la raison. C'est suffisamment bien fait pour qu'on n'ait pas envie d'y croire alors que tout le laisse penser, mené à un rythme d'enfer, avec le retour d'Ant-Man en guest-star, ou de l'assistance du procureur, Kirsten McDuffie, avec laquelle Matt flirte depuis peu, mais aussi la réapparition d'un ancien personnage issu des runs de Brian Bendis et Ed Brubaker.
Des apparitions, réapparitions et disparitions, il en est beaucoup question dans cette histoire où le méchant, Coyote (une nouvelle création, au design conçu par Paolo Rivera, très réussi), possède un pouvoir relatif à la téléportation, et dont Waid tire des effets très inventifs et affreux.
Jusqu'à présent, Daredevil semblait dans un déni complet des traumas qu'il avait vécus (et ce depuis les runs de Frank Miller, Ann Nocenti jusqu'à Bendis, Brubaker et Andy Diggle). Waid semait pourtant des indices discrets sur la possibilité qu'il ne les avait pas surmontés (comme quand il le montrait souriant dans une cage aux lions dans l'épisode 4 ou appréciant visiblement d'être devenu l'homme le plus dangereux du monde pour plusieurs organisations criminelles à la fin de l'épisode 6).
Pour précipiter la chute du héros, Coyote, par la main de Waid, organise la rupture de Murdock et Nelson, puis s'en prend à la pègre locale via le meurtre d'un de ses barons dont est accusée son innocente infimière, fait resurgir un être cher pourtant incapable d'être là où elle apparaît... Autant d'éléments qui dirige les soupçons de Daredevil contre un des premiers adversaires qu'il a rencontré depuis que Waid écrit ses aventures. Mais là encore, l'auteur réserve une surprise à son héros et ses lecteurs.
La confrontation finale entre Daredevil et Coyote est spectaculaire et jubilatoire à souhait, mais s'avère n'être qu'une étape supplémentaire dans ce qui est désormais clairement une saga plus ample, plus souterraine : nous devinons en effet que tous les ennuis que traverse "Tête à cornes" depuis son retour à New York et la reprise de ses activités de juriste et de justicier est une opération dirigée par un mystérieux comploteur. Comment ne pas avoir envie de connaître la suite (et fin) de cet acte ?

Encore une fois, Mark Waid et le dessinateur Chris Samnee délivre une leçon de narration avec ces épisodes palpitants et sombres, mais qui savent se détacher des imposantes ombres tutélaires de Miller, Nocenti, Bendis et Brubaker.
Ce qui distingue ce run des précédents, c'est justement un goût plus prononcé pour l'action, l'aventure, au-delà de l'influence "série noire". Cet arc en est la brillante démonstration avec ces éléments fantastiques intégrés à une intrigue perverse, ses effets savamment dosés qui empruntent plus aux codes traditionnels des super-héros qu'à ceux du polar déguisé par le folklore super-héroïque.
Une grande part du mérite de cette réussite est dûe à la contribution de Chris Samnee, qui produit un fantastique travail depuis son arrivée sur le titre (tout en permettant, au passage, à la série, d'avoir un artiste capable d'aligner plus de trois épisodes d'affilée - et ce en les dessinant mais aussi en les encrant, à partir d'un script écrit selon la méthode Stan Lee, soit un découpage très libre sur lequel sont ajoutés des dialogues). 
Une des raisons pour lesquelles je crois qu'on tient là un des meilleurs comics actuels, meilleur même que durant les épisodes illustrés par Paolo Rivera et Marcos Martin (qui, ne vous méprenez pas sur mon jugement, sont quand même deux très grands artistes), c'est qu'il existe entre Waid et Samnee cette alchimie qui fait les grandes séries, qui signe les grands runs : ils travaillent simplement mieux ensemble, ils donnent le meilleur d'eux-mêmes ensemble. Il s'agit davantage d'une synergie et d'une énergie produites par ces deux créateurs que d'une simple et belle collaboration comme lorsque Rivera et Martin accompagnaient Waid. C'est, disons-le, même si l'expression est un cliché, la magie de la bande dessinée en action  quand un auteur et un artiste sont si évidemment sur la même longueur d'ondes, le scénariste stimulant le dessinateur qui cherche à servir au mieux le script.
Le cliffhanger de l'épisode 21, qui clôt ce recueil, ajoute à l'impatience de découvrir la suite. Chaque épisode est bon (très bon même), rien n'est en trop mais rien ne manque, la piste que suivent les auteurs donne envie de connaître le prochain chapitre, la trame générale qui se révèle progressivement est très prometteuse. Que demander de plus - sinon que ça dure !

Critique 407 : SUPERMAN - SECRET IDENTITY, de Kurt Busiek et Stuart Immonen

Avec SUPERMAN : SECRET IDENTITY, le scénariste Kurt Busiek et le dessinateur Stuart Immonen ont produit en 2004, dans cette mini-série (hors continuité) en 4 épisodes, une variation originale sur l'homme d'acier.
Busiek a puisé son inspiration, comme il l'explique dans la préface de l'album, dans un vieil épisode de la revue DC Comics Presents (#87), écrit par Elliot S. Maggin et dessiné par Curt Swan, publié à l'époque de la saga Crisis on Infinite Earths (de Marv Wolfman, George Perez et Jerry Ordway). C'était une histoire sur le Superboy de Terre-Prime, un jeune Clark Kent qui avait grandi dans une réalité parallèle considéré comme notre monde, c'est-à-dire sans autre super-héros ou vilain, ni extra-terrestres, où tous les personnages étaient considérés seulement comme des figures de comics. Dans ce monde-là, Clark Kent était moqué à cause de son nom inspiré par celui du Superman des bandes dessinées, et quand il découvrait ses pouvoirs, il décidait de les cacher... Mais il n'est nul besoin d'avoir lu cet épisode pour apprécier le récit de Busiek et Immonen.
Nous faisons ici également connaissance avec un adolescent du nom de Clark Kent, qui vit dans une bourgade du Kansas. Ses parents l'ont prénommé ainsi sans malice mais le garçon souffre des railleries de ses camarades. Un week-end, il part camper, seul. La nuit venue, alors qu'il ne trouve pas le sommeil, il découvre qu'il peut voler...

Que feriez-vous si vous vous trouviez subitement doté des pouvoirs de Superman ? Pour ce jeune garçon, c'est d'abord l'extase de voler dans les airs. Mais quand il voit quelqu'un en danger, suite à l'inondation d'un village voisin, il n'hésite pas et lui sauve la vie, tout en prenant soin de ne pas être identifié.
Cet acte fondateur va servir de principe et de moteur à ce Clark Kent, résolu à utiliser ses pouvoirs (dont il ignore l'origine) pour le bien tout en veillant à ne jamais être reconnu (en premier lieu par une journaliste qui enquête sur ce phénomène). Bientôt, ce sera au tour du gouvernement d'essayer de découvrir qui il est, d'où il vient, et comment le contrôler...
L'histoire est découpée en quatre parties. 
Le premier chapitre, Smallville, raconte la découverte de ses pouvoirs par Clark et sa décision de ne jamais dévoiler publiquement son état. 
Le deuxième chapitre, Metropolis, voit Clark s'installer à New York pour y devenir un écrivain (avec succès), jusqu'à sa rencontre avec une certaine Lois (Chaudhari) et son premier affrontement avec les autorités gouvernementales (qui réussissent à la capturer brièvement). 
Le troisième chapitre, Fortress, voit Clark devenir père et s'assurer que le gouvernement ne cherchera plus à le piéger en passant un accord avec un agent fédéral, Malloy. 
Le quatrième et dernier chapitre, Tomorrow, conclut l'histoire avec un Superman devenu plus âgé, découvrant si ses filles jumelles ont hérité de ses pouvoirs, et observant l'évolution du monde qui l'entoure, un monde dont il a fait partie sans vraiment jamais s'y sentir chez lui.


Les deux auteurs (car, comme Busiek le souligne dans sa préface, le projet doit considérablement à son dessinateur) suffiraient à eux seuls à justifier l'achat de cet album : d'un côté, Kurt Busiek, un scénariste réputé pour sa connaissance encyclopédique des super-héros et sa capacité à les appréhender avec l'oeil de l'homme de la rue (procédé à la base de ses deux chefs d'oeuvre, Marvels avec Alex Ross, pour Marvel Comics, et son creator-owned, Astro City, avec Brent Anderson, pour DC) ; de l'autre, Stuart Immonen, un artiste de premier plan capable de passer des comics mainstream (New Avengers, Ultimate Spider-Man, All-New X-Men avec Brian Michael Bendis) à des projets indépendants (Moving Pictures avec sa femme Kathryn Immonen) ou un mix déjanté des deux (Nextwave, série culte avec Warren Ellis).
Leur rencontre est à la hauteur des attentes et aboutit à une production somptueuse, d'une rare finesse narrative et d'une grande beauté visuelle.
Esthétiquement, Immonen est encore dans sa période réaliste, et il assure également la mise en couleurs et l'encrage. Ses efforts, comme il le précisa dans une interview au magazine "Comic Box", portèrent sur la manière la plus subtile de représenter les personnages et les décors de façon vraisemblable, crédible, sans tomber dans le photo-réalisme, mais plutôt en privilégiant une vivacité dans le trait.
Immonen mixe ainsi des images non encrées ou partiellement encrées avec une colorisation directe avec d'autres plans complétés digitalement. Mais le rendu est si parfait qu'il est impossible de détecter quand des éléments numériques sont intégrés au dessin traditionnel. Les ombrages sont admirablement nuancés, la texture des ambiances incroyablement sophistiquée : cela donne merveilleusement pour les scènes de la vie ordinaires, croquées avec un naturel confondant, comme dans les séquences plus extraordinaires (notamment quand Superman vole ou lévite avec des angles de vue, des compositions simples et efficaces, comme on en a rarement vues, y compris au cinéma).
Le dessinateur y prouve son talent unique pour capter les mouvements, les expressions, les décors (qui ne sont jamais surchargés). Cette sensation de naturalisme est troublante et donne presque l'impression d'un reportage car le même traitement est appliqué qu'il s'agisse de Clark Kent ou de Superman, prolongeant cette effet de normalité.
Le transformisme graphique d'Immonen (dont le style varie selon le projet avec une souplesse déconcertante) est vraiment prodigieux, mais surtout il trouve toujours le bon traitement quelle que soit l'histoire.
Le scénario de Busiek n'est pas en reste et séduit d'abord par sa simplicité. Car le mérite premier de son histoire est de raconter un surhomme à hauteur d'homme : en vérité, ce Superman-là parle davantage de Clark Kent que de Superman, et l'on se dit que, s'il y avait bien matière à adapter ce personnage au cinéma, les producteurs auraient été bien inspirés de puiser à cette source (plutôt que d'en tirer des versions spectaculaires, sérieuses jusqu'à être pompeuses - seul, finalement, le premier film de Richard Donner a réussi à traduire la merveilleuse métaphore qu'offre ce héros, immigré, "alien", comme ses créateurs).
Par exemple, une riche idée est de faire de Clark Kent un jeune homme qui, une fois qu'il a découvert ses pouvoirs, choisit, lors d'Halloween, de se déguiser en... Superman - la couverture idéale pour brouiller les pistes et entretenir la thèse que, lorsqu'il interviendra, ce sera considéré comme un canular (au même titre que beaucoup croit qu'Elvis Presley est encore vivant). 
Pour faciliter l'immersion du lecteur dans la psychologie du héros, Busiek recourt à la voix-off en abondance : le procédé est facile, mais quand il est bien utilisé, que ce que pense le héros et apprend ainsi le lecteur est bien écrit, qu'on accède à ses émotions en les comprenant, c'est imparable. Ce monologue intérieur  dit comment il gère ses capacités extraordinaires, l'appréhension constante qu'on le démasque, qu'on s'en prenne à ses proches (sa femme puis ses enfants), ses sentiments sur le fait que les autorités cherchent à la fois à le contrôler ou le supprimer car elles ont peur qu'un tel individu se retourne contre le gouvernement... 
Sur la source des pouvoirs, Busiek prend le parti de ne pas expliquer, tout juste suggère-t-il quelques pistes. mais ce n'est pas important en fait, d'ailleurs, très vite, on ne s'interroge plus à ce sujet. Il écarte aussi les clichés, le folklore : pas de super-vilain, pas de grandes batailles... Si Superman existait et qu'il soit le seul surhomme au monde, il s'emploierait à sauver des gens pris au piège lors de catastrophes naturelles tout en admettant qu'il ne peut pas tout régler, il négocierait avec les fédéraux sa participation à des opérations précises, il se presserait d'agir pour pouvoir retrouver sa femme lorsqu'elle accouche. Il se comporterait aussi normalement en définitive qu'un être de son calibre le ferait. 
Busiek ne fait également que peu de références à l'univers des comics, tout juste joue-t-il sur des situations qui justement souligne à quel point ces références embarrasse son personnage ou alors il s'en amuse de façon discrète (avec les citations de noms comme ceux de Lana Lang ou Jimmy Olsen : ainsi évite-il l'écueil de la parodie ou du méta-texte, qui plomberaient son récit. Tout est fait pour ne jamais s'éloigner des doutes, des angoisses, mais aussi des buts, des joies de ce Clark Kent, ainsi ils revêtent une portée universelle et permettent de s'identifier à partir d'un personnage auquel il est pourtant apparemment impossible de le faire : l'émotion de cette histoire provient de sa capacité à parler de manière touchante, intelligente, juste, de la condition d'un individu dont la seule distinction (certes, de taille) est d'être un homme avec des pouvoirs fantastiques, mais un homme d'abord et avant tout.
La plausibilité étonnante de ce récit montre la pertinence de la démarche narrative et graphique de Kurt Busiek et Stuart Immonen : au fond, Secret Identity est un conte initiatique dont les éléments les plus fantaisistes ne servent qu'à souligner l'universalité de ce que traverse son héros. Selon une théorie célèbre du cinéaste Quentin Tarantino, cette histoire illustre parfaitement et avec sensibilité que ce n'est pas Clark Kent qui devient Superman mais bien Superman qui devient Clark Kent.

mardi 4 février 2014

Critique 406 : FABLES, VOLUME 18 - CUBS IN TOYLAND, de Bill Willingham, Mark Buckingham et Gene Ha

FABLES : CUBS IN TOYLAND est le 18ème tome de la série créée et écrite par Bill Willingham, publiée par DC Comics dans la collection Vertigo en 2013. Il fait suite à à Inherit the wind (#108-113) et propose les épisodes 114 à 123, dessinés par Mark Buckingham (#114-121) et Gene Ha (#112-113).
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- #114-121 : Cubs in Toyland. Bigby Wolf et sa fille Winter se trouvent dans le pays de North Wind où elle vient d'être désignée pour succéder à son grand-père. Dans leur maison, Snow White s'occupe de ses autres enfants mais néglige une de ses filles, Therese, qui se plaint d'avoir reçu comme cadeau un bateau en plastique qu'elle pense prévu pour un garçon. 
A New York, les autres Fables visitent le château de Mr Dark désormais vacant dans le projet de s'y installer mais découvre dans une cellule Leigh Douglas (l'ex Nurse Spratt) et son co-détenu Verian Holt. 
Cependant, tandis que les enfants de Bigby et Snow White s'amusent au grand air, Therese s'éloigne et découvre Lord Mountbaten, le tigre mécanique désormais rouillé. Suivant les ordres de son bateau en plastique, elle le met à l'eau et il se met à grandir jusqu'à ce qu'elle puisse monter à son bord. Il l'entraîne jusqu'au pays des jouets où elle doit devenir leur reine, mais c'est un monde désolé et plein de sinistres secrets qu'elle va découvrir. L'aventure va littéralement la métamorphoser et aboutir à un drame...

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Dans cet arc en 8 parties, Bill Willingham se penche à nouveau sur le sort des enfants de Bigby et Snow White, en particulier Therese. Il brode une aventure étonnante et très sombre en inventant un nouveau monde, celui des jouets. Ce faisant, il relègue au second plan, en quelques scènes, ce qu'il advient des autres Fables explorant le château de leur ancien ennemi, Mr Dark (neutralisé par North Wind, le père de Bigby).
L'intrigue que développe Willingham sort des sentiers battus et va se révéler comme une des plus tragiques de toute la série. Il m'a fallu, je l'avoue, du temps pour démarrer la lecture de ce tome et aussi pour entrer dans cette histoire, mais une fois dedans on est accroché et le dénouement est poignant comme jamais (en tout cas, il égale en émotion celui de Fables vol. 12 : The Dark Ages, avec l'agonie de Boy Blue).
On pourra, si on est principalement intéressé par les Fables, trouver cet arc un peu longuet et superflu, mais le scénariste a pris un parti courageux en ne donnant pas forcément tout de suite aux fans ce qu'ils attendent et leur réservent quand même de spectaculaires surprises, amenées à être ultérieurement développées, c'est indéniable.

La tonalité du récit est au début faussement légère avec sa jeune héroïne, mais rapidement on comprend qu'une ambiance angoissante, morbide, plane sur son aventure. Les couleurs vives cèdent vite la place à des teintes plus lugubres, avec le décor d'un château en ruines, des jouets abimés, cachant à leur reine des secrets étranges (et finalement sinistres).
En définitive, Willingham capte parfaitement ce qui fait le sel des contes, ces histoires apparemment pleines d'insouciance et de naïveté mais aux péripéties et à l'issue souvent dérangeante et anxiogène. A cet égard, les dessins de Mark Buckingham et la colorisation de Lee Loughridge sont essentiels pour apprécier la transition entre les décors enneigés et les jeunes personnages qui s'y amusent jusqu'à la rencontre avec le vieux tigre rouillé puis le début du voyage à bord du bateau en plastique et l'arrivée dans le pays des jouets sur une plage à marée basse dominée par un ciel gris et peuplée de peluches et autres en sale état : on passe en un chapitre de la guimauve à l'épouvante, de la joie de vivre au cauchemar.
Buckingham réalise l'intégralité de cet arc, avec en alternance à l'encrage Steve Leialoha (pour le meilleur) et Andrew Pepoy (pour le moins bon). Mais sa manière de dessiner, notamment les visages séduisants progressivement marqués par les épreuves, est admirable.

Willingham reste fidèle à l'esprit de sa série : Fables ne s'adresse pas aux enfants, c'est une bande dessinée adulte et qui n'hésite pas à explorer des pans sombres, qui dérangent, mettent mal à l'aise. Il s'autorise des apartés conséquentes pour enrichir encore son univers. C'est ambitieux, et certaines séquences sont franchement difficiles (la révélation des jouets sur leur passé, ce qui arrive à Dare, le destin de Lord Mountbaten). Ce n'est assurément pas le tome le plus sympathique de la série.

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- #112-113 : The Destiny game. Un écrivain, sur le point d'aller se coucher avec sa femme, prend auparavant le temps de rédiger une fable mettant en scène le passé du Grand Méchant Loup dans la Forêt Noire. Il y rencontre une sorcière qui, sur le point d'être dévorée, lui prédit un funeste destin. Elle est épargnée et dit ensuite l'avenir plus radieux qui attend un autre visiteur. En rencontrant une tortue, le Grand Méchant Loup découvre qu'il a été trompé par la sorcière et peut changer son avenir...

Chronologiquement, ces deux épisodes se situent avant la saga Cubs in Toyland, mais on peut les lire après sans problème car il s'agit d'une histoire située dans un lointain passé, une parenthèse qui permet surtout à Mark Buckingham de souffler un peu en étant remplacé par Gene Ha (avec l'aide de Zander Cannon).
Le dessinateur de Top Ten illustre ce dyptique de manière magnifique : ses planches sont détaillées sans être trop chargées, et la mise en couleurs de Art Lyon capture merveilleusement l'ambiance nocturne de ce conte. Le Grand Méchant Loup a une allure impressionnante et le combat final avec Magus est de toute beauté avec des effets très bien appliqués.

L'histoire elle est très efficace, une variation sur le destin et ses prédictions. On retrouve un personnage secondaire 5apparu dans Fables vol. 15 : Rose Red), la tortue avec sa tasse de thé sur le dos, qui a droit à de savoureux dialogues.
Willingham nous régale avec cette intermède qui vient clore le programme du recueil.
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Récemment, le scénariste a annoncé que la série s'achèverait au 150ème épisode : il faut donc en profiter ! En attendant, la prochaine étape nous dévoilera ce qui va arriver à Snow White dans un album éponyme...