samedi 1 septembre 2012

Critiques 347 : REVUES VF SEPTEMBRE 2012

DC Saga 4 :

Justice League (#4 : Aux origines) : l'entrée en scène d'Aquaman exacerbe les tensions au sein de l'équipe alors que les Paradémons continuent d'attaquer. Le jeune Victor Stone se transforme en Cyborg et surgit à son tour sur le champ de bataille où le grand méchant de l'affaire ne tarde pas à (enfin !) s'annoncer...

Plus cet arc progresse, plus sa qualité régresse : depuis longtemps, il n'y a plus de suspense sur l'identité du vilain à l'origine de ce chaos censé souder les plus grands héros de la terre, mais le traitement desdits héros est d'une accablante nullité. Ce sont tous, passez-moi l'expression, de sombres têtes de cons, dont l'inexpérience en tant que groupe ne saurait excuser leur affligeante caractérisation. Ce mois-ci, on a à nouveau droit à des répliques à l'humour daté de Green Lantern (références à Dallas peut-être dûes au traducteur, Jérôme Wicky, cela dit, mais bon), Wonder Woman est décrite comme une gourde, Aquaman comme un souverain emperlousé... Les autres en sont (déjà) réduits à faire de la figuration.
Geoff Johns rend ici une piètre copie, à des lieues de ce qu'il faisait avec la JSA.

Les dessins de Jim Lee sont également devenus au fur et à mesure des caricatures de comics, avec des enchaînements de plans souvent bâclés, et abusant de splashs et doubles pages (toute la fin de l'épisode ainsi donne plus le sentiment d'un remplissage tape-à-l'oeil que d'un effet rendant compte de l'impressionnante entrée en scène de Darkseid). On se demande à quoi vont ressembler les deux prochains épisodes...
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Superman (#4 : Esprit à louer) : l'homme d'acier est (encore) aux prises avec ces monstres... Zzzz...

Bon, on va aller vite : c'est soporifique, mal dialogué... George Pérez est assommant et son intrigue inintéressante, dénuée de ressort. Je n'ai pas pu aller au bout de cet épisode qui m'est tombé des mains, et je zapperai la série désormais.

Visuellement, c'est aussi médiocre : le dessin de Jesus Merino est laid, les personnages n'ont aucune allure... Bon sang, c'est tout simplement nul.
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Flash (#4 : L'union) : Barry Allen (apparemment) tombé sous les balles des clones de son ami Manuel Lago, c'est sur le passé de celui-ci que l'on peut se pencher : les expériences qu'il a subies, ses motivations, le sort de ses doubles, sa fuite... Autant d'élements qui donnent une idée plus nette de l'adversaire de Flash tandis que le Pr Guerrero est aux mains des fameux clones.

Le scénario de Francis Manapul et Brian Buccellato s'est un peu grippé depuis le dernier épisode et ce mois-ci encore, l'intrigue a un coup de mou. L'épisode est centré sur Manuel Lago, ses origines (et donc celles de ses clones) : une étape nécessaire pour mieux saisir l'enjeu de l'histoire mais qui ralentit la narration. Mais les dernières pages promettent un sursaut salutaire pour le final.

En revanche, la partie graphique de la série n'a jamais déçu depuis son reboot et ce nouveau chapitre réserve son lot de planches à sensations, avec des compositions parmi les plus belles et sophistiquées qu'un comic-book super-héroïque peut procurer. Manapul tire merveilleusement parti de doubles pages découpées avec intelligence et inventivité. Et la colorisation de Buccellato leur donne des ambiances très évocatrices. C'est superbe.
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Supergirl (#4 : Evasion) : capturée par Simon Tycho, la jeune kryptonienne ne doit son salut qu'à un des employés de ce milliardaire sadique et avide. La riposte de Kara Zo-El sera foudroyante, mais il n'est pas dit qu'elle en ait fini avec son adversaire...

Michael Green et Mike Johnson produisent une série bizarre, où chaque épisode ne raconte honnêtement pas grand'chose mais le raconte avec beaucoup d'énergie : c'est donc un peu creux, les informations sont distillées au compte-gouttes, mais on ne s'ennuie pas et permet d'espérer des développements plus complexes.

L'efficacité des dessins de Mahmud Asrar joue énormèment (comme dans Flash avec Manapul) dans le plaisir de la lecture, et quand l'intrigue se densifiera, on peut là aussi compter qu'avec un tel artiste, la série monte encore en puissance.
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Bilan : "DC Saga" est une revue toujours aussi mitigée, d'autant plus que ses deux meilleures séries reposent beaucoup (trop ?) sur le brio de leurs dessinateurs. Je vais arrêter les frais car le rapport qualite/quantité/prix n'a pas tenu ses promesses.   
Batman Saga 4 :

Batman (# 4 : Accusé, levez-vous !) : Ayant échappé de justesse à une explosion dans un repaire de la Cour des Hiboux qu'il a découvert, Batman se rappelle qu'enfant il avait déjà enquêté, après la mort de ses parents, sur une conspiration qui aurait abouti à leur meurtre. Il en déduit aujourd'hui que la famille Wayne et la construction de Gotham à laquelle elle a activement participé depuis le XIXème siècle sont étroitement liées à cette organisation secrète...

Scott Snyder exploite à fond la fibre "detective story" de Batman et, épisode après épisode, il met en scène le héros dans une enquête tortueuse où le passé de sa famille, de la ville de Gotham et de la Cour des Hiboux s'entrelacent. Cela aboutit à un récit efficace, prenant, quoiqu'un peu mécanique, d'où l'émotion est absente : à vrai dire, n'importe quel privé, en costume ou pas, pourrait être la vedette de cette intrigue riche en secrets de famille et complots. On ne s'ennuie pas, mais il manque à tout ça un peu de sentiment.

Greg Capullo pose un peu le même problème : ses dessins servent des planches rythmées, bien découpées, son Batman évoque le Dark Knight de Miller (trappu, le geste économe, peu expressif), avec un encrage soigné. Mais après 4 épisodes, ce graphisme n'étonne déjà plus, malgré de jolis effets. C'est solide mais pas très sexy.
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Detective Comics (# 4 : Le phénomène) : C'est l'heure des comptes entre Batman et le Taxidermiste. Le justicier doit à la fois sauver sa peau (au propre comme au figuré), celle de Jim Gordon et neutraliser ce malade...

Tony Daniel a les qualités de ses défauts : le classicisme de son écriture, une complaisance certaine pour le glauque, a fait de ce premier arc une lecture peu excitante, sans compter que l'histoire n'a ni la complexité de celle de Snyder (dans Batman) ni l'émotion de celle de Tomasi (dans Batman & Robin).

Mais d'un autre côté, la concision de son récit (bouclé en 4 chapitres), son dessin direct, évite qu'on s'y perde. C'est une série peu inspirée, qui va avoir besoin d'un coup de boost (et d'un meilleur coloriste !) pour son prochain arc, même si c'est exécuté avec professionnalisme.
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Batman & Robin (# 4 : Question de confiance) : Piégés par Morgan Ducard alias Personne, Robin et Batman sont confrontés à l'efficacité de leurs méthodes contre les criminels de Gotham. Si Batman n'entend pas dévier de sa ligne de conduite (en refusant de supprimer ses adversaires, quitte à leur courir régulièrement après), Robin dont l'éducation de sa mère en a fait un tueur et la méfiance de son père l'énerve pourrait bien avoir envie de suivre un nouveau mentor...

Peter Tomasi accomplit vraiment un sans-faute avec ce titre où chaque élément dramatique est parfaitement dosé. L'histoire est prenante mais mieux encore la caractérisation saisit le lecteur, Bruce Wayne éprouvant la loyauté et la droiture de son fils, tenté par un méchant aux méthodes plus proches de son éducation. C'est remarquablement traité, et c'est un tour de force que d'écrire aussi bien un personnage comme Damian, gamin à la fois touchant et psychotique.

Patrick Gleason (avec l'encrage magique de Mick Gray) livre encore des planches sensationnelles, ténébreuses et puissantes. Il émane de ses images une ambiance incroyable, qui bonifie un script déjà remarquable.
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Batgirl (# 4 : La fin des rêves) : Dépassée par le Miroir, son adversaire, Batgirl choisit pour le neutraliser d'utiliser le passé familial du criminel. La manoeuvre est risquée et, par ailleurs, après sa rencontre avec Nightwing, Barbara Gordon prend conscience qu'elle risque vraiment sa vie en revêtant son habit de justicière...

Gail Simone conclut son premier arc, qui n'aura pas été fameux et s'appuie sur un argument polémique (l'héroïne a recouvert l'usage de ses jambes). Mais, à son crédit, on peut la féliciter de ne pas avoir fait traîner les choses. Cependant, comme Detective Comics (même si la série de Daniel est moins faible), la suite devra proposer quelque chose d'un peu plus relévé, de moins mièvre - et aussi répondre à l'énigme de la "renaissance" de Babs.

Les dessins d'Ardian Syaf sont toujours aussi peu séduisants, avec un encrage et des couleurs exécrables. 
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Bilan : "Batman Saga" reste un cran au-dessus de "DC Saga", abritant l'exceptionnel Batman & Robin. Batman ronronne un peu. Detective Comics peut mieux faire. Batgirl est le maillon faible de la chaîne. Mais cette revue donne envie de poursuivre son achat. 

Avengers 3 :

Les Vengeurs (Avengers Assemble # 1 : Zodiaque) : Une nouvelle formation du Zodiaque, bande de criminels dont les noms et pouvoirs sont inspirés par les signes astrologiques, entreprend de conquérir le monde en subtilisant un mystérieux objet convoyé en Latvérie. Hawkeye et Black Widow, sur place en mission de surveillance, intercepte cette cargaison avant d'affronter avec Iron Man et Thor, venus en renfort, un des membres du Zodiaque, Taurus. Peu de temps auparavant, Hulk avait été témoin et acteur d'une situation semblable dans le désert américain où il avait combattu le Verseau...

Cette (énième) nouvelle série Avengers est une production uniquement motivée par le commerce puisque Marvel l'a initiée pour accompagner la sortie du film de Joss Whedon : la line-up de l'équipe y est identique et le principe est de miser sur l'action. Brian Bendis a accepté d'en écrire le premier arc (qui comptera 8 épisodes, après quoi il cédera la place à Kelly Sue DeConick).
Le scénariste a ressorti du placard le groupe de vilains du Zodiaque, relifté pour l'occasion, et délivre un épisode très vite lu, efficace, mais vraiment pas renversant. On ne le sent pas très investi dans cette commande (sans doute aussi parce qu'il l'a écrite au moment où il annonçait qu'il quitterait la franchise "Avengers" cet automne).

Pour assurer au titre une exposition maximale, Marvel a réuni Bendis et Mark Bagley, le tandem vedette d'Ultimate Spider-Man. Bagley est hélas ! encré par l'affreux Danny Miki et ne semble guère plus inspiré que son scénariste alors qu'on pouvait espérer mieux d'un artiste n'ayant jamais dessiné les Vengeurs.

Bref, ça ressemble un peu à un pétard mouillé et l'entreprise est trop opportuniste pour réjouir le fan de base.
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Les Vengeurs (#23-24 : HAMMER Rassemblement !) : Nos héros sont tous tombés dans le piège tendu par Norman Osborn et ses alliés de la Main, l'Hydra et l'AIM, désormais en position de force pour imposer leurs exigences au président américain. Vraiment tous ? Non, car l'agent Daisy Johnson alias Quake, ex-Secret Warriors, n'a pas été capturée et elle va permettre aux Vengeurs de sortir de ce guêpier. Pour Osborn, c'est l'heure de vérité : transformé en nouvel adaptoïde, il défie ses adversaires dans une bataille à quitte ou double...

Reprenant un procédé qu'il apprécie, Brian Bendis renverse une situation compromise pour ses héros par l'intervention d'un joker (presque) extérieur à l'équipe, ce grain de sable va enrayer les plans du méchant et sonner l'heure de la revanche pour les Vengeurs. Il réutilise également l'adaptoïde (comme dans le premier Annual de New Avengers) avec un nouvel hôte et dénoue (un peu trop) rapidement la situation.
Cet arc, très efficace au demeurant, s'apprécie néanmoins encore mieux quand on a suivi simultanèment les épisodes des Nouveaux Vengeurs car on peut ainsi mesurer l'ampleur et l'efficacité du plan d'Osborn, la symétrie des deux intrigues puis leur croisement, avec dans les deux cas le rôle décisif d'un personnage providentiel.
La structure de cette épopée est alors comparable à un event en soi, mais contenu dans les deux séries-phares de la franchise "Avengers", et constitue une des histoires les plus abouties de tout le run de Bendis.

Daniel Acuna revient au dessin pour conclure cet arc et livre des planches remarquables, où son traitement de la couleur si particulier sert très bien l'ambiance. Mais son découpage, l'expressivité de ses personnages, sont également notables.
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Captain America (vol. 6, #8 : Sans défense) : Cap' et Sharon Carter neutralisent l'Escadron du Serpent lors d'un braquage organisé pendant qu'une Madbomb déchaîne la foule dans les rues. Lorsque le vengeur étoilé tente de calmer les civils ensuite, il perd à nouveau le contrôle de ses pouvoirs et ne doit son salut qu'à une intervention du Faucon. Tandis que son compagnon est examiné par Tony Stark, Sharon décide d'enquêter seule et "réveille" le Technoforgeron, qui avait déjà privé Cap' de ses facultés dans un passé récent...

Ed Brubaker a du mal à faire décoller ce nouveau volume des aventures de Captain America : son intrigue, qui emploie une technologie apparue dans d'anciens épisodes de la série, est certes rythmée mais ne fait guère vibrer le fan. En vérité, le plus intéressant réside dans le subplot, avec l'évasion de Bravo par le Baron Zémo et la nouvelle Reine de l'Hydra, sur fond de manipulations bancaires, et là, on retrouve davantage le Brubaker qu'on aime, peut-être moins versé dans l'action pure que dans les machinations complexes.

Toutefois, on ne saurait bouder son plaisir car Alan Davis, même si lui aussi n'est pas étincelant, illustre tout ça avec une vivacité jubilatoire. En fait, il complète très bien Brubaker dans la mesure où, lui, est très à l'aise avec les codes classiques du genre (bagarre, mouvement). L'un dans l'autre, ça reste donc une lecture très agrèable.
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Captain America & Oeil-de-faucon (#3 : Créatures féroces) : ... Là, je dois avouer que j'ai zappé.Je n'avais pas le coeur à m'abîmer les yeux avec les pages de Vitti après m'être régalé en compagnie de Bagley, Acuna et Davis.

Par ailleurs, les deux premiers chapitres de cette histoire par Cullen Bunn ne m'avaient pas accroché pour que j'ai envie d'en savoir plus.
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Bilan : très positif. L'arc des Vengeurs se clôt en beauté et Captain America, même inégal, est un plaisir. Cela suffit à compenser la déception d'Avengers assemble et oublier cette horreur de Captain America & Oeil-de-faucon. Mais le mois prochain, j'arrête les frais avec la fin de l'histoire de Cap' et le dernier épisode pré-Avengers vs X-Men des Vengeurs. Mais on reparlera alors.

Iron Man 3 :

On va aller vite et faire simple puisque je n'ai acheté ce numéro que pour lire la fin de l'arc des Nouveaux Vengeurs.

Les Nouveaux Vengeurs (vol. 2, #23 : Vengeurs Noirs, la renaissance) : Dans un pétrin comparable aux Vengeurs, l'équipe de Luke Cage ignorait toutefois comme Norman Osborn et ses Vengeurs Noirs que Steve Rogers avait gardé un as dans sa manche, et pas n'importe lequel : Skaar, le fils de Hulk ! Celui-ci a infiltré l'ennemi et passe à l'attaque, préparant le terrain pour les Nouveaux Vengeurs et libérant Captain America... Mais pour Cage, cette issue n'est pas aussi heureuse.

C'est le terme d'un des arcs les plus longs et ambitieux de la série pour Brian Bendis et ce final ne déçoit pas : le coup de théâtre final du précédent épisode renverse complètement le rapport de force et offre aux lecteurs une belle baston.
Si on a lu, en même temps, l'aventure des Vengeurs (dans la revue "Avengers"), on apprécie encore mieux le développement de ce récit qui a vraiment impliqué les deux équipes de héros contre un même adversaire en les poussant dans leurs retranchements, en interrogeant les héros sur la manière dont l'opinion les perçoit et sur leur façon d'agir, de communiquer.
Les dernières pages de cet épisode suggèrent d'ailleurs que pour Luke Cage, le personnage emblématique du run de Bendis (qui, après les épisodes tie-in au futur event Avengers vs X-Men et un ultime arc, quittera la franchise "Avengers"), des choix se profilent et chambouleront certainement le titre (qui sera relancé en Février 2013 par Jonathan Hickman et Steve Epting).

Mike Deodato signe 8 planches sur 22 de cet épisode, le reste étant dessiné par Will Conrad : les deux partenaires ont l'habitude de se relayer et leurs styles se complètent bien, même si Deodato est plus puissant et Conrad plus fin dans leurs traits et leurs compositions. Le résultat est efficace, même s'il est dommage que Deodato n'ait pas pu assurer l'intégralité d'un arc fait pour lui.
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L'aventure "Marvel Icons/Iron Man" s'arrête là pour moi. Peut-être y reviendrai-je pour l'ultime arc des New Avengers, mais de l'eau aura passé sous les ponts d'ici-là.

J'ai déjà eu souvent l'occasion d'exprimer mon peu de goût pour le Iron Man de Fraction et Larroca, je n'ai même pas cherché à lire l'épisode de ce mois-ci (les choses ne s'annoncent guère réjouissantes, la série va être reprise par Kieron Gillen et Greg Land le mois prochain en vo).
Quant aux 4 Fantastiques et son spin-off La Fondation du Futur, l'écriture d'Hickman m'a depuis longtemps égaré, et Steve Epting n'a pas été assez régulier sur les 4F pour que j'insiste. La FF m'horripile et son concept ne m'intéresse pas en l'état (Matt Fraction aura un sacré défi à relever en succédant à Hickman, mais il profitera de deux artistes de choix : Mark Bagley et Mike Allred).
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Bilan : tronqué inévitablement. Mais l'histoire des New Avengers se conclut en force.   

Wolverine 3 :

Wolverine & the X-Men (#5-6 : Mutatis mutandis) : Le financement de l'école Jean Grey n'est plus assuré, Angel ayant été jugé inapte à gérer sa fortune par le conseil d'administration de Worthington Industries. Wolverine embarque alors Quentin Quire/Kid Oméga (la forte tête du bahut) pour une virée sur la planète du péché où il espère décrocher assez d'argent pour les frais de son établissement. Cependant, Kitty Pryde, subitement enceinte, subit un examen spécial par le Fauve : mauvaise nouvelle, elle est infectée par des Broods !

Jason Aaron n'a pas peur de la grosse déconne avec cette série et la suite de son deuxième arc vient le confirmer, avec de nouvelles péripéties bien farfelues et très drôles mais également pleines de suspense. Entre quelques parties dans un casino galactique et le remake de L'aventure intérieure pour Kitty Pryde, tout cela est très animé. Mais il faut aussi être attentif aux détails et là, on remarquera des éléments hilarants (graffitis de Quire ou des Bamfs, réaction d'Angel - tout heureux d'être considéré comme un attardé mental et qui se fiche à poil en public...). W & the X-Men est vraiment une série irrésistible.

Au dessin, Nick Bradshaw assure lui aussi sa part du show : ses planches sont très riches... Parfois trop, notamment dans les scènes d'action où il gagnerait à aérer un peu ses compositions pour plus de lisibilité et de rythme. La physionomie de ses personnages est aussi limitée, alors qu'en revanche il est d'une étonnante inventivité pour créer des monstres et d'une méticulosité notable pour les décors.
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Wolverine (#18 : Goodbye Chinatown) : Après avoir découvert avec Gorilla Man un trafic de drogue d'envergure dans le sous-sol de Chinatown, Wolverine doit affronter les sbires de la Griffe de Jade, organisatrice de ce réseau, et ses dragons. Fat Cobra, une des Armes Immortelles des Capitales Célestes (comme Iron Fist avec K'un L'un), s'en mêle alors. Et pour remonter jusqu'à leur ennemie commune, les trois partenaires trouvent un moyen d'infiltration très spécial...

Jason Aaron (toujours lui) est à peine moins délirant dans la série-titre de la revue où il convie un nouveau personnage haut en couleurs, créé par Matt Fraction et Ed Brubaker lors de leur run sur Immortal Iron Fist, le sumo Fat Cobra. Misant plus sur l'action et le choc des caractères, cette histoire réserve un cliffhanger pour le moins inattendu... (C'est assez frustrant de pas en dire plus mais ce serait injuste de gâcher la surprise aux lecteurs)

Ron Garney livre des planches énergiques, aux personnages expressifs, même si son trait nerveux manque parfois de finitions plus soignées (c'est là qu'on voit qu'un encreur lui serait bien utile), mais cette petite faiblesse ne gâche pas le plaisir.
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Bilan : une revue extrèmement divertissante, iconoclaste. 64 pages, c'est trop peu... Mais au moins il n'y a rien à jeter et on attend la suite avec gourmandise. 
Marvel Knights 4 :

Le Soldat de l'Hiver (#1 : Gare aux dormeurs...) : Alors que tout le monde l'a cru tué durant les évènements de Fear Itself, Bucky Barnes a survécu grâce à la formule d'infinité de Nick Fury. Seuls Steve Rogers et la Veuve Noire sont dans la confidence, et l'ex-sidekick a décidé de reprendre sa vie clandestine en compagnie de Natacha Romanov pour neutraliser les agents dormants (qu'il a formé quand il était aux ordres des soviétiques) en Amérique. Mais il semble que des dissidents russes et latvériens aient pris le contrôle de ces tueurs pour éliminer le Dr Fatalis...

Le Winter Soldier n'a-t-il pas, au fond, été toujours le vrai héros d'Ed Brubaker depuis qu'il a pris les commandes de Captain America il y a 8 ans ? Rappelons que le premier arc de la série était déjà consacré au retour de Bucky Barnes, qui a ensuite remplacé le Captain dans la résistance au "Dark Reign" de Norman Osborn puis au sein des Vengeurs durant l' "Heroic Age". Sa mort simulée lors de Fear Itself, après un combat contre Sin (la fille de Crâne Rouge) était en la lampe de lancement pour une série qui lui serait pleinement consacrée.
Et Ed Brubaker peut à nouveau animer un personnage dans des intrigues mixant les codes du super-héros et de l'espion, le registre dans lequel il excelle. Ce premier arc reprend l'idée avancée dans l'arc Goulag de Captain America, avec la présence d'agents dormants sur le sol américains que Bucky a formé quand il était conditionné par les soviétiques. Il fait équipe avec son amante la Veuve Noire.
C'est impeccablement rythmé, avec une ambiance saisissante, sur une trame accrocheuse. Très prometteur. (Je verrais si je continuerai l'aventure avec cette revue, sauf si j'arrive à acquérir le premier tpb qui doit sortir le 26 Septembre).

Au dessin, Butch Guice, colorisé par Bettie Breitweiser, rend un magnifique hommage à Jim Steranko - en mélangeant images photographiques traîtées et illustrées classiquement - et John Buscema. Le rendu est bluffant, expérimental sans jamais oublier d'être efficace.
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Daredevil (vol. 3, #7 : Ennemi public numéro un) : Matt Murdock accompagne quelques élèves non-voyants pour une sortie hors de New York. Le car qui les transporte, pris dans une tempête de neige, a un accident. Livrés à eux-mêmes après la mort du chauffeur, Murdock et les enfants doivent trouver un abri dans cet environnement hostile...

J'ai déjà parlé de cet épisode en critiquant le 2ème album de Daredevil par Mark Waid : le scénariste livre un "one-shot" extraordinaire, où les pouvoirs de Daredevil sont inutiles et où il doit gérer une bande de gamins effrayés. C'est un concentré de tension et d'émotion admirablement écrit, et aussi un chapitre de transition avant un crossover avec Spider-Man et de nouvelles aventures du Diable Rouge.

Paolo Rivera est aussi au sommet de sa forme, nous gratifiant de planches épuisant tous les superlatifs, avec une intelligence dans le découpage notamment et une finesse dans l'expressivité enthousiasmantes. (En prime, cet épisode est dôté d'une couverture qui figure parmi les plus belles de la série et des comics en général cette année)
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Ghost Rider (vol. 6, #6-7 : Les condamnés - Le chemin de rédemption) : L'esprit du Ghost Rider habite désormais le corps d'une jeune femme, Alejandra. En se hasardant dans le bayou, elle découvre un étrange village peuplé par d'anciens criminels reclus ici par une sorcière.
Puis elle doit faire face à Hawkeye qui, comme elle, cherche Johnny Blaze, ancien Ghost Rider, considéré responsable d'un crime abominable en Amérique centrale.

La série relancée en 2011 par Rob Williams n'a eu ni succès critique ni public, et a été annulée au bout de 9 numéros. Sans être indigne, il est vrai que ce n'est pas fameux : la seule originalité (en tout cas pour ce que j'en sais car je ne me suis jamais intéressé au Ghost Rider) tient dans le fait que c'est une héroïne qui est désormais l'incarnation du motard fantôme.
Des deux épisodes, le premier est le meilleur : il se suffit à lui-même, possède une atmosphère d'épouvante inspirée. Et surtout il est dessiné par Dalibor Talajic (5 Ronin : Hulk) dont les planches sont superbes.
L'autre volet ouvre une autre histoire dont la conclusion correspondra certainement à la fin de la série elle-même. Lee Garbett plagie mollement le style d'Oliver Coipel (dont les dernières prestations ne sont déjà pas sensationnelles) pour la partie graphique. Rien de bien jo-jo donc.
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Punisher (vol. 9, #6-7 : La bourse - Suivez le fil) : Dans un premier temps, Frank Castle et le sergent Rachel Cole-Alves, dont les histoires se ressemblent (tous deux se sont engagés dans une vendetta contre des mafieux responsables du massacre de leurs familles), coincent plusieurs cadres d'une organisation dans un chalet. 
Ensuite, les inspecteurs Ozzy Clemons et Walter Bolt sont envoyés sur le lieu du carnage. Clemons traque le Punisher depuis longtemps et sait (et le lui dit) que Bolt informe le justicier. Ils comprennent alors que ce dernier a désormais un complice...

Greg Rucka pilote désormais le Punisher et lui a imprimé sa marque : la série baigne dans le polar bien noir, où il est autant question de survivance que de vengeance. C'est impressionnant dans les deux épisodes de ce mois : d'abord, on a droit à une leçon de narration parallèle, avec un crescendo dans la violence sans jamais que cela ne soit complaisant.
Puis Rucka examine les conséquences du précédent volet avec les deux flics lancés aux trousses du Punisher : leur caractérisation est là aussi un petit modèle du genre, avec d'un côté le vieux briscard obsédé par sa mission et de l'autre le jeunôt qui est rapidement démasqué au sujet de son lien avec le vigilant. Cet épisode est rythmé par la lame du couteau à cran d'arrêt d'Ozzy Clemons, un gimmick sonore qui justement titille le lecteur.

Le premier chapitre est co-illustré par Matthew Southworth (avec qui Rucka a signé Stumptown, une mini-série en creator-owned) et Matthew Clark : le découpage hyper-précis de Rucka s'y révèle, les deux artistes dessinant chacun à tout de rôle une planche (Southworth avec le Punisher, Clark avec Rachel) jusqu'à ce qu'ils se rejoignent pour une dernière double-page épatante.
Puis l'épisode 6 est signé par le tandem Michael Lark-Stefano Gaudiano et c'est un pur régal : on a là l'équipe créative de Gotham Central reformée au grand complet, et chaque planche est admirable. (Le trio a quitté Marvel pour Image Comics pour un projet alléchant de polar-sf, Lazarus, à paraître en 2013)
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Bilan : Très positif. La faiblesse de Ghost Rider est insignifiante comparée au brio des trois autres titres, tenus par des équipes créatives d'un niveau exceptionnel, pour des épisodes de haute volée. Un sérieux challenger à "Wolverine" pour le titre de revue du mois.
X-Men Select 3 :

Les Nouveaux Mutants (vol. 4, #33-37 : Le 3ème choix - Pas vu, pas pris - Le seul survivant - Instinct de retour - Rendez-vous) : le schisme entre Cyclope (prônant une éducation militaire, protectionniste) et Wolverine (voulant revenir à un enseignement et à la cohabitation avec les humains) a divisé également les élèves mutants, qui sont soit restés sur l'île d'Utopia (avec Cyclope) soit sont partis à Westchester (avec Wolverine). Les Nouvaux Mutants (Dani Moonstar, Solar, Magma, Cypher, Warlock et Nate Grey/X-Man) décident, eux, d'une 3ème voie : s'installer à San Francisco, proche d'Utopia mais au milieu des humains.
Cyclope confie cependant une dernière mission à Dani Moonstar : retrouver la mutante Blink, capable de se téléporter. Grâce à Cypher, l'équipe remonte vite sa piste et découvre qu'elle apparaît souvent où des catastrophes naturelles surviennent. Mais aussi là où un étrange groupe de rock se produit...
Après cette aventure, Magma accepte un dîner en tête-à-tête avec... Méphisto en personne (une promesse qu'elle lui avait faîte lors d'un voyage aux enfers, lors des évènements de Fear Itself, pour sauver les âmes de ses amis).

Depuis 2011, les scénaristes Dan Abnett et Andy Lanning, jusqu'à présent en charge des séries cosmiques chez Marvel, ont pris les commandes du titre New Mutants et ont réorgnaisé le groupe en tâchant de leur définir une personnalité à part, qui ne dépendrait ni du clan isolationniste de Cyclope ni des rebelles menés par Wolverine après la rupture idélogique qui a éclaté entre ces deux-là.
C'est ainsi qu'ils choisissent de se baser à san Francisco, au large de laquelle se situe l'île d'Utopia (où sont les partisans de Scott Summers), mais avec l'intention de se mêler aux humains (comme le souhaitait Logan). Cependant, ils acceptent de retrouver, pour Cyclope, une mutante en cavale, mais davantage pour se prouver qu'ils sont capables de travailler en équipe que pour servir leur ancien directeur.
L'intrigue de DnA n'a rien de fôlichon : une entité extraterrestre échouée sur terre possède un groupe de rock, provoquant à chacun de leur concert des catastrophes qui doivent lui permettre de rentrer chez elle. Blink croit pouvoir maîtriser la situation mais reçoit le soutien des Nouveaux Mutants.
En revanche, les deux auteurs sont plus en verve quand il s'agit de caractériser leurs personnages et de décrire leur quotidien dans ce qu'il a de plus ordinaire (emménager, cohabiter) et ils y ajoutent un humour malicieux (la jalousie de Solar, la suffisance de Nate Grey, la fantaisie de Warlock, ou la présence de Méphisto). Le groupe lui-même est composé d'individualités fortes, contrastées, avec des absents notables (pas de Rocket ni de Magik).
Bref, l'ensemble est loin d'être renversant mais demeure sympathique.

Ce qui permet à ces épisodes d'être vraiment savoureux, ce sont les dessins confiés à David et Alvaro Lopez, qui mériteraient d'être mieux employés par Marvel (au lieu d'être trimballés de série en série, jamais sur la durée). Ils soignent superbement les décors, veillent à donner une attitude et des looks réalistes aux personnages, tout en excellant à les rendre extrèmement expressifs.
Leur trait est élégant, vif, souple, et la colorisation magnifique de Val Staples est un régal pour les yeux.
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Bilan : une sympathique suite d'épisodes, même si l'histoire ne vaut pas tripette, mais qui est formidablement mise en images.
(A noter que le bonus de la revue, un court récit en 8 pages, n'est pas du tout consacré à Kitty Pryde, comme l'indique le sommaire, mais à Tornade et Thor. Par ailleurs, on se demande bien ce que ça fiche là !)

jeudi 23 août 2012

Critique 346 : CATWOMAN, VOL. 4 - WILD RIDE, de Ed Brubaker, Cameron Stewart, Nick Derrington et Guy Davis


Catwoman, volume 4 : Wild Ride rassemble les épisodes Secret Files #1 et 20 à 24 de la série, écrits par Ed Brubaker, publiés par DC Comics en 2002-2003. Les dessins sont signés Cameron Stewart, avec des crayonnés de Nick Derington (pour le #22) et Guy Davis (pour les #23-24).
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- Slam Bradley : The McSweeney Case (Catwoman : Secret Files #1). Dessiné par Cameron Stewart. Selina Kyle tient compagnie à Slam Bradley lors d'une planque. Ils surprennent une bande de jeunes cambrioleurs dont fait partie Martin McSweeney que son père a chargé le détective de retrouver et de ramener dans le droit chemin...

- Wild Ride (Catwoman #20-24). Dessiné par Cameron Stewart (#20-21), avec Nick Derington (#22) et Guy Davis (#23-24). Après les épreuves subis lors de l'affrontement contre Black Mask (l'arc et l'album Relentless) et ses lendemains difficiles (l'arc No Easy way down, également dans l'album précédent), Selina a l'idée d'embarquer Holly pour une virée en voiture à travers le pays, histoire de se changer les idées, loin de Gotham.
Les deux amies s'arrêtent d'abord en pleine campagne, dans une ferme, où Selina s'était cachée avant son retour à Gotham. Ted Grant alias Wildcat, membre de la JSA, les y attend. Ayant entraîné Catwoman à ses débuts aux sports de combat et à l'acrobatie, il a accepté de former Holly.



Selina et Holly s'offrent un "road trip" en quatre étapes...



Où l'on découvre qui a entraîné Selina
(et va entraîner Holly)...

Selina fait l'escale suivante seule à Keystone City. Elle y croise Lenny Snart alias Captain Cold (un des adversaires de Flash) qui, en échange de renseignements sur une personne qu'elle cherche, lui demande un coup de main pour un cambriolage. Mais Catwoman, une fois informée, saura jouer un tour malicieux au malfrat.
Puis tandis qu'Holly et Selina reprennent la route et se trouvent involontairement mêlées à un braquage dans un restauroute, à Gotham, Batman aborde Slam Bradley pour avoir des nouvelles de Catwoman. La rivalité entre le privé et le justicier va corser la discussion de façon musclée...



Escale à Opal City : mais après qui
court Selina (sans le dire à Holly) ?

La ballade des deux filles les mène ensuite à Opal City, ville de Starman. Comme à New York où, une nuit avec Wildcat, Catwoman avait surpris de curieux ninjas égyptiens dans un temple caché, Selina est à nouveau prise à parti par ces curieux personnages qu'elle a visiblement dérangés et qui veuelent désormais la supprimer.
Enfin, à St-Roch, Holly découvre la surprise que lui réservait Selina et l'objet des investigations de celle-ci en retrouvant son frère aîné, Davey Robinson. Wildcat présente Catwoman à Hawkman et Hawkgirl, protecteurs de la ville, qui l'éclairent sur les assassins qui la traquent et leur mobile (un vieux contentieux sectaire à partir d'une divinité féline égytienne).
*
Après les épisodes dramatiques du précédent recueil (Relentless), Ed Brubaker offre à son héroïne et sa meilleure amie comme aux lecteurs une échappée loin de Gotham. L'objectif est relancer la dynamique de la série sur un ton plus léger mais qui n'exclut pas quelques péripéties. De plus, Selina Kyle prend cette virée entre copines comme prétexte car elle a un agenda secret : la révèlation finale est doublement inattendue puisqu'il ne s'agit pas d'une affaire concernant directement l'héroïne et n'a rien d'extraordinaire.
En vérité, ce nouveau volume (le dernier regroupant des épisodes écrits par Brubaker, avant que DC ne collecte en albums le run de Will Pfeiffer à partir du #53 !) s'attache davantage à Selina et Holly qu'à Catwoman, qui ne fait que des apparitions comptées et pour pimenter le récit, à la manière d'apartés. Un subplot, avec ces étranges ninjas égyptiens, est tracé en parallèle et laissé en suspens à l'épisode 24, mais c'est clairement secondaire.
Ce choix narratif s'explique par une volonté évidente de contrebalancer la tonalité très noire des précédents épisodes, où le combat contre l'abominable Black Mask et ses conséquences éprouvantes étaient eux-mêmes l'aboutissement d'une intrigue démarré au volume 2 (Crooked little town). Mais c'est aussi une façon d'humaniser à nouveau Catwoman et d'ouvrir son univers en l'entraînant dans des villes emblématiques de l'univers DC.
Ainsi, à la campagne et New York, Selina renoue avec son mentor, Wildcat - ce qui, au passage, permet à Brubaker d'ironiser sur le nombre d'hommes plus âgés qu'elle côtoie (après Slam Bradley et Batman, ou même Stark dans le graphic novel de Darwyn Cooke, Selina's big score, qui fait partie de la continuité tout en se situant à la périphérie de la série).
Puis à Keystone, elle roule habilement Captain Cold lors d'un braquage mouvementé, merveilleusement conçu par le scénariste.
A Opal City, Holly suggèrera à son amie de proposer sa candidature pour intégrer la JSA maintenant qu'elle est dans le droit chemin - là encore, Brubaker souligne, malin, que la féline n'est pas encore assez angélique pour être une super-héroïne traditionnelle.
Enfin, à St-Roch, tandis qu'Holly retrouve son frère (celui que cherchait donc, à travers le pays, Selina), Catwoman en apprend plus sur ses nouveaux ennemis grâce à Hawkman.
En cinq chapitres, Brubaker a su efficacement élargir le réseau de Catwoman, nous raconter comment elle a pu devenir une athlète capable d'acrobaties dans le ciel de Gotham et de tenir tête à ses adversaires, souligner l'évolution positive de l'héroïne qui est acceptée par d'honnêtes héros (et devient même amie avec Hawkgirl).
Le naturel avec lequel il parvient à intégrer tout cela, la subtilité avec laquelle il campe des personnages féminins qui ne sont pas réduits à des caricatures, le soin avec lequel il traite les seconds rôles, font de cette Wild Ride une lecture plus modeste que Relentless mais très agrèable, rafraîchissante. Comme ses héroïnes, on en sort ragaillardi.
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Cameron Stewart reprend les commandes au dessin et livre des superbes planches, toujours aussi bien mises en scène, avec des personnages expressifs. Son trait simple, rond, à l'encrage ferme (appréciez particulièrement la manière dont il joue avec la lumière et les ombres, soutenu par la colorisation de Matt Hollingsworth), est un vrai régal.

Sur la fin, Stewart est épaulé par Nick Derington d'abord puis, surtout, Guy Davis qui lui ont fourni des layouts (des crayonnés légers) sur lesquels il a effectué les finitions (surtout à l'encrage, son point fort, sa formation de base). Il est intéressant de remarquer que les traits de Davis sont plus perceptibles que ceux de Derington, mais dans les deux cas, l'élégance du dessin reste intacte et la cohérence visuelle inaltérée.
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La fin du run de Brubaker n'a jamais été publié en albums, la série devra même composer avec un crossover de Batman (War games). Paul Gulacy deviendra l'artiste suivant, rompant avec la ligne esthétique du titre depuis les épisodes de Cooke.
Mais, en l'état, les 4 volumes disponibles forment un ensemble très consistant, suffisant (même si l'intrigue des égyptiens reste en suspens), servis par d'excellents dessinateurs et des intrigues fortes, une héroïne redéfinie magistralement.
Un run qu'a choisi (enfin !) de traduire Urban Comics et que les fans de DC (et de bons comics en général) ne devront pas rater en vf.

dimanche 19 août 2012

Critique 345 : CATWOMAN, VOL. 3 - RELENTLESS, de Ed Brubaker, Cameron Stewart et Javier Pulido


Catwoman, volume 3 : Relentless rassemble les épisodes Secret Files #1 et 12 à 19 de la série écrits par Ed Brubaker, publiés en 2002-2003 par DC Comics. Les dessins sont signés Cameron Stewart (Secret Files #1, et #12 à 16) et Javier Pulido (#17-19).
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Black Mask à l'oeuvre : un vilain tortionnaire
sui veut se venger de Catwoman...

- Secret Files #1 & Relentless (Catwoman #12-16). Dessiné par Cameron Stewart. Roman Sionis alias Black Mask, un malfrat défiguré par un incendie lors d'un combat contre Batman, s'est installé dans l'East End de Gotham pour en devenir le caïd. Son homme de main, Xavier Dylan, avait arrangé avec des policiers corrompus un échange de drogue contre des diamants, mais le deal a échoué à cause de Catwoman et Slam Bradley. Black Mask est déterminé à faire payer la voleuse-justicière en la faisant souffrir, elle et ses proches. 
Holly découvre les sentiments
que Slam éprouve pour Selina...

Pas plus que Selina Kyle, Slam Bradley ne devine qui leur en veut au point de détruire le centre communautaire qu'a fait bâtir Catwoman avec l'argent de la vente des diamants et l'aide de Bruce Wayne (Slam est d'ailleurs jaloux de l'alter ego de Batman qui flirte avec elle, et avoue ses sentiments à Holly Robinson, la meilleure amie de la féline). Maggie Kyle, la soeur de Selina, revient au même moment à Gotham City où son mari, Simon Burton, a été engagé sans le savoir par Xavier Dylan. Et Catwoman elle-même, en enquêtant sur une bande d'enfants voleurs, renoue avec une vieille amie, Sylvia Sinclair, également complice de Dylan...

L'origine du contentieux entre
Catwoman et Sylvia Sinclair...

L'entourage de Catwoman tombe sous les coups de Black Mask et ses complices les uns après les autres : Simon et Maggie sont enlevés, Slam blessé, Holly piégée cherchant Maggie. Selina comprend que son adversaire connaît son identité secrète et il n'y a qu'une personne ayant pu la lui révèler : Sylvia.





Réglements de comptes au Robbins Building...

Catwoman va donc aller défier Black Mask et Sylvia dans leur repaire. L'affrontement sera terrible et personne n'en sortira indemne...

- No Easy Way Down (Catwoman #17-19). Dessiné par Javier Pulido. Au lendemain de la bataille contre Black Mask et Sylvia Sinclair, tout le monde est sous le choc : Selina entame une liaison avec Slam mais sans certitude pour l'avenir ; Holly est traumatisée et refuse de se confier à Karon (sa girlfriend) qui craint de la voir se droguer à nouveau. Une affaire sur laquelle enquête Slam va mettre en évidence le malaise qui agite la bande et pousser chacun à faire des choix...

La romance de Selina et Slam fait écho à
la nouvelle affaire du détective...


Ce qui ne nous tue pas
nous rend-il vraiment plus fort ?
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D'abord, il faut impérativement avoir lu Crooked Little Town (Catwoman, vol. 2) pour comprendre et apprécier Relentless. Ensuite, une fois terminé ce troisième recueil du run d'Ed Brubaker, on se rend à l'évidence que c'est sans doute le sommet de son travail sur la série (même s'il reste encore un tome, et des épisodes jamais compilés).
A la fin de l'arc précédent (Disguises), le scénariste révèlait qui était le nouveau caïd qui tirait les ficelles dans l'ombre de l'East end de Gotham City, le patron de Xavier Dylan : le terrifiant Black Mask. Si vous n'avez pas lu toutes les histoires de Batman (comme moi), une présentation des protagonistes au début de l'album vous informera qu'il s'agit d'un certain Roman Sionis, défiguré dans un incendie à la suite d'un combat contre la chauve-souris. Cette mutilation l'a rendu psychotique et il aime à torturer ses ennemis avant de les achever. Quand il apprend que Catwoman a fait échouer son deal drogue contre diamants avec des flics ripoux du GCPD, il veut se venger mais en la faisant souffrir. Et pour l'attirer dans sa chambre des supplices, il va s'en prendre aux proches de la féline dont il apprend l'identité secrète par une de ses anciennes amies, criminelle installée dans le quartier.
Brubaker développe un suspense très efficace et angoissant où, pendant quatre épisodes, tous les proches de son héroïne tombe les uns après les autres grâce aux sinistres manoeuvres de Black Mask mais aussi de Sylvia Sinclair. Cette dernière appartient au passé de Catwoman et offre à l'histoire deux flash-backs rappelant à la fois la jeunesse sordide puis la carrière malhonnête de Selina Kyle, des additions nécessaires à la fois pour mesurer l'évolution de la féline mais aussi pour comprendre les origines de la haine que lui voue Sylvia.
Relentless signifie "implacable" et c'est un titre parfait pour cette histoire où Brubaker n'épargne rien à ses personnages (brutalisés, torturés), sans pourtant jamais sombrer dans la violence complaisante (même si les supplices qu'inflige Black Mask à Simon et Maggie sont abominables), misant plutôt sur la suggestion, et conduit Catwoman à être aussi intraitable quand elle riposte. Cela fournit un épilogue à la fois musclé et jubilatoire à cette aventure, culminant avec une longue séquence de combat palpitante. L'équilibre, encore une fois, entre le polar et les codes super-héroïques est fabuleusement trouvé, mené sur un rythme haletant, avec des personnages forts, aux motivations claires, et qui sont réellement troublés par ce qui leur arrive.

Les conséquences sont traitées dans le deuxième récit, No easy way down, dont la structure est plus singulière : il compte en effet 10 segments où la narration est alternativement assurée, en voix-off, par Selina, Slam et Holly. Selina essaie de trouver du réconfort en devenant la maîtresse de Slam mais elle est trop accablée par le sort de sa soeur Maggie pour s'investir dans une vraie relation amoureuse. Slam comprend progressivement que son couple avec Selina est condamnée quand une affaire qu'il a acceptée présente des similitudes avec ce qu'il vit - la différence d'âge, l'engagement, la compréhension et l'acceptation de l'autre et de soi-même. Enfin, Holly s'isole et est rattrapée par ses vieux démons, refusant de se confier à Selina, Karon, Leslie Thompkins.
Brubaker livre encore ici une copie brillante, inspirée et originale, en osant s'attarder sur ce que les comics escamotent souvent, les conséquences psychologiques d'une bataille qui, si elle a permis d'écarter le vilain, ronge les vainqueurs. Le talent du scénariste pour manier les voix-off et donner un langage intérieur propre à chacun de ses personnages est mis à contribution et le résultat est poignant, intense, sonne vrai. Le parallèle entre l'enquête de Slam et le constat qu'il va dresser de sa liaison avec Selina est très habile. Les seconds rôles, comme Karon, Leslie et Batman (le temps d'une scène) valorisent intelligemment la nouvelle épreuve que traversent les vedettes de la série.
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Graphiquement, ces épisodes marquent aussi une culmination après le précédent volume où la succession de Darwyn Cooke n'était pas facile.
Cameron Stewart (que Cooke avait désigné comme son dauphin mais qui n'a pas tout de suite eu la confiance de DC) dessine l'arc Relentless (avec l'aide ponctuelle à l'encrage, sur un épisode, de Mike Manley) et prouve toute sa valeur. Ses découpages possèdent une énergie et une fluidité exceptionnelles, avec des effets de raccords, de mise en page, remarquables. L'animation des personnages, leur expressivité, et le jeu des ombres et lumières sont également sensationnels. Il réussit parfois à être même plus complet que ne l'était Cooke car il exploite pleinement les décors, les ambiances, il est rigoureux dans ses cadrages d'une densité saisissante (les pages sont parfois fournies en cases de petite taille sans que la lecture n'en soit freinée, au contraire : une prouesse que de communiquer visuellement autant d'informations sans ralentir la lisibilité).
C'est vraiment la marque d'un storyteller de haute volée.

Puis Javier Pulido illustre la seconde histoire. Pour qui, comme moi, est fan de l'artiste espagnol, c'est un régal, dans la lignée de ce qu'il a accompli sur Human Target : un trait d'une simplicité extrème, à la limite parfois de l'abstraction, mais redoutablement éloquent, aérien, efficace.
Le découpage est là encore un modèle du genre, avec des alignements de vignettes serrées mais disposées, employées si justement, et ponctuées par des gros plans ou des plans larges épurés, d'une élégance exemplaire.
Encore plus que Cooke, Rader ou Stewart, Pulido s'éloigne du réalisme pour lui préférer le dessin juste, dont le dépouillement est d'une grande richesse en vérité.

Et n''oublions pas de saluer la toujours impeccable colorisation de Matt Hollingsworth.
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Un chef-d'oeuvre ! Si bien écrit, mis en images : une suite d'épisodes d'une qualité impressionnante pour une histoire mémorable.  


mercredi 15 août 2012

Critique 344 : CATWOMAN, VOL. 2 - CROOKED LITTLE TOWN, de Ed Brubaker et Brad Rader, Cameron Stewart, Mike Avon Oeming, Eric Shanower


Catwoman, Volume 2 : Crooked Little Town rassemble les épisodes 5 à 10 et Secret Files #1 de la série écrite par Ed Brubaker, publiés en 2002 par DC Comics. Les dessins sont signés par Brad Rader (#5-9), Cameron Stewart (#5), Mike Avon Oeming et Eric Shanower (Secret Files #1).
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Catwoman au chevet de la "mule" d'un dealer...

- Trickle Down Theory (Catwoman #5). Dessiné par Brad Rader et Cameron Stewart. Devenue la protectrice de l'East End de Gotham, Selina Kyke/Catwoman peut compter sur son amie Holly Robinson pour être ses yeux et ses oreilles dans le quartier. C'est ainsi qu'elle découvre le traffic de drogue dirigé par Dexter Garcia qui se sert de jeunes enfants comme de "mules" pour faire passer sa marchandise depuis l'Amérique du Sud. Mais Garcia n'est qu'un sous-fifre...



Un questionnaire qui éclaire d'un nouveau jour
le personnage d'Holly Robinson...

- Disguises (Catwoman #6-9). Dessiné par Brad Rader. Après avoir répondu à un questionnaire sur internet, Holly fait le point sur sa vie et sa situation actuelle. L'informatrice de Catwoman a connu un passé douloureux et chaotique et seule son amour pour Karon lui permet d'entrevoir des jours meilleurs. Sur la piste d'un nouveau dealer, David G., la jeune femme découvre les malversations de plusieurs officiers de police avant d'être repérée et blessée...
Slam Bradley toujours prêt à donner
un coup de main à sa féline préférée...

Pendant qu'Holly est confiée aux soins de Leslie Thompkins, Catwoman et Slam Bradley mènent leur enquête sur ces flics ripoux à qui ils vont tendre un piège...
Karon ment...

L'héroïne et le détective privé vont profiter des investigations de l'officier du G.C.P.D Crispus Allen (un des héros de Gotham Central) pour confondre MacNulty et Rickett, les policiers corrompus. 
Le terrifiant Black Mask prépare sa revanche...

Xavier Dylan, qui semblait être le cerveau de l'affaire, s'en tire et se révèle n'être que le bras droit d'un malfrat plus important et terrifiant, désireux de se venger de catwoman désormais : Black Mask.

- Joyride (Catwoman #10). Dessiné par Brad Rader. Lors d'un déjeuner en tête-à-tête avec Bruce Wayne/Batman, Selina Kyle lui demande une aide technique pour une opération dont elle se garde bien cependant de lui livrer les détails. C'est qu'il s'agit de faire évader une amie d'enfance, Rebecca, accusée à tort d'un meurtre et qui risque la peine de mort... 
Une amie d'enfance dans le besoin...

- Secret Files #1 :
*The Many Lives of Selina Kyle. Dessiné par Mike Avon Oeming. Quelques truands vont apprendre à leurs dépens que Catwoman, sans avoir totalement renoncé à ses coupables penchants, n'est plus non plus une des leurs.
*Why Holly isn't dead. Dessiné par Eric Shanower. Holly et Selina dialoguent sur la manie qu'ont les scénaristes de comics de ressuciter des personnages mortes - par mépris de la continuité ? Ou par affection pour ces héros ?
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Après avoir brillamment ramené Catwoman sous le feu des projecteurs, dans un rôle ambigü de voleuse-justicière, ce deuxième tome allait-il être à la hauteur du relaunch de la série initié par Ed Brubaker ?
Le scénariste est toujours aux commandes du projet mais Darwyn Cooke est parti vers de nouvelles aventures (l'artiste avait été en désaccord avec Brubaker sur la fin de leur premier arc, que l'auteur avait consenti, sous la pression de son editor, à modifier, et avait préféré partir bons amis ensuite).
Les épisodes 5 à 9 forment en fait une seule histoire, avec un prologue et une fin ouverte qui promet des développements ultérieurs. On trouve là deux aspects essentiels à la fois de Brubaker et de toute bonne série : d'abord, broder une trame d'envergure qui pourra alimenter le récit sur la durée, et ensuite, aboutir à l'apparition d'un méchant qui est resté dans l'ombre mais va devenir l'opposant principal de l'héroïne pour le futur. C'est ainsi qu'on assiste à une sorte de progression dramatique en escalier où, successivement, Dexter Garcia, David G., MacNulty et Rickett, Xavier Dylan et enfin Black Mask passent pour être cette fameuse némésis de Catwoman. Le procédé est habile et efficace, promettant un deuxième acte plus musclé.
Brubaker inscrit la série dans le genre policier comme dans son futur creator-owned Criminal. Les éléments (super-)héroïques sont secondaires, quand Catwoman agit masquée, c'est presqu'un détail cosmétique, comme si elle enfilait une tenue de travail plus commode pour impressionner ses adversaires et se mouvoir dans ses acrobaties. Réussir à faire passer cela avec autant de facilité, de naturel, est la preuve que le scénariste anime aussi bien son récit que ses personnages sans que le lecteur ne soit embarrassé par un certain folklore.
L'intrigue elle-même, par ailleurs, permet aussi d'approfondir les seconds rôles qui entourent Selina Kyle : en premier lieu, c'est Holly qui est dépeinte comme une post-ado au parcours difficile, se lamentant sur son rôle passif, assumant son homosexualité (avec Karon - mise en scène très subtilement, sans que cela semble jamais forcé et encore moins racoleur) ; puis Slam Bradley revient dans la partie et là, c'est plus suggestif, avec une attirance entre lui et Catwoman esquissée de manière progressive.
On remarquera enfin, en guest-stars, la présence de Crispus Allen, présent dans la série Gotham Central, co-écrite par Brubaker et Greg Rucka à la même époque. C'est un autre élément qui contribue à ancrer la série Catwoman dans une toile ambitieuse (mais accessible si on n'a pas suivi ces deux productions). Batman fait une très brêve apparition dans le 10ème épisode, confirmant qu'il existe bien une relation entre le Dark Knight et la féline sans trop la détailler - disons qu'elle agit en marge de la loi avec l'accord de la chauve-souris et flirte avec lui.
Le tout est mené sur un rythme soutenu, avec une très bonne alternance d'action et de moments calmes, une ambiance nocturne soignée, des dialogues sobres et une voix-off très présente mais toujours bien dosée.
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Cooke parti donc, les dessins sont confiés à Brad Rader. Il possède également un style non-réaliste, très mobile et expressif, mais peut-être un peu léger : la relève est difficile et donne du coup à ces épisodes des allures de chapitres de transition sur le plan graphique.
Le choix des encreurs est plus intéressant : au 5ème épisode, Cameron Stewart, disciple de Cooke (à qui il devait directement succéder en tant qu'artiste mais qui n'avait pas la pleine confiance de DC), assure les finitions, puis est ensuite crédité comme encreur jusqu'au #7. Il est ensuite remplacé par Rich Burchett qui, sans avoir son talent, s'accorde très bien avec le dessin cartoony de Rader.
La mise en couleurs de Matt Hollingsworth puis de Lee Loughridge (qui se chargeait aussi de Gotham Central) contribuent à l'unité visuelle, avec des teintes mates très bien distribuées.

L'album se conclut sur deux petits récits, les Secret Files, qu'illustrent Mike Avon Oeming (encré par Mike Manley) dans son style typique, nerveux et exubérant, et Eric Shanower (les deux pages sur Holly, savoureux exercice ironique sur le 4ème mur et les incohérences scénaristiques), très élégant et sexy.
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6 nouveaux épisodes impeccables, même si le dessin est un cran en-dessous. Mais indéniablement une des meilleures séries DC de la décennie écoulée.