lundi 1 novembre 2010

Critiques 175 : SPIROU ET FANTASIO, TOME 50 - AUX SOURCES DU Z, de Yann, Morvan et Munuera


Aux sources du Z est le 50ème tome de la série (sans compter des HS, comme ceux de Frank Le Gall ou Emile Bravo) et le dernier réalisé par le tandem formé par Morvan et Munuera, à l'origine de critiques féroces de la part des fans. Yann, le créateur de la superbe série Pin-Up (avec Berthet), s'est joint à l'aventure pour l'occasion, sans que cela calme personne...
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Le problème de cet album est résumé dans son titre qui est une fausse promesse : la némésis des héros, Zorglub, a beau figurer au premier plan sur la couverture et être un des acteurs principaux de l'histoire, il n'y est que pauvrement traîté, à contre-emploi.
Non, au lieu de ça, les auteurs ont voulu, au lieu d'un album classique mais efficace, humble mais solide, marquer le coup en proposant un récit dont l'ambition est déplacée, citant sans finesse ni éloquence le passé glorieux et se voulant audacieux mais n'étant qu'artificiel. Il n'est pas compliqué de comprendre ce qui a tant déplu dans cet opus prétendant tout réinventer et n'aboutissant qu'à une entreprise révisionniste arrogante, au dénouement miné pour la suite.
Voir Spirou frapper son double, Fantasio sombrer dans l'inconséquence ou le duo être carrèment haineux envers Zorglub (qui est plus ridicule que dangereux et qui a toujours été dominé par les héros), c'est vraiment dérangeant. Et ne mentionnons pas le fait que Spirou gifle les femmes uniquement quand il en tombe amoureux : carrèment douteux...
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L'histoire s'articule autour de voyages dans le passé, qui doivent permettre d'éviter un accident dont les conséquences coûteront la vie à Miss Flanner, amour de jeunesse et collègue de Zorglub et Champignac. Ce prétexte en vaut bien d'autres et il est l'occasion de revivre des scènes mémorables de la série. La mission est menée sur un rythme alerte, à défaut d'être souvent drôle et inspiré, et le dénouement approchant, l'on se dit que, sans être fameux, le contrat est rempli.
Hélas ! In fine, les scénaristes imposent un twist stupide qui entraîne les héros dans une direction incongruë et surtout réécrit toute la continuité du personnage de Spirou et sa relation avec Fantasio. Une astuce pire que grossière (de la part d'auteurs sachant qu'ils vont être remplacés et piègent leurs successeurs) mais vulgaire et racoleuse (concluant des trames précédemment tissées par Morvan et voulant "moderniser" la mythologie de la série).
Faire table rase du passé en s'embarquant dans la création de réalités parallèles aboutit rarement à des chefs-d'oeuvres dans les comics super-héroïques, où cette solution ne fait qu'embrouiller des franchises déjà fort complexes. Importer ce procédé et le greffer à un titre comme Spirou n'est pas plus heureux et témoigne d'un orgueil pathétique de la part de Morvan.
Car il s'agit bien de la confrontation entre deux visions de deux scénaristes : d'un côté, Yann a certes voulu dynamiser le groom mais tient à une interprétation "canonique" du personnage, aveec son costume, son caractère à la fois sympathique et intrépide ; de l'autre, Morvan a voulu faire évoluer le personnage hors de son cadre (quitte à l'entraîner vers le manga) et n'a fait que l'abîmer, le banaliser, en effaçant son histoire cavalièrement.
Etrangement, alors que ce livre aspirait à une révolution, il a surtout révèlé l'incompatibilité d'humeur entre ses auteurs et laissé à d'autres le soin de réparer les dégats. La faute de Dupuis, l'éditeur, n'est pas négligeable là-dedans et sa réputation en sort entâchée.
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Reste les dessins de José Luis Munuera : son travail n'a pas non plus fait l'unanimité durant son passage sur le titre. Pourtant il reste ce qu'il y a de meilleur dans cet album : son trait vif et élégant, tout en rondeur et en souplesse, ne singe personne et se révèle très agrèable (même si la colorisation est assez fade).
C'est peu et l'artiste a fait les frais de ce gâchis puisqu'il a également été remplacé.
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50ème tome qui devait à la fois être une célébration et un renouveau, Aux sources du Z est en fait une bande dessinée où, à la fin, tout doit être vigoureusement et rigoureusement repris en main.

dimanche 24 octobre 2010

Critique 174 : CADAVRE EXQUIS, de Pénélope Bagieu

L'héroïne de ce récit complet est Zoé, une jeune femme qui travaille comme hôtesse dans des salons. Elle doit y supporter des visiteurs peu élégants et des exposants indifférents, et ses collègues quand elles ne se moquent pas d'elle la poussent à se reconvertir pour échapper à ce job qui lui déplaît.
Sa vie privée n'est pas plus réjouissante : elle partage son appartement avec son fiancée au chômage, qui passe son temps devant la télé, en sous-vêtements, et pète au lit !
Alors qu'elle déjeune, lors d'une pause, sur un banc public, elle remarque qu'un homme l'observe à sa fenêtre. Zoé sonne chez lui pour utiliser ses toilettes et fait ensuite sa connaissance au cours de visites ultérieures. Il s'appelle Thomas Rocher, est écrivain, ne sort jamais de chez lui. Bientôt, ils deviennent amants et elle s'installe chez lui.
Mais pourquoi Thomas Rocher ne quitte jamais son domicile ? Et comment se fait-il qu'il soit considéré comme mort, comme le découvrira Zoé en entrant dans une librairie pour y trouver ses ouvrages ?
Le secret de son amant, partagé par son éditrice (et ex-femme), va sidérer l'héroïne et aboutir à un renversement de situation particulièrement malicieux...
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Révèler le twist du scénario serait criminel mais je peux vous garantir qu'il s'agit d'une trouvaille très astucieuse et bien menée. Alors bien sûr, on peut être réservé par quelques points de l'intrigue comme la rencontre entre Zoé et Thomas, assez artificielle ; le caractère soumis et sôt de l'héroïne ; la relation saphique qui se noue entre elle et l'ex-femme/éditrice à la fin...
Mais tout cela est largement compensé par la description inspirée et piquante des névroses de l'écrivain (en particulier son effarant égocentrisme) ; la fluditié de la narration ; le rythme soutenu de l'histoire ; le fait que l'auteur resserre son récit sur un trio de personnages ; et l'humour subtilement retors de l'ensemble ; le naturel des dialogues.
Pénélope Bagieu possède une vraie voix, personnelle et énergique, qui la distingue de la "chick-lit" (cette littérature pour filles horripilante, dégoulinante de clichés hérités de séries télé comme l'abominable Sex and; The City) à laquelle on pourrait hâtivement la rattacher.
Et si Cadavre exquis ne suffit pas à vous en convaincre, visitez le blog de l'artiste - http://www.penelope-jolicoeur.com/ - et lisez ses posts illustrés - de vraies pépites de drôlerie sur la vie quotidienne.

Les dessins témoignent d'un trait rapide, qui va à l'essentiel. On peut lui reprocher un manque de détails dans les décors, mais la majorité de l'action se déroulant en intérieur, dans un cadre dépouillé, cela n'est finalement pas gênant.
Et là encore, le talent de Bagieu pour les expressions, les positions, son découpage sobre mais vif, font de ces 124 pages un vrai bonheur de lecture.
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Vous ne connaissez pas Pénélope Bagieu : réparez vite cela, vous ne le regretterez pas, la demoiselle a autant de charme que son oeuvre.

mercredi 20 octobre 2010

Critique 173 : ULTIMATE FANTASTIC FOUR, Vol. 2 - DOOM, de Warren Ellis et Stuart Immonen

Ultimate Fantastic Four, volume 2 : Doom rassmble les épisodes 7 à 12 de la série, publiés d'Août 2004 à Janvier 2005 par Marvel Comics, écrits par Warren Ellis et dessinés par Stuart Immonen.
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Dans l'univers Marvel classique, les 4 Fantastiques ont acquis leurs pouvoirs lors d'un vol spatial durant lequel ils ont été irradiés par des rayons cosmiques. Dans l'univers Ultimate, comme cela est décrit dans le volume 1 (The Fantastic, de Brian Michael Bendis, Mark Millar et Andy Kubert), les héros sont transformés à la suite d'une expérience scientifique ratée par la faute d'un cinquième protagoniste, Victor Van Damme, collègue de Reed Richards. D'autres différences sont notables : le groupe est reclus dans le Baxter building sous la "protection" de l'armée (comme les Ultimates, qui travaillaient avec le gouvernement dans leur base du Triskélion) et les soldats ont pour ordre de les tuer s'ils essaient de s'en échapper. Enfin, et c'est ce qui nous conduit au début de cet arc, Van Damme a disparu après qu'il ait avec Reed, Sue, Johnny et Ben, découvert la Zone Négative. Est-il mort ? Ou, s'il a survécu, a-t-il lui aussi été transformé, et comment ?
Le titre de ce volume indique que Van Damme est encore vivant et que "Doom" n'augure rien de bon pour les quatre héros, qui découvrent tout juste ce dont ils sont désormais capables...
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Warren Ellis n'a jamais été très inspiré dans sa production Ultimate et d'ailleurs ce qu'il y a apporté a été quasiment ignoré de Bendis et Millar, les deux vrais pilotes de cet univers où le premier a oeuvré dans la longueur (plus de 100 épisodes consécutifs - série en cours - d'Ultimate Spider-Man, Ultimate X-Men, Ultimate FF) et le second dans la profondeur (Ultimates, UXM, UFF).
Ellis a de plus, c'est notoirement connu, une aversion prononcée pour les super-héros et son talent s'épanouit bien mieux dans les registres de la science-fiction, de la satire et autres récits de genre référencés qu'il bouscule avec un mélange de rudesse et d'affection (fera-t-il jamais mieux, plus personnel et efficace, que son chef-d'oeuvre Planetary, véritable condensé "ellisien" ?). Sachant cela, on entame la lecture de son passage sur UFF avec à la fois de la curiosité et de l'appréhension.
Le résultat confirme ces sentiments : l'histoire est à la fois décevante car on y sent son auteur peu à l'aise, à peine concerné par son sujet, mal à l'aise avec ses codes, et pourtant cela est traversé de scènes détonantes, parfois drôles, très toniques. Mais jamais cela ne dépasse le travail de commande provisoire.
Là où Ellis est à son meilleur, c'est dans la caractérisation : il parvient à typer un personnage en quelques lignes de dialogue, par une attitude, en n'hésitant pas à bouleverser la donne. A ce jeu, ce sont Reed et Sue qui sont les plus différents de leurs versions classiques : Sue est décrite comme la véritable leader du groupe, agressive, dominatrice (y compris dans sa relation amoureuse) ; alors que Reed apparaît comme un nerd, maladroit, cérébral, qui ne réagit que lorsque la fille qu'il aime est malmenée.
Johnny est le plus faiblement exploité par Ellis et ne varie guère de son emploi dans la version classique, un dragueur impulsif et puéril : c'est dommage qu'Ellis n'ait pas su/voulu/pu relifter ce personnage. Ben est également soumis à un régime light, même si on sent que le scénariste suggère des éléments intéressants, avec une tendance plus volontariste, moins dépressif-râleur que dans les FF classiques.
Ellis tarde également à montrer Van Damme - étrange re-nomination du Von Doom/Von Fatalis - mais il le fait avec habileté et cela donne au personnage une aura menaçante assez forte. Il lie généalogiquement le méchant à Dracula, sans en faire un vampire mais... Un hybride de cyborg et de satyre (apparence qui sera corrigée dans les apparitions ultérieures) ! Il n'a aucune pitié, mais le génie du mal profondèment enraciné, au point de vouloir vraiment tuer les Fantastiques (et pas seulement les dominer comme dans les FF classiques).
L'intrigue se déroule sur un faux rythme, à la fois assez rapide (le livre est vite consommé) et nonchalant (le face-à-face entre les FF et Van Damme n'intervient que dans les deux derniers chapitres). Entretemps, quelques séquences notables sont divertissantes, comme lorsque Reed explique à Ben que Sue veut l'examiner dans son intimité (requête vite rejetée) ou que l'équipe découvre le Fantasti-car (occasion de vanner Reed).
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Stuart Immonen signe les illustrations et l'on sent un flottement prononcé dans son graphisme : l'artiste était alors à la croisée des chemins, délaissant son style classico-réaliste à l'oeuvre sur ses Superman et Shockrockets pour s'orienter vers le trait cartonny-délirant qui culminera lors de ses retrouvailles avec Ellis sur Nextwave.
Néanmoins, même en mode mineur, Immonen fait preuve d'une énergie irrésistible dans sa partie et spécialement dans les scènes d'action qu'il dôte d'une élégance explosive à nulle autre pareille. En comparaison avec Kubert Jr, ses planches possèdent une vigueur et une fluidité incomparables.
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Pas vraiment indispensable, sauf pour les fans d'Immonen comme moi. Les clients d'Ellis dans la veine mainstream préféreront relire ses Thunderbolts.

jeudi 14 octobre 2010

Critique 172 : TEAM-UPS OF THE BRAVE AND THE BOLD, de J. Michael Straczynski, Jesus Saiz, Chard Hardin, Justiniano et Cliff Chiang

Team-ups of the Brave and the Bold collecte les épisodes 27 à 33 de la série, publiés par DC Comics en 2009, écrits par J. Michael Straczynski et dessinés par Jesus Saiz (#27-30 & 32), Chard Hardin et Justiniano (#31) et Cliff Chiang (#32).
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La série anthologique The Brave and the Bold a été lancée en 1955 et a compté trois volumes depuis : c'est donc une institution de la firme DC Comics en même temps qu'une porte d'entrée commode pour faire connaissance avec ses personnages et son univers, si l'on ne suit ni ses séries régulières ni ses sagas. Le principe est simple : il s'agit d'aventures, brêves (un épisode le plus souvent, des arcs succincts autrement), entre deux personnages (voire deux groupes), l'un incarnant la bravoure (the Brave), l'autre l'intrépidité (the Bold). Mix de "buddy comics" et d'associations inattendues, on y rencontre à la fois une vedette et un partenaire moins célèbre.
Parti avec fracas de chez Marvel (suite à des désaccords éditoriaux sur ces trois dernières séries, Amazing Spider-Man, Fantastic Four et Thor), J. Michael Straczynski signe dans la foulé chez le concurrent et annonce plusieurs projets (le revamp des héros Archie Comics, The Mighty Crusaders ; Samaritan X sur un service hospitalier pour super-héros ; un graphic novel sur la jeunesse de Superman - Earth One - , puis les séries régulières Superman et Wonder Woman).
Finalement, ces épisodes de The Brave and the Bold sont le premier projet à être édité : pourtant, le résultat diffère du plan initial qui devait permettre au scénariste d'introduire progressivement les Mighty Crusaders dans le DCverse (ce sera fait via une mini-série, Red Circle, toujours pas éditée en album hélas !) et un teaser où figuraient The Shield, The Black Hood et The Fly avec Batman sera même diffusé.
Toutefois, JMS a su adapter ses projets et propose des tandems très originaux désormais rassemblés dans ce hardcover (en attendant les prochains épisodes), parmi lesquels Batman et Dial H for Hero ou Brother Power The Geek, Flash et les Blackhawks, Dr Fate et Green Lantern, Aquaman et Etrigan le démon, Atom et le Joker, ou le trio Wonder Woman, Zatanna et Batgirl. Ces récits font référence à la continuité mais sont compréhensibles sans qu'on connaisse les histoires auxquelles il est fait allusion (bien sûr, on les apprécie mieux en sachant à quoi ils se rattachent, en particulier Killing Joke d'Alan Moore et Brian Bolland et Justice League International volume 1 de Keith Giffen, J.M. DeMatteis et Kevin Maguire).
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- Death of a hero réunit Batman et Dial H for Hero (un cadran permettant à son détenteur de se transformer en super-héros de son choix). Cette histoire donne immédiatement le ton du recueil : il s'agit d'une fable où le cadran va donner l'occasion à un voyou de se racheter et à l'ado à qui il l'a volé de comprendre le sens et la valeur d'un acte héroïque.

Comme toute fable, l'histoire saisit par sa brièveté et sa morale que JMS délivre sans pesanteur, tout en subtilité. On retrouve toute la finesse des dialogues de l'auteur et son génie de la caractérisation, mais aussi sa volonté de dérouter en donnant finalement moins la vedette à Batman qu'à son partenaire dont le geste est plus spectaculaire et symbolique. C'est aussi l'occasion de mettre en scène pour la première fois et Batman et le Joker.

Les dessins de Jesus Saiz sont déjà impressionnants, d'une grande beauté, restituant à merveille les ambiances avec la complicité des couleurs de Trish Mulvihill. Pourtant, le meilleur reste à venir et ce premier round est presque modeste en comparaison avec ce qui suit.
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- Firing lines est en effet déjà un cran au-dessus, en termes de narration et d'illustrations.

Flash y est projeté, à la suite d'une expérience scientifique, en plein coeur de la seconde guerre mondiale, dans la Belgique occupée par les allemands. Il ne tarde pas à y trouver les aviateurs des Blackhawks, en mission dans les terres. Barry Allen doit alors tomber le masque et devenir soldat, en acceptant de tuer l'ennemi - ce qu'il ne fait jamais en temps normal.

JMS place le héros dans une situation où l'éthique le dispute au devoir : c'est une réflexion passionnante sur la différence entre le fait de rendre la justice derrière un masque, en respectant un code d'honneur, et le fait de se battre pour survivre et pour l'Histoire, contre des adversaires prêts à vous tuer.

Saiz réalise des planches magnifiques, synthétisant en une splash-page toute l'évolution de Flash, les épreuves qu'il traverse dans cette époque qui le force à changer d'attitude. La dernière image est saisissante et donne une puissance rare au récit. C'est fort. Et ce n'est pas fini !
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- Lost stories of yesterday, today and tomorrrow propose le duo le plus improbable du recueil avec Batman et un personnage obscur nommé Brother Power the Geek. Il s'agit à nouveau d'une variation sur le thème du sacrifice : la rencontre entre ces deux créatures de la nuit est pourtant un choc des cultures entre le dark knight qui est dérouté par ce revenant, apparemment immortel, dont les origines sont aussi nébuleuses que sa nature.

JMS écrit un récit déconcertant, échappant aux clichés du genre - pas de grandes batailles, de super-vilains en vue. Batman y est montré en train de sauver la vie de simples citoyens dans des circonstances somme toutes banales et Brother Power erre dans Gotham en tenant des propos étranges, renvoyant à son précédent séjour parmi les vivants dans les années 70. Il semble agir, se déplacer sans motif apparent, sinon celui de trouver la situation où sa condition lui permettra de retourner dans le sommeil dont il est inexplicablement sorti. C'est un récit très étrange, où JMS confronte moins deux personnages que deux époques et pointe les différences entre elles (très belle planche où sur 3 bandes de 2 vignettes chacune on compare des scènes quotidiennes à 35 ans d'écart et l'incommunicabilité qui s'est creusée entre les gens).

Maître-és ambiance nocturne depuis son passage sur la série Manhunter (de Marc Andreyko), Saiz signe des pages somptueuses, avec encore une fois une colorisation de première classe. C'est un épisode dont l'atmosphère prime sur l'histoire, à part dans cet album.
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- The Green and The Gold, soient Green Lantern et Dr Fate, ressemble à un autre exercice de style où le sens des mots, le choix des pseudonymes des deux héros conduisent presqu'à eux seuls le récit. D'abord, il y a le parallèle entre le titre de la série (brave/bold) et celui de l'épisode (green/gold), la rime de l'un avec l'autre, le fait que le talon d'Achille de Green Lantern soit la couleur jaune (dorée) qui est celle de Dr Fate, et enfin le jeu sur les vies multiples de ces deux héros (Green Lantern est le nom de plusieurs héros - Alan Scott de la JSA, Hal Jordan, Kyle Rayner, Guy Gardner, John Stewart - et Hal Jordan l'a été avant de devenir le maléfique Parallax puis de redevenir GL ; Dr Fate est l'hôte de Nabu et le heaume du magicien a été porté lui aussi par plusieurs hommes, Fate signifie destin en anglais et le destin ou plutôt la fatalité est au centre du scénario). Bref, JMS s'est amusé à dessein avec le background des deux personnages dont la réunion est placée sous le sceau des flashbacks et flashforwards : peut-on, autrement dit, convaincre dans le présent un ami de changer le cours de son existence dans le passé ?

L'histoire offre peu d'action, celle-ci apparaît comme un prétexte, mais le brio des dialogues compense largement et surtout l'habilité de la narration en fait un épisode à la fois malin et cruel. Avec deux personnages très puissants et spectaculaires, JMS déjoue les attentes et livre une fable intimiste et méditative (qui rappellera de bons souvenirs à ceux qui apprècient son Thor).

Saiz va faire une pause après cet épisode mais en profite pour nous gratifier d'un magnifique Dr Fate : il parvient à traduire le dilemme du personnage malgré son casque intégral. Son face-à-face avec Green Lantern, luttant pour infléchir le choix de son ami, a une belle intensité en même temps qu'il possède quelque chose d'éthéré.
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- Small problems est l'épisode qui triche le plus avec le principe de la série puisqu'il n'offre pas une association mais une authentique bataille entre ses deux protagonistes. Le titre est une allusion directe au pouvoir d'Atom en même temps qu'une manière d'ironiser sur les difficultés de sa mission.

Ray Palmer est en effet soumis à une situation délicate : il peut aider à soigner le Joker ! Sera-t-il à la fois assez brave pour cela, et assez intrépide pour visiter la psyché du criminel dément ?

En fait, Atom est à la fois le "Brave" et le "Bold" ici. Deux fois dans cet album, JMS va visiter le classique d'Alan Moore et Brian Bolland, Killing Joke : le mage britannique y avait établi les origines du Joker, dépeint en loser pathétique transformé à la suite d'un accident tout aussi imprévisible. Atom en visitant les souvenirs du vilain semble découvrir les germes d'une malfaisance plus profondes - à moins qu'il ne s'agisse de souvenirs altérés par la folie du Joker. JMS se garde bien de réécrire Moore et laisse le lecteur choisir quelle version est la plus probable. Les puristes hurleront certainement devant cette audace, la controverse est ouverte, mais en même temps quel risque y a-t-il qu'un simple épisode éclipse le chef-d'oeuvre de Moore ? Donc, autant relativiser.

Graphiquement non plus, Chard Hardin et Justiniano (qui illustre les scènes mentales) ne feront pas oublier Bolland. Après Saiz, il est évident que c'est là le segment le plus faible visuellement de ce recueil : sans être désagrèable, le travail des deux artistes n'a ni la beauté ni la force de leu confrère espagnol. C'est un fill-in honorable, mais sans plus : sans doute avec un autre artiste au style plus singulier, l'intermède aurait paru moins mineur.
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- Night gods relève nettement le niveau. Tout d'abord, le binôme Aquaman-Etrigan le démon est vraiment original et leur combat contre un monstre des abysses, entièrement relaté par un témoin simple humain dont la raison vacille depuis un terrible drame, n'est validé qu'à la toute dernière image. JMS s'emploie avec beaucoup d'adresse et d'efficacité à jouer avec la crédulité du lecteur, ce qui donne un vrai suspense, à la mesure de la menace mise en scène.

Mais cet épisode est surtout l'occasion pour Jesus Saiz de dessiner ses pages les plus impressionnantes : encore une fois, dans un décor ténébreux, il tire le maximum de ce que la situation et son environnment lui offrent. Le monstre est horrible à souhait et l'opposition que lui donnent Aquaman et, dans une moindre mesure, Etrigan (dont l'aspect se suffit presqu'à lui-même) est l'occasion d'images bluffantes (comme lorsque les sujets du souverain des mers entrent en scène). Difficile de ne pas être subjugué par le résultat.
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- Enfin, Ladies night où figurent non pas deux mais trois personnages - Wonder Woman, Zatanna et Barbara Gordon a.k.a. Batgirl - ferme la marche, et en beauté. L'intention de l'auteur est double : il s'agit encore une fois de visiter Killing Joke de Moore et Bolland et de s'affranchir des codes super-héroïques puisqu'aucune menace n'est au programme.

La magicienne Zatanna convainc l'amazone Wonder Woman d'offrir une sortie nocturne à leur amie Batgirl avant qu'elle ne soit définitivement (mais sans le savoir évidemment) mutilée par le Joker.

Cette issue demeure pour tous les lecteurs de DC un des plus grands chocs de ces vingt dernières années, un des souvenirs de lectures les plus poignants. En retournant sur la "scène du crime", JMS a fait preuve de courage mais s'en tire avec beaucoup de souplesse et boucle son histoire sur une note vraiment émouvante. Entretemps, il s'amuse avec une scène fantasmatique où Zatanna et Wonder Woman seraient amantes, et même si, in fine, il semble désamorcer cette piste par un bref flashback explicatif, il n'occulte pas réellement cette éventualité : le découpage, l'angle choisi pour la représenter (avec l'accord du dessinateur ?), laissent le champ libre à l'interprétation.

Pour cet épilogue, Cliff Chiang a pris la place de Saiz et le choix est idéal tant l'artiste excelle à dessiner les femmes : il sait donner à Wonder Woman, Zatanna et Batgirl une allure distincte (la majesté, la malice, la maladresse) tout en leur conservant un charme irrésistible. Chiang est peut-être celui qui, depuis Paul Smith, dessine les plus belles héroïnes de comics : c'est un enchantement.
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Voilà un des meilleurs albums mainstream de l'année : une collection d'histoires abordable par tous, aux pitchs singuliers, à l'écriture ciselée et aux dessins éblouissants.

mardi 5 octobre 2010

Critique 171 : ULTIMATE X-MEN, Vol. 13 - MAGNETIC NORTH, de Brian K. Vaughan et Stuart Immonen

Ultimate X-Men Volume 13 : Magnetic North rassemble les épisodes 61 à 65 de la série, publiés par Marvel entre Juillet et Novembre 2005, écrits par Brian K. Vaughan et dessinés par Stuart Immonen.
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Emma Frost a fondé sa propre école, l'Academy of Tomorrow, et parmi ses élèves se trouvent Alex Summers (Havok, le frère cadet de Scott/Cyclops), Lorna Dane (Polaris), Jean-Paul Beaubier (Northstar), Roberto DaCosta (Sunspot), Doug Ramsey (Cypher) et Sam Guthrie (Cannonball).
Polaris est enfermée dans la prison du Triskelion (la base des Ultimates) après qu'elle ait accidentellement tué trois civils lors d'une mission de sauvetage, à cause d'un piège tendu par Mystique et Forge. Ce piège a été organisé par Magneto, détenu dans la même cellule que Lorna Dane, pour lui permettre de s'échapper.
Les élèves de Frost suivent Havok qui veut sortir sa fiancée de prison en même temps que les X-Men enquêtent sur l'affaire qui l'y a conduite. Les deux équipes vont s'affronter sur fond de rivalité entre les deux frères Summers car Scott a été le premier amant de Lorna. Mais les Ultimates comptent bien jouer les arbitres... Ce qui fait le jeu de Magneto et ses complices.
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Après leur très réussi premier arc ensemble (The most dangerous game, UXM vol. 11), et deux épisodes situés juste avant ceux-ci (Shock and awe), Brian K. Vaughan et Stuart Immonen se retrouvent pour cette nouvelle histoire, qui sera leur dernière pour la série.
Encore une fois, c'est un succès : le résultat est d'une densité et d'une efficacité redoutable qui en font une lecture jubilatoire et palpitante. Vaughan livre un script qui, sous son aspect classique (il anime des personnages qu'il n'a pas créés dans un univers déjà codifié), est d'une remarquable dextérité.
Sa gestion du casting, particulièrement abondant (pas moins de 28 personnages : les 10 X-Men et leur prof, Frost et ses 7 élèves, le trio de méchants, les 6 Ultimates et Fury, Longshot et Lady Deathstrike), est incroyablement maîtrisée : chaque personnage est identifiable, interagit intelligemment avec les autres, chaque groupe se croise sans jamais que le lecteur ne soit égaré, et tout ça sans sacrifier l'action et l'intrigue - dont le dénouement est inattendu et machiavélique.
De la même manière, son art des dialogues, drôles et subtils (comme lorsqu'il dévoile l'homosexualité de Colossus et Northstar), est la marque d'un auteur maniant ses outils en orfèvre.
C'est la preuve que dans le cadre d'un travail de commande, au sein d'un produit contraignant, si un scénariste a vraiment une voix, il peut la faire entendre sans être étouffé par le poids des franchises.
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Stuart Immonen est l'illustrateur idèal pour dessiner un script aussi accompli tout en lui apportant une vraie plus-value visuel : son découpage est toujours aussi explosif, l'expressivité de ses personnages traduit parfaitement les émotions qui les animent, et l'exercice lui a sans doute permis de se lâcher complètement pour la maxi-série Nextwave avec laquelle il a enchaînée.
C'est un kiff total quand on assiste à la réunion d'un artiste et d'un auteur qui sont vraiment sur la même longueur d'ondes et dont les talents s'additionnent pour le bonheur de la série et de ses lecteurs.
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Ah, quel pied !