samedi 11 juillet 2009

Critique 71 : ASTRO CITY 1 - LIFE IN THE BIG CITY, de Kurt Busiek, Brent Anderson et Alex Ross



Kurt Busiek's Astro City est une série de comics se déroulant dans une ville imaginaire. Ecrite par Kurt Busiek, elle est co-créée et illustrée par Brent Anderson, qui en signe les planches intérieures, et Alex Ross, qui a élaboré avec Anderson les designs de la ville et de ses personnages et peint les couvertures de chaque épisode et receuil. La série démarre en Août 1995, publiée à l'origine par Image Comics, puis par Homage Comics (une branche de Wildstorm).
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Astro City 1 : Life in the Big City est d'abord et avant tout une collection de nouvelles à la gloire du "Silver Age". Les six récits compilés dans ce premier recueil sont indépendants les uns des autres, mais une fois lues ils forment déjà la carte d'un nouveau monde riche d'une longue histoire.
Les sujets sont immédiatement éloquents et familiers, convoquant plusieurs univers et héros déjà vus, mais refaçonnés d'une manière moderne et accessible à la fois.

- In dreams explore les rêves de Samaritan, une version alternative de Superman, continuellement occupé à sauver la population du monde entier de désastres divers et variés, en sacrifiant sa vie privée et en veillant à ce que sa double vie de correcteur et de justicier ne soit pas découverte.
- The scoop évoque le chef-d'oeuvre de Busiek et Ross, Marvels, puisqu'il relate comment un jeune reporter fut témoin d'une incroyable aventure puis comment il dut corriger son article à ce sujet au point de ne relater que les faits pouvant être prouvés, supprimant tout la partie fantastique.
- A little knowledge raconte comment un brigand découvre accidentellement l'identité secrète de Jack-In-The-Box, un justicier masqué, et comment cette découverte va le tracasser, au point qu'il décidera de garder ce qu'il sait pour lui.
- Safeguards suit les pas d'une jeune femme originaire de Shadow Hill qui projette de s'établir dans le Centre-Ville, jusqu'à ce qu'elle se rende compte que la vie y est aussi dangereuse.
- Reconnaissance est particulièrement importante car elle sert de prémice à la saga qui alimentera le recueil suivant (Confession) : un espion extra-terrestre décide de surveiller un héros pour savoir si la planète doit être envahie ou non - malheureusement, il s'intéresse à Crackerjack, qui est aussi vantard que négligeant.
- Dinner at eight met en scène une soirée romantique entre Samaritan et Winged-Victory, où ils dévoilent des conceptions divergentes du métier de justicier mais aussi leur attirance physique.
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Pour bien en apprécier la lecture, je vous propose d'abord d'établir une vue d'ensemble d'Astro City. La métropole d'Astro City concentre une vaste communauté d'individus dôtés de super-pouvoirs : le premier de ces héros à avoir été répertorié était Air Ace, vétéran décoré durant la Première Guerre Mondiale et qui s'est établi ici après le conflit. Bien d'autres personnages peuplent les pages de la série, certains n'apparaissant que comme figurants, d'autres occupant le devant de la scène dans plusieurs épisodes.
Mais la singularité du projet de Kurt Busiek est qu'il s'intéresse à plusieurs protagonistes plutôt qu'à un héros ou une équipe de héros en particulier : cette multiplicité et cette diversité de points de vue fait toute la richesse de cette production. Ainsi, certains épisodes sont racontés par les super-héros, d'autres par des humains ordinaires témoins de leurs exploits, et d'autres encore par les criminels qui peuplent la cité.
L'autre originalité de l'écriture tient à la variété de sa narration : parfois une histoire n'occupe qu'un chapitre, parfois elle peut s'étendre à six (et même jusqu'à seize, avec le story-arc en cours, Astro City : Dark Age, dont les deux protagonistes principaux sont deux frères, Charles et Royal Williams, qui choisissent de devenir policier pour l'un et malfrat pour l'autre, dans les années 70).
L'accroche dramatique d'Astro City consiste à analyser comment le public - à la fois les gens ordinaires, les surhommes et leurs ennemis - vit dans ce monde.
Par exemple, comme nous allons le voir dans ce premir recueil, Samaritan réfléchit au sens de sa vie au cours d'une journée au cours de laquelle il passe le plus clair de son temps à sillonner la planète pour aider les civils de diverses menaces, sans avoir aucun véritable moment de répit. Il prend alors conscience qu'il ne peut avoir de vie privée, sociale, normale, et qu'un des rares plaisirs qui lui reste est de voler dans les airs.
Il est parfois aussi fait mention d'autres héros, en action dans d'autres villes qu'Astro City elle-même : ainsi voit-on occasionnellement Silversmith à Boston, The Untouchable à Chicago (un clin d'oeil à Elliott Ness) et Skycraper à New York.
La ville d'Astro City est elle-même un personnage à part entière - et comme le prouvent les bonus de l'édition américaine. La cité s'appelait initialement Romeyn Falls, elle fut rebâtie après la Seconde Guerre Mondiale et rebaptisée en l'honneur du justicier Astro-Naut, qui (apparemment), au prix de sa vie, sauva ses habitants d'un désastre (non dévoilé à ce jour). Astro City compte plusieurs quartiers : le Centre-Ville restauré où se trouve le Binderbeck Plaza ; la Vieille-Ville ; Chesler (aussi connu comme "The Sweatshop") ; Shadow Hill (quartier où règne la magie) ; Bakerville ; Derbyfield ; Museum Row/Centennial Park ; Iger Square ; Kiefer Square (zone où réside la canaille locale) ; Kanewood ; South Kanewood ; Fass Gardens ; Gibson Hills ; et Patterson Heights. Shadow Hill occupe une place à part : géographiquement, la zone surplombe la ville et elle est protégé par the Hanged man, présent dans plusieurs histoires.
Parmi les édifices notables d'Astro City se trouvent l'Astrobank Tower, sur lequel trône la balise d'alerte de la ville et où on distingue une statue d'Air Ace ; la Cathédrale Grandenetti ; le Pont Outcault ; le bar Bruiser où se retrouvent des héros ; le club privé Butler's où se rassemblent d'autres justiciers, et Beefy Bob's, un fast-food. On remarquera que Busiek a nommé plusieurs des quartiers et établissements de la ville en utilisant les patronymes de plusieurs célébrités de l'industrie et de l'histoire des comics. Par exemple, la prison de Biro Island est une référence à Charles Biro (l'auteur de la série Crime Does Not Pay). Le Pont Outcault est un hommage au créateur du Yellow Kid, personnage dont le nom est aujourd'hui celui d'une récompense prestigieuse dans la bande dessinée.
La structure et la texture même de la série sont la quintessence de ce qu'on peut tirer de meilleur de ces genres au sein du cadre déjà très codifié des histoires de super-héros.
Plusieurs personnages sont ainsi basés sur de véritables personnes, un procédé qui permet une solide et profonde caractérisation, et à laquelle l'écriture classique de Busiek sied à merveille. Ainsi, c'est en s'inspirant notamment d'acteurs célèbres et de vedettes du 9ème Art que certains protagonistes ont été élaborés.
Dans l'introduction de ce volume, qu'il a lui-même rédigée, Busiek confesse qu'il aime les super-héros, presqu'en réaction à ceux qui ne considèrent ces personnages que comme des créations simplistes, extensions des fantasmes adolescents, et incarnant une présentation manichéenne des valeurs.
Le soin et la justesse avec lesquels l'auteur est parvenu à insuffler de la vie, du réalisme dans cet univers tout en préservant sa fantaisie prouve qu'avec du talent et une vision nette et inventive, on peut transformer ces clichés en oeuvre d'art, on peut émouvoir avec des personnages et des histoires a priori seulement rocambolesques et bariolés. Busiek rend autant hommage à l'oeuvre de ses pairs et devanciers qu'il participe à la progression du genre en leur donnant une humanité inspirée.
Avec lui, le simple récit d'un surhomme qui n'a pour seul bonheur que de voler revêt une vraie grace, et Brent Anderson l'illustre avec le souci évident de restituer cette grace et un plaisir palpable : l'artiste capture merveilleusement la joie et la poésie de Samaritan lorsqu'il fend les nuages.
Tout aussi prodigieuses sont la facilité et la rapidité avec lesquelles, au terme des deux premières histoires, Busiek résume deux époques : celle d'aujourd'hui avec les rêveries de Samaritan et celle d'hier avec le périple interdimensionnel du Silver Agent et de l'Honor Guard.
Alors qu'on pourrait être frustré par le fait qu'il ne fait que montrer certains de ces héros au second plan ou le temps d'une vignette, il nous les rend pourtant tous familiers, charismatiques, et à vrai dire de cette frustration nait l'envie de les revoir, d'en apprendre plus à leur sujet. Une telle concision pour planter le décor et le rendre aussi attractif prouve la force de l'oeuvre qui se déroule sous nos yeux.
De la même manière, on est saisi par la façon dont il nous intéresse aux cas de Jack-In-The-Box et Crackerjack :
- le premier évoque Spider-Man, dont il possède l'incroyable agilité, mais aussi Daredevil, opérant dans les bas-fonds, et Batman, avec sa panoplie de gadgets offensifs. Pourtant, c'est à travers le regard d'un bandit de bas-étage que nous observons ce justicier à la panoplie de clown, derrière le masque duquel se cache un afro-américain aisé, marié à une journaliste, et qui ignore que sa double identité est éventée. Mais ce secret est lourd à porter et son détenteur se croit ensuite persécuté par le héros, craignant qu'il ne soit emprisonné, torturé ou tué pour ce qu'il a appris. Cet épisode est traité sur un rythme trépidant et le cauchemar de son protagoniste est drôlatique.
- Crackerjack est un personnage aussi savoureux : arrogant, jaloux, d'une chance insolente, mais à la limite de l'incompétence, vantard, négligeant, il devient à son insu l'objet d'étude d'un espion extra-terrestre. Tribut à Will Eisner (dès la superbe première page), il détaille aussi le portrait d'une caricature de justicier, méprisé par ses collègues qu'il irrite, grisé par son rôle, cabotin, irresponsable, et qui va sceller le sort de l'humanité toute entière par son comportement. Busiek, encore une fois, nous régale en entretenant un suspense efficace et en dépeignant un personnage haut en couleur (au propre comme au figuré, car son costume est aussi tape-à-l'oeil que son attitude).

Mais quand il veut nous rendre ses acteurs attachants, Busiek est aussi à l'aise : Marta qui aimerait quitter Shadow Hill découvre lorsque la First Family affronte l'Unholy Alliance en plein Centre-Ville que la vie dans les beaux quartiers n'est pas plus tranquille que chez elle, où la magie et les talismans règnent. La jeune femme regagne donc son domicile, à la fois soulagée et résignée, et nous sommes à la fois compatissants et attristés par sa condition.
S'il s'exerce à la romance avec le rendez-vous galant que l'Honor Guard a arrangé pour Samaritan et Winged-Victory, le scénariste fait encore preuve d'une finesse et d'un savoir-faire exemplaire. Il ne se contente pas d'aligner quelques scènes anecdotiques pour aboutir à un tendre baiser au clair de lune entre les deux justiciers, il en profite pour fouiller la psychologie complexe de ses deux tourtereaux, avec d'un côté le rescapé d'une civilisation future protégeant sans distinction n'importe quel individu et de l'autre une féministe privilégiant ses semblables.
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On l'aura compris, Astro City est une authentique lettre d'amour aux comics et à ses codes, ses symboles, ses couleurs et son esprit. Et cet amour est aussi celui qui anime Brent Anderson, dont j'ai loué la contribution essentielle, mais aussi Alex Ross, la troisième tête pensante de cette production.
Le peintre, qui réalise encore une fois de splendides couvertures (peut-être les plus belles de son abondante carrière), a aussi activement collaboré à la conception visuelle du projet, en designant la majorité des décors de la ville et des costumes et visages des personnages. C'est un passionnant condensé esthétique du genre par un fin connaisseur, un extraordinaire technicien et un graphiste au goût toujours sûr : il joue sur les ressemblances avec d'illustres modèles (Superman pour Samaritan, Captain America pour Silver Agent, Hawkgirl pour Winged-Victory, les Fantastic Four pour la 1st Family...) sans jamais les singer, mais plutôt en aboutissant à une révision de ces icônes. C'est aussi beau que jubilatoire. C'est surtout impressionnant.
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La magie d'Astro City ne tient pourtant pas seulement le temps de ces six premiers chapitres : essayer cette série, c'est l'adopter. L'enchantement est définitif et ce Life in the Big City n'est "que" la première étape d'un fascinant voyage.

jeudi 9 juillet 2009

Critique 70 : CITE DE VERRE, de Paul Auster, Paul Karasik et David Mazzucchelli


Cité de Verre est un roman graphique, l'adaptation en un seul volume de l'histoire du même nom écrite par Paul Auster en 1987. Ce récit fait à l'origine partie de la "Trilogie new-yorkaise", une suite de trois textes que l'on peut lire indépendamment mais qui sont aussi complémentaires et forme un ensemble complet.
En 1994, David Mazzucchelli, alors depuis longtemps éloigné des comics traditionnels qui firent sa renommée (Daredevil : Renaissance et Batman : Year One) et Paul Karasik entreprennent d'en réaliser une adaptation en bande dessinée. Pour superviser ce projet en dehors des sentiers battus, cette équipe artistique a pu compter sur le soutien et la participation de l'auteur de Maus, Art Spiegelman.
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Daniel Quinn est un écrivain qui a connu un certain succès dans le passé. Mais après la mort de sa femme et de son fils, il s’est retiré du milieu littéraire pour se consacrer à la rédaction de romans policiers sous un nom d’emprunt.
Il est réveillé au milieu de la nuit par un coup de téléphone : son correspondant veut entrer en contact avec un détective du nom de... Paul Auster. Quinn lui signale son erreur et raccroche.
Mais la situation se répète et finalement Quinn décide de se faire passer pour Auster et de rencontrer celui qui veut le rencontrer. Son client est un homme étrange du nom de Peter Stillman : son histoire est aussi insolite qu'à la limite de l’incohérence puisqu'il raconte que son père, un extrémiste religieux, va bientôt sortir de prison et projette de la tuer, après l'avoir longuement torturé dans son enfance.
Bien que sceptique, Quinn se résout cependant à jouer son rôle jusqu’au bout et entame son enquête. Elle va l'entraîner dans un New York labyrinthique, le conduire jusqu'à la clochardisation comme une révèlation de lui-même et l'apprentissage d’un nouveau langage devant résoudre l'incompréhension, l'incommunicabilité des individus dans la société moderne - en rencontrant, au passage, un auteur célèbre…

L'idée même d'adapter Cité de Verre en bande dessinée suscite la perplexité. Pourquoi transposer dans un autre média, aux cadres si différents, une histoire si étrange que seule la forme romanesque semblait pouvoir développer correctement ? L'écriture de Paul Auster présente une telle capacité d'évocation en même temps que ses récits gardent un mystère et une force intacts et durables, que la mettre en images n'avait rien d'évident. Où serait la plus-value dans cette entreprise ?
Oui, l'idée était curieuse, et même déplacée pour les puristes : quelle justification valable autorisait de transformer un grand roman en roman graphique ? Le texte original était par ailleurs déjà bref (moins de 150 pages) et avec une remarquable concision Auster avait imaginé une fascinante méditation sur ls thèmes de l'identité, du réel et de la fiction, enchâssée dans une intrigue policière, une authentique "detective story". Tout cela n'allait-il pas perdre de sa singulière personnalité une fois passé au filtre de la bande dessinée ?
Hé bien, non ! Mieux même, le charme, l'envoûtement restent aussi saisissants.
Daniel Quinn fut un poète à la carrière prometteuse : sa reconversion en auteur de séries noires est moins décrite comme une déchéance artistique que comme la conséquence de la tragédie qui brisa son existence. Pour rompre avec ce douloureux passé, durant lequel il perdit femme et enfant, mais aussi pour rompre avec lui-même, il a changé de registre et adopté un pseudonyme. Il est devenu un autre pour survivre.
C'est encore en étant pris pour un autre que sa vie bascule lorsqu'il reçoit cet appel téléphonique. Ce n'est pas lui que son correspondant voulait joindre mais un détective, donc quelqu'un qui fait métier de retrouver des gens, et cet enquêteur se nomme... Paul Auster !
En acceptant, comme un jeu, de se prendre pour un personnage semblable à ceux de ses romans mais aussi en endossant une identité qui n'est pas la sienne, Quinn abuse son client mais dans un but louable : l'aider à retrouver celui qui l'a maltraité et voudrait le supprimer. Quinn quitte du même coup son rôle de conteur d'histoire pour devenir l'acteur de l'histoire d'un autre, "son" client, une victime comme lui - fils d'un père violent et illuminé secouru par un veuf.
En suivant les pas de Paul Stillman, Quinn va rencontrer un écrivain qui n'est autre que l'auteur de l'histoire que nous lisons : Paul Auster lui-même. Pourtant, cet Auster-là n'est pas le détective pour lequel on l'a pris et dont il joue le rôle. La construction de Cité de Verre devient dès lors évidente : c'est celle des poupées russes, chacune en contenant une autre, plus petite, jusqu'à la version la plus miniaturisée de la première.
La perdition de Quinn/Auster dans les rues de New York jusqu'à ce qu'il sombre dans la dépression et la folie ressemble à la miniaturisation d'un individu, réduction physique autant que mentale d'un homme dans une ville, une intrigue, ses dédales, identique à celles des poupées russes. Le "héros" de cette histoire s'est égaré dans une quête insensée, ou dont le sens lui a échappé, et en acceptant ce voyage sans retour, on s'interroge sur sa conscience des évènements.
A-t-il volontairement lâché prise parce que sa vie n'avait déjà plus de sens après les malheurs qu'il avait subis (et ceux que lui relata son client) ? Ou bien a-t-il sombré dans les profondeurs de la cité, de la vie, de la raison, impuissant, incapable d'affronter ce qu'il découvrait, de résoudre l'énigme de cette affaire, de subsister jusqu'à son dénouement ?
En se mettant lui-même en scène, Auster pousse ces interrogations plus loin : ce détective qui porte son nom et dont Quinn accepte de prendre l'identité, est-ce une métaphore du travail même de l'écrivain ? Un romancier serait donc lui aussi une sorte d'enquêteur dont le but serait de trouver des personnes/personnages, de reconstituer des faits, de constituer des histoires, comme on monte un dossier, comme on rédige un rapport.
Mais Auster-personnage de cette histoire, cela signifie sans doute davantage : le récit serait alors celui de la rencontre entre le créateur et ses créatures, entre l'auteur et ses personnages. Un traitement à la Pirandello, que ses oeuvres ultérieures ont confirmées. Une distanciation s'opère alors entre le lecteur et l'histoire et il est moins question de croire à ce qui est raconté qu'à concevoir le tout comme une réflexion détachée sur les mécanismes de l'écriture : on entre alors dans une sorte de "méta-littérature" où les "états" (pour reprendre l'expression de Nathalie Sarraute), les émotions, la relation de la pensée priment sur les artifices de la fiction. Cette écriture est plus abstraite mais pas moins passionnante, en tout cas elle provoque un trouble qui élève ce livre à un niveau supérieur.
En s'inspirant des constructions narratives du vrai roman à énigmes, du polar, il existe une dimension ludique, purement et simplement divertissante, dans ce récit qu'il ne faut pas enfermer dans un exercice intellectuel prétentieux. Cité de Verre peut aussi se "consommer" comme une histoire distrayante, mais en l'appréhendant avec le sens de l'absurde : c'est moins la résolution de l'énigme que le périple vécu par le héros qui compte ici. Tout comme dans les sublimes séries noires de David Goodis où la marque du destin, le jeu des constructions spiraliques, le fatum des personnages importaient plus que l'intrigue elle-même.
La fiction n'est ici qu'un prétexte pour jouer avec ses codes et nous entraîner sur des chemins de traverse : c'est difficile à suivre, tortueux, sans queue ni tête... Mais ce non-sens, cette complexité, procurent un plaisir inattendu, comparable aux digressions de la discussion. On y apprend des choses -sur le langage, son origine, sa diversité, l'identité, l'éducation, les lubies, les phobies... - au passage, au gré d'une flânerie fantasmagorique, et une fois le livre refermé, même si on se sent d'abord un peu perdu, on se découvre ensuite enrichi de tous ces éléments lus ça et là. C'est, en quelque sorte, parce qu'elle est difficile que cette BD est aussi intéressante : elle ne se donne pas facilement, elle se conquiert. Ce livre ne se livre pas aisèment mais invite à y revenir en espérant en percer son mystère. L'ouvrage fait pesque plus appel aux sens qu'au bon sens, à la logique.
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Comme l'a expliqué Art Spiegelman, cette adaptation nous éclaire de façon déterminante sur la spécificité du média-bande dessinée : l'auteur de Maus avait initialement demandé à Auster d'écrire le script du comic-book, mais le romancier déclina l'offre et préféra laisser son oeuvre être transformée par d'autres. C'est ainsi que Spiegelman, impressionné par Batman : Year One de Frank Miller et David Mazzucchelli, suggèra à ce dernier de se pencher sur Cité de Verre.
L'artiste collabora ensuite avec Paul Karasik, chacun échangeant ses idées avec l'autre et les retravaillant pour les améliorer. Cet échange acheva de faire muter le style de Mazzucchelli, qui abandonna son style classique réaliste (dans la représentation des personnages, conservant par contre toute sa méticulosité dans la figuration des décors) et s'investit dans des innovations extraordinaires sur le découpage, les dimensions des vignettes, la mise en pages, les ellipses... Frôlant l'abstraction pour mieux suggérer certains passages.
Ainsi, le roman graphique s'est affranchi du roman, devenant une nouvelle oeuvre à part entière.
Le résultat n'est donc pas un simple supplèment au roman mais bel et bien une oeuvre d'art légitime. La puissance de la prose d'Auster est intacte, mais Karasik et Mazzucchelli ne se sont pas contentés de simplement illustrer ses mots : ils ont utilisé le texte comme une partie d'un ensemble plus complexe.
Des producteurs de cinéma ont tenté à plusieurs reprises d'adapter Cité de Verre, sans succès, mais en vérité il semble improbable qu'un réalisateur ait à la fois le courage et l'imagination pour concevoir un film aussi enventif visuellement que cette bande dessinée.
Les artistes ont été plus loin que de montrer des personnages dans les situations du récit : ils ont mêlé symbôles, cartes et diagrammes et séquences d'action/exposition pures. Les pages sont disposés comme autant de boîtes qui deviennent des chambres, des fenêtres, la grille d'un plan de rue ou les barreaux d'une cellule : le cadrage lui-même devient un dessin qui décrypte l'histoire.
Plusieurs motifs - comme un dessin d'enfant, les lignes sur un carnet de notes - réapparaissent et acquièrent encore plus de force en étant répétés : c'est une démonstration éblouissante des effets que propose le 9ème Art.
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Le récit d'Auster se lisait déjà comme un jeu littéraire (j'insiste sur cet aspect ludique car, en plus de pouvoir séduire de futurs lecteurs, il s'affiche comme une intention réelle de l'auteur), disposant des questions sur la fragilité de l'identité et le pouvoir de la fiction.
Cette configuration a survécu dans le comic-book en étant même enrichie : par exemple, quand Daniel Quinn rend visite à Paul Auster, il découvre que le voisin de l'écrivain s'appelle Menard - une référence probable au personnage du roman de Jorge Luis Borges, Pierre Menard - puis Auster et Quinn discutent de l'essai qu'Auster rédige actuellement - une enquête sur le véritable auteur de Don Quichotte.
Il y a des scènes qui fonctionnent, oserai-je dire, mieux dans la bande dessinée que dans le roman, comme l'intervention occasionnelle d'un narrateur qui n'est ni Quinn ni Auster, et qui trouve tout son sens, toute son efficacité dans le cadre du comic-book.
Dans le roman, l'apparition d'Auster lui-même est clairement une astuce narrative. Dans la BD, le même passage procure un effet encore meilleur car il souligne mieux la réflexion sur la fiction en faisant du romancier un personnage visuellement représenté - mieux encore : il figure avec son fils Daniel et sa femme, Siri Hustvedt (également romancière). Il est tout à fait savoureux de voir ainsi l'auteur, à la fois calme, presque suffisant, devant Quinn qui lui raconte son incroyable histoire, et quand même interloqué, surpris d'être dans les pages de ce comic-book.
Si vous n'avez pas lu Cité de Verre, sans doute serez-vous confronté à un étrange dilemme : quelle version dois-je lire en premier, du roman originel ou de son adaptation en BD ? Vous pourrez de toute façon lire les deux sans crainte : le roman est excellent (et ne vous en contentez pas : poursuivez avec les deux autres récits de La Trilogie New-Yorkaise... Et le reste de l'oeuvre d'Auster) et le comic épatant. Les deux ouvrages sont de merveilleuses lectures, de qualité égale, dont on n'épuise pas les richesses d'un seul coup. Et tous les compliments que suscitera l'un, l'autre les méritera aussi. 

jeudi 2 juillet 2009

Critiques 69 : Revues VF Juillet 2009

MARVEL ICONS 51 :

- Les Nouveaux Vengeurs 45 : L'Empire (5). Comme depuis le démarrage de Secret Invasion, les Nouveaux Vengeurs ne sont pas vraiment au centre de leur série... Mais cet épisode est plutôt d'une bonne facture. Ce mois-ci, ce tie-in revient sur une autre saga mémorable (et sans doute plus réussie) : House of M.

La reine Skrull Veranke, qui a l'apparence de Spider-Woman, et Criti-Noll, qui a les traits d'Hank Pym, réagissent comme ils peuvent à la reconfiguration de la réalité par la Sorcière Rouge et essaient de voir comment ils pourront tirer profit de la situation.
A peine ce passage réglé, c'est aux conséquences d'Annihilation que les Skrulls sur Terre doivent faire face.

Cette fois, aucune vedette de la saga n’apparait ou ne disparait, et nul n'en sort défiguré ou dôté de nouveaux pouvoirs. Mais ce retour sur les évènements d'House Of M sous l'angle de l'Invasion Skrull rend rétrospectivement la saga mutante troublante. Encore une fois, on se demandera si Bendis avait vraiment tout préparé aussi minutieusement, mais c'est indéniablement habile et efficace.
Il ne s’agit plus de savoir qui est un Skrull ou pas, mais plutôt d'examiner la stupeur des envahisseurs face à la fréquence et l’envergure des événements de ces dernières années. Et pour eux, il s'agit d'autant de points à corriger pour parfaire leur projet. Du coup, et ça, c'est malin, Bendis réfléchit à l'impact des "events" tout en se servant de cette réflexion pour alimenter celui qu'il écrit.
Par contre, j'ai été plus déstabilisé par l'évocation d'Annihilation, que je n'ai pas lu - mais qui est vite expédié. Néanmoins, on remarque que ce qui s'est passé dans l'espace à ce moment-là a été l'équivalent d’un Pearl Harbor pour les Skrulls : le déclencheur de leur offensive générale et le symbole de leur esprit sacrificiel, où seule compte la mission. Le fameux « Il vous aime» prend là une dimension plus émotionnelle, dont Bendis réussit bien à rendre compte.
Néanmoins, on peut s'interroger sur un point : pourquoi, après avoir constaté la puissance de la Sorcière Rouge, les Skrulls ne se sont-ils pas hâtés de la supprimer ?
La lecture de ce New Avengers 45 n’est donc pas essentielle mais s'apparente à un n° O de Secret Invasion.

Graphiquement, c'est très beau : normal, Jim Cheung illustre l'épisode, excellant comme d'habitude dans la représentation de personnages féminins et livrant des double-pages bluffantes. Son trait m'a paru moins raide qu'à l'ordinaire, bien servi par deux encreurs de qualité (John Dell et Jay Leisten).

Je mets un B+ puisqu'Il m'aime...


- Iron Man : Les 5 Cauchemars (5) - Code Noir. Bon... Ben... Comment vous dire ?Je n'y arrive toujours pas ! La laideur absolue du traitement graphique du lamentable Larroca me rebute, et je préfère zapper cette série qui est vraiment une faute de goût totale. Si je la lisais, je deviendrai certainement méchant.Pourquoi créer l'automne prochain une nouvelle revue alors qu'il aurait été si simple d'exclure cette "chose" pour la remplacer par Dark avengers?

- Captain America (vol.5) 41 : L'homme qui a acheté l'Amérique (5). Pénultième volet du récit concocté par un Ed Brubaker en apesanteur, ce nouvel épisode est encore une merveille.

Bucky/Cap' et le Faucon traquent le Grand Directeur pour remonter jusqu'à Crâne Rouge et délivrer Sharon Carter. C'est sans compter sur le Dr Faustus qui décide de fausser compagnie à ses complices alors qu'un débat public entre les candidats à la Présidentielle se prépare à Albany, avec bien sûr en vedette le Sénateur Wright. Sin, la fille de Crâne est dans la place, et Bucky va s'y inviter.
La Veuve Noire et le Faucon attaquent le repaire d'Arnim Zola, qui fuit en embarquant Sharon...

Cette série n'évolue définitivement pas dans le même registre et au même niveau que les autres, avec son intrigue politique et une narration parallèle dirigée de main de maître. Tout est encore une fois admirable : le récit est traversé par une tension palpable, nimbé de mystère et d'incertitude, tout en offrant de l'action classique qui ponctue le tout avec à-propos.Après cela, on peut bien débattre des heures durant sur la progression discutable d'un Bendis ou la régression improbable d'un Millar, mais le scénariste le plus complet, le plus ambitieux de Marvel n'est-il pas Brubaker - aussi fabuleux ici que sur Daredevil.

Visuellement, Steve Epting, aidé à l'encrage par Rick Magyar et toujours assisté à la couleur par Frank D'Armata, livre des planches au découpage d'une simplicité et d'une fluidité somptueuses. Le sens du cadre, de l'angle de vue, des lumières, tout participe à servir au mieux l'histoire.

Une constance dans l'excellence : A +.


- Fantastic Four 561 : La mort de la Femme Invisible (4) - La machine de Galactus. ici s'achève le deuxième arc du tandem Millar-Hitch... Et se confirme qu'il a été bien meilleur que leur premier !

Prisonniers des Nouveaux Défenseurs dont le chef s'est avéré être la fameuse Tabitha Deneuve, nounou récemment embauchée par les Richards, le Dr Fatalis, Johnny Storm et Galactus vont donc servir de batterie pour transporter à notre époque les survivants du futur.Pour localiser le QG de leurs adversaires, Red Richards trace Tabitha Deneuve en se servant de sa version actuelle, c'est-à-dire Jane. L'affrontement entre les Fantastiques et les Défenseurs va se jouer en même temps que le sort des hommes de demain - auxquels va être offert une issue ingénieuse...
Mais Fatalis, lui, n'en restera pas là...

La résolution de l'intrigue renoue avec les grandes heures du duo Millar-Hitch, dans un bagarre aux accents de délivrance pour les héros comme pour les lecteurs, qui se languissaient de voir l'équipe en découdre aux poings avec des adversaires redoutables.
Millar fait preuve de tout son savoir-faire pour conclure, le pied sur l'accélérateur, une histoire qui avec ses quatre chapitres est un modèle de concision par rapport aux standards actuels. Pourtant, il a su habilement réemployer des éléments posés dans l'arc précédent - comme Nu-Earth ou Alyssa et son mari. Et, tout aussi efficace, il clôt l'épisode sur une image glaçante qui annonce déjà la suite tout en expliquant la fameuse "mort de la Femme Invisible". C'est un régal !

Comme c'est un régal de retrouver Hitch en aussi bonne forme, toujours prompt à nous épater avec des pages spectaculaires, sans négliger le découpage, percutant. Le dessinateur a cette fois vraiment pris possession dee ses personnages et son plaisir est visible, notamment quand il anime Ben Grimm, déchaîné. Sa complicité avec Andrew Currie à l'encrage permet aussi au titre une plus grande solidité graphique, après les tâtonnements du début.

Je suis content : A+ !

Un numéro de très belle facture, auquel seul Iron Man fait du tort.

WOLVERINE 186 :
- Wolverine 69 : Old man Logan 4. La fresque futuriste de Millar et McNiven est à mi-chemin et se déroule sur le même faux-rythme depuis le début, alternant avec maestria scènes d'actions ébouriffantes et plages plus calmes, aux ambiances étudiées.

Clint Barton sur le point de se faire occire par sa fille est sauvé in extremis par Logan et les deux bougres fuient Fisk Lake City le pied sur l'accélérateur, avant d'être englouti dans les tréfonds de la terre à cause des Taupoïdes.
Le spectacle des abysses est cauchemardesque mais grâce à la Spider-buggy, Hawkeye et Wolverine s'en sortiront une fois de plus. Ils traversent le Wyoming, puis Electroville (où gît encore un personnage emblématique, dont la découverte suggère encore la dévastation du monde), puis le Sud-Dakota (où le Mont Rushmore dévoile son imposante façade avec une surprise de taille).
Dans l'Iowa, nos deux voyageurs font une halte dans un bar (soyez attentifs et vous découvrirez le clin d'oeil que McNiven a fait à son scénariste...). Logan s'apprête à - enfin - dévoiler son secret...

Il émane toujours de cette saga un sentiment double, mélange de sidération et d'effroi : nul doute que Millar signe là une de ses oeuvres les plus puissantes, chaque nouvel épisode réservant son lot de séquences mémorables. Le mystère reste entier sur ce qui a provoqué la retraite de Wolverine, mais aussi sur la "marchandise" que transporte Hawkeye.
Aux éléments "westerniens" viennent se greffer des segments horrifiques saisissants, et comme le traumatisme caché de Logan, le visage désolé de l'Amérique qu'il dépeint laisse deviner l'ampleur du cataclysme qui a bouleversé le passé.

Graphiquement, ne craignons pas de répéter que McNiven produit des planches à couper le souffle : le découpage est d'un dynamisme formidable et une double-page comme celle du Mont Rushmore mérite qu'on s'y attarde, subjugué. Du très haut niveau.

La note est évidente : A+. Et déjà une certitude : ce "Old man Logan" fera date !
- Wolverine : Origins 28 - Pêché originel (prologue). C'est fou ce qu'un bon dessinateur peut faire du bien à une série qui vous laissez jusqu'ici indifférent... Loué soit Mike Deodato, qui dope spectaculairement le scénario de Daniel Way !

Ayant retrouvé son fils Daken, Wolverine décide de s'en occuper pour le déconditionner de sa nature de tueur. Le rejeton ne se souvient en effet plus de rien… Charles Xavier décédé, reste la solution - en désespoir de cause - d'aller demander l'aide des X-Men. En route pour retrouver son équipe, Logan se remémore son arrivée à l’école de Xavier après qu'il ait combattu (séquence fameuse) Hulk.

Deodato transcende réellement ce retour dans le passé (même si on peut regretter qu'il n'ait pas conservé le costume de Wolvie à cette époque). L'affrontement entre le griffu et le colosse de jade offre quelques pages ravageuses, avec le Wendigo en guest.

Way clôt l'épisode de telle manière que pour, apparemment bien apprécier toute l'intrigue à venir, il faudra également lire X-Men legacy écrite par Mike Carey (et publiée dans la revue "X-Men"). Cette histoire me séduit mais n'achetant pas la revue "X-Men" , vais-je quand même tout piger ?

Quoiqu'il en soit, avec un tel atout graphique, ces "Origins" prennent un relief inattendu : ça mérite un B+.

Un très bon cru donc !


SECRET INVASION 6/8 :

- Secret Invasion 6 : d'abord, mes biens chers frères, mes biens chères soeurs, recueillons-nous un instant pour deux raisons :
- d'abord, en hommage à cette jolie couverture de Marco Djurdjevic (Djurdj' pour les intimes)... Que Panini a bien salopée, avec son bon gôut esthétique reconnu, en y apposant un mochissime logo "70 ans de Marvel Comics : en cadeau une litho exclusive (1/4)" ! Une pensée, donc, pour l'artiste qui a sué sur cette peinture bousillée par Panonoproductions, trop atteint par la crise sans doute pour investir dans des stickers (mais pas trop endetté quand même pour emballer la revue dans de la cellophane afin de protéger ladîte litho...) ;
- ensuite, parce que, dès les premières pages de cet avant-avant dernier volet de la saga, nous pleurons la perte d'un héros récemment revenu parmi nous (non, ce n'est pas Michael Jackson)...Sur ces entrefaîtes, l'envahisseur Skrull explique à la population pourquoi son arrivée est censée être si bénéfique à l'espèce humaine, et nous voilà à San Francisco, sur la Lune, au Wakanda, en Terre Sauvage (avec Zazie et Frédéric Lopez ? Non, avec Shanna - ce qui n'est pas désagréable non plus...), en Israël (! J'ignorai même qu'il existait des héros là-bas. Voilà qui va causer un choc à Dieudonné...) pour observer les réactions à ces justifications.
Le Skrull est vert, certes, il est aussi confiant. Trop ? C'est que pensent aussi les Vengeurs (Puissants, Nouveaux, tous réunis, que c'est beau)... Jusqu'à ce qu'ils arrivent à New York et constatent les dégâts. Mais Nick Fury, ses Secret Warriors, ce qui reste de l'Initiative, puis bientôt Captain America et Thor décident de faire le ménage : ça va saigner !

Coïtus interruptus : Bendis est un petit malin. Après avoir un peu dormi ces deux derniers mois, il trouve son second souffle alors que s'approche le dénouement de son épopée... Mais à la fin du présent épisode, la bataille commence à peine et donc il faudra attendre le mois prochain pour la grande baston de la mort qui tue ! Elle promet d'être épique, vu le nombre de belligérants - d'un côté, une horde de Skrulls patibulaires (mais presque), de l'autre du Vengeur en colère (en veux-tu ? En voilà !), du Thunderbolt énervé, et même de la canaille de chez Hood ! Caramba !
J'avoue : j'ai bien aimé cet épisode, à la fois dense, rythmé, et où on assiste à la réunion du trio emblématique des Vengeurs (Cap, Thor, Iron Man) avec Fury. Nous savons aussi maintenant qui est ce "Il" qui nous aime tant - pas sûr que Benoît XVI soit ravi, mais les autres, comme Nick le borgne, répondront que leur dieu à eux, "il a un marteau !" (et les athées comme moi, ajouteront que Benoït XVI est marteau...)

Niveau graphique, Yu se réveille lui aussi : son découpage est à nouveau plus varié et dynamique, et les deux dernières double-pages régaleront les amateurs pendant de longues minutes. Bien que son style diffère, il évoque aloors, dans cette démesure, cette pléthore de personnages ruant dans les brancards l'immense George Pérez !

Allez : A + !

- Secret Invasion : Ligne de front 3 - En fuite. La grippe méxicaine (ou porcine, ou qui fait tousser, ou qui fait les choux gras des jt...) frappe hélas ! une partie du personnel de Marvel et de GG Studios. Je ne vois pas d'autre explication (sinon le réchauffement climatique...) à la catastrophique médiocrité de ce complèment de programme, où Brian Reed n'est que l'ombre de lui-même et les dessins donneraient des cauchemars à tous les enfants qui sont aujourd'hui en vacances pour deux mois.

Epargnez-vous ce désolant spectacle... Ou écrivez à : Frédéric Mitterrand, Ministère de la Culture, Paris (qui fera suivre vos plaintes).

L'invasion se resaissit, et ses auteurs aussi. Félicitations !

dimanche 28 juin 2009

Critique 68 : JUSTICE SOCIETY OF AMERICA THY KINGDOM COME 3, de Geoff Johns, Alex Ross, Peter Tomasi, Dale Eaglesham, Fernando Pasarin, Jerry Ordway







Justice Society of America : Thy Kingdom Come, Part 3 contient les épisodes 19 à 22 ainsi que les numéros spéciaux Kingdom Come : Superman, Magog et The Kingdom. Leur scénario a été écrit par Geoff Johns et Alex Ross, à l'exception des numéros spéciaux Kingdom Come : Superman écrit par Ross seul et Kingdom Come : Magog par Peter J. Tomasi. L
es dessins ont été réalisés par Dale Eaglesham (n°19, 20, 21, 22), Fernando Pasarin (Kingdom Come : Magog et Kingdom Come : The Kingdom), Alex Ross (Kingdom Come : Superman et quelques planches du n°22) et Jerry Ordway (pour les séquences sur Terre-2 et quelques planches des n°21 et 22). Scott Kolins a illustré les quelques planches sur les origines de Starman, à la fin de Kingdom Come : Magog.
Ces épisodes ont été publiés par DC Comics de Novembre 2008 à Février 2009, les trois "one-shots" spéciaux sont sortis simultanèment en Janvier 2009.
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Résumé des épisodes précédents :
l'arrivée imprévue du Superman de Terre-22, par la faute de Starman, a entraîné une succession d'évènements liés entre eux : le recrutement de nouveaux membres au sein de la JSA, leur affrontement avec Magog autoproclamé héraut du dieu Gog, le réveil de ce dernier et son intention de sauver le monde et de protéger ses héros.
C'est en Afrique que cette créature provenant du Troisième Monde se manifeste : elle suscite la ferveur de plusieurs super-héros en sauvant la population locale de la famine et de la guerre civile, rend la raison à Starman, la vue à Dr Mid-Nite, son visage intact à Damage...
Mais Gog expédie aussi Power Girl sur Terre-2 où son double la traque avec la Justice Society Infinity et divise la JSA en deux : d'un côté, il peut compter sur le soutien inconditionnel de certains membres qui ne voient que le bon côté de ses actions ; de l'autre, il suscite la méfiance... A fortiori lorsqu'il ressucite David Reid, mortellement blessé, pour le transformer en nouveau Magog, semblable à celui qui plongea la Terre-22 dans le chaos !

A présent, voilà comment les choses évoluent :

Derrière sa façade bonhomme, Gog a semé l'embarras au coeur de l'Afrique et de la JSA, présente sur place pour le surveiller ou l'accompagner : ses bonnes actions démontrent qu’obtenir tout ce qu’on désire n’est pas forcément une bonne chose. Ses méthodes provoquent aussi un débat moral : il intervient de manière impulsive, virulente et expéditive (même s’il ne fait pas couler de sang), sans peser les conséquences et donc sans mesurer la justesse et la justice de ses interventions.
La Société de Justice commence à se déchirer : des modérés comme Jay Garrick, Alan Scott et Ted Grant estiment que Gog réclamera tôt ou tard une rétribution, mais d'autres comme Hawkman, Citizen Steel, Amazing-Man et le nouveau Magog sont prêts à défendre le géant en ne doutant pas de sa bienveillance. L'affrontement est inévitable...
Mais Magog téléporte les importuns dans le QG de l'équipe et peu après Starman découvre un aspect inédit de ses pouvoirs : il est un portail vivant entre les dimensions et ainsi Power Girl mais aussi la Justice Society Infinity à ses trousses surgissent dans notre monde !
Les deux équipes s'apaisent aussi vite qu'elles se séparent après avoir compris que le Multivers existe à nouveau et qu'elles doivent veiller sur leurs mondes respectifs.
Le récit opére alors quatres escales pour examiner la situation à travers les regards du "Kingdom Come Superman", de Magog, de Starman et du "Royaume" que commence à instaurer Gog :

- le Superman de Terre-22 se rappelle avec douleur des circonstances dans lesquelles sa Loïs Lane mourrut, après avoir été agressée par la Joker. Ce drame a provoqué sa descente aux enfers et la chute de son monde. Le même sort l'attend-il dans notre réalité ?
- Magog est devenu le parfait soldat de Gog, entraînant dans son sillage Hawkman, Amazing Man, Damage, Citizen Steel. Puis, interceptant le S.O.S. d'anciens camarades de l'armée, David Reid part seul à leur rencontre et les venge dans un bain de sang - à la manière de son homonyme de Terre-22...
- Starman se remémore ses origines et comprend ainsi qu'il est devenu l'incarnation d'un relais spatio-temporel - autrement dit la solution au problème Gog ?
- La présence de Gog bouleverse l'équilibre mondial. Damage porte sa parole avec ardeur et la population américaine espère tout de ce sauveur providentiel. Mais Stargirl et Atom Smasher vont tenter de le raisonner, tandis que Sandman révèle à Mr Terrific et Jakeem Thunder que Gog est en train de posséder (au propre comme au figurer) la Terre. Le dieu du 3ème Monde réclame en effet à ses fidèles de le vénérer désormais...
Cette requête choque certains des partisans de Gog, mais d'autres sont prêts à se prosterner devant lui. Et lorsqu'on lui refuse ce qu'il exige, le géant répond qu'il ne partira pas tant que le monde ne sera pas à ses pieds : il châtie ceux qui osent le défier en leur reprenant ce qu'il a offert - Dr Mid-Nite redevient aveugle, Starman déséquilibré, Sandman assailli par ses visions cauchemardesques et Damage défiguré. Citizen Steel et Amazing Man ne peuvent plus croire à la charité de ce dieu cruel. Même Magog se révolte en voyant ses amis souffrir à nouveau.
Déchirée il y a peu, la Société de Justice se ligue à nouveau pour se débarrasser de Gog. L'affrontement est dantesque et finalement décapité, le colosse est expédié aux confins de l'univers par Starman et le Superman de Terre-22. Celui-ci obtient de son camarade qu'il le renvoie chez lui.
Dans notre monde, la JSA panse ses plaies, mais les divisions d'hier mettront du temps à être réparées - comme le suggère l'amertume d'Hawkman. Et pourquoi David Reid a-t-il conservé l'apparence de Magog ? Judomaster donne son amour à Damage et Citizen Steel a trouvé la paix tandis que Starman reparaît.
De retour chez lui, Superman renonce à se venger et traverse les décennies, les siècles et même les millènaires suivants en veillant sur l'humanité...
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Progressivement, Geoff Johns et Alex Ross ont résolu toutes les intrigues liées à la présence du Superman de Terre-22. Ils commencent par régler le cas Power Girl et en profite, au passage, pour attribuer à Starman des facultés surprenantes, qui en font un personnage pivotal dans la série mais aussi dans le "DCverse". Quant à la Kryptonienne, elle sort de ces épreuves plus attachante : la leader de la JSA a acquis de la sagesse en traversant le miroir, un peu à la manière de l'Alice de Lewis Caroll.
Il restait à conclure dignement le "dossier" Gog et l'impact de son séjour sur Terre : il s'était engagé à sauver le monde en sept jours tel un nouveau messie, il s'est avéré une créature certes puissante mais sans noblesse, exigeant qu'on l'idôlatre pour ses bienfaits.
C'est la notion de la foi qui a été engagée dans cette dernière partie : jusqu'où peut-on, doit-on croire en une entité capable de changer le cours des choses ? Et surtout faut-il espérer qu'un tel être existe si, en retour, il réclame comme un dû qu'on le vénère ? La vraie charité ne doit-elle pas être gratuite ?
En nous interrogeant sur la foi, les auteurs pointent du doigt ses dérives, comme le fanatisme, l'endoctrinement, et le prix qu'on est prêt à payer pour le salut du monde. Comme depuis le début de cette épopée, on est surpris par la profondeur des thèmes abordés et la franchise des réponses apportées par Johns et Ross : cela prouve au moins qu'on peut, via une publication populaire, sans nier ses vertus divertissantes, faire un peu de philosophie - en vérité, des auteurs comme Alan Moore ou Frank Miller nous l'avaient déjà démontré, mais dans le cadre d'oeuvres spécifiques. Ici, nous restons dans la forme traditionnelle des comics de super-héros et, malgré cela, les scénaristes ont réussi à poser des questions sans les survoler.
Bien entendu, ce feuilleton coloré, rocambolesque, exubérant, ne manque pas de grandes batailles, d'explosions : la fibre mélodramatique inhérente au genre n'est pas absente de ce projet et le spectacle peut aussi se déguster au premier degré.
Tout juste regrettera-t-on la brutalité complaisante du segment rédigé par Peter J. Tomasi (Kingdom Come : Magog) qui n'ajoute rien de valable à l'ensemble. Le volet consacré à Superman écrit par Ross seul est émouvant mais dispensable. En revanche, The Kingdom figure une transition probante entre ces intermèdes et la saga. 
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La partie graphique a été l'autre grande satisfaction de cette entreprise, égale en qualité depuis le début jusqu'à la fin. En réponse à la convergence des intrigues et leur résolution, les dessins de Dale Eaglesham et Jerry Ordway se mêlent et les peintures d'Alex Ross semblent parachever leur production. Les "morceaux de bravoure" abondent encore dans ces ultimes chapitres et on ne peut qu'être estomaqué par la puissance picturale qui émane de certaines pages, notamment lorsque Gog doit affronter les justiciers.
Fernando Pasarin réalise deux des "one-shots" qui complètent et enrichissent singulièrement le récit : l'artiste aura été la révèlation de ce relaunch, suppléant avec efficacité Eaglesham jusqu'à devenir son véritable partenaire au générique.
J'ai été plus surpris par la contribution d'Alex Ross, qui s'il signe encore de somptueuses couvertures et planches peintes additionnelles, a expérimenté une nouvelle technique pour dessiner son épisode sur Superman. Alex Sinclair a posé ses couleurs sur les illustrations encrées du maestro, et le résultat est étonnant, parfois très concluant, parfois plus improbable.
Seul bémol : la présence de Scott Kolins à qui nous devons des planches médiocres pour résumer les origines de Starman...
La valse des encreurs s'est également un peu calmée : Nathan Massengil (au style proche d'un Art Thibert) a collaboré avec Eaglesham ; Pasarin a été épaulé par Mick Gray, Norman Rapmund et Jack Purcell, et le fidèle Bob Wiacek assiste toujours Ordway.
A la fin de l'ouvrage, des bonus appréciables : Alex Ross présente ses planches non coloriées de Kingdom Come : Superman, en expliquant comment il les a dessinées et encrées puis comment il a écrit l'histoire. En prime, on trouve les sketches de quelques couvertures... Un régal et une leçon !
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Que retenir de Thy Kingdom Come ? L'histoire aura fait évoluer de manière déterminante notre regard sur des personnages Power Girl ou Starman, moins celle de Kingdom Come dont l'idée a surtout servi de levier narratif. Néanmoins, l'expérience aura été passionnante, le principe de réutiliser un classique des comics pour alimenter une série régulière étant originale.
N'hésitez donc pas à vous procurer ces trois volumes qui dévoilent une des fresques les plus intrigantes de l'univers DC et qui aura fourni la matière pour enrichir durablement un des meilleurs titres de l'éditeur.

Critique 67 : JUSTICE SOCIETY OF AMERICA THY KINGDOM COME 2, de Geoff Johns, Alex Ross, Dale Eaglesham, Fernando Pasarin et Jerry Ordway

(Ci-dessus : la JSA au grand complet par Dale Eaglesham.)
(Ci-dessus : la couverture du recueil)













Justice Society of America : Thy Kingdom Come, Part 2 contient les épisodes 13 à 18 ainsi que le premier numéro annuel de la série régulière.
Le scénario a été écrit par Geoff Johns et Alex Ross.
Les dessins ont été réalisés par Fernando Pasarin (n°13,16 et 17), Dale Eaglesham (n°14,15 et 18), Jerry Ordway (Annual 1), plus quelques planches originales peintes par Alex Ross. Ces épisodes ont été publiés par DC Comics de Février à Octobre 2008, l'Annual 1 en Septembre 2008.
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Rappel des faits :
la JSA continue d'attirer de nouvelles recrues (Judomaster, la fille d'un yakusa repenti ; David Reid, un soldat arrière-petit-fils de Roosevelt ; Lightning, la seconde fille de Black Lightning ; Jakeem Thunder, maître du génie magique Thunderbolt ; Amazing-Man, activiste noir).
Cependant, lors d'une intervention dans une usine en feu, Starman crée un trou noir pour maîtriser l'incendie mais attire dans notre dimension un Superman vieillissant - tout droit venu du futur décrit dans Kingdom Come (de Mark Waid et Alex Ross). Il ne s’agit donc pas, comme le croit d'abord Power Girl, de son cousin mais de "l'Homme d'Acier" de Terre-22, où le justicier Magog a modifié le cours de l'Histoire. Ce méta-humain a tué le Joker et provoqué l'émergence d'une nouveau genre de héros, n'hésitant plus à tuer pour faire régner l'ordre et méprisant le commun des mortels. La situation a empiré au point que les Nations-Uinies ont fini par larguer une bombe atomique sur les super-héros... C'est ce futur-là que veut éviter ce Superman à notre monde avec l'aide de la JSA.
Parallèlement, un nouveau Mr America
(en fait, le co-équipier du précédent, tué par Vandal Savage dans The Next Age) mène une enquête sur les meurtres de super-vilains se faisant passer pour des demi-dieux. L'assassin signe ses crimes au nom de Gog.
A présent, voilà comment les choses évoluent :

Les découvertes et le signalement de son agresseur que donnent Mr America troublent la JSA et le Superman de Terre-22, qui décide d'aller interroger "notre" Superman. Celui-ci a affronté Magog qui lui a raconté venir du futur et vouloir sauver le monde : grâce à Batman, il a appris qu'il s'agissait en fait d'un missionnaire porté disparu en Afrique du nom de William Matthews.
Ce dernier attaque Hercules, déchaîné mais maîtrisé par les deux Superman, avant de disparaître, laissant derrière lui des traces de poussière volcanique. Cette indice va être exploité par Sandman, qui piste Magog jusqu'au Congo où il affronte Infinite Man (sans réussir à le tuer).
Au QG de la JSA, alors que Power Girl et les doyens de l'équipe décident de traquer Magog en laissant leurs jeunes recrues en retrait, celui-ci surgit et les attaque. La bataille se poursuit à l'extérieur jusqu'à ce que, en difficulté, il se téléporte avec Hawkman, David Reid, Citizen Steel, Amazing Man, "Kingdom Come Superman", Power Girl, Mr Terrific et Sandman dans une grotte au Congo.
Magog réveille alors accidentellement Gog, qui le désintégre, et se dresse, immense, devant le groupe de héros médusé en assurant "venir en paix". Amazing Man réussit à entrer en contact avec ce géant qui commence à traverser les environs en sauvant la population de la famine et des persécutions de rebelles armés. Il révèle également ses origines en expliquant avoir été banni du Troisième Monde et avoir échoué sur Terre il y a plusieurs milliers d'années. Pétrifié, il fut découvert par William Matthews qui hérita d'une partie de sa puissance et en devint fou.
Mais à présent, il désire sauver la Terre : pour prouver ses bonnes intentions, il accomplit un miracle en rendant son visage intact à Damage.
La situation met en émoi les super-héros dont Gog prétend devenir le protecteur (comme eux sont les protecteurs de la Terre) : l'athée Mr Terrific confie son trouble à Dr Mid-Nite, David Reid demande à Jay Garrick si on ne devrait pas laisser agir Gog pour le bien de tous, Hawkman effectue des recherches avec Hawkgirl sur l'arme de Magog...
Le Dieu rescapé du 3ème Monde "guérit" d'autres justiciers : il rend le sommeil à Sandman, la vue à Dr Mid-Nite, la raison à Starman et renvoie Power Girl chez elle... Puis soudain, se détourne d'eux en projetant de mettre carrèment fin aux conflits dans le pays !
Le récit suspend son cours pour s'intéresser à Power Girl que Gog a expédiée sur Terre-2.

Déboussolée, elle y retrouve des amis qu'elle croyait morts - et réciproquement : les membres de la Justice Society Infinity. Les choses se compliquent dramatiquement et rapidement lorsque la Power Girl de ce monde surprend son (quasi-) double et convainc ses partenaires qu'elle est une intruse mêlée à la disparition de leur Superman. Comment va-t-elle se sortir de ce guêpier ? Nous le saurons plus tard...

Retour sur notre Terre où Gog sème la confusion en voulant pacifier le Congo : les héros se divisent en deux clans, ceux qui approuvent son action et ceux qui estiment que ses intentions ne sont peut-être pas si gratuites.
Lorsque David Reid est mortellement blessé, la situation prend une tournure inquiètante pour "Kingdom Come Superman" : Gog ressucite le jeune homme en le transformant en nouveau Magog, identique à celui qui causa la perte de Terre-22...

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Dans cette deuxième partie de l’arc Thy Kingdom Come, Alex Ross et Geoff Johns continuent d'avance leurs pions tranquillement : la JSA va traquer Gog pour découvrir un adversaire aux mobiles perturbants et clivant l'équipe en deux partis. le moins qu'on puisse dire, c'est que les deux auteurs nous offrent un divertissement certes mais avec un vrai fond, soulevant de nombreuses questions d'une richesse peu commune dans les comics mainstream.
La vénérable Société de Justice doit s'interroger sur son efficacité : restent-on d'authentiques redresseurs de torts lorsqu'on n'arrive pas à résoudre des problèmes aussi concrets que la famine, les guerres tribales ? Un super-héros n'est-il bon qu'à appréhender des super-vilains sans s'occuper d'autre chose que de la sécurité civile ?
Nos justiciers sont mis face à leurs responsabilités et affichent leurs doutes, leurs divergences aussi : la grande famille de la JSA n'échappera pas à de brutales dissensions entre ses membres.
Pour certains, l'arrivée et les interventions de Gog sont un miracle qu'il faut soutenir inconditionnellement (la fin justifiant en quelque sorte les moyens, la providence faisant force de loi).
Pour d'autres, ce même Gog prive les humains de leur libre arbitre, agit sans se soucier des conséquences, guérit les gens sans leur demander leur avis, et cache peut-être derrière cette bienfaisance des motivations moins nobles.
La présence en contrepoint du Superman de Terre-22 nous incite à la méfiance et ce qu'il advient de David Reid, littéralement ressucité pour devenir l'incarnation du Magog qu'il a connu et qui a précipité son monde dans le chaos, laisse entrevoir une issue dramatique.
L'intelligence avec laquelle Ross et Johns réussissent à placer au coeur d'un récit par ailleurs toujours riche en action (une bagarre dévastatrice entre Magog I et la JSA dans leur QG sur quasiment deux épisodes entiers), en grand spectacle (le réveil de Gog émergeant d'une montagne en Afrique dans laquelle il s'était figé), une thématique aussi dérangeante est un modèle du genre. Après avoir exploré dans un premier temps (et encore un peu ici) l'héritage, ce sont la responsabilité, la notion même d'héroïsme, l'existence d'une entité désirant "protéger les protecteurs" de l'humanité, qui sont traitées dans ce volume. Pas mal de proposer une réflexion sur des sujets pareils dans un comic-book traditionnellement voué à l'aventure...
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Avec le périple que va traverser Power Girl sur Terre-2, auquel est consacré l'Annual de la série, Johns et Ross se penchent sur le déracinement. Mais cette parenthèse dans le récit, dont nous saurons la conclusion dans le 3ème album, sans démériter, n'a pas la même intensité. Plus longue aussi en nombre de pages et introduisant une foule de personnages sans relation avec la saga principale (la Justice Society Infinity, à la composition voisine d'Infinity Inc. première version), cette histoire dans l'histoire manque de rythme, et j'ai été moins accroché par la mésaventure de Power Girl, dont on devine qu'elle sortira sans doute ébranlée mais indemne.

La cassure est aussi plus sensible à cause du graphisme puisque Pasarin et Eaglesham sont remplacés par le vétéran Jerry Ordway. Non que je mette en doute le talent de cet artiste mythique (encré un peu lourdement par un autre fameux "ancien", Bob Wiacek), mais ce changement de style surprend et nécessite un temps d'adaptation.
Une rumeur a couru comme quoi Johns avait invoqué cette JSI pour créer un spin-off à la JSA. Il semble que le projet a fait long feu, si tant est qu'il ait jamais été élaboré. Johns ayant quitté le titre au n°26 pour se consacrer à tout autre chose, on ne risque pas de revoir les héros de Terre-2 de sitôt, dans la galaxie déjà bien peuplée de personnages de DC...
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Puisque j'ai cité les graphistes, restons avec eux pour saluer une nouvelle fois leur splendide travail. Cette fois, Fernando Pasarin s'est véritablement installé comme co-pilote du titre en signant 3 épisodes, soit autant que Dale Eaglesham, incapable de tenir ses délais. Le dessinateur espagnol signe des pages intérieures confirmant tout le bien qu'on pensait de lui : son trait est élégant, assuré, parfois un peu rigide, mais sa contribution est irréprochable.
Quant à Dale Eaglesham, on comprend pourquoi il n'a pas pu livrer ses épisodes aussi régulièrement lorsqu'on examine ceux qu'il a réalisés : il nous offre particulièrement les deux chapitres consécutifs où Magog I affronte la JSA et c'est tout bonnement stupéfiant. Le découpage est d'un dynamisme palpitant et chaque vignette est peaufinée avec une méticulosité ahurissante. C'est aussi lui qui met en scène le retour à la vie de Gog, l'occasion d'une double-page (parmi d'autres) bluffante, peinant presque à contenir tout ce qu'elle montre !
Malgré un nouveau défilé, encore plus conséquent que dans le précédent recueil (Mick Gray, Nathan Massengil, Kris Justice, Prentis Rollins...), l'unité esthétique est miraculeusement intacte : on sent la volonté de toute l'équipe artistique pour maintenir le titre à un niveau d'excellence qui mérite le respect.
Et enfin, encore et toujours, on s'extasie devant les couvertures (les versions "variant" étant toujours réalisées par Eaglesham, en proposant un autre regard sur le programme des épisodes) et les planches peintes par Alex Ross : elles deviennent un complèment de celles du Kingdom Come initial. Il s'est investi personnellement dans cette saga comme le gardien du temple veillant à l'intégrité de l'oeuvre originelle.
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Reste à savoir comment tout cela va se terminer : Power Girl traquée dans une dimension parallèle, la JSA face à un Dieu et à elle-même, "Kingdom Come Superman" hanté par ses fantômes... Le dénouement promet une apothéose !