mercredi 3 avril 2019

BAD LUCK CHUCK #1, de Lela Gwenn et Matthew Dow Smith


Avec son titre qui claque et son pitch accrocheur, Bad Luck Chuck ressemble parfaitement à un "sleeper", ce genre de comics qui l'air de rien pourrait devenir un succès. Un nouveau coup gagnant pour Dark Horse Comics ? En tout cas, le premier épisode écrit par Lela Gwenn et dessiné par Matthew Dow Smith est captivant.


Tashi Charlene "Chuck" Manchester est littéralement maudite. Mais elle a su faire de ce handicap un lucratif atout puisqu'elle provoque pour des clients des catastrophes. C'est ainsi qu'elle est sollicité par Mme Afolayan.
   

Sa fille, Fayola, a été embrigadée par un gourou, Papa Freedom. Chuck accepte de la tirer de là, mais remarque vite qu'elle est suivie par deux gredins qui ont la même mission - et, elle l'ignore, le même employeur qu'elle.


Cependant, un inspecteur d'une compagnie d'assurances, Ean Sterling, enquête sur Chuck depuis huit ans, ayant ainsi relié une série d'accidents. Fayola, elle, ramenée en ville, convainc Chuck de la protéger car sa mère veut la récupérer pour mettre la main sur les vingt millions de dollars hérités de son grand-père.


Sterling rencontre des membres de la secte de Papa Freedom, dont une femme qui a filmé avec son téléphone portable l'évasion de Fayola avec Chuck. Il croit détenir la preuve qui accablera cette dernière.


La police vient arrêter Chuck chez elle. Mais au poste de police, la vidéo réquisitionnée par Sterling s'avère illisible. Les deux suiveurs sont appréhendés tandis que les deux femmes sont relâchés - ce qui ne convient ni à Mme Afolayan ni à Papa Freedom...

Cette semaine a été chargée en sorties, d'ailleurs je n'ai pas encore pu écrire toutes les critiques pour les couvrir (il manque celles de Detective Comics #1000, de Martian Manhunter #4 et Batman Beyond #30). Ce que je sais déjà, c'est que je ne veux plus être soumis à autant de lectures hebdomadaires. Et que j'ai surtout besoin de lire autre chose que du super-héros (d'ailleurs, mes trois coups de coeur ont été à Dial H for Hero, Isola et Sabrina the teenage witch).

Je pense donc que je vais m'intéresser davantage à ce qu'offrent d'autres éditeurs que les "Big Two". Et ce n'est pas ce qui manque. Dark Horse Comics pique ma curiosité de plus en plus depuis que je suis Black Hammer de Jeff Lemire, je me rends compte que cet éditeur a un choix varié (même si certains titres sont des spin-off et d'autres subissent de gros retards - où est passé The Seeds de Nocenti et Aja ?).

Pour Bad Luck Chuck, j'y suis allé au feeling. Le titre m'a intrigué, j'ignorai tout du reste - les auteurs, le sujet. Et ainsi, sans préjugés, j'ai été conquis. C'est original, dense, drôle et intrigant, très bien dessiné. Une pépite à côté de laquelle il ne faut pas passer.

Lela Gwenn a imaginé cette héroïne atypique, frappée d'une malédiction qui lui permet de provoquer des catastrophes (mineures) mais qui a su en tirer profit. Besoin d'un sabotage ? De truander les assurances ? De flanquer la pagaille ? D'embarrasser quelqu'un ? Bref, les "désastres sur commande", c'est la spécialité de la maison.

Le numéro est bien plein et palpitant : recrutée pour sortir une jeune femme d'une secte par la mère de celle-ci, Chuck accomplit sa mission sans se douter que sa cliente convoite un sacré butin laissé en héritage à sa fille. Evidemment, le gourou ne va pas être ravi de voir sa disciple le quitter ainsi. Et, pour ne rien arranger, Chuck est traquée par un détective d'une compagnie d'assurances qui a deviné qu'elle était à plusieurs accidents frauduleux.

L'argument est redoutablement efficace puisqu'il puise dans la source même d'une bonne fiction : sans malchance, pas de péripéties, et donc pas d'ennuis pour le héros de l'histoire. Alors, pensez, une héroïne qui peut causer des désastres, en tire profit, se met à dos un assureur, un gourou et une marâtre, en voilà de la matière pour une série ! Gwen l'exploite avec ironie et beaucoup de rythme, c'est un régal.

Le dessin de Matthew Dow Smith est également excellent, sans être tape-à-l'oeil. Son style évoque celui de Michael Gaydos (Jessica Jones, Pearl) et de Matthew Southworth (Stumptown), réaliste sans être photographique.

Il a compris qu'il n'était pas utile d'en rajouter, le script étant suffisamment fort. Ainsi Chuck n'est pas une héroïne spectaculaire, elle semble même assez blasée, ou en tout cas mesurée. Smith la représente de manière normale, sans look précis, ordinaire. On imagine qu'elle a la trentaine et son apparence se fond dans la masse : c'est bien vu car il vaut mieux ne pas se faire remarquer avec un job comme le sien. Elle agit sans grand effet, laissant faire son don atypique, et ce côté débonnaire rend le récit amusant.

Par effet de contraste, les personnages plus antipathiques n'ont eux non plus pas besoin d'être soulignés. On devien dès le début que Mme Afolayan n'est pas très nette, que Ean Sterling le détective des assurances sera un adversaire coriance, et que Papa Freedom est un chef de clan menaçant.

Le flux de lecture est très souple, les transitions entre les scènes très fluides. On arrive à la fin de l'épisode en ayant absorbé un taux élevé d'informations mais sans avoir le sentiment d'être submergé, tous les éléments ayant été bien décrits et distribués, et le découpage graphique aidant à cette "digestion".

Il va de soi que, vu la nature particulière de l'héroïne, la suite ne sera pas un long fleuve tranquille et l'aventure de Chuck Manchester et Fayola Afolayan promet donc d'être jubilatoire. En tout cas, on n'a pas envie de les lâcher là.

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