mercredi 16 août 2017

LEGION (Saison 1) (FX / Marvel Studios)


Comme si ça ne lui suffisait pas d'être aux manettes de la géniale série anthologie Fargo (Il faudra quand même que je pense à regarder la saison 1 un de ces jours), Noah Hawley a convaincu la chaîne FX dans le cadre d'un partenariat avec Marvel Studios de piloter Legion.

Bienvenue dans le grand huit mental le plus ahurissant que la télé américaine propose, conduit par ce prodigieux showrunner.
 David Haller (Dave Stevens)

David Haller est interné dans une clinique psychiatrique car on l'a diagnostiqué schizophrène. Son mal paraît profond quand on considère le traitement médicamenteux que les médecins lui prescrivent en plus d'une thérapie comportementale qui doit situer l'origine de ses troubles.  
Syd Barrett (Rachel Keller)

Dans l'établissement où il réside, d'autres choses bizarres se produisent et perturbent David, malgré le soin déployé pour l'assommer : pourquoi limite-t-on ses contacts avec d'autres internés, comme la belle Sydney dont il est amoureux, alors qu'il subit les railleries de Lenny Busker ? Pourquoi sa soeur se comporte si étrangement, tour à tour froide et chaleureuse, l'accusant d'avoir détruit leur famille et culpabilisant de le laisser là ?  
Amy Haller (Katie Aselton)

Et surtout pourquoi le soumet-on, sous garde armée, à des interrogatoires en suggérant qu'il aurait des pouvoirs mentaux immenses et dévastateurs, prêt à tout ravager s'il perd le contrôle de lui-même ? Totalement perdu, il ne sait comment réagir quand un petit commando attaque l'asile pour le libérer après qu'il se soit une ultime fois rebellé contre ses geôliers. 
Cary Loudermik (Bill Irwin)

Conduit dans le repaire de ses nouveaux amis, qui sont ceux de Sydney, David fait la connaissance de la patronne de ce groupe : Melanie Bird. Elle lui révèle qu'il ne souffre pas de schizophrénie mais qu'il est un mutant prodigieusement puissant dont le gouvernement et l'armée veulent faire une arme pour éliminer ses semblables. 
Kerry Loudermik (Amber Midhunter)

Et ses pareils sont les membres du commando : il y a Cary, un laborantin, et Kerry, son double féminin (mais plus jeune), combattante hors pair ; Ptonomy, un artiste de la mémoire, et Syd Barrett, qui évite en vérité tout contact physique car elle peut absorber les pouvoirs et la personnalité de ceux qu'elle touche.  
Ptonomy Wallace (Jeremie Harris)

Accordant, bon gré mal gré, sa confiance à Melanie, David devient l'objet d'études menées par Ptnomy et Cary pour déterminer l'origine de ses troubles mentaux, qui dérèglent violemment ses pouvoirs. Syd le soutient dans ces nouvelles épreuves introspectives où ils découvrent qu'un parasite psychique s'est établi dans les pensées du jeune homme pour, à terme, prendre son contrôle.  
Melanie Bird (Jean Smart)

Cette entité réside en lui depuis son enfance, lorsqu'il a été confié par son père, un puissant télépathe, à une famille d'accueil pour le protéger, et s'appelle Amahl Farouk alias "le Roi d'Ombre". Lorsqu'il apparaît à David - et ceux qu'il embarque dans ses explorations intérieures - , le monstre revêt l'aspect d'une créature difforme effrayante ou d'une jeune femme brune, familière de David : Lenny Busker !
Lenny Busker (Audrey Plaza)

David et ses amis réussiront-ils à neutraliser ce parasite redoutable avant que la Division 3, qui assurait sa surveillance à l'asile, ne les retrouvent et ne les capturent, pour, selon leur dangerosité, les utiliser ou les supprimer ?

Pour vous parler de Legion, et de l'expérience que cela a représenté pour moi, un flash-back s'impose : j'avais regardé le premier épisode il y a quelque temps et ne l'avais guère apprécié. Non pas qu'il était dénué de qualités, mais j'en étais sorti essoré. La métaphore du grand huit s'imposait avec ce maelström d'images à la narration éclatée, au héros sévèrement détraqué, à l'intrigue tortueuse. Je n'étais pas du tout préparé à ça. Et, qui plus est, je venais d'être déjà bien secoué par une autre série, le chef d'oeuvre The OA, dont le format, l'histoire, l'interprétation, l'ambiance me semblaient indépassables (et ça reste le cas). Compte tenu de tout cela, j'avais eu l'impression de tomber sur Legion comme si son showrunner (dont je ne connaissais pas encore le travail sur Fargo) avait voulu challenger The OA - geste fou, vaniteux !

Moins loin de nous, récemment, je surfe sur Facebook et apprend dans un article en ligne du magazine "Première" que le boss de FX s'inquiète que Noah Hawley ne lui ait toujours pas livré de scripts pour une saison 4 de Fargo et 2 de Legion (depuis, il semble que ce ne soit plus le cas, l'auteur ayant lui-même rectifié l'info en précisant simplement que ces deux productions réclamaient un investissement profond - je cite, de mémoire : "on n'écrit pas Legion en se levant le matin et en se disant :"allez, au boulot !" Non, c'est quelque chose pour lequel il faut être prêt à s'enfermer dans une cabane au fond des bois avec des champignons et sans distraction.").

J'ai donc décidé de retenter le coup, en reprenant à l'épisode 2 (craignant que revoir le "pilote" ne me décourage à nouveau tout en en ayant gardé un souvenir assez vif, notamment son dénouement avec l'évasion de David et sa fuite avec le gang de Melanie Bird). Je ne regrette pas cet effort : ces trois derniers jours, j'ai dévoré les 7 épisodes complétant cette première éblouissante, ébouriffante saison.

Résumer le déroulement de l'action de Legion ne rend pas justice à ce qu'on ressent en suivant ses chapitres car la production est extraordinaire. J'ignore de quel genre de champignons parle Hawley quand il évoque sa retraite dans une cabane au fond des bois pour écrire, mais je soupçonne une espèce de végétaux aux vertus ambiguës quand on mesure les effets qu'ils ont sur l'auteur. Mais David Haller était déjà une création extrême avant d'être la star de ce show : ses vrais parents sont le scénariste historique de la franchise X-Men, Chris Claremont, et le dessinateur-peintre le plus hallucinant des comics US, Bill Sienkiewicz.

Du personnage initial, Hawley a su à la fois garder l'essence tout en se l'appropriant, en les réinterprétant. La co-production de la série par les studios Marvel la rattache aux X-Men, mais ne comptez pas y croiser les mutants célèbres du grand écran comme Wolverine, Magneto ou le Pr. Xavier (même si une rumeur persistante annonce la présence de son acteur, le grand Patrick Stewart, dans la saison 2, ce qui serait à la fois attendu - Charles Xavier est le père biologique de David Haller dans les BD - , logique et jubilatoire). L'action, pareillement, s'y déploie de manière décalée par rapport aux canons du genre super-héroïque (d'ailleurs les personnages ici ne portent pas de costumes moulants et de masques), ce qui n'empêche pas les manifestations du pouvoir du héros (ou de ses camarades) d'être mises en scène spectaculairement (mention spéciale aux transferts provoqués par Syd, aux voyages dans la mémoire de Ptonomy, ou aux démonstrations de force de David contre la D3). On se croirait plus dans du David Lynch survitaminé, avec une esthétique pop (qui évoque des classiques comme Le Prisonnier ou Chapeau melon et bottes de cuir), avec son lot d'images dérangeantes, de visions chocs, d'ambiances azimutées.

Du côté de l'interprétation, il faut s'habituer au jeu de Dave Stevens, très expressif, à la limite de la grimace, ce qui est troublant avec sa tête le faisant passer pour un des frères Gallagher (ex-Oasis). Tout comme le numéro d'Aubrey Plaza, véritable (mauvais) génie dans la bouteille, capable de passer de la fille classe et sexy au démon destroy, sans qu'on sache très bien s'il s'agit d'une performance de haut vol ou d'une prestation entre grotesque et grandiose.
D'où l'importance cruciale de leurs partenaires aux compositions beaucoup plus sobres mais également intenses : on reconnaîtra deux acteurs habitués des productions Hawley, avec Rachel Keller (sublime Syd Barrett) et Jean Smart (Melanie Bird n'aide pas David de façon désintéressée). Le duo Bill Irwin-Amber Midhunter et Jeremie Harris sont aussi excellents.

Porté par une réalisation qui vous retourne comme une crêpe, Legion mérite son titre de "sensation télé" de l'année et consacre surtout son showrunner comme un scénariste (et réalisateur) sidérant.  

lundi 14 août 2017

IRRESPONSABLE (Saison 1) (0CS)


Après la découverte positivement surprenante de Missions, voici une autre pépite produite par OCS (Orange Ciné Série) : Irresponsable est une création d'un ancien élève de l'école de cinéma, la Fémis (plutôt habituée pourtant à former de futurs cinéastes de films d'auteur), Frédéric Rosset, qui en a écrit les dix épisodes (avec parfois le concours de Camille Rosset ou Maxime Berthémy) de 25 minutes, tous réalisés par Stephen Cafiero.

Et la question qui se pose à la fin de cette première saison (la deuxième vient de se tourner, sa diffusion est prévue pour fin 2017-début 2018), c'est : et si on tenait là la meilleure comédie de l'année ? Et même la meilleure comédie de la télé française ?
 Julien (Sébastien Chassagne)

Julien, la trentaine, retourne vivre chez sa mère, Sylvie, divorcée, en lui faisant croire que de l'amiante a été trouvée dans son appartement à Paris. En vérité, il a perdu son boulot et a dû trouver une solution de repli après avoir squatté chez sa meilleure amie, Léa, une lesbienne dont le couple traverse une crise. 
Julien et sa mère, Sylvie (Sébastien Chassagne et Nathalie Cerda)

Sylvie est à la fois enchantée de prendre soin de son grand garçon et soucieuse de son avenir, aussi tente-t-elle de lui décrocher un boulot au collège de la ville. L'entretien avec le directeur est un échec car Julien était un cancre et sa situation actuelle ne plaide pas en sa faveur. C'est en sortant du bahut qu'il croise Marie, son amour de jeunesse... Désormais prof dans cet établissement ! 
Jacques et Julien (Théo Fernandez et Sébastien Chassagne)

Julien obtient qu'ils se revoient et il l'invite à dîner au resto. Elle lui apprend qu'elle a un fils et il pense alors qu'elle est en couple. Mais quand elle lui apprend que sa progéniture a quinze ans, Julien devine, avant qu'elle le lui confirme, qu'il en est le père. Tout s'explique alors : l'adolescente avait quitté la ville à l'époque car ses parents, désireux de dissimuler sa grossesse, avaient déménagé. 
Marie et Julien (Marie Kauffmann et Sébastien Chassagne)

Ce que Marie ignore, c'est que Julien et son fils, Jacques (mais qui préfère être prénommé "Jack"), ont déjà fait connaissance au collège, le jour de son entretien d'embauche, en tirant sur un joint en cachette. Depuis, ils font les 400 coups... Et provoquent les catastrophes : arrestation par Adrien, ami d'enfance de Julien devenu flic et qui courtise Marie, 16ème anniversaire de Théo qui tourne au règlement de comptes avec les parents de Marie et en présence de Sylvie qui apprend, à cette occasion, qu'elle est grand-mère, tentative de Julien pour éloigner Adrien...
Marie craque, Jacques veut fuir. Julien réussira-t-il enfin à assumer ses responsabilités sans dévaster l'existence de ses proches ? Surtout après que Marie lui ait annoncé une nouvelle sidérante...

Je me suis intéressé à cette série après avoir lu un article sur le tournage de la saison 2 dans le dernier n° en date du magazine "Première" : cela m'a permis d'en apprendre beaucoup à son sujet. d'abord que ces dix premiers épisodes avaient rencontré un joli succès critique et public, récompensé par plusieurs prix (dont un pour l'interprétation de l'hilarant Sébastien Chassagne dans le rôle-titre). Mais aussi qu'Irresponsable était tourné pour trois fois rien, grâce à l'implication totale de son équipe de comédiens et de techniciens : OCS investit dans la création originale mais à peu de frais, à cause de sa structure encore réduite et d'une politique d'économie.

Mais ces contraintes budgétaires avaient particulièrement inspiré les créateurs de Missions, et Frédéric Rosset y a aussi puisé une formidable énergie. Le résultat est extrêmement drôle, son anti-héros est irrésistible de culot, et cela suffit déjà au bonheur du spectateur.

Mais l'entreprise ne se limite pas à cela, même si c'est déjà très louable. A mi-chemin, les auteurs ont su anticiper à la fois le risque de lassitude du public et la minceur de l'argument, qui menaçait de faire basculer Julien de personnage amusant à celui de loser pathétique devant lesquels les autres ne peuvent que réagir (avec plus ou moins de philosophie). Subtilement, le scénario explore alors les conséquences des actes de son héros et les sentiments de son entourage vis-à-vis de ce qu'il provoque. Il devient évident que Julien est toujours amoureux de Marie, que sa paternité bouscule sa nature de glandeur-profiteur, mais aussi que les parents de Marie ont une lourde part de responsabilité dans la situation (en éloignant leur fille encore adolescente pour préserver leur réputation, ils ont privé Julien de son fils, Théo de son père, Marie du choix de sa vie, Sylvie de son petit-fils). C'est l'effet-papillon (détaillé dans une tirade à mourir de rire par Julien). En tout cas, l'émotion s'installe, les rapports entre les protagonistes se redessinent (Marie choisit d'enfin lâcher prise, ce qui ne sera pas sans effet)... jusqu'au dénouement, réellement stupéfiant. La dernière scène nous laisse dans l'expectative : quelle décision a prise Marie, pour laquelle Julien l'accompagne ?

Modestement conçue, la série bénéficie pourtant d'une réalisation soignée, précise (les effets comiques puis plus sérieux sont très bien dosés), tout à fait épatante. Et le casting est formidable : Chassagne bien sûr est phénoménal, mais Théo Fernandez (Jacques), Marie Kauffmann (Marie) et Nathalie Cerda (Sylvie) sont également sensationnels, très justes, attachants, quelquefois aussi drôles ils contribuent à affiner ce qui n'aurait pu être qu'une sitcom efficace mais standard.

Entre les boulettes tordantes de cet irresponsable à qui on pardonne beaucoup (mais pas tout) et des moments bluffants de sensibilité, la création de Frédéric Rosset est un joyau. Vivement la suite !

dimanche 13 août 2017

HAWKEYE #7-8-9, de Kelly Thompson et Leonardo Romero


Après six premiers épisodes distrayants mais inégaux, Kelly Thompson semble bien résolue à plus de rigueur pour la suite de sa version des aventures de Hawkeye. Et ce sentiment se confirme rapidement dès le 7ème chapitre : nous avions laissé Kate Bishop rentrant à son agence d'investigations privées et découvrant une petite boîte. Qu'y a-t-il l'intérieur qu'elle semble tant appréhender ?



La jeune femme y trouve un pendentif ayant appartenu à sa (défunte) mère ainsi qu'une invitation (j'y reviens vite). Et cela va littéralement bousculer l'existence de l'héroïne qui, même si elle a toujours jusqu'à présent justifié son installation à Los Angeles pour des raisons professionnelles et l'envie de s'émanciper de Clint Barton (l'autre Hawkeye, membre des Avengers, basé à New York - bien qu'en ce moment il sillonne les Etats-Unis, conséquence des événements de la saga Civil War II : il a tué Bruce Banner, conformément au voeu de ce dernier, pour éviter qu'il ne provoque de nouveaux dégats mortels en tant que Hulk. Procès retentissant, mais moins que son acquittement-surprise avec le soutien de la population civile, depuis toujours terrifiée par le colosse de jade), Kate, donc, est aussi venue en Californie pour y revoir son père et s'expliquer avec lui sur le décès de sa mère.

Le bijou permet au scénario de faire des allers-retours entre passé et présent : Leonardo Romero, fidèle à son style économe, n'en fait pas des caisses pour illustrer ces va-et-vient, mais il le fait avec classe et le concours de sa coloriste Jordie Bellaire. On assiste à la complicité de la fille, enfant et adolescente, et sa mère dans des pages en noir et blanc rehaussées de mauve (la couleur de la tenue de Hawkeye) : une jeunesse à la fois dorée (Kate est issue d'une famille riche) et isolée (elle n'a ni frère ni soeur, habite une grande villa luxueuse mais sans âme, et fréquente des camps de vacances pour gosses de rupins - jeune fille, elle apprend l'archerie, après avoir, plus petite, été enlevée par des malfrats en affaires avec son père, et sauvée par Hawkeye, scène vue dans le run de Lemire/Pérez). 

Déjà, naguère, la relation de Kate et Derek, son père, est peu amicale : elle a découvert son business louche, mais aussi que ses parents ne s'aimaient plus, qu'il manoeuvrait pour écarter sa mère. Kelly Thompson traite tout cela avec finesse, on sent déjà sur ce point-là que la série a gagné plusieurs échelons en termes de maturité après les deux premiers arcs narratifs où les antécédents familiaux de Kate n'étaient évoqués que de manière (très) périphérique.

Et puis, au temps présent, il y a l'invitation jointe au pendentif : elle émane de Madame Masque, l'ennemie jurée de Kate. Elles se détestent avec la même intensité : Masque depuis que Kate a usurpé son identité lors d'une vente aux enchères compromettante pour Clint Barton (épisodes 4-5 du run de Fraction/Aja, où il était question d'une cassette vidéo montrant Hawkeye tuant, en mission pour le SHIELD, un ennemi) ; Kate depuis son premier séjour en Californie (les épisodes dessinés par Annie Wu durant le même run de Fraction) où Masque cherchait à s'imposer comme criminelle de premier plan dans la région.

Pourtant l'épisode s'achève sur un cliffhanger vraiment surprenant quand, après avoir pénétré dans le building de Masque et neutralisé acrobatiquement un bataillon de gardes du corps, Kate découvre que ce n'est pas elle qui l'a invitée...

Vite, vite, la suite ! 

Kate Bishop, croyant donc foncer dans un traquenard tendu par Madame Masque, se trouve face à son père, Derek (dont on sait qu'il doit sa fortune à des activités crapuleuses depuis longtemps). Mais celui-ci resurgit avec une apparence presque aussi juvénile que sa fille ! WTF ?


Par ailleurs, après une discussion mouvementée avec son paternel, Kate, épuisée, accepte quand même de recevoir une cliente à son agence : Anna Donnelly a quinze ans et s'apprête à fêter son anniversaire dans quelques jours, mais son père a subitement disparu. La police refuse d'ouvrir une enquête, mais pas Hawkeye pour qui cette affaire a évidemment un écho particulier...

Hé bien, oui, le nouveau souffle de la série se confirme bel et bien avec ce nouveau chapitre. Le récit devient plus feuilletonnant, l'intrigue touche plus personnellement Kate Bishop, Madame Masque conspire toujours dans l'ombre, et surtout la scénariste investit une piste prometteuse pour la suite (Kate aurait-elle un pouvoir caché, en dehors de son don d'archer ? Et si oui, lequel ? Cela ne va pas manquer en tout cas de compliquer son existence et sa relation avec son père...).

L'enquête qui s'ouvre en parallèle mène l'héroïne dans une sorte de fight club et souligne que le Los Angeles où se déroule l'action est un décor à la fois cossu et inquiétant, où les plus jeunes sont des proies.

Leonardo Romero fournit une nouvelle fois une remarquable prestation : son trait simple et précis sert très bien cette histoire, sans se dispenser de quelques morceaux de bravoure (comme des doubles pages aux découpages fournis - voir ci-dessus - et récurrents). 

Après des débuts légers, voire farfelus, le titre adopte un tour plus dramatique, reliant des événements survenus au commencement, en explorant de nouveaux, établissant des parallèles astucieux. Le Hawkeye de Kelly Thompson s'impose comme une production épatante.



Le 9ème épisode du Hawkeye de Kelly Thompson et Leonardo Romero poursuit son bonhomme de chemin. Ou, ce serait plus juste, continue de progresser car il est clair que la série a franchi un cap depuis deux épisodes, en resserrant son intrigue sur le passé de Kate (et ses conséquences sur son présent) : l'héroïne a retrouvé son père, ou plutôt un LMD (Life Model Decoy, soit un sosie androïde)  de son père, doté de pouvoirs sur la suggestion, et qui lui a précisément laissée entendre qu'elle aussi détient sans doute des capacités surhumaines grâce à son héritage génétique.


Quoi de mieux pour vérifier cette théorie que de l'éprouver dans une sorte de fight club où Kate a retrouvé Liam Donnelly, le père d'Anna, sa dernière cliente, qui vient se battre là pour éponger ses dettes ?
Lorsque l'inspectrice Rivera interroge Quinn, Ramone et Johnny, les assistants de Kate, pour savoir où elle est passée, tous ensemble vont à sa rescousse... Si tant est qu'elle a besoin.

Il FAUT vraiment lire (ne serait-ce que pour la soutenir, mais surtout pour le plaisir) ce nouveau volume de Hawkeye : le scénario est toujours aussi bien mené, mélange de fraîcheur, d'humour (Kate a toujours des punchlines imparables) et d'action. L'aspect detective story de la série n'est pas sophistiqué mais les enquêtes de Kate sont surprenantes, nous entraînant dans les bas-fonds de Los Angeles, avec des adversaires à la fois coriaces et inattendus (et originaux - seule Mme Masque reste une figure familière mais le plus souvent dans l'ombre, tirant les ficelles).

Et il FAUT lire Hawkeye pour Leonardo Romero qui est un artiste à l'image de la série : son style, inspiré de la "ligne claire", trait simple et élégant, représentant les nombreuses filles du titre avec bon goût, cache bien son jeu car, par ailleurs, le découpage est toujours épatant, les compositions des plans soignées, le tout servi par la superbe colo de Jordie Bellaire.

Enfin, la dernière page, comme à l'accoutumée désormais, suggère une surprise vraiment accrocheuse pour la suite.

samedi 12 août 2017

SECRET SIX, VOLUME 2 : THE GAUNTLET, de Gail Simone, Dale Eaglesham et Tom Derenick


Suite et fin du run de Gail Simone avec les Secret Six version "New 52", avec les épisodes 7 à 14, rassemblés dans le recueil The Gauntlet.


Pourquoi Black Alice ne se remet-elle pas de l'affrontement du groupe contre le Riddler ? Il semble que son état est en relation avec une crise qui provoque l'inquiétude des magiciens (bons comme mauvais), parmi lesquels on trouve le Dr. Occult : il a remarqué que de puissantes créatures sont sur le point de resurgir dans notre dimension, car les quatre colonnes dressées par Arkon sont fragilisées.

Pour les Six, le dilemme se pose en ces termes : faut-il sauver Black Alice au risque de faciliter l'invasion de ces monstres ? Ou sauver la magie en sacrifiant Black Alice ? Etrigan le démon s'en mêle (en les incitant à choisir la première option), mais aussi Aquaman (gardien d'une colonne située près du royaume d'Atlantis) et Superman (prévenu par Zatanna)... 


La précédente affaire réglée, un nouveau problème se présente quand la Ligue des assassins réclame Strix pour l'enrôler après avoir subi les tracasseries de la Cour des Hiboux (dont elle a été un membre). Elle se soumet, mais le retour de Sue Dibny auprès de Ralph (alias Big Shot, l'hôte des Six) va inciter le groupe à délivrer leur amie - qui ne les a cependant pas attendus pour se rebeller contre la discipline de la Ligue des Assassins...

Ces deux arcs narratifs confirment les qualités et défauts du précédent recueil des aventures des Secret Six : Gail Simone conduit habilement ses récits, on ne s'ennuie pas, c'est rempli de péripéties, de personnages atypiques, avec une dynamique de groupe improbable. Mais dans cette voie classique, la série ne fait guère d'étincelles, qu'il s'agisse d'une menace type "fin du monde" (avec la menace magique des épisodes 7 à 10) ou règlement de comptes (avec les #11-14).

En revanche, le charme de cette production tient à ses à-côtés, son côté farfelu, comique, absurde, grotesque. Si Simone avait uniquement creusé cet aspect, elle aurait réussi quelque chose de vraiment singulier, inattendu, imprévisible, avec sa bande de vilains tocards dans une banlieue dégénérée, où finalement civils et masqués sont aussi inadaptés au quotidien. 

Lorsque Catman accepte de se battre avec Batgirl (quitte à lui balancer un sac rempli de crottes de chien !) ou que Porcelain manque littéralement de mettre Superman en morceaux en passant par Etrigan qui joue au mini-golf, l'étrangeté le dispute à la comédie.

Il n'est pas étonnant qu'avec une partition aussi inégale (même si elle est courageuse), le dessin offre des pages extraordinaires (celles de Dale Eaglesham, toujours aussi remplies, avec des personnages hyper-expressifs, qui subliment la loufoquerie des meilleures scènes - mais dont la richesse empêche évidemment l'artiste de tenir les délais) et d'autres plus conventionnelles (celles de Tom Derenick qui réalise à peu près un tiers des épisodes 11-12 et l'intégralité des 13-14 pour un rendu correct mais moins jubilatoire).

On quitte cette version avec un sentiment mitigé : voilà une série pleine de promesses, mais assumées à moitié, et de toute façon stoppée nette avec la fin du "New 52" et la succession de "Rebirth". Mais DC serait bien inspiré de réanimer les Secret Six, quand bien même le rôle d'une équipe de vilains pseudo-héroïques est désormais accaparé par Suicide Squad.

vendredi 11 août 2017

MOZART IN THE JUNGLE (Saison 3) (Amazon)


La bonne nouvelle : Mozart in the Jungle a été renouvelé pour une quatrième saison, actuellement en tournage. La moins bonne nouvelle : il faudra certainement attendre 2018 pour suivre les aventures de Hailey, Rodrigo et l'orchestre du New York Symphony.
Mais je ne pouvais pas attendre davantage pour regarder la saison 3. Maintenant il me faut m'armer de patience, mais ces dix nouveaux épisodes m'accompagneront jusque-là avec ravissement, encore une fois. Cette série est magique !

Rodrigo à Venise (Gael Garcia Bernal)

Et cette saison est nettement découpée en deux actes :

- le premier se déroule à Venise et occupe cinq épisodes entiers, la moitié du total. Rodrigo, excédé par les tensions générées par les restrictions économiques du conseil d'administration du New York Symphony et les revendications salariales et sociales légitimes des musiciens, part pour Venise.

Rodrigo et Alessandra "La Fiamma" (Gael Garcia Bernal et Monica Bellucci)

Un projet fou, bien sûr, l'y attire : convaincre Alessandra "la Fiamma", une cantatrice retirée depuis quatre ans, de remonter sur scène pour interpréter une aria originale, composée par un musicien contemporain et dont le livret s'inspire d'un fait divers (l'affaire Amy Fisher, qui a tué la femme de son amant). Le manager de "la Fiamma" ne donne qu'un ordre à Rodrigo : "ne forniquez pas avec Alessandra !"

Cynthia Taylor et Gloria Windsor (Saffron Burrows et Bernadette Peters)

Cependant que le chef d'orchestre tente de dompter la diva, sans cesse sur le point de tout abandonner et en même temps séduisant méticuleusement Rodrigo, qui a entre temps retrouvé en Italie Hailey Rutledge, virée (suite à un souci gastrique en plein concert) par Andrew Walsh avec qui elle était en tournée, à New York la crise continue. Le maire en personne intervient et oblige les deux parties à reprendre leurs négociations.

Hailey Rutledge et Rodrigo (Lola Kirke et Gael Garcia Bernal)

Evidemment, Rodrigo tombe sous le charme de "la Fiamma" qui le surprend ensuite en train d'embrasser Hailey, pour calmer son trac avant la représentation. La diva se produit sur trois sites consécutifs la même soirée - un bac flottant avec Rodrigo au violon et Winslow Elliott au piano, sur un quai avec Placido Domingo, et sur une scène à ciel ouvert avec des boucles électroniques pilotées par Rodrigo. Le spectacle est un triomphe, mais "la Fiamma", rancunière, jure de ne plus jamais travailler avec le maestro.

"Hail Lai"

- Le deuxième acte s'ouvre avec les retours de Hailey et Rodrigo à New York - ce dernier force Gloria Windsor et les musiciens à conclure un accord en les enfermant dans une église. Hailey retrouve Lizzie qui, avec son héritage, va ouvrir un bar-cabaret où elle souhaite que son amie prépare et dirige (la jeune hautboïste a tenu la baguette durant des répétitions à Venise) un numéro musical.

Thomas Pembridge (Malcolm McDowell)

Hailey obtient de Thomas Pembridge qu'il la laisse conduire sa première composition, l'ex-maestro entame une liaison avec Gloria après qu'elle ait convaincu l'orchestre de rejouer (au prix de quelques sacrifices financiers de part et d'autres).

Cynthia

Cynthia Taylor, souffrant toujours de sa tendinite au poignet gauche, décide d'arrêter les antalgiques pour une opération délicate, mais qui lui permet de rencontrer un joueur de basket-ball dans la même situation qu'elle. Rodrigo, lors d'une levée de fonds, surprend tout le monde en annonçant l'ouverture d'une classe ouverte à tous les enfants pour qui le New York Symphony fournira des instruments et des leçons gratuites - ce qui le contraindra à financer cela en s'humiliant.

Rodrigo et "Hail Lai"

La rentrée musicale est annoncée et des auditions à l'aveugle sont organisées. Hailey y échoue mais ouvre son lit à Rodrigo, qui veut lui confier l'orchestre pour enfants. Leur couple résistera-t-il à leurs tempéraments ? Et quel avenir pour le New York Symphony après 87 jours de grève ?

J'avoue, en entamant le visionnage de cette nouvelle saison, l'avoir abordé avec méfiance puisque je savais qu'une partie de l'intrigue allait explorer le monde de l'opéra, un genre musical que je n'ai jamais apprécié (déjà que ma culture musicale classique est limitée...). Lorsque j'ai compris en plus que cela occupait les cinq premiers épisodes...

Mais c'est oublier que si la musique, la direction d'un orchestre, l'interprétation sont au coeur de Mozart in the Jungle, la série l'utilise aussi comme un argument, un moyen, pas une fin en soi, et que l'intérêt de l'entreprise est de montrer à la fois quel désordre préside à ce résultat pourtant si harmonieux, et par quels tourments passent les personnages pour ménager leurs passions artistique et amoureuse.

Par ailleurs, cette parenthèse italienne est une splendeur visuelle, une respiration bienvenue après deux saisons à New York. Le fantôme de Mozart continue de visiter régulièrement Rodrigo qui va trouver avec "la Fiamma" une femme à sa (dé)mesure. La production a convaincu Monica Bellucci de l'incarner et sa prestation est brillante, surtout quand elle interprète la diva capricieuse, aguicheuse et en proie au doute - un peu moins quand elle exerce son art puisqu'on sait bien que l'actrice n'est pas cette impressionnante mezzo soprano (j'ai cherché qui la doublait mais je n'ai pas trouvé, et les crédits du générique du fin défilent si rapidement que cela m'a échappé).

Lorsque l'histoire revient à New York, on n'est pourtant pas au bout de nos surprises : encore une fois, Roman Coppola, Jason Schwartzman, Alex Timbers et Paul Weitz ont réussi à fournir une trame très dense et pourtant très fluide. L'épisode 7 est à cet égard exceptionnel, narrativement et visuellement, puisque l'action se déroule dans l'enceinte de la prison de Ryker's Island où l'orchestre joue des pièces d'Olivier Messiaen devant d'authentiques détenus. La mise en scène imite celle d'un documentaire filmé par le personnage de Bradford Sharp (le petit ami de Lizzie), joué par Schwartzman, et alterne des moments de ce concert et des témoignages face caméra des prisonniers, tous émus par le spectacle, la musique. S'il fallait un argument pour vous convaincre de regarder cette série, ce serait celui de découvrir cet épisode magnifique.

La caractérisation est toujours aussi ouvragée, les protagonistes évoluent, font face à des décisions importantes (le couple de Pembridge et Gloria, l'opération qui décidera de l'avenir professionnel de Cynthia, la retraite de Betty Cragdale, l'expérience de direction d'orchestre de Hailey), souvent drôles (Pembridge qui collabore avec un DJ pour un titre qui devient n°1 en Asie !), quelquefois émouvants (la mort de Rivera, hors champ, traité sans misérabilisme). C'est un bonheur renouvelé et jamais déçu de retrouver ces héros.

L'interprétation est une fois encore formidable, avec Malcolm McDowell, Bernadette Peters, Saffron Burrows, et bien entendu le duo infernal formé par Gael Garcia Bernal (lumineux, fantasque) et Lola Kirke (de plus en plus jolie et attachante). L'apparition de Placido Domingo ou la participation du violoniste Joshua Bell sont à la fois fabuleuses et (presque) normales, la série parvenant à valoriser les artistes sans les sacraliser. 

Que du plaisir donc. Même si maintenant il va falloir attendre plusieurs (longs) mois pour jubiler à nouveau !