dimanche 22 juillet 2018

TONY STARK : IRON MAN #2, de Dan Slott et Valerio Schiti


Le premier épisode de Tony Stark : Iron Man, le mois dernier, a été un tel plaisir de lecture que ce deuxième numéro était attendu avec un mélange d'excitation et d'appréhension. Dan Slott et Valerio Schiti allaient-ils faire au moins aussi bien ? En tout cas, ils ont réussi à enchaîner avec panache : la série est bien partie pour devenir un rendez-vous incontournable.


James "Rhodey" Rhodes souffre de stress post-traumatique depuis qu'il a été tué par Thanos et ressuscité par Tony Stark. Pourtant, il ne dit rien à ce dernier qui l'a précisément choisi pour couvrir ses arrières au combat. Et justement du grabuge s'annonce car Bethany Cabe, la chef de la sécurité de "Stark Unlimited", a trouvé qui a tenté de pirater la compagnie.


La coupable est une concurrente, Sunset Bain, P.D.G. de "Baintraonics". Tony compte l'empêcher de détourner sa technologie à des fins militaires et embarque "Rhodey" pour cette mission.


Sunset Bain présente à ses clients sa dernière arme, inspirée par les recherches de Stark : le Manticore, capable de frappes précises comme de destructions massives. Iron Man et War Machine interrompent la démonstration et affrontent cet engin mais aussi Joseph Green alias Gauntlet, le chef de la sécurité de "Baintronics".


Cependant, au siège de "Stark Unlimited", Andy Bhang n'en revient toujours pas d'avoir appris qu'Amanda Armstrong est la mère biologique de son patron : il en était son plus grand fan lorsqu'elle était chanteuse de rock autrefois. Bethany Case, elle, s'en prend à Jocaste après l'avoir surprise, dissimulée sous une apparence humaine, parmi le personnel auquel elle voulait mieux s'intégrer.
  

Pendant ce temps, Iron Man découvre le malaise dont souffre "Rhodey" mais, ensemble, ils parviennent à neutraliser le Manticore et Gauntlet. Tony convient d'un accord avec Sunset Bain pour qu'elle n'exploite plus sa technologie. En rentrant à la base, Iron Man s'interroge sur ce qu'il a fait à son ami et si lui-même ne souffre pas de troubles depuis son retour aux affaires...

Le meilleur du premier épisode de la série se retrouve dans ce nouveau numéro : en passant de Peter Parker/Spider-Man à Tony Stark : Iron Man, c'est comme si Dan Slott avait non seulement récupéré un personnage qu'il souhaitait ardemment écrire mais qui surtout lui permet d'aller au bout des idées qu'il avait expérimentées avec le Tisseur.

Ce qui est aussi appréciable, c'est que Slott n'opère pas comme si le run de Brian Michael Bendis, qui a précédé le sien, ne valait rien ou, du moins, pouvait être négligé : au contraire, il s'appuie volontiers dessus pour développer ses intrigues. Ici, en l'occurrence, il remonte jusqu'à la saga globale de Bendis, Civil War II, en revenant sur ses conséquences pour "Rhodey"  et Stark : le premier avait été tué par Thanos et le second (auto) plongé dans un coma artificiel suite à son affrontement contre Captain Marvel. Les deux hommes sont revenus à la vie durant les derniers épisodes écrits par Bendis, mais revient-on impunément d'entre les morts ?

A l'évidence non : "Rhodey" reste hanté par Thanos et cela se manifeste par des insomnies mais aussi des crises d'angoisse quand il revêt l'armure de War Machine. Ce malaise hante l'épisode et fournit un suspense consistant à un moment-clé, compromettant la victoire de Iron Man. Parce qu'il a une personnalité plus extravertie, l'incitant à éluder ses tourments, Stark ne se pose pas tant de questions et jouit de son retour à la vie. Mais, à la dernière page, il est rattrapé par ce qu'il a traversé : et si, en ayant passé volontairement plusieurs mois dans le coma, il en était sorti profondément changé, son jugement altéré ? Le doute va-t-il ronger le héros. A suivre...

Bien entendu, pour aborder ces questions, Slott a recours à une confrontation-prétexte assez sommaire avec le Manticore et Gauntlet via Sunset Bain : c'est une béquille scénaristique facile, mais pas déplaisante car Valerio Schiti entre alors en scène et dynamise cette partie de l'épisode avec beaucoup de vigueur.

L'artiste italien a designé des dizaines de nouvelles armures pour la série, en ne se refusant aucun délire. Dans le premier épisode, on avait ainsi droit à une version inspirée des Transformers par exemple. Il semble bien que Slott ait l'intention d'exploiter les essais de Schiti pour casser la routine et surprendre autant que possible le lecteur puisque Iron Man enfile une nouvelle combinaison dans ce numéro, plus classique, encore à l'état de prototype (et qui génère une discussion éthique avec Jocaste). War Machine est de retour également.

Schiti s'amuse, c'est une évidence, à dessiner la série et son plaisir est contagieux. Le découpage est très vif, les dimensions et formes des cases varient sans arrêt, les scènes de combat sont imparables, et les dialogues sont mis en scène de manière à souligner l'expressivité des personnages.

Avec deux subplots discrets mais intrigants (la relation Jocaste-Aaron Stark, la manipulation de Bethany Case par le Controller), le titre s'enrichit de strates accrocheuses. C'est jubilatoire et rondement mené. Vivement la suite.

KICK-ASS #6, de Mark Millar et John Romita Jr.


Fin du premier arc narratif pour cette nouvelle version de Kick-Ass - mais le titre va continuer avec une nouvelle équipe créative. On avait laissé Patience Lee en très mauvaise posture et Mark Millar et John Romita Jr. ont prévu une conclusion musclée pour la première aventure de leur héroïne.


Patience Lee est conduite dans une usine désaffectée par Mr. Solo afin d'y être interrogée sur celui qu'elle est accusée de servir, comme le pense Hoops Lucero. Bronco, le gérant de la boîte de nuit que Kick-Ass avait braquée lors de sa première sortie, est également là et veut se venger de l'humiliation subie.


Bien que sa petite fille, Molly, soit aux mains de ces crapules, Patience garde son calme et réfléchit au moyen de se sortir de ce mauvais pas. Elle est seule contre une quinzaine d'hommes armés et a trente minutes avant l'arrivée de Hoops.
  

Grâce à une épingle dans la doublure d'un de ses gants, elle parvient à crocheter ses menottes, puis, saisissant la chaise sur laquelle on l'a assise, elle s'en sert pour frapper Solo. Puis Patience fonce dans le tas, poussant Solo contre Bronco et plusieurs de leurs sbires. Elle se tourne ensuite et bondit contre un autre gangster avec lequel elle se défenestre.


Sa chute du haut de trois étages est amortie en partie par le corps de son adversaire et elle s'en tire avec quelques côtes brisées mais surtout un flingue. Avec cette arme, elle abat méthodiquement le gang et récupère Molly. Puis elle piège Hoops qu'elle exécute devant ses hommes de main.


Devenue la chef des sbires de Hoops, elle neutralise ses rivaux et pacifie la ville en redistribuant une partie de l'argent qu'elle vole ainsi à la collectivité. Kick-Ass est la nouvelle reine de la cité.

On pouvait (presque) trouver ce premier arc bien calme compte tenu du goût de Mark Millar pour les récits musclés et de John Romita Jr. pour la baston homérique. Mais en vérité, on le découvre dans ce sixième épisode, les deux acolytes s'étaient contenus pour la fin de leur histoire.

Le terme de cette aventure inaugurale de Patience Lee sous le masque de Kick-Ass place le personnage dans une position étonnante et ambiguë, une sorte de caïd au féminin, dirigeant son vaste gang à la manière de Robin des bois, volant aux méchants pour aider les laissés-pour-compte de l'Amérique de Trump. C'est savoureux, mais fidèle à la philosophie de cette héroïne étonnante.

Comme elle l'explique, Patience a appris une chose essentielle dans le désert, en qualité de soldat, c'est de combattre le Mal par le Mal. Elle oppose à la pègre locale des méthodes aussi brutales que les mafieux qu'elle affronte. La fin justifie les moyens et, comme une militaire, elle n'hésite pas à éliminer définitivement ses adversaires, à démontrer sa force pour s'imposer.

La nouvelle Kick-Ass n'est pas le Punisher : elle n'agit pas motivée par la vengeance, mais pour survivre et sauver sa fille, et par extension sa famille qu'elle sait menacée maintenant que son identité civile est connue de ses ennemis. Plus que la violence dont elle est capable pour se défendre et qu'elle envisage comme la seule issue pour résoudre ses problèmes, ce qui frappe chez Patience Lee, c'est qu'elle incarne une femme déterminée, rusée - deux qualités que Millar semble vouloir souligner pour donner sa définition du féminisme à l'heure du mouvement #MeToo.

John Romita Jr. rongeait certainement un peu son frein en attendant l'épisode qui lui permettrait de lâcher la bride dans des scènes d'action vigoureuses mais Millar lui a donné de quoi se défouler ici. Une fois Patience libérée de ses entraves, plus rien ne peut l'arrêter et le lecteur comprend qu'elle va gagner car son mélange de calme et de force, expliqué par sa formation militaire, est irrésistible.

En quelques bourre-pifs et une défenestration impressionnante, Kick-Ass prouve qu'elle est, comme son dessinateur, comme un fauve sorti de sa cage. Romita Jr. met en scène sa riposte avec simplicité, de manière directe, sans fioritures. On assiste à la neutralisation minutieuse des gangsters par une héroïne résolue et maline, impitoyable et sadique à l'occasion. L'aspect premier degré du dessin de l'artiste écarte toute dérision, toute distance : on n'est pas là pour rigoler. Mais c'est redoutablement efficace.

Désormais bien occupé par son partenariat avec Netflix (qui vient d'annoncer plusieurs adaptations de comics issus du "Millarworld", parmi lesquelles Empress et Jupiter's Legacy), Mark Millar n'a plus guère d'autre choix que de confier à d'autres le soin de poursuivre ses séries : c'est donc Steve Niles au scénario et Marcelo Frusin au dessin qui animeront le prochain arc de Kick-Ass à partir de Septembre.   

samedi 21 juillet 2018

LUMIERE SUR... JIM STERANKO (& STAN LEE)

 Jim Steranko
Stan Lee

Quand Stan "The Man" Lee écrivait des "romance comics"
dessinés par Jim Steranko en Juin 1970... 
Voilà que ça donnait ! Un peu kitsch, très pop-art : une vraie curiosité !








jeudi 19 juillet 2018

LOVE (Saison 3) (Netflix) (FINALE)


Pour sa troisième et ultime saison, les showrunners de Love, Paul Rust, Lesley Arfin et Judd Apatow, ont pu prévoir une vraie conclusion car Netflix avait annoncé le terme de la production auparavant. Toutes les séries n'ont pas cette chance (exemple : Gypsy, annulée au bout d'une saison). Mais s'il est impératif de bien lancer un projet, il est délicat de bien le terminer. Et Love, comme d'habitude, s'en sort de façon très inégale... 

 Mickey, Gus, Randy et Bertie (Gillian Jacobs, Paul Rust, Mike Mitchell et Claudia O'Doherty)

Randy, qui squatte toujours chez Mickey et Bertie (avec laquelle il sort), invite les deux filles et Gus à partir en week-end à Palm Springs dans la maison de son cousin, qu'il décrit comme luxueuse. Mais une fois sur place, tout le monde déchante : c'est un simple pavillon, loin de tout, avec pour voisin un fou furieux qui ne tolère pas la présence de ces étrangers...

Mickey et Gus

Invité au mariage d'une amie connue à l'université, Gus croise une de ses ex, Sarah, dont il n'avait jamais parlée à Mickey. Celle-ci dissimule mal sa jalousie, surtout en apprenant qu'ils ont été fiancés. Pire encore : Gus raccompagne Sarah à son hôtel car elle finit la soirée complètement soûle et Mickey doit rentrer par ses propres moyens !

Mickey

Alors qu'elle n'a jamais embrassé de garçon, Arya demande de l'aide à Gus avant de tourner sa première scène de baiser devant les caméras, ce qui retarde le tournage quand elle surprend son partenaire dans les bras d'une autre. Pendant ce temps, Mickey doit accompagner le Dr. Greg à une séance de dédicaces de son livre pour laquelle aucun lecteur ne s'est déplacé... Et qui finit en confessions pour l'ex-psy vedette de la station radio.

Mickey et Gus

Gus renonce à une sortie entre amis pour soutenir Mickey, qui souffre d'une gastro-entérite. Mais quand il tombe à son tour malade, il lui reproche son manque de précaution hygiénique car elle a attrapé cette infection sur son lieu de travail. Unis dans la nausée, ils se réconcilient.
  
Bertie

Bertie fête son anniversaire pour la première fois depuis qu'elle réside aux Etats-Unis (elle est originaire d'Australie). Mais ni Gus, ni Mickey, ni Randy n'y ont pensé. Heureusement elle est invitée par Chris, un ami cascadeur de Gus, qui est aussi serveur dans un restaurant, et à cette occasion, ils découvrent, sans se l'avouer, leur attirance réciproque.

Gus

Gus entame le tournage de son court-métrage pour lequel il a réquisitionné l'aide de tous les amis qui lui doivent quelque chose et pour lequel il a investi toutes ses économies. Mais l'équipe n'est pas concentrée et cela le décourage et l'énerve. Néanmoins, lorsqu'il téléphone à Mickey pour du réconfort, elle l'encourage à exiger le meilleur de ses partenaires. Il obtient de filmer des reshoots toute la nuit.
  
Mickey et Bertie

Bertie confie à Mickey qu'elle fréquente Chris en secret depuis qu'elle l'a accompagné à une audition pour des cascadeurs dans un parc d'attractions. Ils ont couché ensemble, mais elle éprouve désormais des remords vis-à-vis de Randy, même si elle sait qu'elle va devoir rompre avec lui. Le Dr. Greg gagne auprès de Mickey le droit d'intervenir dans l'émission de sa protégée, Stella, mais le show dégénère et il est mis à pied.

Arya (Iris Apatow)

Gus ose demander à Arya de participer au tournage de son court-métrage, espérant ainsi profiter de son talent et de sa notoriété. Mais quand le père de l'adolescente et la productrice de la série l'apprennent, ils menacent Gus de poursuites judiciaires s'il ne coupe pas ses scènes de son montage final.

Mickey et Gus

Alors qu'elle l'accompagne au premier concert du groupe dont il est le bassiste, Mickey apprend que Gus va partir pour un week-end dans le Dakota du Sud pour voir sa famille. Comprenant qu'il l'a vexé en ne l'invitant pas à venir avec elle, Gus, après son passage sur scène, corrige sa bévue, bien qu'il appréhende ce déplacement et ce qu'il pourrait enseigner sur son sujet à Mickey.

Les parents de Gus (Ed Begley Jr. et Kathy Baker)

Mickey est présentée aux parents, aux deux frères et à la soeur de Gus, et offre son meilleur jour à la famille Cruikshank. De son côté, Bertie fait appel à Chris pour un problème de plomberie, ce qui contrarie Randy. Interrogé sur ses projets avec Mickey, Gus commet une terrible gaffe en affirmant qu'il ne souhaite pas avoir d'enfant avec elle, dans l'immédiat - il avouera plus tard à la jeune femme que c'est parce qu'il a peur qu'elle se remette à boire.

Gus et Mickey

Blessée, Mickey décide de rentrer à Los Angeles le jour de la fête de l'anniversaire de mariage des parents de Gus. Mais auparavant, elle apprend de nouveaux secrets sur le passé de son compagnon qui, pour la retenir, avoue devant toute sa famille tous les échecs qu'il a récemment subis - le tournage calamiteux de son film, qui est raté, sa carrière en berne, et le sabotage de son couple. Bouleversée par sa franchise, Mickey lui pardonne tout et reste avec lui pour la fête.

Gus et Mickey

Mickey et Gus décident, sur un coup de tête, mais aussi en dressant le bilan de leur relation ces derniers temps (surtout depuis leur déplacement chez les Cruikshank), de se marier. Ils invitent tous leurs amis pour la cérémonie à Catalina mais durant l'échange de leurs voeux, un incident a lieu, les incitant à tout annuler. La fête prévue ensuite est malgré tout maintenue, mais ils faussent compagnie à leurs invités pour s'unir au clair de lune.

Depuis le début de la série, j'ai toujours été embarrassé au moment d'en parler car Love, si elle peut être une série touchante et drôle, sombre aussi souvent dans la vulgarité et se complaît à décrire ses héros comme de pathétiques losers de l'amour, des trentenaires peu aimables auxquels on a du mal à s'attacher.

Pourtant, malgré ces défauts, le show finit toujours par surmonter le pire grâce à son format court (des épisodes de trente minutes en moyenne) et un certain art à ne rien raconter tout en ne racolant pas le téléspectateur. Ce n'est pas un projet aimable, malgré son titre, il faut persister pour lui reconnaître des qualités.

Conçu par Paul Rust, qui tient un des rôles principaux, sa femme Lesley Arfin, et le cinéaste Judd Apatow, Love est donc un objet difficile à critiquer : on le taillerait volontiers en pièces pour ces facilités déplaisantes mais on est aussi enclin à l'indulgence pour son refus de plaire à tout prix, sa peinture des relations amoureuses sans concessions, envisagées comme une suite d'obstacles dérisoires ou plus conséquents.

Trois ans d'existence pour une série, ce n'est pas long, mais Netflix avait prévenu les showrunners qu'ils n'iraient pas au-delà. Rust, Arfin et Apatow, avec leur équipe de scénaristes, ont donc pu travailler à une conclusion sans être pris de court. Mais s'il est important de bien se lancer, pour accrocher le public, il est aussi délicat de bien finir. Et c'est là où les choses se gâtent...

D'abord, Netflix a accordé non pas dix mais douze épisodes à cette saison 3, et ça fait une différence notable car on mesure vraiment à quel point deux épisodes de plus dans la dernière ligne droite peuvent peser. En l'occurrence, ils plombent sérieusement ce cru qui n'est déjà pas fameux dans son ensemble car les auteurs ont voulu développer leur concept aux personnages secondaires : le résultat, c'est que ça donne rien de passionnant, en tout cas d'indispensable. Il n'y a rien d'intéressant à dire sur le premier baiser de cette peste incurable d'Arya (jouée par Iris Apatow, la fille de...), encore moins sur la dépression de cet abruti définitif de Dr. Greg (Brett Gelman). Quant à la fin de la romance bancale entre Randy (Mike Mitchell) et Bertie (Claudia O'Doherty), on s'est toujours demandé comment leur couple a pu durer si longtemps.

Ensuite, la relation de Gus et Mickey, centrale dans la série, se poursuit comme si de rien n'était alors que la saison 2 s'achevait sur une infidélité de la jeune femme, qu'elle réussissait à cacher à son compagnon en se jetant dans ses bras après de multiples crises. Tout cela interroge sur Mickey - véritable garce ou paumée ? - et Gus - gentil con ou crétin aveugle ? - , mais surtout sur la fiabilité de leur duo. Comme si la note n'était déjà pas assez salée, les scénaristes enfoncent le clou cette année en ajoutant de nouveaux cadavres dans le placard du jeune homme : il a été fiancé, humilié par la moitié des professionnels du cinéma à Hollywood suite à une dispute avec Ridley Scott, rechigne à avoir des enfants avec Mickey avant plusieurs années car il craint qu'elle ne sombre à nouveau dans l'alcoolisme, est rongé par des crises de panique et de colère... N'en jetez plus !

A force de charger la mule, le personnage ne ressemble plus à rien et même la scène où il déballe tout son mal-être devant sa famille et Mickey paraît trop forcée pour tout résoudre d'un claquement de doigts. De toute manière, cela était déjà suggéré ou même formulé dans le saisons précédentes, alors pourquoi en rajouter ?

Mickey n'est pas plus gâtée : on la savait menteuse, capricieuse, lunatique, là voilà jalouse, susceptible... Ce qui entre en contradiction avec la réussite qu'elle rencontre enfin au niveau professionnel. Cela devrait lui donner de la confiance (en elle et les autres), de l'assurance, de la compassion : elle apparaît surtout aigrie, cherchant sans cesse la petite bête quand elle ne provoque pas elle-même la crise (l'épisode où elle tombe malade et contamine Gus en sachant très bien que c'est de sa faute). Si Gus est fébrile, Mickey donne plus souvent qu'à son tour le sentiment de vouloir ruiner son couple.

Je crois que c'est Pierre Desproges qui disait : "il ne suffit pas d'être heureux, encore faut-il que tous les autres soient malheureux." Et c'est ce que semble exprimer la série avec ces héros désirant le bonheur et la paix mais le repoussant toujours lorsqu'ils se présentent. C'est usant, lassant.

Ni Paul Rust, acteur limité (dont ce sera sans doute le rôle de sa vie), ni Gillian Jacobs (excellente pour être aussi crédible dans l'exaspération qu'elle inspire, mais qu'on préférait dans Community - contrairement à Alison Brie avec GLOW, elle n'a pas décroché un rôle aussi sympathique et valorisant) ne parviennent à sauver le show de l'ennui, de l'agacement. Seule Claudia O'Doherty alias Bertie vaut la peine qu'on s'y accroche, bien la seule à être touchante et attachante, mais trop rare dans la narration (deux épisodes lui sont vraiment directement consacrés).

A la fin, pourtant, dans un sursaut improbable, Love prend le large, direction Catalina, pour des noces bien entendues acrobatiques, mais à la conclusion euphorisante et tendre. Comme des gamins savourant enfin leur relation, Gus et Mickey se marient, seuls, au clair de lune. C'est sur cette dernière image que le rideau tombe et on aurait bien aimé, quand même, connaître la suite plutôt qu'avoir eu à attendre trois ans (même si l'histoire n'aura duré que huit mois) pour atteindre ce joli moment.

Si le but était de nous donner des regrets, alors c'est réussi. Mais en vérité, c'est surtout de la frustration qu'aura engendrée Love

lundi 16 juillet 2018

HOW I LIVE NOW (MAINTENANT C'EST MA VIE), de Kevin MacDonald


Après s'être fait remarqué en 2006 avec Le Roi d'Ecosse, Kevin MacDonald signait en 2013 ce petit film qu'est How I Live Now, adapté du roman éponyme de Meg Rosoff. Petit mais pas sans ambition puisqu'il aborde le thème d'une troisième guerre mondiale déclenchée par des terroristes vue par un groupe d'adolescents en Angleterre. Et ce traitement intimiste aboutit à une histoire aussi intense que poignante.

 Tante Penn et Daisy (Anna Chancellor et Saoirse Ronan)

Adolescente américaine névrosée, Daisy est envoyée par son père en Angleterre, chez sa tante Penn et ses cousins. D'abord distante avec eux, elle s'adoucit lorsqu'elle et Eddie tombent amoureux. Ce dernier est un garçon introverti mais fort, qui soigne un aigle blessé et entretient avec les animaux un lien quasi-mystique. Quelques jours après, Penn doit partir pour Genève participer à une réunion importante pour éviter un conflit mondial.

Piper, Isaac, Daisy et Eddie (Harley Bird, Tom Holland, Saoirse Ronan et George MacKay)

Livrés à eux mêmes, les enfants s'amusent dans les bois et le lac voisins. Mais cette insouciance est brisée lorsqu'une bombe atomique dévaste Londres. Il n'y a plus d'électricité et l'armée annonce une évacuation imminente de la région. Le groupe décide de se retrancher dans une grange près de la maison. Cette proximité et la peur du lendemain incite Daisy et Eddie à faire l'amour.

Daisy et Eddie

Bien qu'elle dispose d'un billet retour pour les Etats-Unis, Daisy le brûle pour pouvoir rester avec Eddie. Les jours s'écoulent, heureux. Coupés du reste du monde, les enfants jouent les robinsons dans ce coin de campagne anglaise, loin du tumulte que seules des explosions suivies de colonnes de fumée au loin et des passages d'avions de chasse indiquent. 

Daisy

L''armée britannique déloge le groupe au petit matin et sépare les filles des garçons. Daisy proteste, exigeant qu'on les conduise à l'Ambassade américaine, elle et ses cousins et cousine. Mais les soldats l'ignorent et la menotte pour la pousser dans un fourgon avec Piper.

Eddie

Eddie fait promettre à Daisy, qui s'éloigne déjà, de revenir à la grange, tandis qu'il est brutalement maîtrisé et conduit avec Isaac au camp de Gatesfield pour y suivre une formation militaire en vue de rejoindre les troupes sur le front. Les deux filles, elles, sont emmenées dans un village et logées chez les parents d'un jeune soldat absent. La journée, elles travaillent dans les champs où elles trient des légumes. Mais Daisy prépare leur évasion, patiemment.

Daisy et Piper

Alors que les attaques ennemies se rapprochent, Daisy s'enfuit avec Piper une nuit et elles s'enfoncent dans la forêt. Elles entament un long et éprouvant périple à travers la campagne anglaise, constamment sur le qui-vive de peur d'être reprises par l'armée ou d'être agressées par l'ennemi ou des civils malveillants. Pour la petite Piper, le trajet est épuisant et Daisy l'encourage et la fâche tour à tour pour la forcer à ne pas traîner.

Daisy

Trois moments difficiles ponctuent leur parcours : une nuit d'abord, Daisy est réveillée par des cris et assiste au viol collectif d'une femme qui la pousse à fuir à la hâte avec Piper ; puis elles atteignent Gatesfield où elles espèrent retrouver Eddie et Isaac. Mais la caserne est abandonnée. Daisy l'inspecte seule et finit par découvrir les cadavres de toutes les jeunes recrues, dont Isaac. Enfin, elles sont coursés par des chasseurs et Piper est capturée par les deux hommes. Daisy, avec un pistolet volée à la mère du soldat, en tue un et blesse l'autre. Mais dans le feu de l'action, elle perd sa boussole et sa carte. Perdues, les deux filles errent jusqu'à une rivière où elles se posent, découragées... 

Eddie et Daisy

... Jusqu'à ce que Daisy remarque dans le ciel un aigle qui tournoie. Sûre qu'il s'agit de l'oiseau guéri par Eddie, elle et Piper le suivent et elles retrouvent miraculeusement la maison de tante Penn. Mise à sac, elles s'y installent puis vont jusqu'à la grange - personne. Le chien d'Isaac, Jet, aboie dans les bois et Daisy rejoint l'endroit où Eddie s'occupait de l'aigle et trouve le garçon blessé. Elle le soigne. Bientôt, l'électricité est rétablie, la radio annonce un cessez-le-feu et le nouveau gouvernement distribue des rations. Piper comprend que Isaac ne reviendra pas. Quant à Eddie, il se remet doucement, soutenue par l'amour de Daisy.

How I Live Now n'est pas un film qui se donne facilement, il faut le laisser vous conquérir et son émotion vous étreindre. Kevin MacDonald débute par une suite de scènes déconcertantes au centre desquelles on suit son héroïne, Daisy, par ailleurs peu aimable : outrageusement maquillée, sur la défensive, obsédée par son hygiène et dédaigneuse avec ses cousins de la campagne, heureusement qu'elle est incarnée par Saoirse Ronan sinon on redouterait de poursuivre ce récit en sa compagnie.

Quand elle débarque à l'aéroport d'Heathrow, l'armée quadrille la zone et les télés transmettent des images d'explosions terroristes inquiétantes qui contrastent avec le maniérisme de cette adolescente névrosée qui est là contre son gré. Pourtant, le réalisateur n'insiste pas sur cet arrière-plan dramatique et nous entraîne dans une aventure bucolique opposant caricaturalement des enfants vivant innocemment dans la nature avec cette jeune citadine boudeuse. Tout au plus la tante Penn rappelle-t-elle que la situation est tendue avec sur l'écran de son ordinateur d'inquiétants graphiques sur la mortalité et des coups de fil angoissants.

Mais quand elle s'absente (sans qu'on la revoit ensuite), la légèreté reprend ses droits, avec un zeste de romance entre l'ombrageux Eddie et Daisy, qui commence à s'adoucir, attirée manifestement par son mystérieux cousin, amusée par le facétieux Isaac et attendrie par la petite Piper.

Tout cela bascule lors d'une scène sublime et tragique où MacDonald fait beaucoup avec très peu : les enfants piquent-niquent lorsqu'une explosion retentit. Soudain de la neige tombe sur le pré où ils se trouvent. sauf que ce ne sont pas des flocons blancs mais gris. De la cendre. Plus tard, ils apprennent à la radio qu'une bombe atomique a détruit Londres... How I Live Now voit son titre soudain justifié : plus rien ne sera comme avant, le groupe de héros va devoir vivre après la fin d'un monde.

Dans un premier temps, le scénario imagine une existence encore insouciante dans une grange. Mais la réalité rattrape vite ces mini-Robinsons quand l'armée les déloge à l'aube et les sépare. Le film suit alors Daisy et Piper, d'abord confiées à un couple d'étrangers puis fuguant pour rejoindre leur refuge au cours d'un long et cauchemardesque voyage.

Tout cela est admirablement capté et on vibre avec les deux filles, dont l'une est encore une enfant qui ne comprend pas ce qui se passe et l'autre qui doit tour à tour la ménager, la préserver et l'endurcir. Le périple est ponctué de moments chocs (un viol collectif, la découverte d'une caserne où a eu lieu un carnage, la rencontre avec deux chasseurs visiblement mal intentionnés), qui sont amplifiés par le contexte. La violence est soulignée par la jeunesse des protagonistes qui doivent survivre dans une nature immense, en évitant les pièges (l'eau des rivières est-elle contaminée ?), en s'orientant difficilement, en parcourant des km jusqu'à l'épuisement. Les images sont saisissantes, parfois fulgurantes, mais MacDonald évite toute complaisance, qu'il s'agisse de la scène du viol ou de celle où Daisy et Piper traversent les débris d'un avion qui s'est crashé.

Il flotte dans How I Live Now une ambiance discrètement fantastique aussi qui permet de croire que ces deux petits chaperons rouges dans la lande anglaise retrouvent finalement leur maison grâce à l'aigle soigné par Eddie, puis Eddie lui-même grâce aux aboiements d'un chien. Le lien quasiment mystique qu'entretient ce dernier avec les animaux fait passer ces providences et offre au film un dénouement heureux même s'il n'occulte pas les traumatismes subis (la mort d'Isaac, les supplices endurés par Eddie).

Saoirse Ronan est époustouflante dans son rôle, aussi exécrable au début que vaillante par la suite : son teint de porcelaine, ses grands yeux bleus, sa silhouette fragile, son jeu d'une finesse épatante compose un personnage mémorable qui n'est plus le même à la fin. Elle est accompagnée par la toute jeune Harley Bird, bluffante en gamine ballottée par des événements qui la dépassent, à elle seule un résumé de l'histoire. Tom Holland (bien avant qu'il ne devienne le nouveau Spider-Man) n'a pas besoin de beaucoup de scènes pour s'imposer. Et George MacKay est bouleversant dans la peau d'Eddie, cet écorché vif abîmé par les hommes alors qu'il ne faisait pratiquement qu'un avec la nature et les bêtes.

La poésie que dégage le film l'emporte sur ses horreurs et l'émotion finale vous emporte très haut, sans violons. Magnifique.