dimanche 1 mai 2016

Critique 878 : SPIROU N° 4072 (27 Avril 2016)


Cette semaine démarre la pré-publication pour dix (très longues) semaines du nouveau tome de Buck Danny "Classic" : autant vous prévenir tout de suite, je ne parlerai pas de cette sombre daube, écrite et dessinée avec les pieds, à la philosophie gerbante. Par contre, il faut mieux se réjouir du supplément pour les abonnés signé Nicoby, indiqué sur le bandeau.

J'ai aimé :

- Dent d'ours : Amerika Bomber (3/6). Werner provoque le crash de l'avion d'Hannah. Ils sont récupérés, indemnes, par des SS qui les conduisent au château de Fürstentein, la dernière base des nazis en déroute...
Yann explique encore une fois dans l'interview qui précède l'épisode à quel point il s'appuie sur une documentation fournie pour ses histoires : ainsi a-t-il découvert le château de Fürtenstein sur lequel circulent encore bien des légendes. Ces dix nouvelles pages sont à nouveau palpitantes, avec un cliffhanger terrible, et bien entendu des illustrations fantastiques de Henriet, avec la colorisation non moins fabuleuse de sa femme, Usagi.

- Une aventure de Spirou et Fantasio : Fantasio se marie (6/9). Invité avec Seccotine chez Fantasio et sa future épouse Clothilde, Spirou pique une colère quand son ami lui apprend à qui il a emprunté de l'argent pour ses noces...
Feroumount lève un peu le pied sur l'action dans ce nouvel épisode mais sans que le résultat faiblisse : on a encore droit à des scènes très toniques, avec des dialogues merveilleusement rythmés et découpés graphiquement avec brio. L'intrigue conserve tout son attrait et le projet reproduit l'inspiration avec laquelle Bonhomme a su revisiter Lucky Luke récemment.

- Six-Coups : Vegas. Anne-Claire et Jérôme Jouvray reviennent avec un récit complet de leur série western : ces six pages, mettant en scène Albert et Mitty s'alliant à un escamoteur (le susnommé Vegas), sont très drôles et mises en image avec une admirable fluidité. 

- L'Atelier Mastodonte. Les deux doubles strips de la semaine, dus à Toulmé et Trondheim, sont aussi moyens que ceux des dernières semaines. Les deux bandes de Trondheim rappellent d'ailleurs, de manière troublante, à quel point des cadres de la série (Alfred, Neel, Tebo) ne produisent plus rien depuis un moment et en montrent d'autres très discrets en ce moment (Nob, Mathilde Doumecq). Espérons que cela les incite à ranimer un titre qui pique dangereusement du nez...

- Tash & Trash. Signe de la pauvreté de ce numéro : même le strip de Dino est moins drôle que d'habitude, même si on sourit quand même.

- Dad. Nob aussi n'est pas au mieux de sa forme ! Les soucis acnéiques de son héros ne produisent pas des gags aussi efficaces qu'à l'accoutumée. Ce qui amusera surtout, c'est de suivre ce que fait Bébérinice pendant ce temps et le soutien plein de bonne volonté mais maladroit de Efix... (voir ci-dessous). 

En direct de la rédak donne la parole à Denis Pic Lelièvre, qui anime Pic et Zou et leurs drôles d'inventions (que je zappe souvent, dois-je admettre). La semaine prochaine, après une très longue absence (bien que son auteur se soit consacré à d'autres projets), Mélusine revient !
Les aventures d'un journal évoque la curieuse carrière de Maurice Maréchal, qui fut dessinateur de BD, puis instituteur et à nouveau dessinateur une fois à la retraite, et de son héroïne Prudence Petitpas.

Mention spéciale à la rubrique BD Boutik qui signale la sortie de La légèreté, de Catherine Meurisse, rescapée de la tuerie de "Charlie Hebdo" : son interview est bouleversante et l'album très prometteur.

En bonus pour les abonnés, on a donc droit à un épatant mini-récit de Nicoby avec ses héros Marc et Pep découvrant les méfaits d'un boulanger dans Mystère et boule coupée.

Enfin, même si ce n'est pas mentionné dans ce numéro, sachez que le journal de "Spirou" proposera un hommage à René Hausman, mort Jeudi, le 8 Juin prochain. 

vendredi 29 avril 2016

Critique 877 : THE LOSERS, de Sylvain White


THE LOSERS est un film réalisé par Sylvain White, sorti en salles en 2010.
Le scénario est écrit par Peter Berg et James Vanderbilt, adapté de la bande dessinée de Andy Diggle et Jock, d'après les personnages créés par Robert Kanigher, publiée par DC Comics. La photographie est signée Scott Kevan. La musique est composée par John Ottman.
Dans les rôles principaux, on trouve : Zoe Saldana (Aïsha), Jeffrey Dean Morgan (Clay), Idris Elba (Roque), Chris Evans (Jensen), Columbus Short (Pooch), Oscar Jaenada (Cougar), Jason Patric (Max).
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Clay dirige un commando de quatre membres, tous experts dans leur domaine : son second est Roque, qui manie les armes blanches ; Jensen est un informaticien ; Pooch est un pilote ; et Cougar un sniper. Envoyés en Bolivie pour y neutraliser un narco-trafiquant, les Losers découvrent que leur cible se sert d'enfants pour ses coupables activités.
La villa du malfrat devant être bombardée durant l'opération, Clay tente de sauver les enfants avant cela. Il croit y être arrivé après les avoir conduits dans l'hélicoptère qui devait évacuer le commando mais l'appareil est pulvérisé par un missile.
Désormais considérés comme morts en mission, l'équipe s'interroge sur la suite à donner aux événements : certains des membres n'aspirent qu'à refaire leur vie tranquillement (comme Roque et Cougar), d'autres aimeraient retrouver leur famille (comme Pooch, dont la femme est enceinte), d'autres veulent connaître l'identité et le mobile de celui qui a voulu leur mort (comme Clay et Jensen).
Clay s'oppose ainsi à Roque lorsqu'il repère une belle jeune femme qui semble les suivre. Une fois seul, il est abordé par celle qui se prénomme Aïsha et qui connaît l'homme qui a ordonné l'exécution des Losers : un certain Max, qu'elle souhaite aussi éliminer.
Clay et Aïsha
(Jeffrey Dean Morgan et Zoe Saldana)

Malgré la méfiance qu'elle inspire à l'équipe, les hommes décident de suivre la jeune femme qui les rapatrie discrètement en Amérique du Nord. Ensemble ils tendent un piège à Max, bien qu'il bénéficie d'un service de protection digne du président des Etats-Unis.
De gauche à droite : Aïsha, Jensen, Clay, Pooch, Roque et Cougar
(Zoe Saldana, Chris Evans, Jeffrey Dean Morgan, Columbus Short
et Oscar Jaenada)

Mais le traquenard aboutit à un résultat inattendu : en fait, le commando met la main non pas sur Max mais sur disque dur contenant d'importantes données sur ses affaires.
De son côté, bien entendu, le malfrat, qui négocie en vérité l'acquisition d'armes de destruction massive qu'il veut revendre au gouvernement, lance son lieutenant aux trousses des Losers.  
à droite : Max
(Jason Patric)

Après avoir réussi à "cracker" le disque dur de Max, Jensen découvre qu'un des contrats de Max impliquait le narco-trafiquant que le commando a affronté en Bolivie et qui était en réalité le père d'Aïsha. Elle s'enfuit avant que les Losers aient pu l'interroger à ce sujet, mais les hommes de Clay sont résolus à s'en prendre à Max en allant à sa rencontre : il doit justement recevoir ses armes sur les docks.
Ce qu'ignore Clay, c'est qu'un de ses partenaires est un traître ayant pactisé avec l'ennemi. Mais Aïsha est aussi au rendez-vous et, pour regagner la confiance des Losers, est prête à leur pardonner d'avoir tué son père...

Cette adaptation de la série limitée écrite par Andy Diggle et dessinée par Jock (dont l'affiche reproduit le style et qui a participé à la conception du générique de fin), publiée dans la collection Vertigo par DC Comics, a été un échec immérité lors de sa sortie en salles en 2003 : le film a en effet pâti de passer après la version cinématographique de la série télé L'Agence tout-risque de Joe Carnahan, dont le sujet était similaire. Pourtant, le long métrage de Sylvain White mérite d'être reconsidéré, je l'ai même trouvé bien meilleur.

A l'origine, The Losers était un comic-book créé par Robert Kanigher dans les années 70, que Diggle a avoué n'avoir jamais lu : le scénariste était séduit par le titre et la possibilité d'en user pour une saga mêlant action à grand spectacle et récit d'espionnage. Il en tirera une série limitée d'une trentaine d'épisodes de 2003 à 2006 (d'abord traduite par Panini Comics et désormais disponible en deux gros volumes chez Urban Comics en vf).

Ci-dessus : la bande dessinée originale créée par Robert Kanigher
dans les années 70.
Ci-dessus : la version de Andy Diggle et Jock
dans les années 2000.

Le scénario de Peter Berg (lui-même acteur et réalisateur) et James Vanderbilt parvient à synthétiser l'oeuvre avec une densité remarquable : le film dure une centaine de minutes, très rythmée, et l'intrigue mixe intelligemment des scènes d'action toniques et un complot bien ficelé, avec des personnages suffisamment complexes. Un des meilleurs rebondissements tient à la révélation de l'identité du traître au sein des Losers, à la fois surprenant et évident lorsqu'on repense aux interventions du personnage avant cela.

Animer un groupe de personnages aussi typés peut être un piège redoutable, mais là encore, le résultat est positif : certes, tous sont de parfaits clichés, réduits à une fonction précise, mais leurs relations sont suffisamment dynamiques, ménageant tension et humour, pour être satisfaisantes. Par ailleurs, l'héroïne est dotée d'une personnalité riche, avec un secret certes classique mais bien amené, et son rôle est vraiment un pivot narratif.

Là où j'ai eu un peu plus de mal, c'est avec la réalisation : Sylvain White a du mal à monter des plans qui durent plus de dix secondes, ce qui en fait un clone déplaisant du déjà insupportable Michael Bay. La photographie, à l'esthétique très publicitaire (avec une lumière souvent surexposée), souligne cette proximité stylistique. Parfois, ça fonctionne sur certaines scènes (le prologue, très efficace, par exemple) ; parfois, ça réduit le film à un produit qui manque de personnalité (là ou Joe Carnahan rattrapait l'aspect convenu de L'agence tout-risque avec une nervosité plus viscérale).

En revanche, la distribution est bluffante, chaque acteur semblant sortir tout droit des pages du comic-book. En première place, Zoe Saldana est époustouflante : sa beauté torride conjuguée à sa crédibilité dans le registre de l'action font de sa Aïsha une héroïne ambiguë à souhait. 
Face à elle, Jeffrey Dean Morgan impose sa virilité avec naturel en la nuançant d'une lassitude bienvenue. Idris Elba est fabuleusement charismatique et Chris Evans excellent en geek dont les techniques de drague sont pathétiques.
On notera que Saldana, Morgan, Elba et Evans sont habitués à incarner des héros de BD puisqu'ils ont respectivement été vus depuis dans Les gardiens de la galaxie, Watchmen, Thor et Captain America : un vrai casting pour fans de super-héros !
Jason Patric campe également un méchant avec une présence épatante.

Ces "Perdants" ont raté leur conquête du box office à la suite d'une programmation malheureuse, mais méritent qu'on leur donne une seconde chance, comme D17 l'a permise en diffusant le film hier soir.

Critique 876 : BRUNO BRAZIL, TOMES 3 & 4 - LES YEUX SANS VISAGE & LA CITE PETRIFIEE, de Greg et William Vance


BRUNO BRAZIL : LES YEUX SANS VISAGE est le troisième tome de la série, écrit par Greg (sous le pseudonyme de Louis Albert dans la première édition) et dessiné par William Vance, publié en 1970 par les Editions du Lombard.
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Encore convalescent (après les blessures subies lors de sa précédente mission - voir tome 2 : Commando Caïman), "Texas" Bronco braque une banque et abat plusieurs personnes.
Placé en détention et sujet à des crises de nerfs, il reçoit la visite de son chef, le commandant Bruno Brazil, tandis que ses autres partenaires s'interrogent sur son geste et ce qui a pu le provoquer.
Cependant, "Whip" Rafale est enlevée et soumise à un lavage de cerveau. Libérée, elle manque de tuer William "Billy" Brazil mais "Big Boy" Lafayette et Bruno réussissent à l'appréhender.
Les hommes de main de l'ennemi du commando enlèvent "Gaucho" Moralés, resté seul à leur QG. Jouant la comédie, il permet à Bruno Brazil, "Whip", "Big Boy" et Billy de le suivre jusqu'au repaire de leur adversaire. Ainsi découvrent-ils qu'il s'agit de Rebelle, l'ex-partenaire de Madison Ottoman (voir tome 2), et son complice, un savant fou...
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BRUNO BRAZIL : LA CITE PETRIFIEE est le quatrième tome de la série, écrit par Greg (sous le pseudonyme de Louis Albert) et dessiné par William Vance, publié en 1971 par les Editions du Lombard.
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Le commando caïman au complet est affecté à une inspection du silo "Pyramide", un complexe militaire de 60 kilomètres de profondeur. Mais durant la manoeuvre, une attaque ultra-sonique manque de terrasser tous les membres de l'équipe.
Remontant à la surface, Bruno Brazil et ses partenaires découvrent un spectacle stupéfiant : militaires et civils dans un large périmètre autour du silo sont k.o..
Les membres du commando gagnent la ville la plus proche, déduisant que les malfaiteurs à l'origine de cette situation vont braquer la banque fédérale. Tandis que Billy, "Big Boy" et "Texas" traversent la ville fantôme d'un côté, Bruno, "Whip" et "Gaucho" infiltrent la troupe des bandits de l'autre.
Ils découvrent ainsi qu'à la tête des voleurs se trouve leur pire ennemie, Rebelle...

Devenu un des titres les plus populaires du journal de "Tintin", Bruno Brazil poursuit donc ses aventures avec ces deux nouveaux épisodes qu'il faut aborder en ayant lu Commando Caïman, le deuxième tome, paru en 1969 : la série feuilletonne en effet en réutilisant à deux reprises, consécutivement, la même méchante.

C'est d'ailleurs une des originalités que d'avoir fait de Rebelle, d'abord simple-valoir de Madison Ottoman, le vilain mégalomane du Matto Grosso, l'ennemi de Bruno Brazil et sa bande : à une époque où les personnages féminins n'étaient guère nombreux dans les parutions destinées à la jeunesse, à cause de la censure, l'adversité incarnée par cette femme fatale détone.

L'intrigue des Yeux sans visage exploite un vieux cliché du récit d'espionnage, le lavage de cerveau, qui transforme les acolytes du héros en pantins dangereux. Toutefois, il est difficile de relire l'histoire de Greg sans sourire : avec son savant fou qui manipule les méninges des agents du commando, l'intrigue peine à tenir la distance et souffre de sévères chutes de rythme. Par ailleurs le suspense autour de l'identité de la méchante fait long feu puisqu'on reconnaît sa silhouette et sa chevelure dorée très vite, sans compter qu'on devinait que Rebelle reviendrait vite après avoir réussi à s'échapper à la fin du tome 2 en jurant de se venger.

Plus invraisemblable encore : Rebelle s'en tire miraculeusement à la fin de cette aventure, plus revancharde que jamais car elle est défigurée (mais sans que cela soit montré : là encore, il ne s'agissait pas de choquer les enfants)... Mais dans le dénouement de La cité pétrifiée, elle se présente avec un visage absolument intact ! Soit elle a trouvé un chirurgien esthétique diablement doué, soit elle n'était pas si mutilée que ça auparavant, mais quelle que soit la réponse à ce rétablissement, Greg ne s'est guère embarrassé de vraisemblance.

Toutefois, ne soyons pas trop sévère et sarcastique car ce tome 4 est très bon : l'originalité de l'attaque menée par les malfrats, leur audacieux braquage, la résistance qu'oppose le commando caïman (quand bien même le scénario sacrifie, comme d'habitude, un membre en route - ici, Billy Brazil) sont captivantes. On pense d'ailleurs à une version à peine déguisé des Pirates du silence (le tome 10 de Spirou et Fantasio par Rosy et Franquin, avec Will, publié en 1958).

Visuellement, les deux albums sont toujours aussi inégaux et moyens : Vance est très brouillon dans le troisième épisode, et la colorisation de Petra ne vaut pas mieux, alors que dans le chapitre suivant, la série apparaît nettement plus soignée, avec des idées de découpage ingénieuse (simulant par exemple des déclinaisons de mouvements dans un seul plan).

La cité pétrifiée offre même des références esthétiques au pop-art, culminant dans la plus belle scène de l'histoire (quand "Whip" Rafale neutralise avec son fouet Rebelle dominant Bruno Brazil sur le toit de la banque fédérale). Néanmoins, Vance a quand même un trait très peu mobile, ses personnages se ressemblent tous et sont peu expressifs, et ses compositions sont souvent maladroites : autant de faiblesses qui plombent le résultat.

Le titre balbutie donc encore, même s'il s'améliore, au moins au niveau narratif, avec des intrigues plus solides. 

jeudi 28 avril 2016

RENE HAUSMAN (1936-2016)

Tristesse : René Hausman,
immense illustrateur, 
s'est éteint ce jeudi à 80 ans.

Sans être familier de son oeuvre, j'admirai cet artiste, notamment pour ses illustrations des Fables de Jean de la Fontaine (voir ci-dessous), et pour ses couvertures, sublimes, du journal de "Spirou".

C'était un vrai poète, un technicien extraordinaire, un homme loué par ses pairs depuis 1958.  


Il venait de publier, avec Cornette au scénario, une magnifique aventure de Chlorophylle, d'après le personnage créé par son maître, Raymond Macherot.  

Quelques images pour le plaisir et se souvenir...
 
 
 
 
 
 

Critique 875 : BIG FISH, de Tim Burton



BIG FISH est un film réalisé par Tim Burton, sorti en salles en 2003.
Le scénario est écrit par John August, adapté du roman du même nom de Daniel Wallace. La photographie est signée Philippe Rousselot. La musique est composée par Danny Elfman.
Dans les rôles principaux, on trouve : Ewan McGregor et Albert Finney (Edward Bloom), Alison Lohman et Jessica Lange (Sandra Bloom), Billy Crudup (Will Bloom), Marion Cotillard (Joséphine Bloom), Steve Buscemi (Norther Winslow), Danny de Vito (Amos Calloway), Helena Bonham Carter (Jenny et la sorcière), Matthew McCrory (Karl le géant).
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Conteur talentueux et inépuisable, Edward Bloom embarrasse son fils William le jour de son mariage avec Joséphine en narrant pour la énième fois comment il a attrapé un énorme poisson avec son alliance comme appât. Pour Will, les histoires de son père l'empêche d'être digne de confiance et d'avoir une relation ordinaire avec lui. Au terme de cette soirée, ils se disputent : leur brouille durera trois ans.
Ed et Sandra Bloom
(Albert Finney et Jessica Lange)

Pourtant quand il apprend que son père est mourant, Will accepte de le revoir comme le lui demande sa mère, Sandra. Joséphine est enceinte de sept mois et l'encourage à se réconcilier avec Ed, qui a toujours prétendu savoir comment et quand il quitterait ce monde depuis sa rencontre avec une sorcière dont l'oeil de verre permettait de voir l'avenir. 
Will Bloom
(Billy Crudup)

Malgré la maladie, Ed n'a pas changé et agrémente toujours le quotidien avec ses récits, tous plus extravagants les uns que les autres, qui irritent Will mais ravissent Joséphine. 
Joséphine Bloom
(Marion Cotillard)

Ainsi évoque-t-il sa croissance précoce, enfant, qui l'obligea à garder le lit pendant trois ans, puis sa carrière brillante de sportif dans diverses disciplines à Ashton où il est né. Ambitieux et curieux, il quittera cette bourgade pour découvrir le monde en compagnie du géant Karl, qui terrifiait les environs. 
Karl le géant et Ed Bloom
(Matthew McGrory et Ewan McGregor)

Empruntant, seul, des détours, Ed découvrit le village paradisiaque de Spectre dans une forêt où il fit la connaissance d'un poète (plus tard reconverti en braqueur de banque et homme d'affaires), Norther Winslow, et de Jenny, encore fillette puis résidant à l'âge adulte la maison de la sorcière. Toujours en quête d'aventures, Karl et Ed sont recrutés dans le cirque dirigé par Amos Calloway (qui se transforme en loup-garou la nuit venue). 
Amos Calloway
(Danny de Vito)

Lors d'une représentation, Edward remarque Sandra Templeton et en tombe instantanément amoureux. 
Sandra Templeton
(Alison Lohman)

Il lui fera une cour assidue pendant trois ans alors qu'elle étudie à l'université d'Auburn et réussira à la séduire, évinçant son fiancé, Don Price, un de ses camarades d'Ashton.
Ed Bloom
(Ewan McGregor)

Ed est appelé sous les drapeaux et, pour rentrer plus vite chez lui, accepte une mission dangereuse au cours de laquelle il sera aidé par deux danseuses siamoises, Ping et Jing, en échange de leur engagement dans le cirque de Calloway. Grâce à Winslow, Ed fait fortune, achète la maison de ses rêves et réhabilite Spectre dévastée par la crise immobilière. Will naît à cette époque. 
Norther Winslow
(Steve Buscemi)

L'état de santé de Ed s'aggrave brusquement et Will reste à son chevet, à l'hôpital, promettant de prévenir sa mère de l'évolution de la situation. Enfin seul à seul, le père fait comprendre à son fils que les histoires, peu importe qu'elles soient vraies ou romancées, survivent au conteur et accompagnent les survivants.  

Big Fish est un film mal-aimé : les fans de Tim Burton ne le citent jamais parmi leurs favoris, ne retrouvant pas dans cette histoire mélancolique et fantastique les motifs plus sombres de l'oeuvre du cinéaste. Pourtant, c'est un long métrage qui ne mérite pas la sévérité avec laquelle beaucoup le juge : c'est un joli récit, que j'aime particulièrement car il traite d'un de mes thèmes préférés - l'influence de la vie sur la fiction et de la fiction sur la vie. 

Le roman de Daniel Wallace (Big Fish : A novel of mythic proportions, 1998) est remarqué par le scénariste John August six mois avant sa parution et le renvoie à la mort de son propre père. Il convainc le studio Columbia d'en acquérir les droits et commence à en rédiger une adaptation. Steven Speilberg est approché pour le filmer et le cinéaste propose le rôle principal à Jack Nicholson, avant de jeter l'éponge (il tournera à la place Arrête-moi si tu peux). Le projet est envisagé pour Stephen Daldry puis Tim Burton, qui l'accepte.

Pour Burton, c'est aussi, comme August, l'occasion d'évoquer ses parents avec lesquels il n'a jamais été proche mais dont la disparition récente (en 2000 pour son père et 2002 pour sa mère) l'ont beaucoup affecté. C'est aussi un sujet plus intimiste qui lui permet de rebondir après le remake critiqué de La planète des singes. Le réalisateur est attiré par l'histoire, un drame émouvant et fantaisiste à la fois, abondant en personnages extraordinaires - ces freaks qu'il affectionne tant.

Au départ, Burton veut lui aussi Nicholson, qu'il a dirigé dans Batman (1989) et Mars attacks ! (1996) pour incarner Ed Bloom âgé mais aussi plus jeune (grâce à une combinaison de maquillage et d'effets spéciaux). Mais il change d'avis pour engager deux acteurs différents : Ewan McGregor joue donc la version rajeunie de Albert Finney (comme il a été Alec McGuiness jeune homme dans la deuxième trilogie Star Wars !) - une idée particulièrement inspirée car les deux comédiens sont formidables : le premier en aventurier charmeur tout droit sorti des films hollywoodiens des années 40-50, le second en conteur mourant et très attachant.  

De la même manière, pour incarner Sandra, Jessica Lange et Alison Lohman sont impeccables : la première y tient son dernier grand rôle à ce jour, la seconde y confirmait son talent après avoir été révélé par Ridley Scott (dans Les associés) - même si, depuis, elle semble avoir disparu des écrans. La compagne d'alors du cinéaste, Helena Bonham Carter, tient elle le double rôle de Jenny et de la sorcière (avec un look insensé). 

Bien que le film s'inscrive dans un registre fantastique et regorge de scènes visuellement spectaculaires, la mise en scène de Burton n'est jamais noyée par les effets spéciaux. Ce qui impressionne davantage réside dans la beauté de la photographie du français Philippe Rousselot, dont les couleurs furent renforcées en post-production : l'histoire, qui est relatée dans de nombreux et longs flash-backs, semble ainsi se passer dans une ambiance éthérée et flamboyante à la fois. La scène où Ed attend Sandra sous la fenêtre de sa chambre à l'université d'Auburn dans un champ de coquelicots apparaît comme une résumé esthétique du projet : c'est too much d'accord, mais splendide. 

On peut, sans les partager, comprendre les réserves de certains critiques contre le film : avec pareil sujet, on est en droit d'attendre plus d'émotion, et Big Fish n'est effectivement pas aussi poignant qu'on pourrait l'attendre. Il me semble aussi que le problème provient aussi du jeu de Billy Crudup, dont le personnage est trop antipathique et l'interprétation sans assez de relief (alors que c'est un comédien subtil, tout à fait capable). Marion Cotillard n'a pas grand-chose à faire non plus alors que Joséphine aurait pu (dû) être plus mise en avant (sa grossesse en parallèle à la mort imminente d'Ed suggère une transmission évidente et elle est bien plus indulgente envers son beau-père que son propre mari). 

En revanche, comme à l'époque de ses Batman, Burton soigne particulièrement la galerie de gentils monstres à sa disposition, profitant, il est vrai, d'interprètes de première classe (mais qu'il n'a plus filmés depuis étrangement) - Danny de Vito et Steve Buscemi en tête.

La musique originale de Danny Elfman est agrémentée d'une bande-son superbe arrangée par Eddie Vedder et Mike McCready  du groupe Pearl Jam et de chansons de Bing Crosby, Elvis Presley, Buddy Holly, Allman brothers band (que du bon donc !).

Tendre fantasmagorie, Big Fish mérite qu'on l'apprécie : c'est un film atypique pour son auteur mais joliment triste, romanesque en diable.