vendredi 20 septembre 2019

TONY STARK : IRON MAN #16, de Dan Slott, Jim Zub et Valerio Schiti


Après avoir séché l'épisode du mois dernier (surtout parce qu'il n'était pas dessiné par Valerio Schiti), je sais gré à Marvel d'avoir résumé ce qui s'y passait pour ne pas être largué par le début de ce nouvel arc... Qui aboutira à la fin de la série en Décembre ! Dan Slott et Jim Zub (qui va bientôt laisser sa place) vont boucler leur run pied au plancher en tout cas.


Attaqué par une hybride de Vision et Wonder Man, Iron Man n'a pu empêcher le kidnapping de la Guêpe par un Jarvis contrôlé mentalement. Elle a été emmenée au Manoir des Avengers où Ultron Pym la retient avec Jocaste, retirée à Arno Stark.


Tony Stark devine qui est à la manoeuvre lorsqu'il relie ces faits. Pour retrouver les deux femmes, il doit s'en remettre à Machine Man, bien que celui-ci lui reproche toujours sa rupture avec Jocaste et son usage des Intelligences Artificielles.


En attendant le renfort des Avengers, Machine Man et Iron Man vont défier seuls Ultron Pym dans le manoir de l'équipe. Mais, toujours traumatisé par la perspective de ré-endosser l'armure de War Machine, Rhodey est incapable de les suivre. Heureusement, Bethany Case neutralise Jarvis. 


D'emblée, ils sont en difficulté face à l'hybride d'Henry Pym et de Ultron qui ne fait pas de quartier pour sauver son projet de fusion entre Janet Van Dyne et Jocaste, ses deux muses. Machine Man se sacrifie pour que Iron Man libère les deux captives.


Ultron Pym saisit la ruse et active la fusion moléculaire. Iron Man sort Janet et Jocaste de leurs containers mais les machines explosent. Gravement touché, Tony ne doit sa survie qu'à son armure... Avec laquelle il ne fait plus qu'un désormais !

Revenons d'abord à l'issue de cet arc qui démarre ce mois-ci : Marvel vient d'annoncer qu'il serait le dernier de la série sous sa forme actuelle. Puis Jim Zub, simultanément, a informé les lecteurs qu'il quittait le titre (sans préciser pourquoi, même si on peut facilement deviner qu'un rôle de scénariste assistant ne doit pas le combler), et c'est Christos Gage (fidèle partenaire de Dan Slott quand il écrivait Amazing Spider-Man) qui le remplacera.

Depuis un moment, Slott tease sur 2020 comme un tournant pour Iron Man. Il est donc évident qu'il restera aux commandes du titre. Mais pourquoi insister sur l'an prochain ? Sans doute faut-il se référer à la mini-série Machine Man de 1984 par Tom de Falco, Herb Trimpe et Barry Windsor-Smith (publié sous forme de Récit Complet Marvel par Lug en 86) et qui mettait en scène Iron Man en 2020 avec Arno Stark dans l'armure du héros qui était passé du côté obscur. 

C'est une hypothèse personnelle, mais je m'appuie sur des éléments concordants (comme la présence récurrente dans Tony Stark : Iron Man de personnages de la mini-série de 84 : Machine Man donc, Arno Stark, et toute cette intrigue sur le transhumanisme).

En attendant, donc, nous voici plongé dans l'Agenda d'Ultron, ou plutôt de Ultron Pym. Cette créature, qui est la fusion d'Hank Pym et du robot Ultron, est une idée de Rick Remender (dans le graphic novel Avengers : Rage of Ultron). Gerry Duggan l'a ramené dans un arc de ses Uncanny Avengers au terme duquel Ultron Pym finissait dans le soleil - un sort auquel il a donc survécu.

Esthétiquement, le résultat n'est pas très heureux, même si Valerio Schiti fait de son mieux. Narrativement aussi, c'est discutable parce qu'on peut interpréter cela comme une sorte d'acharnement contre Hank Pym un peu lourdingue. Ce membre fondateur des Avengers ne mérite-t-il pas mieux que de finir comme un méchant monstrueux ?

Comme d'habitude, l'épisode est très dense et nerveux, avec beaucoup d'action et de personnages, de péripéties. Slott aime visiblement que le lecteur sorte, comme son héros, rincé de chaque chapitre, mais j'aurai apprécié, après le périple dans l'e-Scape, qu'il lève un peu le pied. Le scénariste se répéte donc un peu, comme cela lui arrivait déjà avec Spider-Man (même si, in fine, il a rendu le personnage à sa condition initiale, certainement sous la contrainte de l'editor - ce qui souligne l'incapacité chronique de Marvel à faire vraiment grandir ses héros emblématiques).

Le cliffhanger, improbable à souhait (et qui enfonce le clou sur le thème de plus en plus Iron, de moins en moins Man), promet encore beaucoup de mouvements (à l'instar de Schiti qui ne dessinera pas l'arc jusqu'au bout - signe qu'il va être muté sur un autre titre ?).

SUPERMAN #15, de Brian Michael Bendis et Ivan Reis avec Brandon Peterson


Derrière cette couverture un peu rétro par sa composition se trouve la conclusion de la (très) longue Unity Saga, démarré par Brian Michael Bendis quand il a repris la série Superman. Après les derniers numéros un peu hasardeux, le scénariste livre un dénouement satisfaisant, magnifiquement illustré une fois de plus par Ivan Reis (qui va pouvoir souffler un peu).


Superman observe Rogol Zaar placé en stase par les autorités de Thanagar. Adam Strange le rejoint et s'enquiert de la situation : il apprend que la Légion des Super Héros est apparue inopinément et a fait une offre surprenante à son fils, Jon Kent.


Mais ces jeunes héros du XXXIème siècle sont arrivés un peu trop tôt car les différentes délégations planétaires présentes sur Thanagar n'avaient pas encore accepté l'idée de Superboy de se rassembler en Nations Unies de l'espace.


Néanmoins, grâce à la promesse de Superman de veiller à la représentation de tous, un consensus est voté et Superboy fête le Jour de l'Unité, confirmant par là même l'inspiration à l'origine de la création de la Légion. Celle-ci lui accorde 24 heures de réflexion pour décider s'il se joint à elle.


Mais Adam Strange est aussi et surtout là pour annoncer que le conseil galactique a prononcé son jugement vis-à-vis de Jor-El et de ses nombreuses infractions. Il a été décidé de le renvoyer dans le passé, au moment de la destruction de Krypton.
  

Bien qu'il n'ait pu ni défendre ni dire "au revoir" à son père, Superman se plie au verdict. Il accepte ensuite la trêve soumise par le général Zod, qui veut bâtir une nouvelle Krypton. Supergirl, Krypto, Superboy et Superman rentrent sur Terre.

Compte tenu de sa durée (quinze mois !), il est indéniable que cette saga a souffert de longueurs et on accueille sa conclusion avec soulagement (on va enfin pouvoir passer à autre chose) sans manquer de constater que Brian Michael Bendis expédie un peu son affaire sur certains points.

C'est en effet le curieux sentiment qu'on éprouve : le scénariste paraît avoir voulu tourner la page un peu vite après avoir bien pris son temps auparavant. Peut-être en avait-il lui aussi assez... 

Par exemple, la densité de l'épisode n'élude pas le règlement de certaines pistes narratives dont on avait fini par se demander comment Bendis les solderait. Rogol Zaar finit donc placé en stase sur Thanagar, mais alors qu'on apprend, au détour d'une ligne dialogue, qu'il a été "créé" par Jor-El (quand il était membre du Cercle donc), le sujet en reste là. Pour ma part, je ne regretterai pas ce méchant lassant, mais j'aurai préféré que Bendis en dise plus sur ses origines au lieu de multiplier ses affrontements avec Zod et Superman.

Le sort réservé à Jor-El est aussi brusque. Personnellement, la mort du père de Superman ne me dérange pas car je n'ai jamais aimé l'idée qu'il ait survécu et se comporte comme un magouilleur. Mais les circonstances de sa condamnation laisse perplexe car elle est décidée alors que le conseil galactique vient juste d'accepter l'idée de Nations Unies de l'espace. Commencer par tuer la grand-père de l'adolescent (Superboy) qui a inspiré cette institution ne me paraît pas très adroit. Superman a tout intérêt à surveiller les instances de cette assemblée dans l'avenir pour éviter qu'elle ne tranche toutes les têtes qui dépassent.

A côté de cela, Bendis marque des points. Et le plus important concerne la Légion des Super Héros. Son apparition le mois dernier était un peu providentielle et ressemblait à un teaser forcé pour la série à paraître en Novembre. Mais cette fois, le scénariste traite leur intervention avec humour et surtout se donne un peu d'air avant d'exfiltrer Superboy vers le XXXIème siècle. (En clair, le #16 verra l'ultime réunion des "Super Sons" et certainement une explication avec Lois Lane.)

De même le cas du général Zod demeurait une inconnue. Ennemi puis allié de Superman face à Rogol Zaar, mais animé par une rancune tenace envers Jor-El, qu'allait-il faire, devenir ? Bendis choisit de pacifier la situation entre l'officier renégat et Superman, de manière assez habile, avec une morale à laquelle il est facile de souscrire ("ne répétons pas les erreurs de nos pères.").

Et enfin, visuellement, l'épisode est de toute beauté : Ivan Reis accomplit encore un remarquable travail, très détaillé, ne lésinant pas sur la figuration (très conséquente !) et des scènes intimistes traitées avec sobriété.

Superman est vraiment au coeur de cet épisode et Reis le représente à la fois en grand rassembleur, sage, qui en impose, mais aussi en fils brisé, en père inquiet, en ami chaleureux. C'est une image synthétique du personnage, qui prouve que l'artiste, comme le scénariste, l'a bien saisi.

Curieusement, Reis cède sa place, le temps de deux pages, à Brandon Peterson dans la scène où Jor-El revient sur Krypton et lorsque la planète explose. Le dessinateur brésilien a-t-il manqué de temps ? Ou bien a-t-on voulu que, graphiquement, ces deux planches se distinguent du reste ? Ce n'est pas choquant en tout cas.

De tout ça se dégage une impression de fin de "saison". La série va prendre un nouvel élan, en souhaitant que le prochain arc narratif soit plus concis. Et que les remplaçants (David Lafuente et Kevin Maguire) de Reis (qui revient en Décembre) soient à la hauteur.     

jeudi 19 septembre 2019

HOUSE OF X #5, de Jonathan Hickman et Pepe Larraz


Avec ce cinquième et pénultième épisode de House of X, nous entrons dans le dernier quart du projet de Jonathan Hickman (puisqu'il ne reste que quatre épisodes à paraître, toutes séries confondues). Et cette dernière ligne droite se dessine nettement cette semaine avec un numéro qui synthétise pas mal d'idées et ouvre d'ultimes portes. Le résultat est encore une fois emballant, et magnifiquement mis en images par Pepe Larraz, au diapason de son scénariste.


Krakoa. Polaris et son père, Magneto, assistent à la cérémonie des Cinq : Goldballs, Proteus, Hope, Elixir et Tempus redonnent vie aux huit X-Men abattus lors de la mission sur la station Orchis. Le professeur X achève le processus en leur rendant la mémoire.


S'ensuit une présentation, par Tornade, devant le peuple mutant. Les Cinq sont acclamés comme des faiseurs de miracles puis les huit ressuscités sont réintroduits dans la communauté en héros. Magneto hésite à se réjouir complètement car, le lendemain, a lieu un important rendez-vous.


Mais Charles Xavier est confiant, galvanisé par ce qu'ils ont déjà accompli. Aux Nations Unies a lieu le vote pour la reconnaissance de la Nation X. Emma Frost a préparé le terrain en compagnie du Fauve notamment.


Krakoa est admis dans le concert des pays de l'institution, avec l'intervention évidente d'Emma Frost, qui a influencé certains ambassadeurs. Xavier s'en accommode car ceux qui ont rejeté Krakoa sont identifiés et minoritaires donc. Et il a même prévu de grandes responsabilités pour la Reine Blanche.


Deux jours plus tard. Malgré les réticences de Wolverine, Xavier passe à une nouvelle étape en ouvrant les portes du refuge mutant à ses pires ennemis. En échange de leur promesse sacrée pour préserver Krakoa et se plier aux règles de la communauté, Apocalypse et d'autres sont accueillis.

Le succès commercial aidant, House of X (tout comme Powers of X) a tout pour devenir un jalon important dans l'histoire éditoriale des X-Men, comme l'ambitionnait Jonathan Hickman. Le scénariste a en effet totalement repensé la franchise en partant des fondations et en en développant le concept. C'est comme si la machine, bien grippée, re-fonctionnait comme au premier jour. Un miracle.

Le miracle est au coeur de l'ouverture de cet épisode puisqu'on assiste à la résurrection des huit X-Men morts sur la station Orchis. Et, comme je l'avais imaginé, tout renvoie à la toute première scène du premier épisode de HoX lorsque le Pr. X évoluait dans les entrailles de Krakoa et assistait à l'éclosion de cocons. La série est bâtie comme un fabuleux jeu sur la temporalité, entre la révélation des multiples vies de Moira McTaggert, le saut dans les futurs (dans cent et milles ans), et donc jusqu'à ce flash-forward inaugural qui trouve son explication dans ces pages.

Hickman emploie magistralement des mutants qui embarrassaient bien des scénaristes comme Hope Summers, Tempus et Goldballs (créés par Bendis dans ses Uncanny X-Men), ou même Proteus. Le rôle qu'il leur distribue est tout bonnement génial et permet de faire passer la résurrection des X-Men comme une lettre à la poste, tout comme il assigne à Cerebro une fonction insoupçonnée et pourtant évidente.

Mais ce qui suit est peut-être encore plus passionnant. On a droit à une célébration étonnante avec Tornade dans une partition tout à fait inédite. Faire de Ororo une sorte de pasteur qui enflamme une assemblée de mutants comme dans une église produit un effet ébouriffant. Et un soupçon de malaise bienvenu, car soudain la communauté des X-Men nous apparaît clairement comme une sorte de congrégation quasi-fanatique, exultant de manière presque hystérique, devant des faiseurs de miracles et des héros revenus d'entre les morts.

Nus comme des vers, Cyclope, Jean Grey, Nightcrawler, Angel, Wolverine, Husk, Monet, Mystique sont des divinités païennes troublantes, anges et démons, monstres et surhommes, encore maculés de la substance des oeufs dont ils viennent de sortir, à peine conscients. Ce sont des clones, mais avec une conscience préexistante, leurs âmes originelles restaurées comme leurs corps. Hickman ne mentait pas en donnant à Magneto cette réplique à la fin de HoX #1 comme quoi l'humanité avait de nouveaux dieux désormais.

Par ailleurs, le retour des morts renvoie à la rencontre entre Xavier, Magneto et Mister Sinister dans PoX #4 la semaine dernière : on comprend pourquoi Nathaniel Essex a été chargé de collecter l'ADN de tous les mutants, tout comme nous est dévoilée la fonction précise et le lien des Cinq, véritable entité à part (par exemple, Goldballs, mutant au pouvoir grotesque, devient un élément beaucoup plus riche que ne l'avait sans doute imaginé Bendis, et Hope assume elle aussi un rôle bien moins symbolique). Tout est si bien fichu, échafaudé dans le projet de Hickman qu'on ne peut qu'être impressionné - et ravi.

L'épisode s'ouvre par un dialogue entre Polaris et Magneto (cela induit-il que Hickman a décidé de revenir sur la retcon comme quoi Magneto n'était plus le père de Quicksilver et Scarlet Witch ? On verra. La question se pose aussi sur le statut de Namor, requalifié comme mutant depuis quelques années, mais totalement absent depuis le début de HoX-PoX.). Cet échange porte sur ce qui donne son titre à l'épisode : la notion de société, qui est la seule valablement conservée par les mutants.

Dans le contexte actuel, il s'agit d'un terre conquise et reconnue, dont les habitants ne peuvent plus être ignorés ni chassés. Et c'est l'enjeu de la deuxième partie de l'épisode quand les Nations Unies votent pour la reconnaissance officielle de Krakoa. Là encore, on a droit à quelques surprises sur la méthode : le Pr. X devine qu'Emma Frost a influencé les votes mais ne s'en formalise pas trop - au contraire, il promet même à la Reine Blanche un poste à responsabilité dans un futur proche.

Bien entendu, une telle attitude va encore nourrir les doutes sur la personnalité de Xavier, qui assume une part de manipulation de plus en plus évidente, un façon de suggérer que "la fin justifie les moyens" - la citation en exergue de l'épisode est encore plus explicite : le Pr. X y dit que la différence entre les mutants et les humains, c'est que les mutants n'ont jamais eu le choix jusqu'à présent... Une data page précise ensuite la liste des pays ayant rejeté la reconnaissance de la Nation X (parmi eux, le Wakanda - une piste pour un conflit à venir ?).

Enfin, la troisième partie de l'épisode ne dépareille pas puisque Xavier et Magneto ouvrent les portes de leur refuge (leur arche) à leurs anciens ennemis. Si Krakoa est le pays des mutants, la Terre Sainte de la "mutanité", alors tous les enfants de l'atome doivent pouvoir y résider. L'idée est dangereuse malgré sa générosité : en accueillant Apocalypse, Mister Sinister et d'autres canailles, Xavier n'ouvre-t-il pas la porte aux loups ? Un serment suffira-t-il à étouffer les ambitions politiques ou les divergences idéologiques d'hier ? J'ai pourtant le sentiment que Hickman procède de la sorte avec une intention ferme (et louable) de ne plus dresser les mutants les uns contre les autres afin de renouveler les futurs adversaires des X-Men. Car c'est aussi cela qui a fini par étrangler la franchise : les mutants ne faisaient que s'affronter entre eux, à coups de virus, de voyages dans le temps, de possessions - alors qu'ils sont aussi des aventuriers partant dans l'espace, des héros traditionnels, des experts (qui, si on les avait consultés au lieu de les provoquer, auraient pu éviter des crises - pensez à Avengers vs X-Men si Captain America avait demandé l'aide de Cyclope plutôt que de débarquer sur Utopia en réclamant Hope).

Visuellement, il faut mieux assurer quand on a un script d'une telle qualité et Pepe Larraz sort une nouvelle fois le grand jeu. L'espagnol restera comme la grande révélation/confirmation de HoX, il franchit un palier dont il faut espérer que Marvel ne le gâchera pas en cramant l'artiste sur des events débiles.

Dernièrement, sur Twitter, Bryan Hitch remarquait à quel point Immonen avait influencé les artistes Marvel ces dix dernières années et Larraz en est un des exemples. Il n'imite pas le canadien mais a su en s'inspirer de sa narration intelligemment, notamment dans des plans grandiosement composés. La figuration abondante ne lui fait pas peur et il l'exploite avec adresse pour donner toute l'ampleur requise dans des scènes clés (la première partie à Krakoa, avec la prêche de Tornade).

Le trait de Larraz emprunte aussi aux rondeurs d'un Alan Davis, à la souplesse de ce dernier. Les personnages masculins sont souvent athlétiques, avec des exceptions notables (Xavier), les femmes divinement roulées mais sans être objectivées sexuellement. Tout est justifié dans la mesure où l'histoire définit les protagonistes comme des êtres divins, des créatures révérées par les leurs. C'est ainsi qu'auraient dû être mis en images les Inhumains quand il s'agissait ostensiblement d'en faire les remplaçants des X-Men. Larraz, avec Hickman, en fait les Néo-Dieux du MCU.

L'iconographie religieuse est abondante dans la lecture des X-Men selon Hickman et Larraz, sans pourtant tomber dans une imagerie bondieusarde. Il s'agit d'incarner plus organiquement les acteurs de l'histoire, jamais de tomber dans une représentation trop éthérée ou chargée de symboles. Ce rôle est laissé à la couleur quand Marte Gracia enveloppe d'une lumière céleste, plus signifiante, l'entrée des méchants à Krakoa, mais, tout compte fait, ça reste discret. Sinon, l'aspect charnel, sensuel même, prévaut (souligné par des teintes chaudes).

Je me répète, mais bien volontiers, semaine après semaine, mais c'est une indiscutable réussite. Pas seulement ponctuelle, me semble-t-il, mais appelée à faire date.

    

dimanche 15 septembre 2019

BLACK HAMMER / JUSTICE LEAGUE : HAMMER OF JUSTICE ! #3, de Jeff Lemire et Michael Walsh


Hammer of Justice ! arrive à mi-chemin de son intrigue et Jeff Lemire épate toujours par son sens du récit. Pas à dire, ce diable de scénariste sait mener son affaire et il est actuellement bien le narrateur le plus excitant à suivre. Michael Walsh sait se hisser au niveau de son partenaire en livrant un épisode efficace et dense. Pour une histoire qui en a encore beaucoup sous le pied...


Arrêtés par les membres restants de la Justice League, l'équipe du Black Hammer clame son innocence dans la disparition de Superman, Batman, Wonder Woman, Cyborg et Flash. Frustrés, Aquaman, Martian Manhunter et Hawkgirl les enferment dans une cellule du Hall de Justice.


Aussitôt, Gail veut s'évader mais Abe tente de l'en dissuader car une telle initiative convaincrait leurs geôliers de leur culpabilité. Barbalien note aussi que le colonel Weird et Talky Walky n'ont pas été déplacés comme eux dans cette dimension. Gail, excédée, file.


Dans la ferme de Rockwood, Cyborg rejoint Bruce Wayne dans la grange où il bricole de quoi partir de là. En fouillant dans les affaires entreposées, Vic Stone découvre la carcasse de Talky Walky. Il ne rallume et le robot demande qui ils sont et ce qu'ils font là.


Dans la Para-Zone, le colonel Weird et John Stewart localisent le moment où l'étranger s'est manifesté simultanément à Rockwood et Metropolis. Mais c'est en voyant Flash tenter de quitter le ferme et risquer sa vie que tout déraille car Green Lantern le sauve... Et les expédie, lui, Flash et Weird dans une dimension inconnue du colonel.


Cependant, à Metropolis, Gail est surprise par Zatanna. La magicienne détecte que la fillette ne vient pas de cette dimension et lance un sortilège pour percer son secret. La formule qui transforme Gail aboutit à un résultat inédit : elle devient adulte !

L'habileté avec laquelle un scénariste réussit à remplir un épisode avec autant de péripéties sans étouffer le lecteur prouve sa maîtrise. Sur ce plan, Jeff Lemire est certainement l'auteur actuel le plus talentueux, surtout quand il déploie son talent dans l'univers qu'il a lui-même créé.

Alors, évidemment, on peut dire : c'est facile, il joue à domicile. Et c'est vrai. N'empêche, comment ne pas être épaté, par ailleurs, par l'originalité de ce crossover, qui évolue bien au-dessus de toutes les productions de ce genre. Lemire n'a pas besoin de convoquer les clichés, le folklore habituels pour nous distraire, nous captiver, nous surprendre : il nous emmène ailleurs, et ses personnages avec. C'est bien mieux.

Et il le fait avec style, le bougre ! L'épisode démarre par des pages découpées en "gaufriers" de neuf cases... Comme du Tom King ! Lemire, qui n'est pas du genre provocateur ni moqueur, rend un hommage très amusant à son confrère, surtout quand on lit les dialogues qu'il donne aux héros de Black Hammer, qui font tourner en bourrique les Justice Leaguers (mentions spéciales : la drague embarrassante de Gail avec Aquaman et le dépit de Barbalien devant le cliché du martien vert représenté par Martian Manhunter).

La partie à Rockwood avec Bruce Wayne et Cyborg a moins de relief mais elle aboutit à un twist comme Lemire en a le secret car on découvre avec eux que Talky Walky a échappé à la téléportation de l'étranger. Cette piste vient compléter le mystère du récit et, alors qu'il ne reste tout compte fait que deux épisodes avant le dénouement, montre que Lemire ne va pas se contenter de dérouler sa pelote tranquillement.

Direction : la Para-Zone. Et là encore, un coup de théâtre remet tout en jeu. Le scénariste n'a vraiment peur de rien en multipliant les décors, les subplots, et en les développant dans le cadre d'une histoire de seulement cinq épisodes. En tout cas, tous les protagonistes sont bien occupés. Et ce n'est pas l'apparition de Zatanna à la fin et le sort réservé à Gail qui contredira cela...

Michael Walsh a du travail pour illustrer une telle matière. De fait, c'est très dense, mais jamais étouffant. Au contraire, l'artiste fluidifie au maximum la narration en n'en rajoutant jamais graphiquement. Un peu trop sage ? Plutôt intelligemment sobre.

Walsh, comme Dean Ormston, ne cherche pas spécialement à faire joli, mais il sert le scénario, ne se met jamais en avant. Et c'est cette humilité qui paie. Là encore, c'est ce qui manque souvent aux crossovers, qui ressemblent trop à des pièces montées indigestes où le dessinateur semble chercher à en rajouter alors que le bon sens est de se laisser porter par les événements pour ne pas assommer le lecteur.

Pour le talent à l'oeuvre, Hammer of Justice ! mérite toutes ces louanges : Lemire et Walsh transcendent l'exercice de style tout en offrant un divertissement imprévisible et consistant.   

SABRINA THE TEENAGE WITCH #5, de Kelly Thompson et Veronica Fish


Ici s'achève l'aventure de Sabrina the teenage witch et c'est une réussite qui se confirme. Maladroite chez Marvel, Kelly Thompson donne le meilleur d'elle-même dans cette production délicieuse à laquelle les dessins de Veronica Fish ajoutent un charme irrésistible. Mais est-ce vraiment la fin ?


Sabrina a transformé son chat Salem en une panthère ailée et, sur son dos, elle s'envole en direction de la forêt voisine de Greendale où l'attire un sort destiné à retrouver ses tantes Hilda et Elda. Celles-ci sont ligotées, avec quatre autres sorcières, à un bûcher.


Alors que Sabrina va les délivrer, une bande de créatures mythologiques surgit et attaque. Utilisant les artefacts qu'elle a empruntés dans la cave de ses tantes et avec l'aide de Salem, la jeune sorcière riposte énergiquement.


Les créatures, désenchantées, s'avèrent être des lycéens sous la coupe d'un minotaure. Sabrina concentre ses ultimes efforts pour vaincre ce dernier et découvre qu'il s'agit du professeur Sampson. Celui-ci a voulu se venger car les sorcières lui ont toujours refusé l'accès à leur cercle intérieur.


Sabrina le prive de ses pouvoirs, issus d'un mélange prohibé de magie et de science, et il s'enfuit dans les bois. Les sorcières effacent les souvenirs de lycées qui reviennent à eux tandis que les Spellman rentrent chez elles avec Salem, redevenu un chat.


Le lendemain, Harvey vient chercher Sabrina chez elle, au grand dam de Ren Ransom. Jessa Chiang, la meilleure amie de Sabrina, refuse de lui dire de qui elle est tombée amoureuse. Puis Radka interpelle Sabrina en affirmant connaître son secret et menace de le révéler si elle ne l'aide pas...

Sur la conclusion de l'intrigue, Kelly Thompson ne surprend guère mais c'est le lot du genre : on attend (on espère) la victoire de l'héroïne et son acquisition procure un mélange de déception (due à l'absence de surprise - tandis que la série Netflix achevait sa première saison sur une évolution notable de Sabrina) et de soulagement.

Ce qui compte plutôt, c'est donc la manière de gagner et sur ce point, la fin de cet arc de Sabrina the teenage witch est réussi. L'identité du méchant de l'histoire est moins importante que son mobile (classique mais efficace) et la bataille qui occupe la majeure partie de l'épisode entre la jeune sorcière et Salem à des chimères est pleine de tonus. La façon dont l'héroïne détruit les artefacts pour venir à bout de ses adversaires, commentée par le chat (devenu une panthère ailée), est drôle tout en montrant bien que l'issue du combat n'a rien d'évident.

Ce qui séduit chez Sabrina, c'est moins son héroïsme que son inconscience : elle fonce bille en tête, mal préparée mais courageuse, pugnace, résolue. C'est rafraîchissant d'observer cette jeune sorcière qui ne sait pas vraiment ce qu'elle fait mais qui y va franchement, la fleur au fusil. 

L'écriture de Thompson est bien plus fluide et entraînante ici que sur Captain Marvel. Est-ce que parce que le staff éditorial est moins dirigiste que celui de Marvel ? Ou simplement parce que la scénariste est plus à l'aise avec le ton plus léger et juvénile de Sabrina... qu'avec les codes super-héroïques classiques de l'Avenger kree ? En tout cas, il y a à la fois plus de rigueur dans la conduite du récit et plus d'entrain et de fluidité dans la lecture. 

Cette réussite doit aussi beaucoup à Veronica Fish dont le style visuel convient merveilleusement à ce comic book. Son trait semi-réaliste est ce qu'il faut pour une aventure qui mixe romance, comédie et fantastique. Les personnages sont expressifs, le découpage tonique, et la colorisation de Andy Fish est superbe, parfaitement dosé avec l'encrage.

Le public auquel s'adresse cette production est large : sont ciblés évidemment les plus jeunes mais on peut prendre du plaisir au-delà de ce cadre car c'est tout simplement bien fait, divertissant sans être futile, léger sans être superficiel. L'intelligence du projet tient à ce qu'il a été bien défini.

Mais est-ce vraiment fini ? Hé bien non. La fin ouverte appelle une suite et elle aura bien lieu car Kelly Thompson l'a confirmé en même temps que son éditeur : Sabrina the teenage witch reviendra en 2020 et ça, c'est le meilleur tout qu'elle pouvait nous jouer.