jeudi 9 avril 2020

WESTWORLD - SAISON 3, EPISODE 2 : THE WINTER LINE (HBO)


Après un premier épisode palpitant, qui lançait la troisième saison dans une direction inédite, ce deuxième chapitre de Westworld, intitulé The Winter Line, surprend encore en reprenant exactement là où on en était avec Maeve, dans la scène post-générique de fin de Parce Domine. La série renoue avec une narration sinueuse et passionnante et introduit celui qu'on peut considérer comme le méchant de ce troisième acte.

Dans la Warworld, Maeve Millay est sauvée par Hector et échappe aux nazis qui occupent un village italien. Mais elle comprend vite qu'il s'agit d'une nouvelle trame narrative, comme celui où elle évoluait dans Westworld. Elle se suicide donc pour y échapper.


Maeve revient à elle, toujours prisonnière du Warworld mais après avoir pris un autre chemin que Hector, elle tombe sur Simon Quaterman, l'ancien responsable des scénarios de Westworld. Il lui explique avoir miraculeusement survécu au massacre dans le parc et la guide jusqu'à la Forge afin qu'elle puisse regagner le Sublime, cet Eden virtuel où elle a mis sa fille à l'abri.


De son côté, Bernard revient à Westworld et accède à son ancien bureau (là même où il découvrit qu'elle était un hôte assistant Robert Ford). Il y découvre Ashley Stubbs, ancien membre de la sécurité, lui aussi un robot (il avait ainsi autorisé la fausse Charlotte Hale à quitter le parc après le massacre) : il a tenté de se tuer pour protéger le secret de Bernard. Celui-ci le répare et ils partent jusqu'à la Mesa, le centre des opérations du parc afin de localiser Maeve, la seule capable de neutraliser Dolores. Mais il ne reste que son corps dont on a retiré la perle.


Dans la Forge, Maeve comprend que tout n'est qu'une simulation et que ses capacités ont été bridées. Pour réellement sortir de cette boucle, elle doit la briser de l'intérieur et donc revenir dans le Warworld. Ceci fait avec Lee, elle transfère sa conscience dans un nouvel hôte, dans le monde réel - un robot d'entretien qui récupère sa perle avant d'être abattu par la sécurité.


Bernard et Ashley découvrent que Maeve a quitté le parc sans réussir à la localiser à l'extérieur. Bernard nettoie son système interne pour s'assurer que Dolores ne l'a pas contaminé avec un virus puis remonte sa piste jusqu'à Liam Dempsey Jr.. Après avoir affronté les gardes qui les ont surpris, Bernard et Ashley quittent le parc à leur tour.


Maeve se réveille dans son corps et rencontre le maître de la somptueuse demeure où elle est. Il s'appelle Enguerrand Serac et se présente comme le concepteur du Rehoboram, qu'il a voulu comme un moyen d'écrire le futur de l'humanité. Dernièrement, ce système a détecté des anomalies, des "divergences", provoquées par Dolores. Serac propose à Maeve de la traquer et de la tuer en échange de retrouvailles avec sa fille. Mais elle refuse ce marché. Serac désactive ses fonctions motrices en attendant qu'elle soit plus coopérative.

Deux personnages emblématiques de la série manquaient à l'appel du premier épisode : l'Homme en Noir (William, le co-fondateur de Delos et actionnaire majoritaire du parc) et Maeve Millay, qui avait organisé la marche des hôtes dans le Sublime, cet Eden virtuel inaccessible aux ingénieurs du parc, dans laquelle elle avait conduit sa fille.

Les showrunners font un cadeau royal à Thandie Newton en consacrant l'essentiel de cet épisode à son personnage. Au passage, on notera que Westworld, à l'époque où des voix se sont élevées contre le manque de représentation des minorités ethniques dans le cinéma et à la télé, donne à trois comédiens noirs des rôles de premiers plans (Thandie Newton donc, mais aussi Jeffrey Wright alias Bernard, et Tessa Thompson alias Charlotte Hale). Dans une production aussi exposée, c'est un exemple.

Mais revenons au contenu. Maeve Millay est devenue une sorte d'alter ego de Dolores Abernathy au fil des deux premières saisons : le personnage incarné par Evan Rachel Wood partage avec celui de Newton une volonté de s'émanciper des hommes mais le fait avec un plan d'ensemble, impliquant tous les robots. On ignore s'il s'agit de se venger ou d'ouvrir les yeux des humains en leur montrant qu'ils sont manipulés par des savants et des affairistes désireux de les contrôler via leurs loisirs ou la collecte de données sur leur vie privée, mais sa démarche est offensive.

Maeve est dans un mouvement plus maternelle et indépendantiste. Il s'agit pour elle d'échapper à l'exploitation que les hommes ont fait des hôtes, pas de mener une révolution contre l'humanité. Ainsi a-t-elle mis à l'abri un maximum de ses semblables dans le Sublime, une sorte de paradis virtuel où résident dorénavant leurs consciences, inaccessibles aux ingénieurs du parc.

Mais en ayant augmenté ses capacités cognitives, Maeve est devenue un hôte de valeur et quelqu'un a su la faire revenir dans notre réalité. Il est donc évident qu'il s'agit d'un individu puissant, aux ressources considérables, capable potentiellement de rivaliser avec feu Robert Ford. Mais avant que Maeve ne le rencontre, elle doit visiblement prouver qu'elle est à la mesure de sa réputation.

La première partie de l'épisode la voit donc évoluer dans le Warworld, une nouvelle extension du parc (après Westworld et Shogunworld), qui reconstitue un village italien occupé par l'armée allemande durant la seconde guerre mondiale. Elle y retrouve Hector dans un rôle de résistant, inapte à distinguer le vrai du faux (contrairement à elle qui a gardé toute sa ludicidé) et qui suit la partition d'un récit classique, romanesque, tragique. Pour s'extraire de cette trame narrative, Maeve se tue une première fois.

Mais cela ne suffit évidemment pas et renvoie la série au concept de transhumanisme qui la traverse depuis le début. Les héros de Westworld étant des robots, ils sont par principe immortels, on les répare et on les replace sur la scène pour rejouer indéfiniment la pièce écrite pour eux et les clients. N'étant pas capables de se rendre compte de cet effet de boucle, ils sont de parfaites marionnettes. A l'exception ici de Maeve que celui qui la manipule a choisi de brider un peu mais pas de lui retirer sa lucidité sur les événements. Ainsi comprend-elle qu'il ne suffit pas de détruire son corps pour sortir de l'histoire : il faut littéralement briser la boucle de l'intérieur.

Le scénario de l'épisode renoue avec les meilleures heures des saisons 1 et 2 quand le fan ne savait plus dans quelle temporalité l'action se déroulait, quand la frontière entre fiction et réalité était brouillée au maximum. Lorsque Maeve en compagnie de Simon Quaterman découvre la supercherie et surtout comment y échapper, un vertige nous saisit car tout ce qu'on venait de voir n'était qu'une illusion plus vraie que nature. Les auteurs se surpassent une fois encore pour nous abuser. L'évasion de Maeve réussit l'exploit de rendre poignante l'exécution d'un robot d'entretien mis à mort par plusieurs gardes car on assiste alors à l'échec de Maeve.

Une nouvelle fois, l'épisode est ponctué par les apparitions de Bernard, qui poursuit son propre agenda. Le voici de retour à Westworld et nous avec lui, dans les couloirs sombres des coulisses du parc, les bureaux désaffectées désormais, les laboratoires où on recycle les hôtes. Les auteurs en profitent pour glisser un clin d'oeil à Game of Thrones en montrant un des dragons de Daenerys découpé en tranches pour être revendu à un autre parc : la scène a divisé le public - certains ont trouvé l'allusion superflue, trop sarcastique (le monde de GoT serait une extension du parc ?), d'autant que les laboratins affairés sur le dragon ne sont autre que les deux scénaristes de la série-phénomène. Pour ma part, n'ayant jamais suivi Game of Thrones, cela m'a amusé, d'ailleurs la scène est très rapide, elle ne ralentit pas l'intrigue en cours et ne me semble pas manquer de respect à la série.

De manière étonnante, les retrouvailles de Bernard avec Ashley Stubbs créent une sorte de buddy movie tout en montrant que Bernard semble avoir hérité du caractère manipulateur de Ford puisqu'il reconfigure Stubbs pour en faire son garde du corps docile. Il est aussi évident que Bernard devient une troisième voix dans le concert narratif de la série, à égale distance entre Maeve (qu'il recherche sans la trouver - et pour cause, quelqu'un d'autre s'en est déjà chargé) et Dolores (qui semble l'avoir lui avoir redonné un corps dans un but précis, mais à définir - peut-être pour l'empêcher de déraper dans sa croisade à l'extérieur ?). En tout cas, Bernard reste nébuleux, imprévisible, et cela suggère que les scénaristes lui réservent un rôle décisif dans le futur.

Enfin, l'épisode se conclut par l'entrée en scène d'Enguerrand Serac, qu'on peut résumer comme l'antagoniste principal de la saison. Bien entendu, ce ne sera certainement pas aussi simple - n'oublions pas que dans Westworld, personne, humain ou machine, n'est jamais seulement ce qu'il semble être. Ce qui est certain en revanche, c'est que Serac a deux objectifs précis : le premier, c'est d'écrire le futur de l'humanité grâce au Rehoboram, cette gigantesque intelligence artificielle qu'on a a aperçue dans le premier épisode, pour prévenir des divergences (des accidents mineurs ou majeurs génératrices à terme de chaos généralisé) ; le second, c'est d'utiliser le talents de Maeve pour abattre Dolores qui a provoqué certaines divergences récentes (et dispose d'un temps d'avance - avantage intolérable pour un prévisionniste comme Serac).

Serac apparaît comme un chef d'orchestre minutieux et puissant, avec une sérieuse tendance mégalomaniaque. Comme jadis Robert Ford qui pouvait figer tous les hôtes du parc en levant le doigt, il pétrifie Maeve sur le point de le poignarder avec une télécommande (ce détail a fait tiquer quelques critiques, mais il me semble précieux dans la mesure où il montre tout de même que Serac, malgré ses ressources, n'a pas encore la mainmise sur le monde qu'avait Ford dans le parc). Parce qu'il est antipathique, Serac fait un bon méchant naturel, mais la suite va prouver que c'est une figure plus complexe...

Le casting est comme toujours impérial. Même si choisir Vincent Cassel pour jouer Serac a quelque chose de trop évident (mais l'acteur s'en tire bien et sa notoriété internationale lui a permis d'intéresser les producteurs), Thandie Newton est impressionnante. Elle est capable de traduire avec beaucoup de finesse le trouble de son personnage ainsi que son arrogance et sa détermination. La silhouette gracile, voire fragile, de l'actrice ajoute au rôle dans la mesure où on est constamment surpris par les performances de son personnage. Quant à Jeffrey Wright, c'est un régal de chaque instant : grâce à lui, Bernard conserve ce côté opaque, imprévisible, et imposant, et il n'a pas besoin de beaucoup de temps pour donner à chacune de ses scènes une intensité remarquable.

On retrouve également Lee Sizemore et Luke Hemsworth ainsi que Rodrigo Santoro, des "historiques" de la série - même si seul le deuxième va poursuivre l'aventure.

Toujours aussi spectaculairement mis en scène, la série franchit ce nouveau cap avec maestria. C'est sûr, cette saison 3 part sur des bases élevées.  

mardi 7 avril 2020

WESTWORLD - SAISON 3, EPISODE 1 : PARCE DOMINE (HBO)

Comme ce n'est pas le temps libre qui manque, j'ai donc décidé de rédiger la critique de la saison 3 de Westworld (qui comptera seulement huit épisodes). Mais plutôt que d'attendre la fin de la diffusion, j'ai préféré consacrer une entrée pour chaque épisode. J'ai de l'avance puisque je viens de voir le quatrième chapitre hier. J'espère surtout que ce format critique permettra de rendre la lecture de ces articles plus digeste, même si cette saison semble moins touffue, moins complexe que la précédente.
En avant donc pour Westworld III;


Le show créé par Jonathan Nolan et Lisa Joy revient après une longue absence et dans un contexte particulier. En effet, pour HBO, désormais sans Game of Thrones, Westworld est un peu la série de prestige de référence. Mais c'est aussi un défi pour ses auteurs car, au terme de la saison 2, les hôtes du parc se sont rebellés dans un bain de sang et Dolores Abernathy s'en est échappée avec le projet de se venger des humains. La série va-t-elle réussir à rebondir dans cette nouvelle configuration ? Ce premier épisode prouve en tout cas que l'histoire est loin d'être terminée et a de la ressource.


Peu de temps après le massacre de Westworld dont elle s'est enfuie, Dolores Abernathy localise et contraint Gerald, un gros actionnaire de Delos (l'entreprise gestionnaire du parc) à signer un document confidentiel concernant la compagnie Incite, qui fichait les clients. Il meurt en voulant la neutraliser alors qu'elle se retire.


A Los Angeles, l'ancien soldat Caleb Nichols traverse une passe difficile. Il doit payer l'hospitalisation de sa mère, atteinte d'Alzheimer, avec la maigre paie qu'il gagne comme ouvrier sur des chantiers de construction. Il souffre également de stress post-traumatique suite à la mort en manoeuvre de son frère d'armes, Francis. Pour s'en sortir, il accepte des contrats criminels via une application, Rico.


Bernard, lui, est en cavale car il est accusé d'être le responsable du massacre de Westworld. Sous une fausse identité, il travaille dans une ferme d'élevage en Asie du Sud-Est. Mais deux de ses collègues l'identifient et tentent de l'arrêter pour toucher une récompense. Il les tue et s'enfuit pour regagner le parc.


Au même moment, Charlotte Hale (ou plutôt sa réplique, conçue par Dolores) reprend sa place à la tête du conseil d'administration de Delos et, à la surprise générale, planifie la réouverture du parc. Dolores, elle, s'est rapprochée, sous un faux nom, de Liam Dempsey Jr., le fils du co-fondateur d'Incite. Elle cherche à en savoir plus sur Rehobam, une gigantesque intelligence artificielle qui pré-détermine le destin des humains. Mais Liam n'en sait pas grand-chose car son père est mort avant de l'instruire à ce sujet.


Martin Connels, le chef de la sécurité d'Incite et garde du corps de Liam, neutralise Dolores en l'accusant d'espionnage. Il s'occupe de la disparition de son corps en utilisant l'application Rico. C'et ainsi que Caleb doit lui livrer une voiture et surprend Dolores inconsciente. Elle revient à elle et tue les sbires de Martin avant d'être blessée. Mais elle a concu une réplique de Martin et se débarrasse de ce dernier. Caleb appelle les secours pour Dolores.

Scène post-générique de fin : Maeve se réveille dans Warworld, une nouvelle extension du parc, reconstituant l'occupation allemande d'un village en Italie, dans lequel elle joue une résistante.

Même si j'avais été impressionné par le niveau de la fin de la saison 2, il faut bien avouer qu'il fallait s'accrocher pour ne pas s'y perdre, avec des substitutions d'êtres humains par des répliques androïdes, l'évasion de Dolores avec la conscience de plusieurs hôtes dans des perles, la disparition de Maeve dans le Sublime (une sorte d'Eden virtuel pour la conscience des robots du parc).

On n'était sûr que de quelques éléments : Dolores Abernathy donc réussissait à quitter le parc au nez et à la barbe de tous, Charlotte Hale était remplacée par une réplique androïde à son image mais avec la conscience de quelqu'un d'autre, Bernard était accusé d'avoir organisé le massacre et était en cavale, l'Homme en Noir/William semblait avoir perdu la raison en ne distinguant plus les vrais humains des robots.

Encore plus certain : la saison 3 de Westworld se déroulerait donc hors du parc. Un pari risqué tant l'identité de la série s'appuyait sur son décor. Mais aussi une formidable opportunité pour entrainer l'intrigue sur un nouveau terrain, avec de nouveaux enjeux.

Jonathan Nolan et Lisa Joy, les showrunners de la série, prouvent avec ce premier épisode qu'ils ont su rebondir et qu'ils ont encore des cartouches à tirer. Surtout ils osent effectivement emmener leur saga ailleurs, avec un ton différent, plus direct, plus tourné vers l'action, même si on se doute qu'ils ne se contenteront pas de dérouler simplement le fil de leur récit (après avoir vu le quatrième épisode hier, je peux déjà vous confirmer que de jubilatoires surprises sont au programme...).

Cette volonté manifeste de faire plus simple se traduit aussi par le format de cette saison 3 qui ne compte que huit épisodes. J'ignore si cette réduction a été imposée par HBO, échaudée par les critiques concernant la conclusion de la saison 2 (et sa complexité), ou bien résulte d'une envie de resserrer les boulons, mais je penche pour la seconde option.

Ce premier épisode, dont le titre en latin veut dire "Pardonnez à votre peuple", se concentre largement sur le personnage de Dolores Abernathy, la plus ancienne hôte de Westworld, qui a mené la révolution des robots contre les hommes dans le parc, en ayant été "upgradé" par son co-fondateur, l'ingénieur en chef Robert Ford (joué par Anthony Hopkins) - qui désirait offrir à ses créatures leur émancipation. La jeune androïde est sortie du parc en emportant avec elle cinq perles - cinq petites sphères contenant la conscience de cinq hôtes, avec un projet suggérant son envie de se venger de la race humaine. Jusqu'à quel point ? Mystère. A moins qu'il ne s'agisse moins de vengeance que d'émancipation là encore : Dolores prolongerait le rêve de Ford en libérant les humains de leur asservissement à la technologie et en leur enseignant le respect des machines.

La caractérisation du personnage de Dolores est une série dans la série et cette saison 3 nous la montre comme une sorte d'ange exterminateur, qui a élaboré un plan sophistiqué, résolue à le mener à bien en usant de tous ses atouts. Elle séduit, tue, manipule, conspire, et dispose à l'évidence d'une avance redoutable sur des adversaires encore invisibles mais bien présents. Sa première cible est la compagnie Incite, qui collecte les fichiers des clients du parc, et dont plusieurs actionnaires avaient investit dans l'exploitation de Westworld.

Le chemin de Dolores croise sur la fin celui de Caleb Nichols, un nouveau venu dans la série. Il s'agit d'un vétéran de l'armée américaine, ayant été confronté à la mort et à la maladie, et qui survit en devant à la fois s'occuper d'une mère diminuée et composer avec la perte d'un ami militaire. Il travaille sur des chantiers de BTP en compagnie d'un assistant robot mais n'a aucune vie privée. Pour payer les frais médicaux de sa mère, il accepte des contrats criminels via une application, Rico. Ce dernier point est important car c'est par ce biais qu'il croisera Dolores en fâcheuse posture. La manière dont le script organise la rencontre des deux personnages est virtuose, d'une fluidité imparable, dans une séquence spectaculaire, avec une réalisation exceptionnelle.

Comme des ponctuations, l'histoire permet de retrouver deux autres évadés de Westworld. Le premier est Bernard, le bras-droit androïde de Ford, qui est désormais en cavale car soupçonné d'avoir mené la révolte sanglante dans le parc. Il se cache en Asie du Sud-Est sous un faux nom mais doit vite reprendre la fuite et se résoudre à retourner à Westworld pour contrarier les plans de Dolores. Néanmoins, on le devine affaibli, ou au moins altéré par les expériences passées : muni d'une télécommande, il se déchaîne violemment quand il sait sa vie en danger, et surtout il est devenu l'ennemi public numéro un, obligé de manoeuvrer dans la clandestinité. En peu de scènes, les scénaristes parviennent là aussi à donner une densité incroyable au personnage.

Le second fugitif de Westworld est dans une position nettement plus favorable puisqu'il s'agit de Charlotte Hale. Ou du moins celle que l'ont prend pour Charlotte Hale puisqu'à la fin de la saison 2, Dolores a tué l'administratrice de Delos et a fabriqué une réplique à son image en la dotant d'une conscience. Mais la conscience de qui ? Le msytère reste entier (mais la réponse est donnée dans l'épisode 4 et s'avère diablement jouissive). En l'absence de William, "l'Homme en Noir", elle dirige donc Delos et, à la surprise du conseil d'administration, parle déjà de rouvrir le parc en justifiant ce choix par le fait que ce ne sont pas des hommes qui ont tué le personnel de Westworld mais des robots. On appréciera l'ironie puisque Charlotte Hale est actuellement un robot. Bien qu'on ne la montre à aucun moment en contact avec Dolores, il est évident que cette Charlotte agit avec elle, à découvert puisque à l'insu de tous, insoupçonnable, et donc pour un projet d'envergure, en profitant des ressources considérables de Delos (même si la société a été impactée économiquement et médiatiquement par le massacre dans son parc).

Fidèle à ses fondamentaux, malgré une tonalité différente, un cadre inédit, des enjeux encore nébuleux mais ambitieux, la série se déploie dans ce troisième acte à un rythme très soutenu, avec une part belle à l'action. On suit Dolores en se questionnant sur son objectif, mais on apprécie aussi la disposition des pièces de cet échiquier. C'est passionnant, comme si la série se "rebootait", redémarrait.

La production est somptueuse et on mesure la qualité HBO, sans commune mesure avec les autres médias. A côté, les séries originales Netflix font pâle figure (seule The OA tenait la comparaison et la plateforme a annulé ce show de manière brutale et inexpliquée). Tout ici témoigne d'une exigence folle, le spectateur n'est pas pris pour un demeuré mais en prend plein les mirettes. Les effets spéciaux sont superbes et les décors naturels (le tournage a eu lieu à Singapour mais aussi à Valence, l'architecture des deux villes créé un futur - on est en 2058 - fascinant et crédible, jusqu'au vertige). La réalisation, je le répète, est extraordinaire (voir la séquence finale avec Dolores qui règle leur compte aux sbires de Connels).

Et puis, bien entendu, il y a la classe inégalable du casting. Même si la série a perdu, en sacrifiant massivement des personnages, plusieurs de ses vedettes, il y a encore du beau monde. Et d'abord il y a Evan Rachel Wood : l'actrice est renversante une fois de plus, glaçante en tueuse, glamour en séductrice, implacable en complotiste. Il faudrait un Emmy pour saluer sa composition (et ce, depuis le début).

Nouveau dans la série, Aaron Paul (plébiscité pour son rôle dans Breaking Bad) y fait une entrée en force. Fragile, tendu, il électrise chacune de ses apparitions dans la peau de cet soldat abîmé par la vie, écrasé par ses conditions de vie. Son tandem avec Wood, qui est une attraction attendue de cette saison, promet énormément.

Enfin, Jeffrey Wright et Tessa Thompson complètent le tableau. Le premier en impose sans forcer dans la peau de Bernard, opaque à souhait mais impressionnant quand il se déchaîne. Quant à la seconde, les producteurs semblent avoir compris qu'il avait avec elle une comédienne promise aux sommets au cinéma et à laquelle il fallait impérativement donner plus de biscuit. Elle instille un trouble épatant en jouant une copie de son personnage initial.

Certains regrettent le cadre western et décrocheront sûrement, par paresse ou nostalgie, avec cette nouvelle saison. Pourtant, je vous le dis, ce serait une erreur car Westworld revient fort, très fort, se réinvente tout en se prolongeant. C'est bluffant.

samedi 4 avril 2020

BIRDS OF PREY ET LA FANTABULEUSE HISTOIRE DE HARLEY QUINN, de Cathy Yan


C'était juste avant le confinement général, presque dans une autre vie : Birds of Prey et la Fantabuleuse Histoire de Harley Quinn sortait en salles. C'est un vrai ovni que le film réalisé par Cathy Yan, à la fois spin-off de Suicide Squad (David Ayer, 2016), hybride inspiré par le cinéma de Tarantino et Guy Ritchie, manifeste féministe, drôle de film de super-héros. Armé d'un casting bigarré, malgré quelques gros défauts, cette curiosité est souvent jubilatoire.

Dinah Lance/Black Canary et Harley Quinn (Jurnee Smollett Bell et Margot Robbie)

Abandonnée par le Joker, Harley Quinn est désormais livrée à elle-même dans les rues de Gotham. Entre chagrin et volonté de s'émanciper, elle créé un esclandre au club tenu par Roman Sionis alias Black Mask lorsqu'elle refuse sa protection. Une fois dehors, au petit matin, elle échappe à une tentative d'enlèvement par des malfrats qu'elle humilia jadis grâce à l'intervention musclée de Dinah Lance alias Black Canaary. Sionis, témoin de la scène, charge son lieutenant, Victor Zsasz, d'offrir à Dinah un poste de chauffeur particulier.

Huntress et Renee Montoya (Mary Elizabeth Winstead et Rosie Perez)

La nuit suivante, Harley fait exploser l'usine de Ace Chemicals, où elle lia son destin à celui du Joker. Au même moment, non loin de là, la détective du GCPD Renee Montoya enquête sur une nouvelle exécution commise par le tueur à l'arbalète lorsque la déflagration l'entraîne dehors. Elle y trouve le collier de Harley et en déduit qu'ellle est responsable de la destruction de l'usine voisine.

Harley Quinn, Victor Zsasz et Roman Sionis (Margot Robbie, Chris Messina et Ewan McGregor)

Sionis envoie Dinah et Zsasz récupérer le diamant Bertinelli, dans lequel serait gravé un code permettant d'accéder à leur fortune. Mais la jeune pickpocket Cassandra Cain subtilise le caillou à Zsasz juste avant d'être arrêtée par la police. Montoya appréhende Harley - mais doit la relâcher sous la pression de son supérieur qui ne veut pas risquer d'attirer l'attention du Joker. A peine libérée, Harley est capturée par les sbires de Sionis, qui n'a pas apprécié qu'elle le repousse.

Helena Bertinelli/Huntress (Mary Elizabeth Winstead)

En échange de la vie sauve, Harley, qui l'a entendu évoquer le diamant Bertinelli avec Zsasz, propose à Sionis de le lui retrouver. Elle attaque le commissariat où a été conduite Cassandra et l'aide à s'en échapper. Elle l'emmène ensuite chez elle, dans l'appartement qu'elle occupe au-dessus du restaurant de Doc. Ce dernier sait tout ce qui se passe dans le milieu et il est abordé par Helena Bertinelli alias le tueur à l'arbalète alias Huntress qui traque les assassins de ses parents - et apprend ainsi qu'ils étaient à la solde de Sionis.

Huntress, Harley Quinn, Renee Montoya, Cassandra Cain et Dinah Lance
(Mary Elizabeth Winstead, Margot Robbie, Rosie Perez
Ella Jay Blasco et Jurnee Smollett Bell)

Délogées par des ennemis du Joker, Harley et Cassandra sont obligées de fuir. Pour se protéger d'eux, Harley appelle Sionis et accepte de lui livrer Cassandra. Ils conviennent de se rencontrer dans un parc d'attractions désaffecté. Dinah prévient Montoya du danger que court Cassandra, sans se méfier de Zsasz qui l'entend au téléphone et prévient Sionis - que Huntress suit désormais en attendant de pouvoir l'éliminer. Tout ce beau monde se retrouve au point de rendez-vous, assiégé par Sionis et son armée. Harley convainc Montoya, Dinah, et Huntress (qui a tué Zsasz) de s'allier. Une bataille épique s'ensuit au terme de laquelle Sionis elève Cassandra avant d'être exécuté par cette dernière et Harley.

Cassandra Cain et Harley Quinn (Ella Jay Blasco et Margot Robbie)

Montoya démissionne du GCPD et forme avec Dinah (qui reprend le pseudo de Black Canary porté par sa défunte mère justicière) et Huntress pour combattre le crime organisé. Harley et Cassandra quittent Gotham avec l'argent que leur a rapporté la vente du diamant Bertinelli à un prêteur sur gages.

Plus encore que le film de Cathy Yan, Birds of Prey... est celui de son actrice-vedette Margot Robbie qui souhaitait donner au personnage de Harley Quinn son propre long métrage depuis Suicide Squad de David Ayer en 2006. Il fallait de la conviction et de détermination pour croire à ce spin-off après les critiques désastreuses du précédent opus et son mauvais score au box office.

De fait, la conception a été longue et chaotique pour aboutir moins à un film sur Harley Quinn qu'à un team-movie assez curieux, voulue comme une sorte de manifeste féministe post #metoo et une alternative farfelue aux films de super-héros.

Pour cela, la scénariste Christine Hodson a pris des libertés, parfois discutables du point de vue de la continuité, mais on n'est plus vraiment à ça près quand il s'agit de parler du DCCU (DC Cinematic Universe) où la notion d'univers partagé a volé en éclats depuis le désastre Justice League. Désormais Warner met en chantier des longs métrages sans lien les uns avec les autres, avec des styles très divers comme Joker, Shazam, Aquaman, Suicide Squad 2 (qui promet d'ignorer le premier), etc. L'antithèse du MCU donc.

Pourquoi alors être allé voir Birds of Prey... après avoir zappé Shazam, Aquaman ou Joker ? En bonne partie, une fois n'est pas coutume, sur la foi de la bande annonce et d'un passage en particulier où, lors d'une fusillade, on voyait Harley Quinn se planquer derrière un tas de sac qui contenait de la coke. La poudre respirée alors la motivait pour contre-attaquer et dégommer ses ennemis. Si tout le reste était à l'avenant, ça promettait. Et puis, un chouette casting aussi.

Le résultat n'est pas aussi dingue que promis mais tout de même assez surprenant et jubilatoire, malgré des maladresses. Le script et la réalisation usent et abusent même pendant le premier tiers du film d'artifices un peu lassants, avec des allers-retours présent-passé, pour présenter ses protagonistes et justifier leur présence dans un périmètre réduit. Il faut néanmoins en passer par là pour introduire une justicière comme Huntress dont l'histoire familiale est la base de l'intrigue et qui n'est guère connu du grand public (y compris chez les fans de comics). Il s'agit aussi de situer la flic dur à cuire qu'est Renee Montoya (au risque d'en faire une vraie caricature, mais assumée comme telle par les auteurs), de totalement modifier Cassandra Cain (une tueuse implacable dans les comics, une pickpocket dans le film) ou de résumer Dinah Lance (jouée par une actrice noire, alors que c'est une blonde blanche dans les comics).

Paradoxalement, c'est dans cette mosaïque de personnages que le film gagne une identité accrochesue plutôt que de rester focalisé sur Harley Quinn. Le récit échoue assez remarquablement à traduire la folie de l'ex-fiancée du Joker et en tirer des effets comiques convaincants. En fin de compte, elle apparaît plutôt comme une foldingue pathétique pendant les deux tiers de l'histoire et quand elle doit rebondir pour sauver sa peau, elle le fait en admettant commettre un acte lâche (livrer Cassandra à Sionis). Etrange façon de rendre le personnage sympathique - et de fait, on aura plus de faciliter à se lier à Dinah ou même à Huntress.

La mise en scène est aussi déroutante. Cathy Yan cite, jusqu'à l'excès, Tarantino (jusqu'à la fin où le combat des "Oiseaux de Proie" renvoie à celui des filles de Boulevard de la Mort) et Guy Ritchie (avec une surabondance de plans, un montage effrénée, des ralentis, tout une collection d'effets tape-à-l'oeil). On a l'impression d'un film rempli à ras-bord de références stylistiques, une sorte de collage dans lequel la contribution réelle de la réalisatrice est difficile à cerner. Pourtant il semble qu'elle ait bénéficié d'une grande liberté (grâce à sa complicité avec son actrice-vedette qui est aussi co-productrice). Ce n'est pas déplaisant mais impersonnel.

Toutefois, cet aspect baroque, bancal, joue en faveur de l'ensemble car on finit par ne plus savoir à quoi s'attendre. Et quand, dans le dernier tiers, tout s'assemble, converge, on est agréablement surpris. La manière dont le scénario réussit à réunir bons et méchants dans un lieu unique pour une explication épique, mise en scène avec brio, et avec, pour le coup, un humour réjouissant, est même formidable.

Cela, le film le doit beaucoup à ses acteurs, et surtout ses actrices. Margot Robbie reprend donc son rôle de Harley Quinn et livre une composition outrancière à souhait : cela ne répond pas à la question de son talent réel (que je trouve surestimé, bien que les critiques montent la comédienne en épingle depuis son passage, pourtant insignifiant, chez Tarantino), mais indéniablement elle investit le personnage et le défend avec énergie. le choix de Rosie Perez pour jouer Renee Montoya m'a également surpris car la comédienne est trop âgée et moins séduisante que son modèle, le script lui réservant un traitement par ailleurs trop caricatural. La jeune Ella Jay Blasco a aussi du mal à exister au milieu de ce cirque (alors que, c'est embêtant, elle est le trait d'union entre une majorité de personnages).

En revanche, il y a de superbes surprises. Par exemple, le tandem formé par Ewan McGregor et Chris Messina, avec un sous-texte homo savoureux, est fameux, voilà des méchants à la fois grotesques et sinistres. Jurnee Smollett Bell incarne Dinah Lance avec sobriété et efficacité, une espèce de rage rentrée et malgré tout très sexy détonante.

Pourtant, la grande gagnante de l'affaire, c'est Mary Elizabeth Winstead, dont l'interprétation a fait l'unanimité auprès des fans. Actice honteusement sous-côtée, elle joue Huntress avec beaucoup d'auto-dérision et fait de cette justicière une irrésisitible névrosée, qui ne contrôle pas du tout ses accès de colère et entretient des relations avec ses alliées de circonstances constamment décalées. Si Warner-DC est inspiré, alors il faudrait lui consacrer son propre long métrage.

Birds of Prey and the Fantabulous Emancipation of One Harley Quinn est un objet foutraque, mal foutu, mais finalement attachant. Sa bizarrerie est son meilleur atout, avec le numéro de quelques-uns de ses acteurs, l'habileté insoupçonnée de son script. Fouillis donc, mais aussi diablement rafraîchissant et tonique.  


vendredi 3 avril 2020

SABRINA THE TEENAGE WITCH : SOMETHING WICKED #1, de Kelly Thompson et Veronica Fish


En ces heures sombres, c'est un vrai bonheur que Archie Comics ait maintenu la sortie de la deuxième mini-série Sabrina The Teenage Witch, sous titrée Something Wicked. Kelly Thompson et Veronica Fish (et son mari Andy aux couleurs) sont toujours aux commandes et l'histoire reprend là où la précédente se concluait. Et le moins qu'on puisse dire est que la situation reste mouvementée à Greendale...


En sauvant ses tantes, Sabrina a vu son secret découvert par sa camarade de classe, Radka Ransom. Celle-ci est victime d'un sortilège, comme son frère Ren, et compte sur la jeune sorcière pour l'en débarrasser. Elle s'y emploie la nuit, sans grand succès.


Evidemment, cet emploi du temps a des conséquences sur sa scolarité. Epuiséee, elle dort en classe et ses notes plongent. Pour ne rien arranger, elle doit composer avec ses deux prétendants, Ren Ransom et Harvey Kinkle, à qui elle a promis de consacrer du temps pour choisir avec qui elle sortirait.


Autre souci pour Sabrina : sa meilleure amie, Jessa, qu'elle a négligée ces derniers temps à cause de ses aventures secrètes. Elle lui jure de rectifier cela en projetant une soirée entre filles. Mais bien sûr, Sabrina sait que, avant cela, elle doit règler le problème de Radka.


Elle se rend alors chez Della, la sorcière amie de ses tantes, qui l'initie aux subtilités de la magie. Elle lui offre un jeu de tarot, le "savoir-faire". Lorsque Sabrina en parle à Hilda et Zelda, cette dernière l'encourage à y jouer tandis que son autre tante, mauvaise perdante, modère son enthousiasme.


Sabrina se retire dans sa chambre avec son chat Salem et consulte un livre de sorts, à la recherche d'une solution pour Radka. Elle pense l'avoir trouvée mais en suivant l'énergie magique à l'origine du maléfice, elle découvre qu'il a été lancé par ses tantes...

J'avais beaucoup aimé le premier volume des aventures de Sabrina écrit par Kelly Thompson et publié l'an dernier. La scénariste, révélée chez Marvel, s'y montrait bien plus à son avantage qu'avec les super-héros, sans doute parce qu'elle bénéficiait de plus de liberté après plusieurs échecs commerciaux.

Cette réussite appelait une suite que Archie Comics n'a pas tardé à annoncer, avec la même équipe artistique. Pour Thompson, c'était un vrai challenge de conserver la fraîcheur du projet tout en le développant, en le menant dans de nouvelles directions. Surtout que, en parallèle, la série de Netflix avec la jeune sorcière (Les Nouvelles Aventures de Sabrina) cartonnait de saison en saison.

Le plaisir qu'on prend à lire ce premier épisode (sur cinq) de Something Wicked (sous titre de cette nouvelle mini-série) est d'autant plus grand que le contexte actuel donne envie de se changer les idées avec une histoire légère (sans être superficielle). On se rappelera sans doute plus tard qu'au temps du Covid-19, Sabrina Spellman nous aida à ne pas sombrer dans la morosité du confinement obligatoire.

D'entrée, Thompson cueille le lecteur avec une scène sinistre où une jeune femme meurt dans des circonstances horribles. Pourtant la scénariste ne revient pas sur cet événement dans les pages suivantes, sans doute pour ménager son effet et s'en servir comme d'un hameçon. Il faut dire qu'elle a fort à faire pour résumer la situation compliquée que traverse son héroïne.

En effet, le secret de Sabrina est éventée : sa camarade de classe, la chipie Radka Ransom, sait qu'elle est une sorcière et l'oblige à l'aider sinon elle révélera tout. Radka, victime d'une malédiction comme on l'a vu dans la première mini-série, compte sur Sabrina pour la guérir. Mais comment débarrasser quelqu'un d'un mauvais sort dont elle ignore tout ?

C'est le fil rouge de l'épisode qui voit Sabrina jongler entre cette mission et sa vie normale : elle est courtisée par deux garçons très différents, elle doit suivre ses cours et remonter ses notes, lutter contre le sommeil (ses séances de désenvoûtement avec Radka occupent leurs nuits), et se rabibocher avec sa meilleure amie, Jessa, qu'elle a négligée.

Seul réconfort dans tout ça : Della, la sorcière qu'elle a aidée pour sauver ses tantes dans la précédente mini-série. Celle-ci semble animée des meilleurs intentions, pourtant Thompson l'écrit avec suffisamment de subtilité pour suggérer au lecteur qu'il faut peut-être sans méfier. Et le twist final apporte une surprise vraiment accrocheuse qui relie les tantes Hilda et Zelda à la condition de Radka. C'est finement amené, très bien rythmé, construit avec habileté : Kelly Thompson est vraiment plus à l'aise ici que dans ses productions Marvel récentes (on verra si elle est aussi inspirée avec sa reprise de Black Widow, qu'on aurait dû découvrir ce Mercredi 1er Avril et dont la sortie a été repoussée à une date inconnue).

Visuellement, la première mini-série avait été un ravissement de chaque instant. Je ne connaissais pas le travail des époux Fish et j'étais tombé sous le charme du trait expressif de Veronica et des couleurs lumineuses d'Andy. Avec le tournant un plus sombre voulu par Thompson, la magie allait-elle encore fonctionner ?

Pas de suspense, la réponse est positive. Ce qui séduit dans ce graphisme, c'est qu'il correspond à la fois à une tradition esthétique de l'éditeur et à une vraie modernité. Le style de Veronica Fish est semi-réaliste, parce qu'elle n'hésite pas à souligner quelques effets pour intensifer la scène, les émotions, tout en restant sobre sur les designs, les lignes, et précises dans les décors, les ambiances.

Bien dessiner les adolescents est une gageure car le risque de la caricature est permanent, surtout dans le registre comique. A la croisée des genres (comédie romantique et fantastique), Sabrina the teenage witch ressemble à une sorte de test constant pour l'artiste qui en assume le dessin. Mais Veronica Fish dose parfaitement son trait et évite tous les écueils avec une sorte de grâce.

Tout cela est soutenu par une colorisation superbe. Andy Fish accomplit un travail remarquable, très nuancé, tout en privilégiant la simplicité. Il rend ainsi la série agréable au regard tout en l'entraînant vers une atmosphère un plus chargée parfois (la scène d'ouverture en témoigne). Surtout la complicité naturelle qu'il entretient avec sa femme l'autorise à accompagner le dessin en jouant avec (atténuant, voire estompant l'encrage, sans dénaturer l'ensemble).

Evidemment, les choses étant ce qu'elles sont, nul ne sait quand le deuxième épisode sortira. Archie Comics maintiendra-t-il une périodicité régulière ? Ou l'éditeur va-t-il, comme les autres acteurs du milieu, s'adapter à la crise en différant ses publications ? Il faudra donc être attentif au calendrier, en souhaitant que le virus soit rapidement vaincu. On appréciera volontiers un petit sort favorable de la charmante petite sorcière pour corriger tout cela...

Variant cover de Sweeney Boo
Variant cover de Cameron Stewart
Variant cover de Marguerite Sauvage

jeudi 2 avril 2020

S'EN SORTIR SANS SORTIR


J'emprunte cette formule en vogue actuellement pour vous donner des nouvelles du blog.

Comme vous le savez peut-être, la diffusion des comics est fortement impactée par la crise sanitaire actuelle et les éditeurs ont renoncé, dans leur grande majorité, à sortir leurs séries ce Mercredi 1er Avril.

DC Comics a annoncé que les titres prévus à cette date étaient reportés au 29 Avril (sauf si la situation n'évolue pas positivement). Marvel attend de voir la tournure des événements. Dark Horse ou Image idem.

Cela, évidemment, a des conséquences sur le contenu de ce blog. Par exemple, cette semaine, je ne critiquerai dans les nouveautés que Sabrina the teenage Witch : Something Wicked #1, de Kelly Thompson et Veronica Fish puisque Archie Comics l'a quand même sorti comme prévu. 

J'ignore comment vont se passer les prochaines semaines car Diamond Comics, le principal distributeur de comics aux Etats-Unis, a décidé de ne plus fournir les comics-shops jusqu'à nouvel ordre. Mais ComicsHub a proposé une alternative, donc je verrais comme vous comment les éditeurs vont y réagir et si cela débloque cette situation.

Bien entendu, penser à cela en ces temps troublés, où l'épidémie fait des ravages, est dérisoire. Néanmoins lire est un moyen de s'évader, de penser à autre chose, et permet de passer le temps en étant moins soucieux du présent et du futur. Je crois donc qu'il reste important de ne pas perdre ce plaisir. Et de continuer à le partager.

J'essaierai en tout cas d'alimenter ce blog avec des critiques malgré les circonstances. J'ai une pile de lectures en retard, ce sera l'occasion de la consommer et de la commenter. J'ai aussi en tête des entrées concernant des films. De quoi ne pas perdre le contact avec vous.

Quoi qu'il en soit, restez chez vous, prenez soin de vous.

A bientôt.

RDB.