lundi 22 septembre 2014

Critique 510 : SPIROU N° 3988 (17 Septembre 2014)


La couverture annonce le retour des Campbell, la série de pirates de Munuera : c'est une bonne nouvelle.

Attardons-nous un peu sur ce sommaire et ce qu'il propose de bon.

J'ai aimé :

- Spirou et Fantasio : Le Groom de Sniper Alley 3. Spirou échappe de façon peu orthodoxe à un sniper en retrouvant une connaissance de son aventure sur la lune (voir La Face cachée du Z, tome 52). Puis avec Fantasio, il est reçu à l'ambassade où ils rencontrent Victor Véritas, un communicant, et Omar Jalil, à qui ils promettent de tenir une séance de dédicaces en pleine ville. L'homme est susceptible de les renseigner sur le fameux trésor d'Alexandrie...
Cette nouvelle aventure tient décidément ses promesses : Vehlmann a réussi un dosage parfait entre humour (la scène du sniper avec un hommage au "moonwalk" de Michael Jackson et la réapparition de l'hilarant Poppy Bronco) et action (et la quête du trésor en point de mire). Le scénariste glisse même quelques répliques inspirées sur les pays du Moyen-Orient libérés de leurs dictateurs mais plongés depuis dans des guerres civiles.
Yoann, lui, produit des planches très toniques (les meilleurs depuis son arrivée sur le titre), bien servis par les couleurs de Laurence Croix, avec un superbe travail sur les décors, échappant aux clichés.

- Ernest et Rebecca : La Boîte à blagues 6/7. Rebecca se fait gronder par son père après l'escapade de Pépé Bestiole, mais Ernest va tenter de sauver ce dernier en affrontant les virus qui l'accablent. De son côté, Coralie tente de faire face à la déconvenue subie face à Eric...
Bianco et Dalena n'esquivent pas la gravité des situations traversées par leur héroïne et cet avant-dernier épisode illustre parfaitement leur maîtrise : c'est subtil et merveilleusement mis en images. Du coup, on espère vraiment que Pépé Bestiole va s'en tirer et que Coralie et Eric vont se réconcilier.

- Katz. Le minou déjanté de Del et Ian Dairin revient faire des siennes. Le premier gag n'est pas très bon, mais le second offre une chute amusante.

- Mélusine. Clarke se contente de quatre cases (et autant de bandes) pour un gag très léger, mais je reste indulgent parce que je n'arrive pas à me fâcher avec cette série.

- Les Campbell : Sous le masque de Morgan 1/2. Campbell et ses deux filles, Itaca et Genova, vont faire quelques emplettes. La librairie du coin va servir de carrefour aux retrouvailles avec l'adolescente Itaca et Luca le blond, son ex-fiancé, tandis que Campbell retrouve le turc, toujours prêt à lui proposer un mauvais coup...
José-Luis Munuera propose un récit en deux parties de sa série (suite et fin au prochain n°) sur une famille de pirates, que j'avais découverte dans le Méga Spirou de Juillet (un best-of de la revue, épais mais à petit prix). Ces 7 pages ne permettent pas de se faire un avis tranché sur le résultat, mais c'est accrocheur.
Surtout, les dessins de Munuera (qui dessina Spirou et Fantasio avant Yoann, durant le bref run de Morvan) sont un régal : l'artiste, qui vient de l'animation, est à son avantage dans cet univers.

- Minions. Un gag en une page de Didier Ah-Koon et Renaud Collin, très marrant : c'est pas tout de vouloir se relaxer, mais je ne vous en dis pas plus pour ne pas vous gâcher le plaisir de la chute.

- Rob. James et Boris Mirroir livrent encore deux fois deux strips réjouissants : une réflexion bien sentie sur l'art de glander la conscience tranquille, et une autre sur la mocheté des vêtements de sport.

- Imbattable. Pascal Jousselin met en scène son super-héros qui doit former un apprenti aux pouvoirs étonnants. L'inventivité du découpage et la malice de l'écriture font de ce titre un constant enchantement.

- L'Atelier Mastodonte. Bianco, dans un tout autre registre qu'Ernest et Rebecca, prend une bonne leçon pour avoir été sarcastique. Puis Pascal Jousselin se fait mener par le bout du nez par la fille de son collègue Alfred. Toujours aussi jubilatoire.

- Tash et Trash. Un gag absurde mais encore une fois réjouissant. / Capitaine Anchois. Une pique bien sentie contre Twitter.

- Dad. Les filles à Papa ont l'art et la manière de lui faire passer certains messages. Et Nob a le génie pour produire un nouveau gag tordant, toujours aussi superbement mis en images. (voir ci-dessous :)  

En Direct de la Rédak offre une interview de Munuera et la réponse très drôle de Nob à une lectrice.
Les Aventures d'un Journal nous ramène en 1954, à une époque où Dupuis commandait à ses auteurs de faire eux-même leur promo, ce qui fournit à Jijé l'opportunité d'un gag savoureux.

La semaine prochaine, la mythique série Soda revient (alors que son héros était mort...) et pour les abonnés, la quatrième et dernière partie du poster Zombillenium.

jeudi 18 septembre 2014

Critique 509 : PAGE NOIRE, de Frank Giroud, Denis Lapière et Ralph Meyer


PAGE NOIRE est un récit complet, écrit par Frank Giroud et Denis Lapière et dessiné par Ralph Meyer, publié en 2010 par Futuropolis.
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Après avoir quitté la ferme de son père au Texas, dont elle refusait de s'occuper, Kerry Stevens, une jeune femme, est devenue critique littéraire au magazine "Tales and Writers" à New York. Son ambition est de rencontrer l'écrivain Carson McNeal, un auteur de best-sellers dont le style l'impressionne mais qui vit retiré du monde.
En rusant, Kerry a accès à une adresse où sont envoyés ses relevés de droits d'auteur depuis le siège de sa maison d'édition. Elle se rend ainsi dans un patelin, Blue Falls et approche un certain Lewis Shiffer, qui reçoit le courrier de McNeal et qui est peut-être le romancier lui-même. Elle réussit à se rapprocher de lui jusqu'à ce qu'ils deviennent amants et lui accorde une interview exclusive. Kerry découvre ainsi le dernier manuscrit sur lequel il travaille, "Le Diable et la Poupée", l'histoire d'une jeune palestinienne amnésique suite à un traumatisme durant son enfance, en pleine guerre...  
Or, cette histoire, c'est exactement celle de Afia Maadour, une ancienne toxicomane et prostituée, qui vient de sortir de prison, et qui cherche à se rappeler son passé pour se venger d'un soldat qui a tué toute sa famille...
 
Ce one-shot d'une centaine de pages est un objet curieux dans sa réalisation et sa présentation. Il a été écrit par deux auteurs vedettes, d'un côté Frank Giroud (les sagas Le Décalogue et Quintett) et de l'autre Denis Lapière (le récit complet Un peu de fumée bleue... , le dyptique La dernière des salles obscures, la série Clara), qui se sont véritablement partagés le travail tout en veillant à livrer une histoire cohérente.

Concrètement cela signifie que Giroud s'est occupé de toutes les scènes mettant en scène Kerry Stevens tandis que Lapière s'est chargé de celles avec Afia Maadour. L'expérience narrative est en soi une gageure, mais le projet est doté de grandes ambitions dramatiques à travers les thèmes qu'il brasse.

Le genre du récit est trouble : on peut l'assimiler à un polar puisque les deux héroïnes enquêtent chacune de leur côté - Kerry pour retrouver McNeal, Afia pour localiser son bourreau - , mais des éléments familiers de la série noire sont absents (pas de policiers, à peine un détective). En vérité, puisque le sujet traite aussi de littérature, du rapport entre le réel et la fiction, et n'hésite pas à citer plusieurs auteurs ayant vraiment existé (comme Robert Louis Stevenson, Ernest Hemingway et surtout John Steinbeck), on peut aussi penser à la "série blême", cette variation de la série noire où s'illustra William Irish avec des romans et nouvelles dont les personnages principaux étaient souvent des femmes aux prises avec des situations extraordinaires les révélant à elles-mêmes. 

Pourtant, cette belle mécanique, bien huilée et efficace, donne le sentiment d'une bande dessinée en deçà de son vrai potentiel : avec des protagonistes pareils, une intrigue aussi ciselée, des notions aussi puissantes que la vengeance/le pardon/la culpabilité/la quête de vérité, on pouvait espérer mieux que ce résultat qui manque un peu de nerf, d'intensité, d'ambiguïté. 

C'est que Giroud comme Lapière n'ont pas su ménager suffisamment leur suspense : on devine trop vite la relation entre le trio de héros, en particulier on se doute rapidement que les pages consacrées à Afia ne sont pas un dispositif suggérant une histoire dans l'histoire. Cela pourrait encore passer si, au moment inéluctable où les trames se rencontrent, cela aboutissait à un effet renversant, éclairant d'un jour nouveau la personnalité de Carson McNeal et désorientant le lecteur, mais ce n'est pas le cas car, là encore, on se doute depuis un bon moment que le mystérieux écrivain ne se cache pas pour une raison artistique et noble.

Le concept même de Page Noire se mord la queue en voulant à la fois produire un récit palpitant et une mise en abyme troublante. C'est "juste" une bonne histoire, mais ce n'est jamais une histoire suffisamment surprenante pour que le lecteur ressente des émotions aussi intenses que ses héroïnes.
Ce qui est rageant, c'est qu'il est fort possible que, seul aux commandes, Frank Giroud en aurait tiré un divertissement tortueux et habile, ou que Denis Lapière en aurait fait un album émouvant et subtil, mais le style des deux ne produit pas l'étincelle attendue, comme si leurs talents conjugués se neutralisaient.

Visuellement, Page Noire bénéficie d'un grand dessinateur en la personne de Ralph Meyer, qui, pour adapter originalement le projet, a adopté une technique audacieuse. 
Il a ainsi dessiné, selon le contexte, différemment : pour le parcours de Kerry, un graphisme au trait classique, avec une mise en couleurs de Caroline Delabie (qui aurait mérité d'avoir son nom sur la couverture) en à-plats de bleus et verts ; pour celui d'Afia un traitement en couleurs directes par Meyer lui-même dans des lavis à dominantes brunes et rouges. 
Meyer est un des innombrables artistes influencés par Jean "Moebius" Giraud, mais son talent lui a permis de digérer cela pour produire un dessin réaliste, expressif, aux détails bien dosés. Lorsqu'il passe en couleurs directes, son sens du volume est parfois un peu englouti par un manque de nuances, mais le rendu n'en demeure pas moins beau, avec des ambiances évoquant justement la confusion du personnage concerné.
 
Vous l'aurez compris : ce n'est pas une totale réussite. La lecture est agréable, la production efficace. C'est toujours frustrant de lire une BD et, une fois finie, de constater qu'elle n'a pas exprimé tout son potentiel, malgré une équipe artistique prestigieuse.
 

mercredi 17 septembre 2014

Critique 508 : JOHAN ET PIRLOUIT, TOME 10 - LA GUERRE DES 7 FONTAINES, de Peyo


JOHAN ET PIRLOUIT : LA GUERRE DES 7 FONTAINES est le 10ème tome (et la 17ème histoire) de la série, écrit et dessiné par Peyo, publié en 1961 par Dupuis.
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Egarés dans un territoire sec et hostile, Johan et Pirlouit, pour échapper à un orage, se réfugient dans un château abandonné. Mais des bruits suspects et le son de la cloche à minuit empêchent Pirlouit puis Johan de trouver le sommeil, et les deux amis partent à la recherche de l'importun.
C'est ainsi qu'ils vont rencontrer le fantôme de Sire Aldebert de Baufort, l'ancien seigneur de l'endroit, mort depuis cent ans, et responsable de l'état désolé de la région. En effet, après avoir croisé la vieille sorcière Sara, cet amateur de vin, dont le vignoble finit par ne plus produire qu'une infâme piquette, fut exaucé d'un voeu : transformer toutes les sources d'eau du pays en rivières de vin.
Tous ses sujets sombrèrent comme lui dans l'alcoolisme, et le domaine dans l'anarchie. Aldebert retourna voir Sara pour qu'elle rétablisse la situation mais elle refusa au prétexte qu'il n'avait droit qu'à un souhait. Il insista mais sa colère provoqua celle de la sorcière qui assécha alors toutes les courants. Le pays déclina et ses habitants en partirent.
A sa mort, les aïeux d'Aldebert lui refusèrent sa place au ciel et le condamnèrent à hanter son château jusqu'à ce que son descendant légitime lui succède sur le trône. 
Avec l'aide de la sorcière Rachel et des Schtroumpfs, Johan et Pirlouit entreprennent de rendre l'eau au pays tout en devant composer avec une douzaine de Baufort et Beaufort prétendant régner sur place. Le véritable héritier, Jean, devient alors l'homme à abattre et celui à protéger pour les deux héros...


Peyo commence la réalisation de ce 10ème tome dans les pages de Spirou en 1959, après la publication de La Flûte à Six Schtroumpfs. Comme son éditeur le lui permet désormais, il développe une longue histoire de plus de 60 pages, qui, avec le temps, sera reconnue comme un (sinon le) sommet de la série. C'était en tout cas le récit que préférait l'auteur.

Il est vrai qu'avec cette Guerre des 7 Fontaines, on trouve réunies toutes les qualités de Peyo et assemblés les éléments majeurs de son oeuvre : beaucoup d'action, un zeste d'humour, l'inspiration fantastique, un brin de poésie, un tempérament de fabuliste (avec une morale malicieuse sur les méfaits de la boisson et le bon usage du pouvoir).
Surtout, l'aventure est menée sur un rythme soutenu, ce qui permet aux nombreux évènements de se dérouler sans jamais ennuyer. Il y a trois actes distincts mais qui s'enchaînent avec fluidité : dans un premier temps, la rencontre entre les deux héros et le fantôme, la découverte de la situation ; dans un deuxième temps, l'arrivée des prétendants et la menace qui pèse sur l'héritier légitime ; puis dans un troisième et dernier temps, le retournement de situation avec l'alliance entre les deux héros et le descendant et leur bataille contre leurs adversaires. 
La limpidité de cette construction associée à la densité du récit assurent une lecture riche et divertissante, aux climats variés, aux coups de théâtre fréquents, avec de vrais morceaux de bravoure. Les personnages sont tous bien campés, et on peut même s'amuser du fait que l'histoire commence de manière similaire au tome 5 (Le Serment des Vikings, critique 507) - avec Johan et Pirlouit fuyant le mauvais temps et impliqués dans une intrigue à cause de cela - mais infiniment mieux développée. Même la figure du fantôme de Sire Aldebert est finement écrite, Peyo ne l'employant pas dans le but de susciter l'épouvante (ou alors de manière détournée, ironique) mais plutôt de la compassion pour ce pauvre damné.

Les dessins proposent sans doute ce que Peyo a accompli de plus impressionnant dans la série, notamment dans le dernier tiers de l'album : la séquence où Jean de Baufort, avec Johan et Pirlouit, et ses troupes prennent d'assaut le château et la lutte très disputée que se livrent les deux camps est éblouissante. 
Franquin avait longtemps regretté ne jamais avoir réussi à animer la foule dans Spirou et Fantasio, estimant ne jamais parvenir à un résultat à la fois assez clair, assez vif et assez impressionnant visuellement. Hé bien, ce tour de force, Peyo l'accomplit ici, en particulier pages 32, 41 et 57, avec des plans bluffants, au sein de planches incroyablement denses (toujours plus de dix cases !).
L'artiste réutilise un casting très fourni, avec tous les Baufort/Beaufort, mais aussi les Schtroumpfs, les sorcières Sara et Rachel (il ne manque guère que l'enchanteur Homnibus dans cette galerie magique).

Un album impressionnant, qui ne vole pas son titre de grand classique.

mardi 16 septembre 2014

Critique 507 : JOHAN ET PIRLOUIT, TOME 5 - LE SERMENT DES VIKINGS, de Peyo


JOHAN ET PIRLOUIT : LE SERMENT DES VIKINGS est le 5ème tome de la série, écrit et dessiné par Peyo, publié en 1957 par Dupuis.
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De retour d'une mission chez le baron de Troumanach, sur la côte, Johan et Pirlouit regagnent le château du bon Roi quand ils sont surpris par la pluie. Ils trouvent heureusement rapidement refuge chez une famille de pêcheurs non loin de la plage. 
Alors que Pirlouit distrait les trois enfants en leur racontant un conte, Johan remarque l'intelligence de l'aîné, Jacques, mais son père déplore de ne pouvoir encore le garder longtemps auprès de lui, en expliquant que le baron l'engagera certainement comme valet d'écurie. L'écuyer propose une alternative : l'emmener avec lui pour qu'il devienne page. Mais Johan se heurte au refus du père.
Le lendemain matin, un viking se présente à la porte de la maison et annonce à Johan qu'il vient chercher Jacques. Le garçon est enlevé sans que l'écuyer et Pirlouit puisse l'empêcher.
C'est alors qu'un second drakkar passe par là et embarque nos deux héros, l'équipage désirant comme eux libérer le garçon qui est au centre d'une lutte pour le trône du Snoeland...

Cela fait trois ans qu'il est publié dans les pages de Spirou quand Peyo se lance dans cette 5ème aventure de Johan et Pirlouit. Il est devenu une des vedettes de la revue et la série jouit d'une popularité grandissante auprès des lecteurs.

A ces titres, il participe au projet Risque-Tout, un nouveau journal de bande dessinée que lance les éditions Dupuis dès 1955 et dans laquelle il place plusieurs histoires courtes : Le Dragon vert (au n°2), Enguerran le preux (au n°9), Sortilège au Château (au n°22) et L'Auberge du Pendu (au n°25).
 
Mais le format long manque visiblement à Peyo et, dès le n° 920 de Spirou, fin 1955, il commence la publication du Serment des Vikings. La série n'a pas encore atteint des sommets artistiques, mais son auteur a acquis une vraie maîtrise de narrateur et c'est un artiste en constant progrès.
L'argument peut sembler assez banal avec son duo de héros embarqué dans une aventure qui les dépasse, dont ils ignorent les tenants et aboutissants : Johan croit bien faire en s'en mêlant mais entraîne un Pirlouit réticent dans l'affaire, avant de savoir le fin mot de l'histoire.

En examinant attentivement le découpage de cet album de 44 planches, on se rend néanmoins vite compte qu'il s'agit d'un récit très dense : on a droit à une moyenne de 11 à 12 plans par page, et il faut bien ça pour illustrer lisiblement la succession soutenue de rebondissements de cette longue course poursuite à bord de drakkars, à l'assaut d'un château, aux nombreux combats, aux retournements de situations multiples. En outre, le casting des seconds rôles est abondant et les patronymes des vikings, bons et méchants, offrent une note d'exotisme certain (on y croise des Olaf, Thor, Ingjald, Sveinn, Karle, Bodhvar, Mjolnir, Starkadh, Sigurd...).

Peyo fait feu de tout bois : visuellement, cette histoire réserve son lot de pages superbes, aux décors soignés, aux costumes évocateurs. Les scènes les plus spectaculaires, avec les flottes de drakkars, ou les batailles en mer ou dans le château  de Sigurd (dans lequel Johan et Pirlouit s'introduisent au moyen d'une ruse savoureuse), sont merveilleusement composées, sans pourtant requérir de grandes cases mais en utilisant au maximum l'espace de chaque cadre (une leçon que ferait bien d'étudier bon nombres d'artistes actuels...).

Il manque peut-être la pointe de poésie qui transformera les futurs albums en des récits de qualité encore supérieure, mais l'efficacité de l'action et les quelques notes de fantaisie suffisent à assurer une lecture très divertissante. 

dimanche 14 septembre 2014

Critique 506 : SPIROU N° 3987 (10 Septembre 2014)


La couverture de cette semaine met à l'honneur Nelson : pas très excitant... C'est aussi le retour de Détective et Cie. Et, pour les abonnés, la 2ème partie (sur 4) du poster Zombillenium par Arthur de Pins (qui s'annonce gigantesque à la vue des 2 premières pièces).
Epluchons un peu ce sommaire, et causons un peu de ce qui vaut le plus le détour.

J'ai aimé :

- Spirou et Fantasio : Le Groom de Sniper Alley 2. Fantasio trouve un stratagème pour entrer dans l'Aswana et bénéficier de la protection de la force militaire "Gros-Nez". Il faudra bien ça pour commencer leur périple qui est très vite très mouvementé...
Ces nouvelles pages sont jubilatoires, avec un humour pince-sans-rire (l'astuce pour rhabiller Spirou en groom est bien trouvée), de l'action (on est tout de suite dans le vif du sujet). Yoann est également très en forme : comme il le raconte dans l'interview en préambule, il s'est solidement documenté pour les uniformes, les véhicules, les armes, les décors.
On dirait bien que le duo d'auteurs a (enfin) trouvé le bon bout.

- Ernest et Rebecca : La Boîte à blagues 5/7. C'est parti pour l'évasion de Pépé Bestiole, organisée par les "tripotes" et la complicité de la postière Cassiopée. Pour cette échappée nocturne, Rebecca découvre des coins de la campagne où son grand-père a vécu de grands moments...
On approche tout doucement de la fin et déjà, j'ai un pincement au coeur car je fonds devant les aventures de cette gamine avec son grand-père. Guillaume Bianco sait parfaitement doser les moments drôles, loufoques, et les autres, plus émouvants, sans jamais tomber dans la mièvrerie. Les dessins de Dalena et les couleurs de Giumento ajoutent à l'enchantement.

- Mélusine. La chute (au sens propre et figuré) est efficace, comme toujours, mais cette fois, Clarke ose l'émotion avec cette page touchante où sa jolie fée se rappelle son amie disparue.

- Détective et Cie : Retour à la case pétard. Un privé cherche, et retrouve, une jeune femme disparue, retenue prisonnière par le malfaisant Ted Bormist. Reste que l'enquêteur a peut-être un peu enjolivé son récit lorsqu'il explique comment il a sauvé la demoiselle...
Ce récit court de Fardin est très drôle et mouvementée, et son dénouement est sarcastique à souhait. Les dessins de Baron Brumaire m'enthousiasment moins, mais ça ne suffit pas à gâcher le plaisir.

- Rob. James et Boris Mirroir continuent de s'amuser (et nous avec) sur la romance entre leur héros et la conseillère de l'agence pour l'emploi, sous l'oeil goguenard du robot. Ces strips sont efficaces et marrants, d'un humour subtil.

- Imbattable. Pascal Jousselin confronte son super-héros à un savant fou et tricote encore une fois un bijou narratif, au découpage diabolique. Mine de rien, c'est du grand art, très inventif.

- Pinpin Reporter. Mathieu Sapin prépare les repérages de son court métrage au Jardin des Plantes. Du comique de situation très bien vu, mais pas super bien dessiné hélas !

- L'Ateleir Mastodonte. Guillaume Bouzard revient à l'atelier après une longue absence : de quoi provoquer un joyeux quiproquo, que Alfred va amplifier. Absurde et très rigolo. Une valeur sûre de la revue.

- Tash et Trash. Trois cases très marrantes : c'est d'une efficacité redoutable. / Kahl et Pörth. 2 cases, encore plus concis mais aussi bien senti.

- Dad. Nob livre chaque semaine une planche magique : il transforme une situation banale en un gag qui tape dans le mille, le tout superbement dessiné et mis en couleur. Quel régal ! (voir ci-dessous)

En Direct de la Rédak ne propose rien de bien notable (une interview de Bertschy, le créateur de Nelson, le retour la semaine prochaine des Campbell de Munuera).
Les Aventures d'un Journal revient sur la chronique tenue de 2004 à 2008 par Martin Winckler (successeur du Fureteur de Jean Doisy, rebaptisé Dr Je sais tout).

Bon, après, comme toujours, y a des trucs pas folichons pour remplir le programme, et je me rends compte que, depuis que j'achète régulièrement l'hebdomadaire, c'est bien là que la bât blesse : un numéro, c'est 50 pages, dont, dans le meilleur des cas, deux tiers (dans le pire, la moitié) valent le coup et le reste n'est vraiment pas au même niveau (avec des titres repris sans inspiration ou des séries originales pas terribles).
On peut s'interroger sur ce qui pourrait remplacer ces séries moins bonnes, en donnant plus de place au rédactionnel, à de nouveaux auteurs (le principe de la page "Cartes blanches" plus développée, car on y trouve souvent de très bonnes choses), des interviews plus longues et qui ne donneraient pas que la parole à la série d'ouverture (parce que c'est intéressant d'apprendre comment les auteurs écrivent et dessinent).
Mais, bon, je ne râle pas trop parce que j'y trouve quand même mon compte (surtout en étant abonné) et que, jusqu'à présent, depuis fin Juillet que suis fidèle, le bilan a été quand même positif.