mercredi 25 juillet 2012

Critique 339 : STARMAN 3 - A WICKED INCLINATION... de James Robinson et Tony Harris, Chris Sprouse, Steve Yeowell, Guy Davis, JH Williams III, Gary Erskine


Starman 3 : A Wicked Inclination... rassemble les épisodes 17 et 19 à 27 de la série écrite par James Robinson, publiés en 1996-1997 par DC Comics. Les dessins sont signés par Tony Harris (#17, 19-26), Chris Sprouse ( pages 10, 12, 15, 15, 18, 20 du #24), Guy Davis (pages 10 à 20 du #22), Gary Erskine (pages 8-9, 12, 17-19 du #26) et JH Williams III (pages 8-9, 11, 15-16, 19 du #26), Steve Yeowell (#27).
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- #17 : Encounters. Dessiné par Tony Harris. Tandis que Jack Knight se remet de son affrontement avec the Mist et fait de nouveaux projets (comme acheter un nouveau local pour sa boutique), les O'Dare préparent avec the Shade un raid contre un repaire de Damon Merritt, qui veut récupérer son poster magique (ouvrant sur des dimensions parallèles). Mais l'opération tourne mal...

- #19 : Talking with David, '96. Dessiné par Tony Harris. Jack Knight retrouve son frère aîné David, mort prématurèment alors qu'il avait succédé à son père Ted comme Starman. Cette deuxième entrevue est plus apaisée entre les deux frères, qui font le point sur l'année écoulée dans un décor de film de pirates. Ce sera aussi l'occasion pour Jack de renouer, brièvement, avec un autre être cher de sa famille...

- #20-23 : Sand and Stars. Dessiné par Tony Harris et Guy Davis (pour le #22). Préoccupé par ce que lui a dit the Mist (comme quoi ils seraient tous deux les deux faces d'une même médaille), Jack Knight entreprend d'aller récupérer une médaille ayant appartenu au père de son ennemie. Cette relique serait en possession de Wesley Dodds, le mythique premier Sandman de la Société de Justice d'Amérique, aujourd'hui octogénaire. Mais à New York, les deux hommes vont devoir faire équipe pour éviter un attentat préparé par un malfrat ayant ursupé l'identité du patron d'une compagnie d'aviation...

- #24-26 : Hell and Back. Dessiné par Tony Harris, Chris Sprouse (#24), Gary Erskine et JH Williams III (pour le #26). Jack Knight est sollicité par la famille O'Dare, dont Clarence est devenu le contact de la mairie pour tout ce qui concerne les affaires surhumaines, pour les aider à récupérer Matt et the Shade, aspirés dans une dimension parallèle par le poster magique. Damon Merritt cherche par ailleurs toujours à récupérer son bien et nos héros vont essayer de profiter de la situation pour pièger le malfrat...

- #27 : Christmas Knight. Dessiné par Steve Yeowell. La nuit de Noël réunit les Knight, les O'Dare, Charity la diseuse de bonne aventure et Mikaal Tomas (le Starman alien à la peau bleue). Tout ce beau monde attend Jack qui rencontre un homme déguisé en père Noël et victime de voleurs...
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Pour ce troisième tome, James Robinson propose deux arcs encadrés par deux épisodes.
Le recueil s'ouvre par un one-shot (Encounters) qui est en vérité le prologue de la 2ème histoire (Hell and Back), dans lequel the Shade (dont un extrait du journal sert d'introduction au livre et permet de résumer les évènements antérieurs) et la famille de policiers irlandais, les O'Dare, s'unissent pour tenter de capturer l'occultiste malfaisant Damon Merritt. Mais leur opération dégénère, et cela servira d'argument au récit susmentionné.
Robinson a établi les liens entre ses protagonistes et s'en sert désormais pleinement comme d'un sorte de gang paranormal, uni pour préserver Opal City d'ennemis divers. Jack Knight occupe, dans cet épisode, un rôle plus en retrait mais entre ses projets professionnels et les prédictions cryptiques que lui communique Charity, le scénariste indique qu'il a des plans d'envergure pour le futur de la série.

On a ensuite droit à un intermède  (Talking with David, '96), mais c'était attendu : dès le premier tome, David Knight, qui a été abattu "en service", dans le costume de Starman, avait prévenu son frère cadet, Jack, qu'il se rencontrerait toutes les années pour faire le point. Leur premier entretien avait été houleux, dans un cimetière. Cette fois, c'est dans un cadre digne des films de pirates et de zombies que les deux frangins dressent un nouveau bilan.
Robinson emploie cette parenthèse avec habileté pour évoquer le statut de super-héros, protecteur d'une ville, mais aussi les rapports fraternels, la transmission d'un rôle, la relation des vivants avec la mort (la leur et celle de leurs proches). Pourtant il ne se contente pas d'aligner 20 pages de dialogue, si inspiré soit-il, il pimente cela avec une scène d'action spectaculaire, qui, elle, renvoie, à la cinéphilie de Jack Knight.
La chute offre un moment d'émotion qui tombe, hélas !, un peu à plat, les comics super-héroïques, même un peu décalés, s'accommodant mal de ce registre.

Le premier arc de ce recueil démarre ensuite vraiment : Sand and Stars compte quatre parties et s'appuie sur un élément survenu dans l'album Night and Day, lorsqu'à la fin de son affrontement contre Nash, la fille de the Mist, Jack a dû l'entendre énoncer une affirmation dérangeante - si elle existe et fait le mal, c'est pour justifier sa condition de héros, leurs destins et leurs actes sont donc liés.
Jack est littéralement hanté par cette hypothèse (il rêve de Nash, et incidemment a une vision de Sandman) et veut la démentir. Pour cela, il lui faut accomplir un acte symbolique, bienfaisant, envers le père désormais déchu de sa némésis. Il entreprend de récupérer une médaille qui lui fournit le prétexte pour se rendre à New York et rencontrer son idole, Wesley Doods.
Celui qui a été le Sandman de la Société de Justice d'Amérique, compagnon d'armes du premier Starman, est maintenant un octogénaire retiré avec sa femme, l'écrivain Dian Belmont (autre figure vénérée par Jack). Peu après, la vie de Dodds est menacée par un mystérieux tueur masqué et avec Jack, il mène l'enquête, ce qui va les conduire à déjouer un attentat fomenté par un usurpateur.  
En entraînant le vieux Sandman dans sa mission, Jack va s'offrir quelques frissons (avec en point d'orgue une bataille dans les airs contre un dirigeable) mais surtout réveiller l'esprit de l'aventure du frère d'armes de son père. Wesley Dodds résumera cela très bien, après s'être remémoré une ancienne mission partagée avec Ted Knight/Starman : "qu'importe si cela me coûte la vie, au moins je mourrai content". C'est l'intensité de l'existence qui permet d'estimer sa qualité, pas le nombre d'années vécues.
Même si le récit est un peu confus et d'un rythme inégal, Robinson est encore une fois très malin pour brasser quelques thèmes qui lui sont chers via le prisme des super-héros : le temps qui passe, le respect des aînés, le plaisir procuré par le danger, les générations de justiciers, la persistance du mal à vaincre (qu'il s'agisse de la vieillesse, de la peur, ou des terroristes).

L'arc suivant, en trois parties, Hell and Back, offre à la fois une conclusion à Sand and Stars (avec une visite surréaliste entre Jack et the Mist, devenu sénile) et le retour à l'intrigue entamé dans le premier épisode du recueil (Encounters). Les O'Dare demandent à Jack de les aider à la fois à piéger Damon Merritt qui veut récupérer son poster magique et à récupérer the Shade et Matt O'Dare, passés de "l'autre côté" de l'image.
Tout d'abord, avant la bataille décisive, chacun des O'Dare se promet, en silence, de changer un peu ses priorités existentielles s'il survit - et cela aura des conséquences rapides dans l'épisode #27.
Puis, durant le combat contre Merritt et ses sbires, Jack traverse à son tour le portail dimensionnel du poster et atterrit... En enfer (littéralement). Retrouvant the Shade et Matt O'Dare, il est mis à l'épreuve par le démon avec lequel a pactisé Merritt. L'héroïsme de Jack, la corruption de Matt, la position de the Shade sont franchement bousculés et leurs liens renforcés.
Robinson signe là son meilleur récit du recueil : il y manie les rebondissements, joue avec le rythme, creuse la caractérisation de ses personnages, et rebat les cartes, tout en aboutissant à une chute malicieuse. De la belle ouvrage.

Enfin, Christmas Knight (jeu de mots !) est un joli conte Noël, anecdotique mais qui confirme que la notion de temporalité est très présente dans la série, comme si chaque aventure se déroulait en temps réel, au rythme des saisons et des années (l'autre indicateur de cette notion tient bien entendu dans les entretiens entre Jack et David). 
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Jack Knight, par Tony Harris

Mais en vérité, malgré l'inégalité du matériel de ce recueil, la diversité qualitative des histoires, ce qui en fait le sel, ce sont ses dessins.
Tony Harris réalise encore la majorité des épisodes et ne ménage pas ses efforts, avec des jeux de lumière expressionnistes remarquables, des cadrages audacieux, un soin particulier accordé aux ambiances et aux décors (notamment les extérieurs où sa passion pour l'urbanisme fait merveille - Starman est une bande dessinée où les vills sont des personnages à part entière).

La série accueille des guest-stars de premier ordre : d'abord, Guy Davis, qui à la même époque avait relancé avec les scénaristes Matt Wagner et Steve Seagle le personnage de Sandman dans le titre Sandman Mystery Theatre (se déroulant durant l'âge d'or), co-anime la troisième partie de l'arc Sand and Stars en signant une dizaine de planches. Son style très différent de celui de Harris, tout en hâchures, au trait fin et aux couleurs pâles, offre un contraste visuel très intelligent pour le flash-back avec Wesley Dodds.
Sandman, par Guy Davis.

Puis Chris Sprouse (Tom Strong) revient pour quelques splash et doubles pages magnifiques dans le prologue au second arc, Hell and Back, où est dévoilé, via le journal de the Shade, le passé de Damon Merritt.

Gary Erskine (Global Frequency) et JH Williams III (Promethea) co-illustrent l'épisode 26 avec Harris. A Erskine, dont le trait précis et épuré (proche d'un Blanc-Dumont en France), les séquences avec Matt O'Dare et Scalphunter ; et à Williams III (encré par Mick Gray), dans une tonalité plus sombre mais raffinée, les passages avec the Shade, lorsqu'ils sont en Enfer avec Jack.

The Shade, par Tony Harris

Le découpage de cet épisode souligne de manière remarquable la finesse avec laquelle doit être écrit le script de Robinson.

Enfin, Steve Yeowell dessine l'épisode de Noël : son dessin, dépouillé, lumineux, élégant, est un vrai plaisir.
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Encore une fois, même si les épisodes sont peut-être moins efficaces que précédemment, ce troisième tome confirme que Starman était une grande série, avec une musique unique, et servie par des artistes de premier choix. 

mardi 17 juillet 2012

Critique 338 : CATWOMAN, VOL. 1 - THE DARK SIDE OF THE STREET, de Ed Brubaker et Darwyn Cooke


Catwoman : The Dark End of the Street rassemble les épisodes 759 à 762 de la série Detective Comics et 1 à 4 de la série Catwoman, écrits par Ed Brubaker et dessinés par Darwyn Cooke, publiés en 2001-2002 par DC Comics.
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- Slam Bradley : Trail of Catwoman (Detective Comics #759-762). Le détective privé Slam Bradley est engagé par le maire de Gotham pour retrouver Catwoman, présumée morte. Son enquête va le conduire à établir que la disparue est en réalité Selina Kyke, une ancienne prostituée ayant connu une ascension sociale fulgurante, au point de se présenter aux élections municipales de New York et d'être au bras du célibataire millionnaire Bruce Wayne. Mais le sort de la jeune femme intéresse aussi la pègre locale et la mission de Slam Bradley va l'obliger à composer avec elle et Batman... 


Le début d'une enquête éprouvante pour Slam Bradley :
Catwoman est-elle vraiment morte ?

- Anodyne, 1-4 (Catwoman #1-4). Selina Kyle est à la croisée des chemins alors qu'elle peut à nouveau jouir d'une relative tranquillité grâce au soutien de Batman. Mais elle doit à présent décider de la direction que prendra son existence : renouer avec ses activités de voleuse et le banditisme ? Ou utiliser son alias de Catwoman pour faire le bien ? Les meurtres de plusieurs prostituées, dont la police gothamite se fiche et rackette, vont l'amener à devenir la protectrice de ses anciennes consoeurs quand Holly Robinson, sa jeune amie, est en danger. Mais le criminel auquel elle va être confrontée n'est pas qu'un seul simple mafieux psychopathe... 






La féline fatale se trouve une nouvelle raison d'être...
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Quand Ed Brubaker reprend en main le personnage de Catwoman en 2001, il le fait d'abord en passant par la série historique de Batman, Detective Comics, et en imaginant une intrigue en quatre parties, formant un épisode de 30 pages, sur la mort présumée de l'héroïne. Mais Catwoman est-elle une héroïne ?
Apparue dès les débuts de Batman, la "femme-chat" a connu une carrière chaotique, écartée même pendant un temps à cause du Comics Code (car il n'était pas envisageable dans les années 50 de sexualiser un super-héros). Elle a toujours conservé une ambivalence, tour à tour voleuse du mauvais côté de la loi et donc ennemie de Batman (même si le Dark Knight éprouvait des sentiments évidents pour elle) ou justicière alliée de la chauve-souris.
Ed Brubaker dispose donc d'un personnage à établir et il va fonder son travail sur ce postulat en jouant sur les correspondances entre son récit et la situation de Selina Kyle.
Dans un premier temps, avec l'enquête de Slam Bradley, il est question de chercher Catwoman.
Dans un second temps, une fois qu'elle a été retrouvée et bénéficie de la protection de Batman, elle doit se chercher elle-même un nouvel objectif dans la vie : nous la voyons alors hantée par ses démons, voulant renouer avec le frisson sans pour autant redevenir une criminelle traquée par les autorités et le Dark Knight, en proie à des insomnies, doutant de vouloir incarner à nouveau Catwoman. Elle doit se réinventer tout comme son scénariste doit la repositionner dans le Bat-verse (et plus globalement dans les comics DC).
Tandis qu'un tueur rôde et sévit dans l'East End de Gotham, le destin de Selina Kyle bascule lorsqu'elle choisit d'aider, sans se montrer, Batman lorsqu'il affronte le Sphinx et son gang puis, surtout, lorsque son amie Holly Robinson est à son tour menacée par le psychopathe. Enfin, sa révolte devant le comportement de la police corrompue et indifférente au sort des victimes finit de déterminer son orientation. Catwoman va donc être la protectrice des opprimés, de ceux dont Batman (et sa "famille") ne s'occupe pas (les prostituées, les pauvres, les enfants...).
Cette évolution est exprimée de manière à la fois subtile et énergique dans un scénario formidablement huilé où Brubaker montre qu'il sait quoi faire de son personnage, comment développer son histoire. Déjà on devine qu'il a des plans pour elle et que cela sortira des sentiers battus tout en s'inscrivant dans une certaine tradition : en effet, le scénariste a choisi pour référence Batman : Year One de Frank Miller et David Mazzucchelli, ramenant Holly Robinson (pourtant tuée par un précédent auteur), rappelant la jeunesse de Selina Kyle comme prostituée (et avant cela comme jeune délinquante, séparée de sa soeur).
Déjà germe ici ce que Brubaker exploitera dans ses oeuvres futures, de Gotham Central à Daredevil en passant par Captain America et ses creator-owned comme Criminal et Incognito : ce mélange de polar et de (super-)héros, ou plutôt de "street-level hero", avec des intrigues à la construction solide, aux personnages bien définis, aux dialogues sobres et à la voix-off très présente (chez Brubaker, les héros pensent autant sinon plus qu'ils ne parlent).
Sa Selina Kyle possède à la fois du charme, de la classe, du mystère, de la fragilité, de la détermination, et les seconds rôles comme Slam Bradley ou Holly Robinson possèdent une voix unique. L'histoire est rythmée, ménageant les moments calmes et les scènes d'action. On se régale.
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Et puis c'est dessinée par Darwyn Cooke et c'est là aussi, comme toujours, un bonheur.
En vérité, tout l'art de cet artiste phénoménal est résumé dans ces épisodes, où l'on ressent à la fois la rapidité, le mouvement, de la narration, avec un trait vif, des angles dynamiques, et la densité, avec des découpages en gaufrier (une figure appréciée de Cooke) mais aussi des pages comptant une dizaine, douzaine et même plus (jusqu'à seize) plans, sans que cela ne ralentisse la lecture, mais au contraire distribue la mise en scène en en soulignant la fluidité.
De son expérience dans l'animation Cooke a su tirer le meilleur en en adaptant la technique du storyboard à l'art séquentiel de la bande dessinée : il sait alterner les effets avec un brio sans pareil, aérant avec de larges vignettes des prises de vue puis en les découpant à l'extrème comme autant de vignettes sur une pellicule au fil des bandes successives.
Le lecteur a la sensation de lire l'ouvrage sans être freiné par des artifices tape-à-l'oeil comme des splash ou doubles pages faciles tout en ayant une proposition graphique stimulante qu'il peut ensuite décortiquer à plaisir pour en apprécier le modelage. Une vraie leçon de storytelling.

Cooke est encré (à partir du #1 de Catwoman) par Mike Allred (l'auteur de Madman) et leurs styles se marient merveilleusement, avec en prime une colorisation comme d'habitude irréprochable de Matt Hollingsworth, sobre et nuancée. 

Enfin, pour la bonne bouche, admirez la couverture extraordinaire du légendaire Jim Steranko qui ouvre le premier récit.
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Une reprise en mains exemplaire, redéfissant l'héroïne remarquablement, avec une écriture et une mise en images imparables. Qui dit mieux ? Et ce n'est que le début... 

dimanche 15 juillet 2012

Critique 337 : THE SPIRIT - BOOK TWO, de Darwyn Cooke

Will Eisner's The Spirit : Book Two rassemble les épisodes 7 à 13 de la série écrits et dessinés par Darwyn Cooke, publiés en 2007-2008 par DC Comics et Will Eisner Studios. Les épisodes 7 et 13 sont composés d'histoires courtes (8 pages chacune) écrites et dessinées par des invités, Cooke se contentant d'en signer les couvertures.
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- #7 : Summer Special.
* Harder than diamonds. Ecrit par Walter Simonson et dessiné par Chris Sprouse. Une jet-setteuse, Krystil Fullerite, de passage à Central City, est victime d'un vol de diamants. Un chauffeur de taxi est injustement accusé et le Spirit décide de prouver son innocence en surveillant cette mondaine aux fréquentations louches...

Pour ouvrir cet épisode spécial composé de trois "short stories", Walter Simonson (Thor) fait équipe avec Chris Sprouse (Tom Strong). L'intrigue est légère mais menée sur un bon rythme et joue sur les fausses apparences (la jet-setteuse arnaqueuse, le Spirit qui se fait passer pour un chauffeur). Au dessin, Sprouse livre une copie comme d'habitude très élégante, aux finitions soignées. De la belle ouvrage.

*Synchronicity. Ecrit par Jimmy Palmiotti et dessiné par Jordi Bernet. Par une journée caniculaire, le Spirit en poursuivant un voleur dans un immeuble déclenche une série de dégats qui vont bouleverser le quotidien des habitants (un veuf à la recherche des bijoux de son épouse, un couple dans le besoin, un autre menacé par un usurier, et une pulpeuse jeune femme qui bronzait sur le toit)...

Jimmy Palmiotti (Power Girl) et Jordi Bernet (Torpedo) sont habitués à travailler ensemble puisqu'ils ont signé plusieurs épisodes de Jonah Hex (série western à laquelle a également collaborée Darwyn Cooke). Ensemble, ils produisent ce segment alerte et surtout très drôle, dont la structure respecte l'unité de temps et de lieu, et où le Spirit n'est qu'un acteur parmi d'autres. Le dessin tonique de Bernet fait merveille. Jubilatoire.

* Hard cell. Ecrit et dessiné par Kyle Baker. Le Spirit, après le meurtre d'un homme lié à Maori, une riche pin-up, va questionner cette dernière. D'autres homicides, tous en rapport avec elle, se succèdent. Trop pour ne pas s'interroger sur son implication. La clé de l'énigme réside dans un téléphone portable...

Kyle Baker entraîne le Spirit dans une aventure très noire, mais le scénario est paresseux, poussif, autant que son dessin est sombre et, reconnaissons-le, d'une laideur indigne. A oublier vite.
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- #8 : Time Bomb. Octopus piège le Spirit puis l'agent de la CIA Silk Satin dans un édifice en plein centre ville où il a installé une bombe. Suite à un mauvais coup reçu, Silk Satin est amnésique et ne sait plus comment désamorcer l'explosif. Pendant ce temps, l'agent Stratford, partenaire de Satin, explique au commissaire Dolan et sa fille Ellen la procédure prévue en dernier recours si la bombe explose... 
Darwyn Cooke revient aux commandes de la série avec cet épisode, un des chefs-d'oeuvre de ce second tome dont la double-page 4-5 (ci-dessus) est un magnifique hommage aux jeux de lettrage qu'affectionnait Will Eisner (encore un morceau de bravoure de Jared Fletcher). L'essentiel de l'action se déroule en huis-clos et alimente une tension que nuance des passages oniriques et des dialogues plein d'humour entre "Mr Sexypants" et l'agent Satin. La chute est ironique et frappante...
Les dessins de Cooke, toujours encrés par J. Bone (comme depuis le début de son run), sont un modèle de storytelling, imprimant un rythme décapant au récit.
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- #9  : El Morte. Lors d'un transfert de prisonniers (parmi lesquels on retrouve le Cosaque), un sniper fait un carton et blesse le commissaire Dolan. Le Spirit affronte le tireur qui lui inflige une sévère correction. Qui est cet adversaire ? Un démon resurgi du passé du héros - et qui ne fait qu'entamer un terrifiant retour... 

Le retour de Silk Satin dans le précédent épisode indiquait que Cooke allait exploiter des éléments posés dans le premier tome. Avec le début de la vendetta d'El Morte, cette intention se confirme puisque le méchant n'est autre qu'Alvarro Mortez, revenu, comme le Spirit, d'entre les morts, mais sérieusement âbimé et déterminé à se venger de manière radicale et ample. Le héros est malmené comme jamais et la série prend un tour beaucoup plus sombre, dramatique.
Cette direction n'est pourtant pas une surprise au regard de l'oeuvre de Cooke, qui a souvent abordé des points noirs et violents dans ses oeuvres (la guerre et la "chasse aux sorcières" dans les 50's dans La Nouvelle Frontière, le grand banditisme dans Parker, le western baroque avec Jonah Hex...). Le résultat est encore plus saisissant grâce à son style graphique cartoony a priori opposé à ces humeurs plus brutales.
Mais c'est une totale réussite, riche en inventions esthétiques, notamment dans le traitement du flash-back revenant sur les origines d'El Morte, avec encore une fois une colorisation magistrale de Dave Stewart.
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- #10 : Death by television. Qui en veut à plusieurs journalistes-animateurs de chaînes du cable au point de les éliminer les uns après les autres ? Le Spirit mène l'enquête, tout en devant à nouveau collaborer avec Ginger Coffee, la ravissante mais envahissante reporter qui figure peut-être dans l'agenda du tueur...

Cooke ramène cette fois-ci le personnage de Ginger Coffe, qu'il a créé et présenté dans le premier épisode de son run. L'enquête conduit le Spirit dans le milieu des "anchor-men", ces vedettes de talk-shows, bâteleurs et populistes, et manie l'humour noir et le suspense avec dextérité. Le tandem Spirit-Ginger est très efficace, et la révèlation du coupable plutôt étonnante.
Le graphisme se fait plus classique, presque sage, pour ce récit qui est sans doute le moins inspiré de ce second tome, mais Cooke emballe son affaire avec quand même beaucoup d'adresse.
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- #11 : Day of the dead. L'heure du face-à-face final entre le Spirit et sa némésis El Morte a sonné. Une armée de zombies est aux portes de Central City et le héros, au coeur de la bataille contre un ennemi déjà mort, peut compter sur Ellen Dolan et un de ses ex-amants, Argonaut Bones, pour l'aider...

Cooke conclut son tryptique avec Alvarro Mortez/El Morte (vilain de sa création, qui aura été finalement davantage l'ennemi du Spirit qu'Octopus ou P'Gell, méchants "Eisner-iens") et pour l'occasion, met les petits plats dans les grands en faisant basculer la série dans le registre fantastique. Zombies, magie noire, ambiance de fin du monde : tout est réuni pour ce final baroque et explosif.
Il ajoute au casting Argonaut Bones (quel nom impayable) qu'il relie directement à Ellen Dolan (à qui il donne ainsi un passé sexuel, tout comme au Spirit). Ebony White et le commissaire mais aussi la mère diabolique de Mortez sont au rendez-vous de cet épisode qui tient toutes ses promesses et n'est pas avare en scènes spectaculaires (avec là encore, une extraordinaire double-page - ci-dessus - de présentation, au lettrage incomparable).
Le duel final est à la hauteur de l'attente, indécis, âpre. Cooke s'est déchaîné et a atteint sa cible.
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- #12 : Sand. Le meurtre d'Hussein (le fameux "arrangeur", apparu plusieurs fois dans le tome 1), va replonger le Spirit dans la tourmente. Mais cette fois, son enquête le bouleverse encore plus qu'à l'ordinaire car c'est son premier amour qui y est mêlé : l'ensorcelante Sand Saref, aux prises avec la maléfique Dr Vitriol et un inquiétant client convoîtant un poison...
Pour son dernier épisode, Darwyn Cooke a puisé directement à la source en s'inspirant de deux épisodes réalisés par Will Eisner (Sand Saref et Bring on Sand Saref) : l'histoire est imprégnée d'une mélancolie très touchante, traversée par des flash-backs sur l'enfance et la jeunesse du héros et de la première fille qu'il a aimée et qui a mal tournée.
La mission elle-même se déroule en une nuit, avec des ambiances envoûtantes sur les docks embrumés de Central City. Pour ces scènes-là, J. Bone encre Cooke. Mais pour l'évocation du passé, l'artiste assume tout, seul, et livre des planches splendides, aux découpages virtuoses, et avec des effets de tracé imitant intelligemment le propre trait d'Eisner (voir ci-dessous).
Un authentique chef-d'oeuvre !
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- #13 : Holiday Special.
*One Hundred ! Ecrit par Glen David Gold et dessiné par Eduardo Risso. Une bande de voleurs déguisés en Spirit ont dérobé des diamants mais quand le justicier de Central City les appréhende dans un zoo, leur butin atterrit dans la cage d'un tigre. Pour le récupérer, le commissaire Dolan sollicite une dresseuse dont le Spirit doute de l'honnêteté...

Sur cette trame minimaliste et savoureusement amorale, avec une chute malicieuse, Glen David Gold dispose d'un partenaire de premier plan en la personne d'Eduardo Risso, le dessinateur de la série 100 Bullets (écrite par Brian Azzarello).
Cet épisode est vraiment celui de cet artiste dont les planches somptueuses sont un régal pour les yeux, mixant des compositions subtiles et des jeux d'ombres et de lumières dignes de Frank Miller. Merveilleusement beau.

*Family treasure. Ecrit par Denny O'Neil et dessiné par Ty Templeton. Une vieille dame des quartiers pauvres est harcelée par des gredins qui veulent s'emparer du trésor de son défunt oncle. Le Spirit lui vient en aide... Mais l'argent récupéré fera tourner la tête de l'héritière.

Le légendaire Denny O'Neil, réputé pour ses scénarios dramatiques (Iron Man, Green Lantern & Green Arrow), s'offre ici une fantaisie acide dont la chute est très drôle. Le Spirit y est victime de sa bonté dans cette fable bien tournée.
Ty Templeton (qui, comme Darwyn Cooke, vient de l'animation) illustre ceci avec habileté, le récit se déroulant entièrement en une nuit, sous la pluie, en huit pages.

*The cold depths of the icicle heart. Ecrit par Gail Simone et dessiné par Phil Hester. Après s'être interposé entre le gang de Isolde "Ice" McQueen et un de ses débiteurs, le Spirit est assommé et jeté dans la baie gelée de Central City. Frappé d'amnésie, il se remet progressivement en vagabondant dans la ville jusqu'à ce que sa route croise à nouveau celle de ses agresseurs...

Gail Simone (Villains United) écrit la dernière histoire de volume sur le modèle des épisodes " 'Nuff said" : aucun dialogue, les textes sont remplacés par des illustrations résumant leur propos. L'intrigue est elle-même très efficace, avec le Spirit en fâcheuse posture par une froide nuit d'hiver, ce qui donne en plus une ambiance atypique. 
Phil Hester illustre ce segment avec une invention à la mesure du défi narratif : son style anguleux et cartoony est parfait pour ça (dommage qu'aujourd'hui cet artiste ait quasiment renoncé au dessin au profit d'un rôle d'auteur).
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Ce second Livre est un complèment idéal au premier, développant des "plots", offrant son lot de morceaux de bravoure, confirmant l'immense talent de Darwyn Cooke. La présence des guest-stars ne gâche pas le vue, avec des chapitres savoureux et visuellement souvent superbes.
Dommage que ça n'ait pas duré plus longtemps (même si depuis le Spirit a eu droit à de nouvelles aventures). 

lundi 9 juillet 2012

Critique 336 : NEW AVENGERS (VOL. 2, #14-16) - FEAR ITSELF, de Brian Michael Bendis et Mike Deodato

New Avengers # 14

New Avengers # 15

New Avengers # 16

New Avengers : Fear Itself rassemble les épisodes 14 à 16 du Volume 2 de la série écrite par Brian Michael Bendis, publiés de Septembre à Novembre 2011 par Marvel Comics. Les dessins sont signés Mike Deodato Jr.
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Les évènements de Fear Itself agitent l'univers Marvel : le frère d'Odin, le Serpent, dieu de la peur a été réveillé par Sin, la fille de Crâne Rouge, devenue Skadi, détentrice d'un marteau asgardien. Avec ses Dignes et les soldats de la Société de Thule, le Serpent et Skadi font régner la terreur sur Terre. Les super-héros se liguent pour faire face tandis qu'Odin prévoit de détruire Midgard pour se débarrasser de son frère.
Alors que la bataille fait rage, trois personnages traversent cette période tant bien que mal : Mockingbird est grisée par son retour aux affaires après avoir failli mourir ; Squirrel Girl doit protéger Danielle, la fille de Luke Cage et Jessica Jones pendant qu'ils sont absents ; et Daredevil, récemment revenu à New York, vient en aide à la nurse...
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Habitué à écrire les sagas évènementielles de Marvel (il en a signé trois : House of M, Secret Invasion et Siege), Brian Michael Bendis doit cette fois composer avec une histoire imaginée par un autre des "Architectes" de Marvel (comme à l'époque de Civil War, de Mark Millar, ou, dans une moindre mesure, World War Hulk, de Greg Pak).
Les séries de la franchise "Avengers" sont directement impactées par Fear Itself de Matt Fraction, car Captain America, Thor et Iron Man, sont aux premiers rangs de la résistance contre le Serpent, Sin/Skadi et les Dignes. 
Pour ne pas seulement répéter, sous un angle différent, ce qui se passe dans la saga centrale, Bendis utilise un procédé malin, aussi bien dans Avengers que New Avengers : il articule les épisodes annexés autour d'un personnage qui témoigne "face caméra" de sa condition de héros/Vengeur et de la manière dont les évènements l'affectent.
Miraculée au terme de l'arc précédent (Infinity, NA #9-13), Oiseau-Moqueur est devenue un personnage à redéfinir pour elle-même et le lecteur car ni l'un ni l'autre ne savent vraiment à quel point elle a été affectée par l'injection du mélange des formules du super-soldat et d'infinité. Théoriquement, elle possède désormais une condition physique supérieure à la normale et devrait vieillir moins vite. C'est à l'évidence ce qui la motive à se jeter dans le feu des combats avec une telle insouciance, comme si elle était grisée. Bendis réussit à donner un relief nouveau à cette héroïne qu'il a décidé de garder dans l'équipe tout en l'utilisant assez peu depuis le début du volume 2 de la série.
Ensuite, le scénariste enchaîne avec deux épisodes plus liés mais qui vont aussi participer de ce mouvement de renouveau pour le groupe : d'abord, il s'attache à mettre en valeur Squirrel Girl, la nounou de la fille de Luke Cage et Jessica Jones, surprise par l'attaque des robots géants de la Société de Thule à New York et devant regagner précipitamment le manoir des Nouveaux Vengeurs. Ensuite, alors qu'elle est à l'intérieur du QG de l'équipe, encerclé par les robots, elle reçoit l'aide inattendue de Daredevil.
Le justicier aveugle a, au terme du run d'Andy Diggle dans sa série, déserté New York, après avoir été mentalement possédé par un démon et dirigé l'organisation criminelle de la Main. Durant cette période, il a été au coeur d'un crossover (calamiteux), Shadowland, où il a "franchi la ligne" en tuant Bullseye. Puis, se resaissisant, il a fui la ville et confiant à la Panthère Noire le soin de veiller sur son quartier d'Hell's Kitchen. Il s'est ressourcé au Nouveau-Mexique (en tapant quelques malfrats quand même...) et décide de revenir à NYC pour reprendre sa vie, d'avocat et de héros, en main. La série, elle, est relaunchée, superbement, par Mark Waid, qui ne fera pas l'impasse sur les égarements du héros mais donnera un autre ton à ses aventures. 
Waid avait annoncé que si Daredevil devenait un Vengeur, ce serait comme une promotion pour le personnage et son travail d'auteur. Et Bendis a saisi, sans tarder, la balle au bond, même si, en vérité, l'idée était dans les tuyaux depuis très longtemps. Souvenez-vous : dans le premier arc, du volume 1, de New Avengers (Breakout, NA #1-6), après la grande évasion survenue à la prison du Raft, Captain America propose à DD d'intégrer l'équipe, mais à l'époque il refuse car il est empêtré dans divers ennuis (la révèlation de sa double identité, sa volonté d'écarter définitivement le Caïd, sa romance tumultueuse avec Milla Donovan, les tracasseries que lui inflige le FBI) et ne veut pas que cela rejaillisse sur le groupe. Bendis veut alors pouvoir développer distinctement les séries New Avengers et Daredevil.
Mais, en 2011, les choses ont changé : Bendis recompose, à dose homéopathique, les Nouveaux Vengeurs, et s'il n'écrit plus depuis longtemps Daredevil, il conserve de l'affection pour le héros et la situation se prête mieux à son incorporation.
En utilisant un épisode tie-in à Fear Itself, Bendis offre au personnage une entrée en scène spectaculaire, et quand, in fine, Luke Cage l'invite à rejoindre ses Vengeurs, autant par amitié que par reconnaissance pour avoir sauvé sa fille et Squirrel Girl, la transition est opportune, soulignant la formation très "street-level" de l'équipe (à part le Dr Strange et Ms Marvel, aucun New Avenger n'est finalement un héros dôté de grands pouvoirs, ce sont plutôt des héros "de terrain", urbains, en rapport avec la famille Cage - rencontrés lorsqu'il était chez les 4 Fantastiques, les Défenseurs ou dans les séries Heroes for hire et Power Man & Iron Fist).
Narrativement, et avec le choix de protagonistes imprévus, ces trois épisodes annexes fournissent un agrèable complément à la saga, sans qu'on ait le sentiment de redîtes, mais plutôt de bonus, d'extras. C'est appréciable et habile.
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Ces trois épisodes vont également marquer un tournant graphique pour la série puisque Mike Deodato non seulement reste en place (après avoir partagé la vedette avec Chaykin sur l'arc Infinity) mais va s'installer durablement sur la série, en devenant le dessinateur le plus régulier, dépassant le nombre d'épisodes de Leinil Yu.
Le style de Deodato tranche avec pas mal de ses prédécesseurs (notamment Immonen, pour citer le plus récent), mais c'est un artiste au trait puissant, maîtrisant le clair-obscur, les contrastes forts, avec des découpages énergiques. Son expérience parle pour lui (il a percé dans les 90's avant de changer de direction au début des années 2000), est devenu une vedette avec son run sur Thunderbolts (écrits par Warren Ellis) puis Dark Avengers. Quand il retrouve Bendis, avec qui il avait justement réalisé cette dernière série, il a collaboré avec Ed Brubaker sur Secret Avengers, confirmant qu'il est à son aise sur des "team-books".
Sa manière de dessiner des femmes à la fois sexys et fortes fait merveille dans les chapitres consacrés à Mockingbird et Squirrel Girl, mais quand il anime Daredevil, il évoque un mix épatant de Gene Colan et Joe Kubert. Et sa complicité avec le coloriste Rain Breredo est un autre atout.
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Trois épisodes, mais très bons, et qui donne envie de savoir où la série va continuer de s'aventurer...        

samedi 7 juillet 2012

Critique 335 : NEW AVENGERS (VOL. 2, 7-13) - INFINITY, de Brian Michael Bendis, Stuart Immonen, Daniel Acuña, Mike Deodato et Howard Chaykin

La couverture du recueil des épisodes 7 à 13. 

New Avengers #7 : Stuart Immonen tire sa révèrence.

New Avengers #8 : Daniel Acuña ne fait que passer.





New Avengers #9-13 : et là, c'est le drame...

New Avengers : Infinity rassemble les épisodes 7 à 13 du Volume 2 de la série écrite par Brian Michael Bendis, publiés de Février à Août 2011 par Marvel Comics. Stuart Immonen dessine l'épisode 7, Daniel Acuña le #8, et Mike Deodato et Howard Chaykin (ce dernier pour les flash-backs) les #9 à 13.
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- New Avengers # 7 (Untitled). Après leur bataille contre Agamotto (qui a coûté la vie au Dr Voodoo et fait disparaître l'Oeil du Sorcier Suprême), l'équipe dresse un premier bilan et ce n'est pas fameux. Le manoir des Vengeurs où ils sont basés désormais a subi d'importants dommages, qui coûtent beaucoup d'argent. Victoria Hand, l'agent de liaison de Steve Rogers, distribue la paie aux membres du groupe, sauf à Spider-Man qui refuse de divulguer son identité civile (et ne peut donc encaisser son chèque). Et Jessica Jones-Cage convainc Luke d'engager une nounou pour leur fille Danielle - l'élue est la plus inattendue des candidates...

Cet épisode est le dernier dessiné par Stuart Immonen, réquisitionné alors pour illustrer la saga Fear Itself. Mais on peut dire que le canadien est parti en beauté, avec un script jubilatoire de Brian Bendis comme support.
Mine de rien, ce chapitre, intermédiaire (comme le suivant), aborde pas mal de sujets habituellement survolés par les comics super-héroïques : l'équipe doit assumer l'indépendance qu'elle a gagnée vis-à-vis du nouvel ordre de Steve Rogers et cela commence par les réparations coûteuses du manoir. L'argent est aussi au coeur de la séquence centrale de l'épisode quand les membres du groupe reçoivent leur paie du gouvernement : Bendis rappelle, fort justement, que tous ces justiciers doivent gagner leur vie. Mais c'est surtout un prétexte pour mettre en scène, de façon très drôle, Spider-Man, qui, ne faisant aucune confiance à Victoria Hand (l'ex-assistante d'Osborn) et n'ayant pas voulu communiquer son identité civile aux autorités, est privé de rétribution, ou encore Luke Cage qui se fait remettre en place par Jessica Jones, lui rappelant qu'il est désormais père de famille et qu'il a inventé le concept de héros à louer (ce qui l'empêche de facto de faire la fine bouche maintenant qu'il reçoit un salaire de l'Etat).
Enfin, il y a le casting de la nounou, une scène hilarante où les postulants les plus farfelus défilent, avec des clins d'oeil amusants (à Nextwave, aux Vengeurs des Grands Lacs) : un grand moment.

Mais cet épisode devient exceptionnel grâce au travail d'Immonen qui déploie des trésors d'invention pour mettre tout cela en images : admirez avec quel talent il anime les personnages, leur donne une gestuelle propre, des expressions bien choisies ! La leçon de dessin culmine avec la double-page des prétendants, d'une virtuosité extraordinaire.
On aurait pu espérer qu'après Fear Itself, Immonen revienne à la série, mais, visiblement éreinté, et Marvel le réservant pour d'autres projets (qui se matérialiseront après Avengers vs X-Men, le futur event), ça n'a hélas ! pas été le cas. Dommage car l'artiste était certainement le meilleur partenaire qu'ait eu Bendis pour ce titre...
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- New Avengers # 8 : Date Night. Luke Cage et Jessica Jones s'arrangent pour avoir une soirée en tête-à-tête, l'occasion de discuter du rôle de la jeune femme qui hésite à redevenir une super-héroïne. Mais quand un Doombot (réplique robotique du Dr Fatalis) apparaît, le diner devient plus corsé...

Avant d'enchaîner avec une nouvelle histoire, Brian Bendis effectue une nouvelle escale où il s'attarde sur la relation du couple Luke-Jessica Cage. Madame est au centre de la discussion car elle envisage de reprendre du service comme super-héroïne. Cette partie de l'épisode est la plus réussie, avec des dialogues justes et abondants comme Bendis les apprécie et sait en rédiger, y ajoutant une touche d'humour bienvenue (avec le choix d'un surnom pour Jessica).
Ensuite, l'apparition du Doombot surprend : elle semble ne se justifier que pour le quota d'action car il s'avère que depuis le Dr Fatalis n'a pas resurgi dans le champ de la série (alors qu'on aurait pu penser à un subplot)...

Daniel Acuña revient dessiner le titre, après y avoir participé au début des tie-in à Siege : son style coloré, expressif, convient parfaitement à l'ensemble et laisse à vrai dire un regret car l'espagnol aurait pu être un artiste intéressant pour un arc entier (même s'il a depuis signé des épisodes d'Avengers).
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- New Avengers # 9-13 : Infinity. Guidé par Victoria Hand, le groupe se déplace sur un site investi par d'anciens membres du HAMMER (le service de sécurité intérieure de l'ére Osborn démantelé après Siege), dirigé par Superia. Ce groupuscule travaille sur un mélange entre les formules du super-soldat (qui ont donné ses pouvoirs à Captain America) et d'infinité (qui permet à Nick Fury de retarder son vieillissement). L'intervention des héros tourne mal quand Oiseau-moqueur est gravement blessée.
Cette affaire va aussi révèler l'existence d'une première équipe de Vengeurs, en 1959, sous les ordres de Fury, et qui liée à la manipulation des deux formules...

L'intrigue principale de ce recueil est, disons-le tout net et sans tarder, un lamentable ratage, certainement la pire depuis le début de la série (soit depuis le volume 1). Brian Bendis rêvait de collaborer avec une de ses idoles, Howard Chaykin, et c'est en développant une de ses idées qu'il a bâtie cette histoire.
Le problème, c'est qu'à aucun moment on est accroché par l'argument et que la construction même du récit n'arrange rien : d'un côté, la mission, qui tourne à la catastrophe, des Nouveaux Vengeurs, avec Oiseau-moqueur gravement blessée (ce qui vaut à Oeil-de-faucon de revenir brièvement dans la série, alors même qu'il ne vit plus avec l'héroïne), est décompressée à outrance, ne servant en fait qu'à souligner les soupçons du lecteur (et de quelques membres de l'équipe, dont Spider-Man bien sûr) au sujet de la possible duplicité de Victoria Hand ; et de l'autre, on découvre qu'une équipe de Vengeurs a été formée (et aussitôt dissoute) en 1959 par Nick Fury, la liaison entre cette histoire et l'autre ne tenant qu'à un cheveu (ou un tube à essai).
Le rythme est mollasson, le suspense peine à nous faire vibrer, et surtout ces Avengers 1959 sont un grand n'importe quoi - leur composition est abracadabrantesque (avec Fury, Dum Dum Dugan, Dents-de-Sabre, Dominic Fortune, Silver Sable et Namora), sa mission artificielle. Le dénouement permet quand même de reconsidérer le personnage d'Oiseau-moqueur de manière inattendue (sans être certain toutefois que cela sera exploitée pleinement). Mais c'est un bilan bien maigre, et le traitement est en dessous de tout.

Graphiquement, c'est aussi une déception, et même parfois une horreur. En effet, Chaykin illustre également les flash-backs et nous inflige à nouveau des planches d'une laideur absolue, sur lesquelles il est inutile de s'attarder. Mike Deodato revient (mais lui pour de bon, après un premier arc, The Collective, NA #16-20, en 2006) pour dessiner les séquences au présent : on sent toutefois qu'il doit se réhabituer aux personnages et livre une copie sans éclat.
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Que retenir de cet amalgame hasardeux ? Les adieux somptueux d'Immonen, le passage trop bref d'Acuña,  Bendis en petite forme et le retour de Deodato. Mais l'ensemble est trop hétéroclite pour satisfaire vraiment. La série traverse un creux, avant de devoir composer avec la saga Fear Itself...

Critique 334 : THE SPIRIT - BOOK ONE, de Darwyn Cooke



Will Eisner's The Spirit : Book One rassemble les six premiers épisodes écrits et dessinés par Darwyn Cooke, d'après le personnage créé par Will Eisner, et le numéro spécial Batman/The Spirit co-écrit avec Jeph Loeb, publiés en 2007 par DC Comics.
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Le Spirit alias Denny Colt est un personnage créé en Juin 1940 par Will Eisner pour le quotidien américain Register and Tribune Syndicate.
La série racontait les aventures d'un détective masqué contre le crime organisé de Central City, avec le soutien de son ami, le commissaire Dolan.
Imaginé après avoir été mêlé à une affaire de plagiat de Superman, Eisner ne garda que le masque pour son "super-héros" et expérimenta très rapidement divers genres via sa série, explorant à la fois le récit policier, l'horreur comme la comédie en passant par la romance.
A l'origine, la série paraissait sous la forme d'un livret d'une quinzaine de pages, au format tabloïd, dans l'édition du Dimanche, avec un tirage de cinq millions d'exemplaires (!). On appelait cettee partie du journal "The Spirit Sector" ("Le coin du Spirit"), et Eisner en avait le contrôle artistique total. Il signa le titre de 1940 à 1952 (avec des coupures), l'accompagnant de divers comics-strips en collaborationnavec ses assistants (Jules Feiffer, Jack Cole ou Wally Wood).
Comme il le déclara plus tard, avec The Spirit, Eisner voulait (déjà) réaliser une bande dessinée pour les adultes, mieux écrite que les comics de super-héros. Durant la guerre, même si, comme c'était la tradition à l'époque, le nom d'Eisner était le seul crédité, la série continua d'être animé par d'autres (comme Manly Wade Wellman, William Woolfolk, ou Lou Fine).
Les origines du héros attestaient de son originalité : tué dans les premières pages, Denny Colt apprendra par la suite par Dolan qu'il a été maintenu en vie par un de ses ennemis, le Dr Cobra. Profitant de la situation, Colt devient le Spirit, en portant un masque pour mener ses enquêtes incognito, basant sa planque dans la crypte où il est censé reposer, dans le cimetière de Wildwood, et vivant grâce aux récompenses offertes pour la capture des criminels. La plupart de ses aventures se déroule à Central City, mais il agit également dans le reste du monde, affrontant des savants fous, des bandits excentriques, des femmes fatales (comme sa némésis P'Gell). D'autres protagonistes peuplent le récit comme Ellen Dolan, la fille du commissaire qui l'aime et qu'il aime, Ebony White, un jeune afro-américain qui l'aide dans ses investigations, ou Octopus, le méchant dont on ne voit jamais le visage.
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Le travail d'Eisner sur The Spirit fait partie des grands classiques de l'âge d'or des comics : l'auteur y a déployé une inventivité extraordinaireement moderne en ce qui concerne les découpages, les scénarios délirants, et la galerie extravagantes de seconds rôles (en particulier les femmes que croise le héros). Le Spirit lui-même est une synthèse du justicier tel qu'on le trouvait dans les pulp fictions, avec son chapeau, son imperméable, et du super-héros, revenu d'entre les morts et portant un masque. Mais Eisner se moquait des conventions et d'abord de son héros, souvent balloté par les évènements, dont les femmes sont le talon d'Achille, dans des histoires brouillant les codes de la narration.
Lorsque DC Comics obtient les droits d'exploitation de la série, c'est donc un challenge qui se présente à l'éditeur d'en proposer une nouvelle version qui, sans choquer les puristes, doit séduire une nouvelle génération de lecteurs. Pour ressuciter le Spirit, il fallait oser revenir à un manière de raconter ses histoires aussi libre que celle d'Eisner sans pour autant l'imiter platement.
Fort du succès critique et public de La Nouvelle Frontière, saga dans laquelle il revisita la transition entre les super-héros de l'âge d'or et d'argent, en 2004, c'est à Darwyn Cooke que DC confia cette délicate mission.



Bonne pioche : Darwyn Cooke, comme scénariste et artiste, était le choix évident pour régénérer sans la trahir la bande dessinée de Will Eisner. Sa narration efficace, toujours bien bâtie, et son dessin aux influences rétro en faisaient le candidat idéal pour restaurer un personnage sexagénaire, dont il respecterait, c'est le cas de le dire, l'esprit tout en sachant le moderniser.


Dans ce premier tome (un second suivra), on trouve les six épisodes de la nouvelle série régulière et un numéro spécial, Batman/The Spirit, co-écrit avec Jeph Loeb, d'un format plus long. Les histoires se présentent sous la forme de "one-shots", avec toutefois une intrigue secondaire qui se développe occasionnellement, en relation avec les origines du héros.



Les dernières planches de The Spirit #1, Ice Ginger Coffee.

- #1 : Ice Ginger CoffeeLe Spirit tente de sauver Ginger Coffee, enlevée par l'affreux Amos Weinstock dit "The Pill". La mission s'avère périlleuse car la journaliste transforme tout cela en un reportage en direct.

Ce premier épisode est une introduction parfaite : Cooke renoue avec l'humour et l'action de la série dans une aventure menée tambour battant. Il créé un personnage féminin, dont le nom et le caractère sont parfaitement dignes d'Eisner. Qui plus est, il réussit à poser d'emblée tous les éléments familiers, comme le commissaire Dolan, Ebony White (dans une version rompant avec la polémique de ses débuts), Ellen Dolan, mais dans un cadre modernisé (la télévision, le téléphone portable). La chute est drôlissime.
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- #2 : The Maneater. Le Spirit apprend que P'Gell veut séduire le Prince Farouk. Mais cet objectif dissimule une sombre vengeance pour la charmeuse...

Cooke introduit un personnage qui va devenir un second rôle récurrent, Hussein Hussein, qui se présente lui-même comme un "arrangeur". Cet intermédiaire rondouillard est un intriguant qui fait ici équipe avec l'ensorcelante P'Gell, créature issue de la galerie d'Eisner. La jeune femme assouvit une terrible revanche, ce qui donne au personnage, sinon des circonstances atténuantes, du moins une profondeur troublante dépassant le cliché de la femme fatale.
Le traitement graphique du flash-back préfigure les audaces formelles qui seront développées dans l'épisode suivant.
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- #3 : Resurrection. A la suite d'une fusillade dans le quartier chinois de Central City, le Spirit, en apprenant l'identité du tueur, est confronté à son propre passé et plus particulièrement aux circonstances qui ont fait de lui un justicier masqué...

Cet épisode est un chef-d'oeuvre : Cooke y emploie une narration sophistiquée pour revenir sur les origines du héros, sensiblement modifiées par rapport à celles posées par Eisner. Plusieurs personnages donnent leur point de vue sur la nuit dramatique qui vit Denny Colt mourir et ressuciter pour devenir le Spirit - ce retour aux sources va devenir un subplot. L'utilisation des voix-off, le découpage de l'action, le rythme, l'atmosphère, tout est virtutose dans ce chapitre où Cooke impose son savoir-faire.
Visuellement aussi, c'est un festival, avec une mention spéciale à la colorisation de Dave Stewart qui, tout en n'ayant recours qu'à une palette chromatique réduite, sublime le récit. 
Une vraie leçon de storytelling.
La double page (4-5) du 3ème épisode : Resurrection.
Cooke et Jared Fletcher y jouent avec le lettrage comme Eisner.
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- #4 : Hard Like SatinLe retour d'Hussein Hussein annonce un nouveau coup tordu qui va confronter à nouveau le Spirit à Octopus et l'associer à la belle Silk Satin, agent de la CIA qui entend bien prouver au justicier qu'elle une vraie femme d'action. 

Le vilain Octopus, équivalent pour le Spirit du Blofeld de James Bond, est un adversaire étonnant puisqu'Eisner, tout comme Cooke, ne montre jamais son visage. L'artiste réussit, comme son prédécesseur, à jouer avec cette contrainte sans jamais que cela ne paraisse forcé, alimentant des scènes visuellement saisissantes.
L'intrigue, racontée majoritairement en flash-back et conclue sur un twist prometteur, culmine dans une séquence sous un soleil aveuglant dans le désert, tranchant avec les décors urbains des précédents chapitres.
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- #5 : Media Man. Le Spirit voit son image exploitée par un truand, Mr Carrion, lui-même rapidement dans le collimateur du Cosaque, un redoutable malfrat. Et pour ne rien arranger, un vautour va contrarier les efforts du justicier...

Cooke met en scène un épisode qui contient des scènes de violence détonantes (notamment avec le passage à tabac de Carrion) tout en s'amusant à dresser une critique de la société de consommation et de la publicité.
Le résultat est aussi surprenant qu'efficace grâce, encore une fois, à un découpage qui donne un rythme imparable à l'histoire.
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- #6 : Almost Blue. Le destin tragique d'August "Almost" Blue, musicien génial, est le fil conducteur de cet épisode où une météorite bleue, le propriétaire malhonnête et brutal d'un club et la bassiste Adelia sont les autres protagonistes que croise le Spirit.

C'est une histoire à la fois étrange et décevante, dont le titre évoque la plus belle chanson d'Elvis Costello. Des éléments fantastiques en côtoient d'autres plus convenus, souvent clichés, sur le monde de la musique pop, la toxicomanie, l'amour contrarié.
De manière significative, le Spirit lui-même est davantage un observateur qu'un acteur de cette drôle d'intrigue, qui vaut surtout pour ses dessins.
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Enfin, ce premier tome se clôt avec le numéro spécial Batman/The Spirit : deux groupes de vilains, ennemis alliés du Spirit et de Batman, piègent lors d'une réunion d'officiers de police les commissaires Gordon et Dolan. Les deux justiciers devront s'entendre pour sauver leurs amis d'un attentat préparé par le Joker et Harley Quinn...

Nés à la même époque, les deux héros représentent deux extrémités : Batman est un "vigilante" costumé, méthodique et taciturne, le Spirit est un improvisateur bavard plus proche des détectives des pulp fictions.
Pourtant, ce crossover est une miraculeuse potion contre la morosité, riche en morceaux de bravoure, en humour, en action et en suspense. Le casting des vilains, particulièrement fourni (avec aussi Catwoman, Poison Ivy, Killer Croc, le Sphinx, l'Epouvantail, le Châpelier fou, le Pingouin, mais aussi P'Gell), est admirablement exploité.
On pouvait craindre le pire d'une association entre un narrateur énergique comme Cooke et un raconteur plus inégal comme Jeph Loeb (qui, à cette époque, était cependant encore capable d'écrire des histoires valables), mais là encore l'alchimie fonctionne.





Visuellement, Cooke se régale visiblement, avec une distribution féminine bien garnie (qui lui permet de renouer avec Catwoman), mais aussi avec des scènes d'action spectaculaires qu'il découpe de façon implacable, avec des effets "Kirby-esques". Un vrai régal.
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Bien que l'album ne propose aucun bonus et soit pourvu d'une couverture guère inspirée, ce premier tome contient un matériel de très grande qualité où Darwyn Cooke a su s'approprier l'oeuvre de Will Eisner tout en la respectant. Il réussit haut la main à relever le défi de revigorer un personnage sans le dénaturer.
C'est ce mix épatant de charme classique, rétro et de modernité intelligente, fondée sur une maîtrise narrative et visuelle qui distingue ce revival produit par un des meilleurs auteurs contemporains : quel meilleur hommage pouvait-on espérer pour un des maîtres de la bande dessinée américaine ?

dimanche 1 juillet 2012

Critiques 333 : REVUES VF JUILLET 2012

DC Saga 2 :

Justice League (#2 : Aux origines) est dans la droite ligne du premier épisode : Geoff Johns avance à pas comptés, semble gagner du temps plutôt de faire avancer son histoire qui, pendant treize pages, oppose Batman et Green Lantern rejoints par Flash à Superman (le tout avec deux doubles pages) ! Autant dire que l'intrigue ne se développe pas beaucoup, d'ailleurs il n'y a aucun suspense sur l'identité du méchant...

Ce qui surprend, c'est que Johns, autrefois si habile pour animer une équipe de héros (avec la JSA), ne fait aucun effort ici, se contentant de faire trainer plus de raison des scènes de baston avant que les belligérants se rendent compte qu'ils pourraient s'allier. Mais le scénariste ne fait absolument rien pour les rendre attachants, ils sont même tous d'une bêtise affligeante, s'exprimant avec des dialogues d'une nullité abyssale (certes Johns n'a jamais été un bon dialoguiste, mais là...).
Le rythme, quand même curieusement soutenu (surtout parce que l'action domine), compense à peine et rend toutefois la lecture rapide, mais sans plus.

Jim Lee rend une copie au dessin correcte, sans plus : quand il s'agit d'en mettre plein la vue, il est indéniablement habile, mais ses faiblesses (ou son manque d'envie) sont flagrantes quand il doit découper une simple scène de dialogue (la conversation entre le père et le fils Stone étant incroyablement mal composée).
*
Superman (#2 : Vol à l'aveuglette) confirme qu'il s'agit du boulet de la revue : il n'y a rien à sauver de cet épisode, aussi (voire plus) mauvais que le précédent. A nouveau le héros doit affronter un monstre, dont le pouvoir (une grande force mais surtout l'invisibilité) souligne grossièrement qu'on va avoir droit à de futurs adversaires élémentaux (l'eau et la terre restent à venir)...

George Pérez a la main encore plus lourde quand il doit caractériser les personnages dans le civil : son Clark Kent est fadasse au possible, les relations père-fils entre le Général Lane et sa fille Lois ou entre le Général et Superman sont un décalque éhonté de Hulk... Les dialogues sont plats, la voix-off omniprésente et aussi lourde qu'inutile. Misérable...

Et ce ne sont pas les dessins affreux de Jesus Merino qui récupèrent quoi que ce soit : le découpage (de Pérez) est sommaire, les plans encombrés... Pénible.
*
Flash (#2 : Réactivité) reste, et de loin, la meilleure production de la revue : non seulement, comme scénariste, Manapul propose de nouvelles idées passionnantes, enrichissant les capacités de son héros (sa vélocité appliquée à sa réflexion), mais l'intrigue qu'il développe est vraiment intéressante à suivre (l'ami de Barry Allen instrument de manipulations d'un corps militaire aux mobiles louches).

Le rythme est haletant, le récit toujours accessible et surprenant, les effets bien dosés, les dialogues vivants sans être bavards ou convenus : un vrai régal.

Et ce plaisir est soutenu par des illustrations excellentes : Francis Manapul continue de puiser à la source "Will Eisener-ienne" avec bonheur, osant des compositions inventives, et la colorisation de Brian Buccellato (contrairement à celle de Superman) accompagne cela avec intelligence.
*
Supergirl (#2 : Réunion) ferme le ban : dans le droit fil du premier épisode, la prime est donnée à l'action puisque les retrouvailles de Kara Zor-El et Kal-El/Superman sont explosives. Certes, tout cela n'aboutit pas encore à grand'chose puisqu'on y passe son temps à se bastonner copieusement durant la majeure partie de l'épisode, mais la dernière page indique que ça devrait changer...

Michael Green et Mike Johnson ne se forcent donc pas (encore) trop pour raconter une histoire digne de ce nom, mais ils s'appuient, il est vrai, sur leur formidable dessinateur, Mahmud Asrar, qui, lui, tient une forme de champion, alignant les pages avec une énergie formidable (qui manque cruellement à la série de l'autre kryptonien).
*
La revue reste inégale, dominée par l'excellent Flash, mais avec le retour de quelques pages rédactionnelles (un article sur le Daily Planet assorti à Superman, et un autre sur l'opération "DC Renaissance") font passer la pilule, en attendant le vrai décollage (imminent) de Supergirl et quelques efforts pour la Justice League.  

Batman Saga 2 :

Batman (#2 : Trahison) mérite ses critiques louangeuses : Scott Snyder est effectivement très habile pour nous embarquer dans son histoire - une habileté qui confine à la roublardise quand on découvre comment il se tire (et son héros) du suspense ouvrant l'épisode.

Mais il est indéniable que cette affaire de Cour des Hiboux dont les redoutables agents malmènent aussi bien physiquement qu'intellectuellement Batman a l'étoffe d'une bonne saga. Le scénariste dénoue d'ailleurs rapidement le cliffhanger du précédent épisode pour relancer l'intrigue en s'appuyant sur le passé de Gotham, l'autre héroïne du récit.

Les dessins de Greg Capullo sont très dynamiques, même s'il est plus à l'aise dans les scènes avec Batman en costume (ses personnages non masqués ayant une fâcheuse tendance à tous trop se ressembler), et l'encrage de Jonathan Glapion valorise son sens de la composition et des décors.
*
Detective Comics (#2 : La fête est finie) joue un cran en dessous : Tony Daniel, au scénario et au dessin, a choisi d'embarquer la chauve-souris dans une histoire très (trop) glauque, dont la complaisance finit par (déjà) lasser.

Ce n'est pas tant de donner un adversaire encore dérangé à Batman que le sentiment que la série donne de surenchérir pour exister. Par ailleurs, il s'avère que ce titre se déroule effectivement à la même époque que les deux autres (Batman et Batman & Robin), et cette ubiquité du héros ne l'avantage pas - située dans le passé, aux débuts de la carrière du héros, elle aurait mieux trouvé sa place et même fait fructifier les autres...

Graphiquement, c'est inégal : Daniel réussit parfois très bien certains plans, certaines scènes, mais en ratent d'autres ou se contente d'effets faciles et répétitifs (à coup de splash et double pages).
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Batman & Robin (#2 : Mauvais sang) remonte spectaculairement le niveau et confirme son statut de meilleure production de la revue : Peter Tomasi bâtit en fait son scénario sur trois niveaux étroitement liés - la relation de Bruce Wayne et son fils Damian, le nouveau Robin aux tendances psychopathes ; leurs patrouilles, qui assurent le quota d'action ; et l'émergence du vilain Personne, lié au passé de Batman et qui le défie désormais directement sur un argument surprenant.

Cette trame est vraiment fabuleusement tissée, chaque motif enrichissant les autres, et conférant au récit une densité et un tempo imparables.

Ajoutez-y les dessins somptueux de Patrick Gleason, magnifiquement encrés par Mick Gray, avec une utilisation des à-plats noirs, un souci de l'expressivité, un découpage dynamique, et vous comprendez pourquoi c'est une telle réussite.
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Hélas ! Toutes ces qualités précitées font défaut à Batgirl (#2 : Couper court, trancher profond) : Gail Simone , pourtant aux commandes d'une héroïne qu'elle connaît bien, échoue complètement à lui donner vie et chair, et l'entraîne dans une course-poursuite à laquelle on ne parvient pas plus à s'attacher. 

On tourne les pages, piteusement dessinées par Ardian Syaf (et abominablement mal encrées et colorisées), avec un ennui croissant qui font de Batgirl l'équivalent de Superman dans "DC Saga".
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La revue est d'un niveau emballant, surtout grâce aux exceptionnelles réussites que sont Batman et encore plus Batman & Robin. Detective Comics peut mieux faire. Batgirl est au fond du trou (si profond qu'elle ne devrait pas en remonter de sitôt).   

Avengers 1 :

6 mois après son apparition, la revue est donc renumérotée, à l'occasion du relaunch, et son programme modifié. On pourra discuter de ce choix commercial et éditorial, qui surfe sur le succès en salles du film Avengers, quand Panini devra composer avec les conséquences du prochain event (Avengers vs X-Men, qui démarrera en vf en Novembre, et dont on commence à connaître les changements qu'il entraîne)... Mais, pour l'heure, voyons ce que donne cette nouvelle version.
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Avengers (#20-21 : H.A.M.M.E.R. Rassemblement !) remplace donc au sommaire Thor. C'est plus logique pour une revue qui porte le nom de la série, mais l'arc a quand même débuté depuis deux mois... Norman Osborn, qui a réuni plusieurs organisations criminelles (Hydra, A.I.M., la Main), veut en découdre avec les Vengeurs de Steve Rogers et porte l'affaire sur la place publique car il avait été jeté en prison sans procés (après Siege). Les héros partent à sa recherche en petits groupes et leur adversaire va profiter de cette dispersion pour les piéger...

Brian Bendis développe la revanche d'Osborn dans ses deux séries, Avengers et New Avengers (dommage que Panini n'ait pas voulu publier les deux titres dans la même revue), ce qui donne de l'envergure à l'histoire et la mesure des manigances du vilain. En séparant l'équipe en plusieurs binômes, il propose des team-ups intéressantes (comme Rhulk et Tornade) et ménage de vrais surprises quand on découvre les armes d'Osborn. La chute du 2ème épisode laisse les Vengeurs dans une situation compromise qui promet une suite alléchante, ce suspense est appréciable.

Graphiquement, Daniel Acuña réalise le premier chapitre et s'en sort toujours aussi bien : ses compositions sont soignées, ses personnages expressifs, et sa colorisation vive sert l'ambiance. Par contre, lorsque Renato Guedes le remplace pour l'épisode suivant, on déchante : le dessin n'est objectivement ni beau ni efficace (malgré une bonne idée de découpage dans la bataille aérienne impliquant la Vision et Captain America), c'est un choix de fill-in aussi curieux que mal inspiré.
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Captain America (#6 : Sans défense) reste en place et commence un nouvel arc, qui est toutefois, on s'en rend compte rapidement, étroitement lié au précédent. Steve Rogers est toujours en proie à des cauchemars où il perd ses pouvoirs et demande l'aide d'Iron Man. Oeil-de-faucon, pour lui changer les idées, l'embarque dans une patrouille en ville mais une mauvaise surprise attend les deux héros...

L'attraction de ce nouveau récit réside dans la présence au dessin du mythique Alan Davis, et il est évident qu'Ed Brubaker a écrit cette histoire en voulant tirer avantage des capacités de cet artiste de premier rang. Il convoque un bataillon de méchants familiers (Batroc, Zémo, l'escoude du Serpent...) et jette le Captain dans une situation très délicate.

Davis n'est peut-être pas (pas encore) dans sa plus grande forme, mais il délivre déjà quelques planches de haute volée, avec un découpage éclaté, et un dynamisme irrésistible. La série prend tout de suite une allure qui la distingue du tout-venant. Vivement la suite !
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Enfin, pour boucler le programme, Panini nous sert une curiosité comme eux seuls en sont capables puisqu'il s'agit des deux premiers volets d'une mini-série consacrée à... Iron Man (Transe 1-2), le même mois où "Marvel Icons" fait place à une revue "Iron Man" ! Ce n'est pas banal, et franchement, vu le résultat, quitte à proposer un bouche-trou, on peut déplorer qu'ils n'aient pas trouvé autre chose.

Après un énième malaise cardiaque, Tony Stark décide de s'opérer lui-même pour améliorer ses capacités bio-cybernétiques. Evidemment, tout ne va pas se passer comme prévu...

Alexander Irvine a signé cette histoire (en quatre parties, la suite et fin le mois prochain) pour le label "Marvel Knights" il y a deux ans, et si ça se lit sans ennui, ce n'est pas pour autant passionnant. Lan Medina illustre, colorisé (laidement) par Andy Troy : c'est parfois pas mal, souvent pénible, tout le temps figé. Bref, très dispensable.
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Le bilan de cette relance est mitigé : les Vengeurs tiennent leur rang (malgré l'intérim de Guedes), Captain America emballe, mais la mini-série Iron Man gâche la vue et le plaisir.     

Iron Man 1 :

Bon, on va la jouer rapide puisque je n'achète plus cette revue que pour Les Nouveaux Vengeurs, et comme je l'ai déjà déclaré, après la fin de l'arc en cours, j'arrêterai les frais car débourser 4,80 E pour un seul titre, c'est trop cher.
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Donc Les Nouveaux Vengeurs (vol. 2, #21 : Vengeurs Noirs - la renaissance) reprend directement là où cela s'arrêtait le mois dernier : l'équipe, après avoir affronté la nouvelle formation de Vengeurs Noirs de Norman Osborn (sur tous les fronts dans sa croisade anti-Vengeurs), battait en retraite car le Dr Strange était mal en point. C'est alors que Ragnarok, le clone meurtrier de Thor (apparu dans Civil War, créé par Hank Pym et Tony Stark et qui tua Black Goliath), barre la route des héros !
Cependant, la foule en colère puis les forces de l'ordre assiègent le manoir des Vengeurs pour leur demander des comptes...

La grande majorité de cet épisode se concentre sur l'affrontement entre les New Avengers et Ragnarok et Brian Bendis a choisi de laisser la vedette à Mike Deodato qui restitue avec puissance toute la brutalité de ce combat. L'adversaire permet à Wolverine de laisser libre cours à sa sauvagerie, comme rarement dans cette série, mais réserve aussi deux scènes décapantes avec Luke Cage et Iron Fist.
Cette bataille épique montre aussi la perversité du plan d'Osborn qui veut autant humilier les héros que les discréditer aux yeux du public. Lorsqu'on lit cet arc des New Avengers en même temps que celui des Avengers (HAMMER Rassemblement, dans la revue "Avengers"), on mesure mieux l'efficacité de cette saga à part entière et qui démontre que Bendis brille dans un cadre plus strict que dans un event où tous les acteurs ne sont pas utiles.

Mais, comme je le disais, c'est vraiment l'épisode de Deodato dont la furia visuelle convient idéalement à ce genre d'exercice : il réussit parfaitement à rendre compte du spectacle des belligérants qui ne retiennent plus leurs coups et sèment la désolation sur leur passage. Alors, d'accord, ce n'est que de la baston mais quelle belle bagarre !
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Pour le reste, hé bien, "Marvel Icons a donc vécu et est devenu "Iron Man", avec deux épisodes de la série écrite par Matt Fraction et dessinée par Salvador Larroca.

Puis Les Quatre Fantastiques sont de retour.

Mais bon, j'ai essayé de lire ça complètement, et dans les deux cas, ça m'est tombé des mains.
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"Marvel Icons" n'était déjà plus gâté depuis longtemps, mais ni son relaunch ni son changement de titre n'arrangent son cas. Reste New Avengers : c'est peu, vivement que cet arc se termine, je ferai des économies... 
Wolverine 1 :

La revue consacré au griffu canadien repart aussi au n°1, avec un peu plus de pages (64 au lieu de 48) et la série-titre cohabite avec Wolverine & the X-Men. Intrigué par la réputation flatteuse du scénariste, Jason Aaron, j'ai décidé de voir pour juger sur pièce.
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Wolverine & the X-Men a donc droit à deux épisodes (#1-2 : Bienvenue chez les X-Men ! Et à mort !) - la série sera diffusée à cette dose pour être raccord au moment où débutera la parution du prochain event Avengers vs X-Men à partir de Novembre, qui l'impactera.
Ce nouveau titre découle directement de la mini-série X-Men : Schism (publiée dans la revue "X-Men") au terme de laquelle deux camps de mutants se sont formés : d'un côté, l'option isolationniste prônée par Cyclope sur l'ïle d'Utopia au large de San Francisco ; de l'autre, la frange cohabitionniste défendue par Wolverine qui a choisi de se réinstaller dans l'institut Xavier (rebaptisé institut Jean Grey) de Westchester. La séparation s'est fondée sur le fait que Wolverine ne voulait plus que les jeunes mutants soient utilisés comme des soldats et réapprennent à vivre en paix avec les homo sapiens.
Wolverine a reçu le soutien de Kitty Pryde, du Fauve, d'Iceberg (et Malicia, Gambit, Rachel Grey, Rocket entre autres) mais aussi du Pr X (même si celui-ci reste en retrait, n'adhérant pas non plus à la philosophie de Cyclope).
Deux inspecteurs académiques viennent donc visiter l'institut, et la visite n'est pas de tout repos, surtout lorsque Kade Kilgore, le nouveau roi noir du nouveau Club des Damnés, vient défier Wolverine en promettant de détruire l'établissement et de provoquer une nouvelle haine anti-mutants...

Jason Aaron a eu une drôle d'idée en faisant de Wolverine un directeur d'école-enseignant, après avoir formalisé la rupture avec les disciples de Cyclope dans Schism... Mais, contre toute attente, non seulement cette idée fonctionne mais est traîtée sur le mode de la comédie (avec quand même pas mal d'action) ! Or, s'il y a bien un mélange délicat à réussir, c'est la mariage de la fantaisie et des super-héros (à moins de verser dans la parodie). Mais là encore, le scénariste fait mouche et emballe son affaire avec beaucoup de verve.
Les situations sont effectivement savoureuses, les dialogues piquants, la caractérisation bien sentie : on s'amuse franchement et quand Kilgore et son gang déclenche les hostilités, l'histoire bascule dans un joyeux délire avec tremblement de terre (dont l'origine est totalement foutraque), pluie de monstres de Frankenstein armés de lance-flammes, transformation des inspecteurs académiques... 
Tout ça, c'est la partie rigolade. Pour la dose d'action, c'est assez corsé avec Wolverine qui péte les plombs et, surtout, un authentique morceau de bravoure où le personnage d'Iceberg, souvent sous-exploité, hérite d'une scène d'anthologie. Le cliffhanger laisse augurer d'une nouvelle escalade dans l' "hénaurmité".

Au dessin, on retrouve Chris Bachalo. C'est un dessinateur qui m'a toujours posé problème : son style ne manque pas de puissance, dans un registre baroque-cartoony, mais avec des effets de découpage, d'encrage et de colorisation qui rendent l'ensemble parfois confus et pénible.
Il y a encore des plans un peu trop sombres, aux compositions alambiqués, qui nuisent à la lisibilité et donc à l'efficacité, mais pour le reste il faut reconnaître que c'est un choix judicieux car il traduit parfaitement plusieurs aspects du projet (la visite de l'école, avec un vrai soin apporté au décor, puis le chaos qui s'ensuit où tout part en vrille). Il est capable de croquer des gueules terribles à certains personnages comme de dessiner Kitty Pryde mignonne à croquer.
L'un dans l'autre, ce n'est pas parfait, mais il y a là des planches jubilatoires, à la (dé)mesure du script.
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Le premier épisode de Wolverine & the X-Men étant plus long que d'ordinaire (28 pages), pour boucler le sommaire, Panini propose donc un bouche-trou de 8 pages, issu du n°1000 (!) de la série Wolverine : il s'agit d'un bref flash-back sur Logan durant la seconde guerre mondiale, écrit par Vince Hernandez et joliment illustré par Luke Ross.
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Un relaunch décapant qui mérite qu'on s'y arrête - ne serait-ce que pour découvrir l'hilarant programme dispensé par l'institut Jean Grey...