vendredi 27 février 2015

Critique 580 : SPIROU N° 4011 (25 Février 2015)


C'est Papyrus qui fait la "une" cette semaine : Lucien de Gieter (83 ans, dont 40 ans sur cette série) prend sa retraite avec ce 33ème tome... Bon, bof ! Désolé pour le respect aux anciens, mais c'est pas très funky tout ça.

J'ai aimé :

- Dad. Pas facile de préparer de bons petits plats pour les gamines... Surtout quand le papa s'aperçoit que c'est effectivement infect. Nob reste toujours au sommet, et c'est un vrai régal.

- Maggy Garrisson : L'homme qui est entré dans mon lit (4/6). Maggy et son ex-employeur, le détective Wight, décident de s'allier pour dénouer l'affaire commune pour laquelle ils sont engagés (qui a volé les bijoux de la mère de leurs clients puisqu'ils sont innocents ?). Cependant, le magot de Maggy reste convoité comme elle le découvre quand son appartement a été cambriolé...
Une des preuves qu'une BD est bien fichue, c'est quand on en lit chaque épisode avec le même plaisir mais aussi quand l'intrigue vous mène par le bout du nez sans effort apparent : sur ces deux points, Trondheim et Oiry réussissent parfaitement leur entreprise, et on regrette que ce soit déjà fini dans deux n°.

- Mélusine. Je redonne un bon point à la série de Clarke car le gag de cette semaine, même s'il s'inscrit dans un feuilleton qui traîne depuis un moment, est plutôt bon. Mais il va quand même falloir que l'auteur songe à se renouveler.

- Le Parfum enivrant des mystères de l'Egypte. Sti et Pixel Vengeur profitent du retour de Papyrus pour produire ce petit récit de quatre pages où il se moque des égyptologues et adressent un clin d'oeil savoureux à Indiana Jones : c'est très bon, et plus marrant que le laborieux dernier effort de De Gieter. 

- Le Labo : Le tunnelier. Jean-Yves Duhoo revient avec sa bande éducative pour nous expliquer cette fois avec quelle machine et quels procédés on creuse des tunnels : ce qui est passionnant avec cette série, c'est qu'elle est non seulement instructive sans être barbante. En prime, quel épatant travail pour redessiner tout ça, de manière claire et fluide.

- Rob. Clutch se prépare à un entretien d'embauche et, surprise, son attitude débonnaire (je-m'en-foutiste même) fonctionne : James et Boris Mirroir sont à l'image de leur anti-héros, l'air de rien à la fin du gag, il tape dans le mille.

- Le Club des Huns. Pas facile de partir envahir la Gaule en abandonnant femme et enfants : pas grave, Dab's et son Attila s'en chargent en dégainant deux doubles strips bien marrants.

- Zizi chauve-souris. Suzie se débarrasse du Falquenin, mais cherche encore au moyen d'expulser le mec de sa mère : Trondheim et Bianco, après une brève absence, reviennent en grande forme.

- L'Atelier Mastodonte. Les malheurs d'Alfred (qui désespère de se créer un personnage intéressant) font le bonheur de Jérôme Jouvray et Guillaume Bouzard mais aussi du lecteur, ravi de retrouver les joyeux drilles après une semaine d'absence.

- Tash & Trash. Dino est égal à lui-même avec un nouveau strip encore plus expéditif que d'habitude. / Capitaine Anchois. Floris est aussi en verve avec ses réjouissants abrutis de pirates.

- Kid Paddle. Midam nous refait le coup du crossover avec Game Over : on ne lui en veut pas vraiment car c'est ainsi que ses gags sont les meilleurs.
Tiens, c'est la première fois qu'un gag des Nombrils
m'arrache un sourire : à suivre.

En direct de la rédak donne la parole à Pierre Bailly (auteur de Petit Poilu, après une tournée promo en Chine). Hélas ! on apprend aussi que la semaine prochaine Tamara est (déjà!) de retour...
Les aventures d'un journal revient sur l'adaptation en dessin animé de Papyrus : le plus drôle dans ce flashback, c'est qu'à l'époque la production avait été commandée par TF1 pour répondre à l'invasion des mangas... Alors que la fabrication était confiée à des nord-coréens !

Le bonus abonné est bien décevant : un poster, façon dessin mural égyptien, de... Papyrus - n'en jetez plus, la coupe est pleine !

mercredi 25 février 2015

Critique 579 : WONDER WOMAN, VOLUME 5 - FLESH, de Brian Azzarello, Cliff Chiang et Goran Sudzuka


WONDER WOMAN : FLESH rassemble les épisodes 24 à 29 et le n° 23.2 (First Born) de la série, écrits par Brian Azzarello et dessinés par Cliff Chiang (#27 et 29 plus une partie du #28), Goran Sudzuka (#24-26 et l'autre partie du #28), et ACO (#23.2), publiés en 2014 par DC Comics.
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(Extrait de WONDER WOMAN #29.
Textes de Brian Azzarello, dessins de Cliff Chiang.)

Nouveau souverain de l'Olympe, Apollon a capturé son frère, le Premier Né, après qu'il a subi une cuisante défaite en affrontant Wonder Woman. Bientôt Apollon apprend l'imminence d'une guerre, ce qui le motive à réunir le panthéon pour convaincre ses semblables d'accueillir Wonder Woman dans leurs rangs en tant que déesse de la guerre.
Cependant, cette proposition n'a pas l'heur de plaire à l'un des membres de l'Olympe et prépare sa revanche contre l'amazone...

Après les trois premiers volumes de son run sur la série, qui ont été mouvementés, le scénariste Brian Azzarello a rebondi dans une direction décisive lors du tome 4, impliquant dans l'intrigue le nouveau fils de Zeus. Les épisodes de ce nouvel arc narratif négocient donc avec les conséquences des derniers événements tout en entraînant le lecteur vers de nouveaux rebondissements.

Encore une fois, pourtant, l'auteur aboutit à un résultat qui laisse un sentiment très mitigé : il développe en effet une histoire complexe, elle-même alimentée par des "sub-plots". Apollon retient le Premier Né prisonnier sur le mont Olympe où il lui fait subir de multiples tortures, complaisamment détaillées, mais dans un but précis.
Pendant ce temps, sa soeur, Cassandre, le défie frontalement, n'hésitant pas à user de manoeuvres aussi crasses pour avoir ce qu'elle convoite. 
Pour couronner le tout (qui est déjà assez corsé), Azzarello met en scène la quête de Wonder Woman et sa bande pour retrouver un membre de leur famille qui a été kidnappé.

Tout ça fait beaucoup. Trop en vérité, et c'est devenu un défaut récurrent dans la série pour ne plus être indulgent ou espérer que cela s'arrange, même si, pris au jeu, le lecteur a quand même envie d'aller jusqu'au terme du run du scénariste pour en connaître le fin mot. 
Personnellement, je suis lassé par la narration d'Azzarello, qui, en définitive, n'a jamais réussi à maintenir l'excellent niveau de ses premiers épisodes, qui avaient le mérite de renouveler bien des éléments. Il s'agit bien de cela en fait : à force de mener son affaire en permanence pied au plancher, de bourrer jusqu'à la gueule son intrigue, d'animer un casting très (trop) fourni, la série ne respire jamais, les personnages sont grossièrement caractérisés, la lecture devient fatigante. 

Il ne s'agit pas de blâmer l'ambition manifeste du projet d'azzarello, mais de pointer ses excès, et en la matière le trop est l'ennemi du bien (c'est un reproche que j'adresserai à d'autres scénaristes, comme Rick Remender avec ses Uncanny Avengers par exemple).

Ainsi, même si le récit se déploie avec une efficacité certaine, compte tenu de ses nombreuses voies, et continue à surprendre encore, parfois, avec certains protagonistes (je pense en particulier à Héra, qui est devenue plus appréciable maintenant qu'elle doit apprendre à composer avec sa mortalité), toute la partie avec le Premier Né occupe trop d'espace, vole la vedette aux autres. Si on comprend pourquoi il est et reste un tel monstre, on n'éprouve toutefois peu de compassion pour lui, il est trop évident qu'il est là pour incarner un des méchants de service et guère plus. Azzarello échoue lourdement à imposer ce personnage en dehors de clichés rebattus pour justifier à quel point il est sinistre et tragique (souligner l'arrogance de Zeus pour expliquer tout ça n'avance pas à grand-chose, sinon à rabâcher à quel point le père des dieux peut avoir lui aussi été monstrueux).

C'est dommage car, par ailleurs, quelquefois, Azzarello parvient encore à séduire, notamment par la qualité de ses dialogues, exprimant souvent très bien les émotions des personnages. Mais c'est bien peu quand même.

L'action prime sur la majorité de l'intrigue, plusieurs des batailles mises en scène ne sont là que pour faire avancer l'histoire mais sans résoudre quoi que ce soit : tout cela est très mécanique. On saisit juste (mais on s'en doutait déjà) que le Premier Né représente une sacrée menace pour Wonder Woman, ce qui entretient un certain suspense quand à l'issue de leur duel.

La partie graphique apporte plus de satisfaction, même si, de ce côté-là aussi, la série est devenue sérieusement bancale. En effet, bien que Cliff Chiang reste présent, il ne signe en réalité que deux épisodes et demi, ce qui est peu pour un artiste crédité en premier sur la couverture et sur la page du sommaire, considéré comme le véritable co-auteur de ce run. Sa prestation n'a rien de honteux, il produit encore de belles pages, et la manière dont il représente les personnages féminins en particuliers reste superbe.

Mais, soyons justes, Goran Sudzuka (qui avait déjà prouvé sa solidité lorsqu'il remplaçait Pia Guerra sur Y : The Last Man) donne à voir des épisodes plus réguliers et achevés, en signant plus de planches dans tout ce recueil (trois n° complets et la moitié d'un 4ème).
Son trait est sobre, ses découpages dosés, mais il se dégage des deux une assurance, une qualité, une constance désormais supérieures à ce que fait Chiang. Rien de spectaculairement différent, mais ce "truc" en plus qui gagne l'attention du lecteur, le convainc que c'est ce dessinateur-là qui fait vraiment le mieux son job.

Un mot, enfin, de la colorisation de Matthew Wilson qui est impeccable comme toujours (il a d'ailleurs succédé à Javier Rodriguez sur le Daredevil de Mark Waid et Chris Samnee, sans que la série en souffre : belle performance). Les séquences nocturnes en particulier sont magnifiées par ses choix chromatiques toujours judicieux.

Malgré son cliffhanger et le développements de nouveaux éléments narratifs à la dernière minute, ce pénultième volume de Wonder Woman par Brian Azzarello ne gomme pas une déception bien consommée. Pourtant, tout avait si bien démarré...

mardi 24 février 2015

Critique 578 : THEODORE POUSSIN, TOMES 11 & 12 - NOVEMBRE TOUTE L'ANNEE & LES JALOUSIES


THEODORE POUSSIN : NOVEMBRE TOUTE L'ANNEE est le 11ème tome de la série écrite et dessinée par Frank Le Gall, publié en 2000 par Dupuis.
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En Novembre 1932, Théodore Poussin obtient une place de commissaire à bord du "Cap Padaran", un cargo mixte commandé par le capitaine Grandieu, à bord duquel va embarquer une troupe de théâtre depuis Dunkerque. Avant le départ du navire, l'inspecteur vient interroger les responsables car il est aux trousses d'un meurtrier en série surnommé "le requin" (à cause de son goût pour le sang).
Une fois en mer, Théodore remarque parmi les membres de la troupe le nom d'une vieille connaissance, Barthélémy Novembre, qui fut celui que son père biologique, le capitaine Charles Steene, chargea de veiller sur lui tout en l'empêchant de le retrouver. Novembre est un individu louche, comédien à l'origine, et Théodore le soupçonne d'être le tueur recherché par la police.
La disparition durant le voyage du régisseur et les relations exécrables entre les comédiens ajoutées aux doutes de Poussin entretiennent un climat tendu. Mais la vérité sera bien plus étonnante que ce que pense notre héros...

Trois ans séparent ce tome, l'avant-dernier de la série, du précédent (qui concluait le diptyque de La terrasse des audiences), et il est aisé de considérer que Frank Le Gall sentait la fin de son projet approcher : en effet, il mettra ensuite cinq ans pour livrer un nouvel album.

Pourtant, à la lecture, le dénouement ne se fait pas sentir et on a même le plaisir de constater que l'auteur est très inspiré par cette 11ème aventure placé sous le signe du polar, dans un registre proche des romans d'Agatha Christie. D'une manière très efficace, il revisite le genre en soi du crime en huis clos avec cette intrigue de serial killer ayant trouvé refuge sur un bateau.

Pour développer une histoire pareille, il faut avant tout un bon casting et Le Gall ne déçoit pas en imaginant une troupe de théâtre dirigée par Henri Ballet, un auteur qui ne recule devant aucune grosse ficelle pour faire frissonner son public, donc tout spécialement intéressé quand il entend parler de ce tueur en liberté. Les membres de son équipe se détestent tous et font tous d'excellents suspects, en particulier Desmoulins (expert des rôles sinistres), Flanquet (désigné comme "monstre"), Jacques (le jeune premier cynique) ou Mme Vallier (la doyenne méprisante), sans oublier M. Novembre (un personnage présent régulièrement dans le premier cycle de la série, ambigu à souhait, qui s'y entend comme personne en trucages et mystifications).

La résolution de l'affaire est assez originale pour satisfaire le lecteur qui aura d'abord voulu percer le mystère du "requin", mais le véritable intérêt du récit réside dans son ambiance bien campée par Le Gall, dont on éprouve toute la tension comme Théodore Poussin, cette fois dans une partition plus active que spectatrice.

Les dessins sont remarquables aussi. La représentation du "Cap Padaran", qu'il soit montré de l'extérieur ou de l'intérieur, est admirable, précise sans être surchargé de détails, avec ce trait clair et élégant qui fait de Le Gall cet artiste si talentueux. On devine facilement la documentation solide sur laquelle il s'est appuyé mais il ne cherche jamais à épater la galerie avec une reconstitution de cargo qui pourrait trop détourner l'attention du lecteur par rapport à son intrigue.

Ses personnages sont une fois encore parfaitement caractérisés, dotés de physiques immédiatement identifiables, permettant à l'histoire de se développer sans qu'on soit perdu par le nombre de protagonistes. La figure de M. Novembre domine ce casting fourni avec son charisme équivoque contrastant avec la bouille ronde de Théodore Poussin : peut-être n'est-ce qu'une idée que je me fais mais je ne peux m'empêcher de voir Louis Jouvet comme le modèle de ce fascinant individu.

Le découpage simple mais dense (une moyenne de dix plans par page) et la colorisation de Dominique Thomas, superbe, achèvent d'accrocher le lecteur.

Un nouveau chapitre passionnant dans la saga de Frank Le Gall.
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THEODORE POUSSIN : LES JALOUSIES est le 12ème tome de la série écrite et dessinée par Frank Le Gall, publié en 2005 par Dupuis.
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En Décembre 1933, Théodore Poussin s'est installé sur une petite île perdue d'un archipel indonésien où il possède une plantation de cocotiers, cultivée pour produire du coprah. Il est assisté dans sa tâche par le contremaître Bouis, qui mène les indigènes employés avec sévérité ; Martin, son vieil ami en charge de l'administration ; et M. Novembre, qui s'occupe du jardin.
Cette petite communauté de messieurs tranquilles va être perturbée par l'arrivée inattendue de Chouchou Bataille (voir les tomes 9 et 10, La terrasse des audiences 1 & 2). Elle est venue proposer à Théodore de faire leur vie ensemble, comme ils l'avaient envisagé autrefois. Cela le surprend tant qu'il demande un délai de réflexion.
Sage décision en vérité car, au détour d'une conversation au cours de laquelle ils évoquent André Clacquin, l'ami d'enfance de Théodore, ce dernier devine que Chouchou lui cache quelque chose à son sujet - et il finit par découvrir, accidentellement, qu'elle est déjà mariée.
La situation prend un tour plus dramatique lorsque le capitaine Crabb, avec lequel Théodore eut maille à partir jadis, débarque sur l'île en même temps que Clacquin : le premier pour se venger en s'accaparant les biens de Poussin, le second pour récupérer son épouse...

Ainsi donc, après cinq années d'attente, les fans de Théodore Poussin purent enfin, en 2005, découvrir son ultime (à ce jour, car il paraîtrait qu'un 13ème tome serait dans les tuyaux) aventure.

Comme c'est fréquent dans ce cas de figure, on peut (sur)interpréter facilement beaucoup d'éléments narratifs en voulant y déceler des signes de la fin de la série, comme si l'auteur voulait à la fois conclure en beauté et opérer une synthèse d'histoires antérieures. Ainsi il est à nouveau question (comme dans le tome 8) d'une maison dans une île, décor autour duquel gravite un groupe de personnages, mais cette fois sans renfort fantastique. 

La présence de plusieurs protagonistes déjà vus dans de précédents épisodes renforce aussi cette impression de dernier acte : on retrouve ainsi Chouchou Bataille (tomes 9 et 10), M. Martin (présent dans le premier cycle), André Clacquin (tome 7), et M. Novembre (revenu dans le tome 11 après avoir eu un rôle récurrent dans les six premiers tomes).

L'histoire se divise nettement en deux parties : d'abord avec l'arrivée de Chouchou et la reprise de sa romance avec Théodore Poussin, puis ensuite avec celles simultanées de Clacquin et du capitaine Crabb, tous deux venus récupérer quelque chose auprès du héros (l'un une revanche, l'autre sa femme). Cette construction donne au récit un aspect un peu déroutant, avec notamment une seconde partie beaucoup plus dramatique (et quelques scènes étonnamment violentes, comme une décapitation), alors que dans un premier temps l'incertitude autour du couple reformé par Chouchou et Théodore semblait indiquer une trame romantique plus classique.

Mais Le Gall est suffisamment habile et doué pour livrer une aventure à la fois intimiste, sentimentale et palpitante, durant 48 pages denses et fluides à la fois. La subtilité avec laquelle il anime ses personnages, le soin avec lequel il pose ses ambiances, assure au lecteur un excellent moment, tout à fait dans la ligne de ses précédents albums.

Graphiquement, c'est une merveille : encore une fois, les décors sont somptueux, Le Gall imaginant une île paradisiaque mais crédible, dont il exploite parfaitement différents sites (la maison, la plage, l'embarcadère, la plantation de cocotiers, la forêt, la montagne), et la colorisation de Dominique Thomas, avec ses à-plats sobres et dosés, ajoute au ravissement.

C'est aussi un plaisir de revoir Chouchou Bataille, un des rares personnages féminins de la série, que Le Gall a doté d'un physique délicieux, très élégant - le genre de fille dont on croit sans difficulté que le héros soit amoureux tout en s'en méfiant comme on se méfie de toutes les filles très mignonnes.
Le casting offre une collection de visages et physionomies variés, tous très crédibles dans leurs rôles, avec ce qu'il faut de contraste par rapport à Théodore Poussin et son éternel air de jeune homme lunaire et volontaire à la fois.

Le découpage suit sagement l'évolution d'une intrigue n'autorisant pas de fantaisies (alors que dans le tome précédent, Le Gall s'était essayé à des pages plus audacieuses, lors de la scène d'ouverture ou d'une séquence onirique). Mais cette simplicité n'a jamais empêché la série d'être efficace et plaisante.

Quel que soit l'avenir de Théodore Poussin, qu'il revienne ou pas dans une prochaine histoire, Les Jalousies constitue de toute façon un épilogue très abouti, pour une série dont le second cycle est vraiment un sans-faute. 

lundi 23 février 2015

Critique 577 : SPIROU N° 4010 (18 Février 2015)


Cette semaine, Spip tient le haut de l'affiche (suite à la suggestion d'un lecteur après un des "défis Spirou" de 2014) : il s'est incrusté à 26 reprises dans les pages de la revue (j'avoue ne pas avoir réussi à le repérer à chaque fois, donc si vous avez une meilleure vue que la mienne, n'hésitez pas à me laisser un commentaire) ! En tout cas, la couverture de René Hausman est magnifique.

J'ai aimé :

- Dad. Même si je préférai quand la série de Nob était en dernière page, je ne vais pas me plaindre de le retrouver chaque semaine car c'est chaque fois un bonheur : le gag de ce n° est une nouvelle merveille. (Et l'auteur a confirmé sur la page Facebook des amis de Spirou que le premier album de Dad sortirait en Mars, avant un tome 2 à l'Automne, sans compter l'adaptation en dessin animé de Mamette en cours de production !)

- Maggy Garrisson : L'homme qui est entré dans mon lit (3/6). Maggy annonce à son client qu'elle n'a pas trouvé les bijoux de sa mère chez sa soeur, mais elle s'aperçoit ensuite que son propre patron suit son commanditaire - ce qui signifie que la frangine l'a engagé pour la même affaire.
Dans l'interview qu'ils donnent juste avant cet épisode, Trondheim et Oiry reviennent en détail sur la conception de la série et de cette histoire : autant d'éléments qui sont parfaitement traduits narrativement et graphiquement. Maggy Garrisson est un mélange épatant de comédie sociale à la Mike Leigh et de polar nonchalant, mais à l'ambiance très prenante.

- Benoît Brisefer : Le gorille blanc (9/9). Benoît réussira-t-il à éviter l'attentat contre le président et arrêter le conseiller de celui-ci, à l'origine de l'opération ?
L'aventure arrive à son terme et trouve un dénouement efficace, même si un peu rapide : le bilan reste malgré tout positif, malgré quelques longueurs. 
Le vrai gagnant, c'est surtout Pascal Garray, dessinateur appliqué, solide, qui fait honneur au héros de Peyo.

- Spip a disparu. David De Thuin nous présente un récit en deux pages qui lui permet de jouer avec le défi de la semaine, de manière très marrante, et de nous présenter les deux héros de sa future séries, eux-mêmes des écureuils, évoluant dans une forêt peuplée de bestioles très divertissantes. C'est écrit avec malice et le dessin est très vif, avec un découpage serré (28 cases !).

- Fandor et Crayon. Thierry Martin se prête aussi au défi de la semaine et, comme il n'a pas (pas encore) de série régulière dans la revue, a créé deux héros (hélas ! éphémères) pour la peine. Résultat : 4 planches hyper dynamiques, pleines de références à Spirou, à Raymond Macherot, à Frédéric Niffle (le rédac' chef de l'hebdomadaire), avec un découpage ciselé (des gaufriers de 12 cases/page). Un auteur à suivre de près.

- Le Club des Huns. Dab's continue à raconter le recrutement des soldats d'Attila : cette fois, c'est un certain Berthold qui est sollicité. Chaque nouvel épisode est meilleur que le précédent pour ce titre qui se taille une place de choix dans la revue.

- Capitaine Anchois. Les pirates voudraient aller au ski, le capitaine veut d'abord un trésor : Floris met tout le monde d'accord dans ces deux pages toujours aussi drôles.

- Où est Spip ? Sti relève aussi le pari d'une histoire sur la disparition de l'écureuil et livre quatre pages sur un argument simple mais rondement mené, aussi bien pour le scénario que les dessins, regorgeant de clins d'oeil à Gaston.

- Les Cavaliers de l'Apocadispe s'ennuient à la fête. Libon, même en petite forme, ne déçoit pas avec ces trois héros losers, cette fois-ci lâchés dans une fête foraine. J'ai eu cependant beau lire et relire ces deux pages, je n'ai pas réussi à y trouver Spip alors que l'auteur assure l'y avoir caché.

- Rob. James et Boris Mirroir en ont terminé avec le petit feuilleton du cosplay, il est temps pour Clunch de retourner glander. Pas les meilleurs strips du duo, même si le second gag est très bien senti.

- Tash et Trash. Dino concocte le gag le plus cruel sur le thème de la semaine, mais c'est très drôle. / Capitaine Anchois. Floris a encore un strip rigolo en réserve.

En direct de la rédak donne la parole à David De Thuin, Thierry Martin et Libon pour le défi du numéro. Attention, un Spip est bien planqué dans le gag du XXIème siècle est parmi nous et un autre dans Les fifiches du proprofesseur...
Les aventures d'un journal revient sur Garonne et Guitare, une série de 1975 par Hardy et Mythic (restée inédite en album !).

C'est exceptionnel mais il n'y a pas d'Atelier Mastondonte cette semaine ! Les abonnés se consoleront avec le très bon stripbook de Sergio Salma intitulé Le nid de l'ami Spip.

Critique 576 : SAGA - VOLUME 4, de Brian K. Vaughan et Fiona Staples

 (Ci-dessus :La couverture américaine de l'album...
A laquelle on peut préférer celle de la version française,
publiée par Urban Comics, ci-dessous :) 

SAGA : VOLUME 4 rassemble les épisodes 19 à 24 de la série co-créée par Brian K. Vaughan, qui signe le scénario, et Fiona Staples, qui réalise les dessins, publiés en 2013-2014 par Image Comics.
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(Extrait de SAGA #20.
Textes de Brian K. Vaughan, dessins de Fiona Staples.)

Quelque temps a passé depuis que Alana, Marko, Klara (la mère de ce dernier), leur fille Hazel et leur baby-sitter Izabel (sans oublier Friendo, un énorme morse-hippopotame) on quitté la planète Quietus, où ils ont vécu leur précédente aventure. 
Ils semblent avoir retrouvé un peu de tranquillité en s'établissant sur la planète Gardenia, même s'ils résident toujours dans leur arbre-fusée, à l'écart de la ville. Marko s'occupe de sa fille, avec l'aide de sa mère et de la baby-sitter, cachant son visage derrière des bandages lorsqu'il l'emmène au parc pour enfants le plus proche. C'est là qu'il va rencontrer Ginny, une jeune femme dont le mari est souvent absent et qui lui propose de donner des cours de danse à Hazel pour canaliser son énergie.
De son côté, Alana a obtenu un rôle régulier dans un feuilleton télé diffusé dans toute la galaxie via le circuit ouvert, un studio de production où tous les acteurs se droguent grâce à Yuma, une décoratrice-dealeuse. Elle passe cependant inaperçu car elle joue avec un costume dissimulant ses ailes et un masque cachant son visage.
Mais la situation devient orageuse entre Alana et Marko lorsqu'il découvre la toxicomanie de sa compagne et elle sa relation (pourtant platonique) avec Ginny.
Pendant ce temps, le Prince Robot IV a trouvé refuge sur Sextillion, ignorant que son épouse a donné naissance à leur fils avant d'être tuée par un homme de ménage, Dengo, qui a pris la fuite avec le bébé en otage et qui veut que les abus de ses dirigeants soient publiquement dénoncés...

Avec ce quatrième tome, Brian K. Vaughan lance donc la deuxième "saison" de la série qu'il a co-créée : comme on avait pu le remarquer à la fin du précédent volume, en voyant que Hazel, la fille de son couple de héros en fuite, faisait ses premiers pas, un peu de temps s'est écoulé depuis les événements sur Quietus, où eurent lieu diverses confrontations décisives entre les personnages - explication tendue entre Gwendolyn et Marko, mise sur la touche (provisoire) du Prince Robot IV, mort du romancier Oswald Heist... De manière symbolique, ce deuxième acte s'ouvre par une naissance (comme pour le #1), montrée très crûment (d'ailleurs, ce nouveau tome accumule des représentations un chouia racoleuses, peut-être la réponse du scénariste et de sa dessinatrice à la censure dont ils ont fait l'objet sur le site comixology, plateforme de comics en ligne).

Dans ces six nouveaux épisodes, l'action se pose sur la planète Gardenia et se concentre sur l'évolution du couple formé par Marko et Alana : lui assume son rôle de père au foyer tandis qu'elle est recrutée comme actrice dans une série télé minable. Chacun se préserve de la traque dont ils font l'objet en se masquant, lui derrière des bandages sur le visage et des cheveux décolorés, elle grâce à son costume de scène (l'idée est brillante de faire d'Alana une actrice, donc forcément exposée, mais finalement méconnaissable grâce à son accoutrement).

Ces masques ne vont pas dissimuler bien longtemps la crise qui va toucher les amants quand Marko rencontre Ginny, une belle jeune femme dont le mari est souvent absent et qui loue ses services de professeur de danse. Même si le jeune homme ne commettra pas d'infidélité, il trouve ici un reflet cruel de sa situation personnelle lorsque Alana lui fait remarquer que c'est elle qui nourrit leur famille. Alana est en vérité bien plus responsable du mal qui va toucher son couple quand elle accepte de consommer la drogue que deale la décoratrice Yuma, d'abord pour supporter la médiocrité de ses conditions de travail et du rôle qu'elle interprète dans la série, puis, comme elle l'avoue à sa nurse Izabel, pour tenter d'oublier les cauchemars qu'elle fait depuis son séjour dans l'armée (un traumatisme qu'elle n'avait jamais évoqué jusqu'alors) et la tension permanente suscitée par le fait d'être toujours en cavale et sur le point d'être à nouveau traquée.

En posant ainsi ses héros, et en utilisant les seconds rôles dans leur entourage proche (Klara, la mère de Marko, qui essaie de faire son deuil d'Oswald Heist en lisant ses livres alors qu'elle ne supporte pas leur contenu mièvre et pacifiste ; Izabel, la baby-sitter, qui va pour la première fois se livrer sur sa mort et la relation amoureuse qu'elle vivait avant de sauter sur une mine), Vaughan en profite pour mettre à jour leurs failles, leurs doutes, leur épuisement moral et physique. Jusqu'à présent ils étaient en fuite, n'ayant jamais eu le temps de se reposer, se réfléchir : en s'établissant sur Gardenia, ils en ont l'occasion et le bilan qu'ils dressent est douloureux. Un geste impulsif, quoique inoffensif, suffira à faire voler en éclats la famille - et à relancer l'intrigue.

En parallèle, Vaughan n'oublie pas les autres acteurs de sa fresque romantico-fantastique : une large part est consacrée aux errances du Prince Robot IV, qu'on avait quitté bien amoché et qu'on retrouve en pleine débauche sur Sextillion. La révolte sanglante et désespéré de Dengo, un de ses concitoyens, issu d'un milieu pauvre, et touché par un drame personnel poignant, va provoquer un basculement étonnant à cette partie de la série, avec une succession de morts violentes, un enlèvement, et une fuite en avant délirante - là encore promise à des développements futurs prometteurs.
Gwendolyn, le Lying Cat et Sophie, mais aussi The Brand (la soeur de The Will) reviennent aussi dans le champ narratif, de manière percutante.

Fiona Staples est, depuis le lancement de la série, un de ses indéniables atouts et sa prestation sur ces épisodes ne dépareille pas avec ce qu'elle a déjà produit. Comme ne manque jamais de le rappeler son scénariste, sa contribution pour apporter cette merveilleuse étrangeté à Saga est essentielle.

Encore une fois, son imagination débordante pour créer des personnages au physique insensé mais parfois aussi au charme surprenant (à l'image de Ginny) et son travail sur les couleurs, avec des camaïeux superbes, des textures très étudiées (notamment dans le traitement des décors toujours floutées, ce qui brouille la frontière entre bizarrerie, rêve et réalité), sont remarquables.

L'intensité et la singularité de sa démarche esthétique est d'autant plus frappante qu'elles s'effectuent dans le cadre d'un découpage toujours aussi simple (une moyenne de cinq plans par page, ponctuée par trois plash-pages par épisodes, et au moins une double page par "story-arc") : le contraste est saisissant mais surtout le rythme de lecture est toujours très soutenu, ce qui fait de la série un redoutable "page-turner". 

Ce 4ème volume de Saga ne déçoit pas : on est désormais si attaché à ses héros, si happé par les péripéties qu'ils traversent, si séduit par la subtilité avec laquelle l'histoire est écrite et ébloui par le graphisme atypique de la mise en images, qu'on voit mal comment on pourrait décrocher.

dimanche 22 février 2015

Critique 575 : THEODORE POUSSIN, TOMES 9 & 10 - LA TERRASSE DES AUDIENCES (1 & 2/2), de Frank Le Gall

 
 (Couverture et extrait de THEODORE POUSSIN, TOME 9.
Textes et dessins de Frank Le Gall.)
 
(Couverture et extrait de THEODORE POUSSIN, TOME 10.)

THEODORE POUSSIN : LA TERRASSE DES AUDIENCES (1 & 2/2) est un diptyque formant le 9ème et 10ème tomes de la série écrite et dessinée par Frank Le Gall, publiés en 1995 et 1997 par Dupuis.
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Philippe Bataille est le nouveau résident général d'un petit état malais sous protectorat malais. Il a succédé à Bouilhet, dont il vient à suspecter d'avoir été soudoyé par le prince Abdul Navab, quand il reçoit dans une corbeille de fruits cent pièces d'or visiblement destiné à acheter ses bonnes grâces. 
Recevant son ami Augustin Poisson, qui est accompagné par Théodore Poussin, Bataille se confie aux deux hommes qui acceptent de l'aider à enquêter sur les réelles intentions du prince et la loyauté de Bouilhet. Ils reçoivent l'aide de Chouchou, la fille de leur hôte, courtisée par Poisson.
Lorsque le prince invite le résident général et sa suite à une visite à son palais, l'occasion est toute trouvée pour entamer les investigations. Une chasse aux tigres est organisée spécialement, mais bien vite le groupe devine qu'il s'agit d'une manoeuvre pour assassiner le prince.
Qui en veut à leur hôte ? Qui a trahi les intérêts de la France avec ces pots-de-vin ? Les suspects sont nombreux : le secrétaire du résident, Eloi Tiburce ; le conseiller du prince, Ali Hãfiz ; l'architecte du prince, René Chaumette ; son professeur de musique, Carmontelle ; le Dr Weichmann...

Avec ces deux épisodes, Frank Le Gall s'est lancé dans le récit le plus ambitieux de sa série en innovant sa narration mais aussi en débridant son graphisme, à tel point que le fond et la forme évoquent parfois celles des romans graphiques.

Tout d'abord, il anime un casting abondant mais qu'il réussit à présenter rapidement et de façon claire, ce qui ne ralentit pas une intrigue qui ne dévoile sa vérité que dans les dernières pages du tome 10. Pas moins d'une douzaine de rôles est distribuée, et même si Théodore Poussin participe de manière active à la résolution des mystères, il se fond dans cette distribution très équilibrée, où chacun a son grand moment.

Les relations entre les protagonistes sont complexes et garantissent de l'humour, du suspense, de la romance, des rivalités : l'un des personnages n'y survivra pas et sa mort ajoute de l'émotion à ce qui n'aurait été autrement qu'une enquête certes très bien menée mais un peu trop mécanique.

La situation initiale est très bien campée : le décor est vite et bien planté, dans ce petit territoire très riche où un prince affame son peuple pour mener à bien la construction d'un palais ruineux, projet pour lequel il semble vouloir acheter le fonctionnaire français qui protège son état. Cette histoire de corruption présumée densifie l'intrigue et sème le trouble dans l'esprit des héros comme du lecteur. Un troisième plan narratif met en scène le projet d'assassinat contre le prince et introduit un suspense très efficace, dont l'issue est réellement incertaine.

Le Gall se trouve à plusieurs reprises dans la position d'un conteur avec une matière si riche qu'elle l'oblige à trancher dans sa manière de la formuler, et plutôt que de découper des pages classiquement avec des personnages dialoguant pour exposer leurs états d'âme ou faire le point sur les affaires (d'espionnage, de corruption, de crime d'état), il a recours à une astuce épatante : il accompagne un texte qui occupe la majorité de l'espace, et rédigé comme des échanges dans une pièce de théâtre, d'une ou plusieurs (mais pas trop) illustrations. 

Cela lui permet d'économiser considérablement de place, de maintenir le rythme du récit, tout en le ponctuant de manière inattendue et imprévisible. Il a d'ailleurs le bon goût de ne pas abuser de cette ruse et ainsi de lui conserver tout son impact, en variant à chaque fois son usage (ainsi a-t-on droit à un dialogue romantique entre Théodore et Chouchou à la tombée de la nuit sur les hauteurs du palais comme à la "morale" de l'histoire par Théodore en présence de Chouchou, son père, le prince, Chaumette).

La toute dernière page est aussi très habile : un bref échange entre le prince et le résident indique que tout ce qui vient de se jouer marque en somme la fin d'une époque pour eux deux. Dans un futur proche, lorsque les empires coloniaux ne seront plus, les luttes d'influence et d'ingérence politiques ne se dérouleront plus de manière aussi romanesque.

Frank Le Gall est un artiste qui, avec cette série, a considérablement muté : en entrant dans la dernière ligne droite de sa saga (deux ultimes tomes viendront compléter le titre), il n'a plus rien de commun avec ce qu'il était à ses débuts. Son trait s'est affiné, raffiné, et le soin qu'il met alors à composer ses planches donnent aux aventures de Théodore Poussin un superbe cachet.

Une double page vient résumer cette évolution, cette maturité, et c'est celle où l'on découvre le décor principal de cette histoire : le palais du prince. Le bâtiment est représenté dans un plan large d'une beauté époustouflante, visiblement inspiré par une documentation bien choisie. C'est une image comme ça qui donne le "la" à tout un livre, en en soulignant l'exigence visuelle.

Mais ces deux albums sont aussi un régal pour les yeux grâce à un découpage exemplairement fluide, des personnages tous impeccablement caractérisés et crédibles, avec des visages, des expressions, un style vestimentaire qui les rend immédiatement identifiables et participent ainsi à la lisibilité de l'ensemble.

A plusieurs reprises, Le Gall joue, à la faveur de scènes nocturnes, avec les silhouettes des bâtiments et des personnages, et il manie cet exercice délicat avec un talent consommé, sans que rien ne nous échappe, dans des ambiances fascinantes. La colorisation du dessinateur et de Brigitte Findakly souligne l'excellence esthétique du projet.

Il n'est pas exagéré de parler de chef d'oeuvre quand on évoque ces deux tomes qui forment un récit ambitieux mais parfaitement maîtrisé. C'est assurément le sommet de la série.

jeudi 19 février 2015

LUMIERE SUR... MIKE MCKONE

MIKE MCKONE
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Avengers
Captain America
 Hawkeye
 Hulk
 Iron Man
 Thor
 Vision
 Black Widow
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 Catwoman
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La Justice League :
 Aquaman
 Batman
 Flash
 Green Lantern
Superman
 Wonder Woman
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Uncanny X-Men

mercredi 18 février 2015

Critique 574 : THEODORE POUSSIN, TOMES 7 & 8 - LA VALLEE DES ROSES & LA MAISON DANS L'ÎLE, de Frank Le Gall


THEODORE POUSSIN : LA VALLEE DES LARMES est le 7ème tome (et le premier du second cycle) de la série écrite et dessinée par Frank Le Gall, publié en 1993 par Dupuis.
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Théodore Poussin naît en 1902 à Dunkerque dans une famille aisée. Son père est un capitaine de la marine marchande et sa mère s'occupe de leur foyer, ils se sont mariés un an auparavant, le 18 Septembre - jour où le tsar Nicolas II de Russie, avec sa femme et leur suite, passèrent dans la ville.
A l'âge de 8 ans, Théodore entre à l'école Saint-Joseph tandis que ses parents vont se faire construire une maison à Rosendaël, la "vallée des roses" : cet emménagement prochain attriste le garçon qui sait qu'il n'y entendra plus les sirènes des bateaux, mais il s'efforce de rassurer sa jeune soeur, Camille.
Toutefois, dans cet établissement tenu par des curés, Théodore va faire une rencontre marquante avec un autre écolier, André Clacquin, qui deviendra son ami, avec lequel il jouera sur la plage aux pirates. Les jours s'écoulent, heureux et tranquilles, entre les visites de la cousine de sa mère (des précieuses mondaines), le passage d'un cirque, la fête foraine (en compagnie du grand-père, Pèpère), le retour du père (après le naufrage de son navire)... Jusqu'à ce que la guerre éclate.

Après un premier cycle de six albums, Frank Le Gall faisait une pause dans sa série pour conter les origines de son héros, Théodore Poussin. J'aurai aimé relire ses aventures par le début mais, malheureusement, tous les premiers épisodes n'étaient pas disponibles le jour où je me rendais à la bibliothèque municipale, et j'ai donc choisi de passer directement au second cycle.

Le Gall a signé avec Théodore Poussin sa série la plus connue et la plus personnelle (à ce jour) puisque son héros lui a été directement inspiré par un de ses ancêtres, dont les souvenirs ont servi de base au scénario de ce 7ème tome, Théodore-Charles Le Coq, qu'on peut voir en quatrième de couverture sur une photo prise en 1910.

Le récit ressemble en effet au développement qu'on aurait pu tirer à partir d'un daguerréotype, un vieux cliché dans un médaillon représentant un aïeul et résumant parfaitement toute une époque, dans lequel on peut deviner ce mélange d'insouciance liée à l'enfance et déjà une atmosphère lourde de menaces pour l'avenir. Au terme de cette rétrospective, on est en effet au début de la première guerre mondiale.

Pourtant, Le Gall ne signe pas une bande dessinée historique académique, lourdement signifiante sur des thèmes comme la fin de l'innocence, la barbarie du conflit qui embrasa la France, ou son impact sur une famille de la bourgeoisie dunkerquoise. Il s'agit davantage, et c'est tant mieux, d'un histoire sensible sur l'enfance d'un héros qui n'en a d'ailleurs ni l'allure ni le comportement : déjà, à huit ans, Théodore Poussin est plus un spectateur mélancolique qu'un acteur spectaculaire, il a ce côté lunaire d'un jeune garçon qui rêve d'ailleurs, regrettant de devoir déménager loin du port d'où il entendait les sirènes de bateaux et imaginait la vie des marins. Cet enfant, qui se vexe quand son père le raille gentiment à propos d'Ulysse (lui aussi fasciné par d'autres sirènes), voue pourtant un grand respect à son géniteur, ne pose pas de problèmes à sa mère, et éprouve une grande affection pour son grand-père. Il fait aussi la connaissance d'un ami cher à l'école, une relation inoubliable comme on en vit tous, et se montre protecteur envers sa petite soeur.

Cet aspect lisse du personnage est traduit visuellement par un dessin au trait simple, rond, d'une grande élégance : à ce stade de la série, Le Gall est un artiste parvenu à maturité, qui réussit à camper avec une économie admirable ses personnages en les rendant immédiatement mémorables, excellant aussi bien avec les enfants qu'avec les adultes et les vieux.

La simplicité de son style n'empêche pas le dessinateur de soigner les expressions et les attitudes et montre une capacité à traduire graphiquement des émotions sobres mais intenses. Les décors font aussi l'objet d'une grande précision, que vient souligner une colorisation à l'aquarelle splendide : on trouve dans cet album des plans et des pages qui sont peut-être les plus belles produites par Le Gall, à l'évidence le signe qu'il réalisait là une histoire qui lui tenait spécialement à coeur.

Théodore Poussin est un titre à (re)découvrir : il aura vécu 12 tomes, et n'a pas pris une ride. Mieux même, à partir de ce second cycle qui s'ouvre avec cet album, il donne à voir un auteur en pleine possession de ses moyens, narratifs et visuels, animant un héros attachant et atypique, qui détourne avec sensibilité les codes du récit d'aventures pour viser l'évocation délicate d'un voyageur contemplatif.   
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THEODORE POUSSIN : LA MAISON DANS L'ÎLE est le 8ème tome de la série écrite et dessinée par Frank Le Gall, publié en 1994 par Dupuis.
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En 1929, à Macassar (détroit d'Indonésie séparant Bornéo à l'ouest de Célèbes à l'est), Théodore Poussin prend la mer à bord de sa péniche en pleine nuit, par un épais brouillard. Un indigène, familier des marins du coin, le met en garde contre les pièges de ce voyage en évoquant une île maudite d'où on ne revient pas, ou, dans le meilleur des cas, fou.
Théodore part quand même, sans avoir été averti à temps qu'un ouragan était sur son trajet. Le temps se gâte en effet le lendemain matin et le jeune homme échoue sur une île, sans savoir ce qu'il es advenu de son navire. Il rencontre alors plusieurs étranges personnages, qui ne se côtoient jamais mais sont tous ennemis : une belle ornithologue du nom d'Isa Tchekhov, un poète, un chasseur...
Mais il y a aussi une belle maison sur les lieux, qui semble toutefois se dérober à chaque fois que Théodore veut s'en approcher. Et si cet endroit était la fameuse île maudite dont lui avait parlé Confucius avant son départ ?

La figure de l'île perdue et favorisant une ambiance magique, pleine de mystères, de promesses mais aussi de dangers, est un grand classique de la littérature d'aventures : il est donc logique que Frank Le Gall, dans le cadre de sa série, ait voulu l'aborder pour en extraire une métaphore sur la quête du voyageur, ses illusions, et les enseignements qu'il peut retirer d'une telle expérience.

Fidèle à ce que Théodore Poussin incarne, c'est-à-dire moins un baroudeur des mers qu'un voyageur passif et pénétré par ce qu'il traverse, le récit propose une intrigue envoûtante, qui souligne bien que la série est davantage construite sur des ambiances que sur des rebondissements. Le Gall ajoute à la difficulté de cet exercice de style en prévenant, pour ainsi dire, et son héros et le lecteur dès le début que le séjour sur l'île est une sorte de trip, mais dont on peut ne pas revenir - ou, si c'est le cas, en étant devenu fou. En éventant ainsi ce qui va se produire immanquablement, l'intérêt est donc moins de croire ou non à ce que va vivre Théodore qu'à l'état dans laquelle il en sortira.

Une fois encore, la personnalité lisse et passive du héros n'est pas un défaut mais bien un atout pour ce genre d'histoires où l'auteur veut tenter de le désorienter autant que le lecteur. L'identification sera d'autant plus efficace. Similairement à Alice aux pays des merveilles, Théodore croise des personnages tour à tour séduisants (Isa Tchekhov), déroutants (le poète), inquiétants (le chasseur), qui sont autant de figures symboliques : le désir, la rêverie, le danger sont autant d'états rencontrés que personnifiés. Même si cela pourra frustrer des lecteurs espérant une aventure plus classique, voire convenue, le résultat reste très efficace.

Le Gall a aussi l'occasion de dessiner un décor auquel tout artiste veut se confronter, dans le cadre d'une série pareille, et il donne à l'île toute la beauté, la puissance d'envoûtement, la luxuriance, requises. La maison, qui donne son titre à l'album, a la majesté et le raffinement qui convient.

Les acteurs de cette étrange pièce bénéficient encore une fois aussi de physiques bien campés, avec des expressions superbement rendues malgré une économie étonnante dans les traits, et un langage corporel subtil. Il faut aussi souligner la qualité des habits, avec une colorisation (réalisée par Le Gall et Dominique Thomas) superbe.

Ce 8ème volet des aventures de Théodore Poussin confirme tout le bien à penser de cette série, et de ce second cycle en particulier.

dimanche 15 février 2015

Critique 573 : DJINN, CYCLE OTTOMAN - TOMES 1 & 2 : LA FAVORITE & LES 30 CLOCHETTES, de Jean Dufaux et Ana Miralles


DJINN, CYCLE OTTOMAN : LA FAVORITE & LES 30 CLOCHETTES rassemble en un seul volume, paru en 2013, les deux premiers tomes (sur quatre), publiés respectivement en 2001 et 2002 par Dargaud, du premier cycle de la série écrite par Jean Dufaux et dessinée par Ana Miralles.
23 pages (sur 46) du hors série CE QUI EST CACHE complètent le sommaire de cet album édité par France Loisirs.
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 (Couvertures de l'album et du tome 1 et 
extrait de LA FAVORITE.
Textes de Jean Dufaux, dessins de Ana Miralles.)
 
 (Couverture et extrait de LES 30 CLOCHETTES.
Textes de Jean Dufaux, dessins de Ana Mirallés.)

De nos jours et en 1912, les destins de Jade, favorite du sultan Murati d'Istambul, et de Kim Nelson, sa petite-fille, qui cherche à percer les mystères de la vie de son aïeule qu'elle n'a jamais connue, se croisent lorsque la jeune femme entreprend de pénétrer dans le harem d'Ebu Serki.
Mais cette quête est dangereuse car le sultan Murati aurait caché un fabuleux trésor, objet de bien des convoitises. Et qu'en est-il de l'histoire de Jade, qui aurait trahi son maître après avoir pourtant, sur ses ordres, séduit lady Nelson, l'épouse d'un officier anglais venu convaincre le sultan de ne pas s'allier avec les allemands avant le début de la première guerre mondiale ?

J'avais acquis cet album en Mai 2014 lors d'un déstockage de la bibliothèque municipale de la ville où je réside pour un prix dérisoire (2 Euros !). J'étais alors pressé de découvrir cette série dont j'avais vu quelques planches ça et là et dont le sujet me semblait à la fois casse-gueule, exotique et excitant. Puis j'ai été distrait par d'autres bandes dessinées, oubliant quelque peu cet ouvrage, jusqu'à ce que je décide de le lire, enfin, hier.

Pour être tout à fait honnête, je connais mal l'oeuvre du scénariste Jean Dufaux, à part la série Rapaces qu'il écrivit pour le dessinateur italien Enrico Marini (une histoire en 4 tomes de vampires dans le New York d'aujourd'hui, mix d'épouvante, de polar et d'érotisme qui me fit de l'effet il y a une dizaine d'années, puis que je revendis). Mais la plupart du temps, les projets auxquels son nom est attaché m'indiffère. J'ai donc abordé Djinn sans a priori négatif mais, vu le temps que j'ai mis à le commencer, en ayant aussi perdu l'enthousiasme qui avait accompagné mon achat.

Le principal point positif, c'est que ce récit est efficace, mené sur un bon rythme, et développé à partir d'un argument intrigant. 
Les fantasmes autour du harem, lieu clos qui inspira un très beau film à Arthur Joffé (Harem, avec Nastassja Kinski, en 1985), peuvent aboutir à une bande dessinée pour adultes audacieuse pour peu que l'auteur qui s'en saisit réussisse à ne pas sombrer dans les clichés les plus racoleurs. Ces écueils, Dufaux ne les évite pas toujours, avec une certaine complaisance pour déshabiller ses héroïnes, mais le résultat est quand même beaucoup moins vulgaire que si Milo Manara (avec son obsession à dessiner sous les jupes de filles sans culotte) s'en était emparé.

En disposant sa narration sur deux époques, en jouant sur les correspondances, Dufaux raconte avec assez de subtilité comment Jade et Kim acceptent de se donner pour mieux obtenir ce qu'elles désirent : ce sont deux femmes fortes, aux caractères affirmés, qui affrontent leur soumission pour dépasser l'autorité des hommes.

Néanmoins, et ce sont là les points faibles, tout cela manque cruellement d'une ambiance prenante et souffre d'un déséquilibre flagrant dans la définition des trajectoires de la favorite du sultan et de sa petite fille. Kim Nelson avance au gré d'une quête qui n'a rien de bien palpitant et, si elle fait face bravement aux épreuves qui ne manquent pas de se dresser devant elle, peine à nous entraîner dans sa suite : tout ça pour en apprendre plus sur sa grand-mère, c'est cher payé, mais surtout elle accepte ce qui lui arrive avec trop de facilité (qu'il s'agisse de coucher avec des inconnus ou de surmonter un jour et une nuit dans le désert).
En revanche, en comparaison, Jade est une ensorceleuse d'un tout autre calibre, qui ne fait pas de quartier et doit composer avec des enjeux bien plus dramatiques et amples : il s'agit rien moins que de s'immiscer dans un jeu politique entre turcs, allemands et anglais juste avant une guerre mondiale. La série aura largement suffi à se concentrer sur elle et ses entreprises, quitte à ce que Dufaux n'organise que des cycles de deux tomes au lieu de quatre.

Le charisme de Jade ne fait pas seulement de l'ombre à sa petite-fille, il éclipse facilement tous les hommes qu'elle manipule ou que Kim rencontre (pour l'aider ou la manipuler). Dufaux ne dépasse jamais la limite de personnages masculins assez fades, des bellâtres ou de vieux notables, dont on peut s'étonner qu'il ne se méfie pas davantage d'une séductrice aussi experte.

Visuellement, pourtant, la série ne manque pas d'allure et profite à plein du talent d'Ana Miralles, une artiste espagnole qui, avant de s'engager dans ce projet, était reconnue pour ses dessins (notamment avec la mini-série Eva Medusa, chez Glénat) mais sans rencontrer le succès public.

Son trait délicat et tout en courbes dégage un charme puissant qui sied bien à une bande dessinée portant comme titre le nom d'un esprit oriental dont l'influence transcende l'espace et le temps. Elle travaille d'une manière originale, avec son mari Emilio Ruiz, selon plusieurs étapes : d'abord un storyboard d'après le script, puis des crayonnés poussés sur un très grand format (34 x 47 cm !) de page qu'elle calque ensuite sur un papier spécialement traité scanné pour l'encrage et le lettrage et avant qu'elle ne procède à la colorisation à l'aquarelle.

C'est souvent somptueux, et rattrape volontiers des situations qui tourneraient sinon à la représentation d'un érotisme digne d'un téléfilm. On peut déplorer qu'une telle dessinatrice n'ait pas accédé à la notoriété avec un meilleur matériel de base, tout en reconnaissant que, sans elle, Djinn ne vaudrait pas grand-chose.

Lorsqu'on arrive au terme de ces deux premiers tomes, on reste tout de même très partagé : il y a de la curiosité, avec l'envie de connaître au moins la fin de ce premier cycle, mais aussi de la méfiance, car l'attrait provoqué par de magnifiques planches compense difficilement un scénario qui peine à envoûter comme l'esprit convoqué par son titre.

DJINN : CE QUI EST CACHE est un hors série dans lequel le scénariste Jean Dufaux et la dessinatrice Ana Miralles détaillent les coulisses de la réalisation des albums.

Dans le présent volume, édité par France Loisirs, seule la moitié de ce hors série (soit 23 pages sur 46) est proposée.

C'est principalement la découverte d'illustrations inédites d'Ana Miralles qui constitue l'intérêt de ce complément de programme. De nombreuses esquisses, des aquarelles (toutes sublimes) et des "work-in-progress (de couvertures surtout, mais aussi d'études pour les personnages) permettent d'examiner avec plaisir la finesse du trait, les nuances du style de l'espagnole, et bien entendu sa maîtrise de l'aquarelle. 

La colorisation est l'atout maître de Mirallés, par ailleurs artiste aux découpages très classiques mais aux plans toujours soigneusement composés. Sa palette privilégie les teintes chaudes et lumineuses, qui s'accordent avec l'orientalisme de carte postale du scénario de Dufaux.

Le scénariste agrémente tout cela de commentaires d'un pompeux souvent risible, voire même d'une condescendance désagréable (quand il précise qu'il a corrigé les propos de son artiste, dont le français laisserait à désirer... Et qui parle toujours d'elle en tant que dessinateur et pas dessinatrice !). Tout ça n'est guère élégant, alors qu'Ana Mirallés sait, elle, nous parler de son travail avec bien plus de modestie, de mesure et de clarté.

Critique 572 : SPIROU N° 4009 (11 Février 2015)


Le Petit Spirou revient cette semaine (avec un traitement de faveur puisqu'il n'y a qu'une page en plus de la couverture : ni l'une ni l'autre ne sont d'ailleurs très inspirées). On notera que, pour une fois, la "une" mentionne d'autre séries de la revue (et pas forcément les meilleures...). 

J'ai aimé :

- Maggy Garrisson : L'homme qui est entré dans mon lit (2/6). Pour pouvoir fouiller le domicile de la soeur de son client, suspectée du vol des bijoux de leur mère, Maggy doit ruser avec son petit ami et un gros chien. Mais ce qui l'embête le plus, c'est de devoir rendre visite à sa propre mère...
Le récit de Trondheim progresse lentement mais avec une ambiance toujours aussi prenante et des personnages bien campés. Oiry dessine cela avec une rigueur impressionnante, suivant un découpage d'une douzaine de cases en moyenne par pages, ce qui assure une lecture dense.

- Benoît Brisefer : Le gorille blanc (8/9). Le gorille blanc a l'occasion de se venger des braconniers tandis que Benoît retrouve tonton Placide. Avec M. Dussiflard, le trio part pour la ville déjouer l'attentat dont le président est la cible.
Les pistes narratives se rejoignent et tout est en place pour le final (la semaine prochaine) : Benoît aura-t-il recouvré tous ses moyens pour empêcher l'assassinat du président ? Tout ça reste fort sympathique, même si le récit aurait gagné à être plus concis et que, en vérité, l'histoire du gorille blanc n'a jamais été au coeur du sujet.
Les dessins de Garray compensent efficacement les quelques longueurs de l'aventure.

- Les Cavaliers de l'Apocadispe et le pain au chocolat. Nos trois nigauds se perdent en ville après être partis à la recherche de meilleures pâtisseries que celles de leur quartier. 
Retrouver Libon et ses trois héros est toujours un régal, et cette fois ne fait pas exception : il a l'art et la manière d'exploiter un argument dérisoire et d'en tirer tout le parti humoristique. Les dessins, minimalistes, mais expressifs, ajoutent au plaisir. Vraiment drôlissime.

- Zizi chauve-souris. Entraînement de Suzie, cachotterie amoureuse de la chauve-souris, et retour du falquenin : trois strips encore très marrants et pleins de mauvaise humeur signés par Trondheim (décidément inspiré quand il se contente d'écrire) et Bianco.

- Le Club des Huns. Attila retrouve Bruno, un de ses anciens soldats, plutôt mentalement diminué : Dab's s'amuse (et nous avec) avec son chef de guerre dont la misérable armée compte un nouveau spécimen bien gratiné.

- Rob. James et Boris Mirroir continuent d'ironiser avec talent sur le cosplay, et leurs clins d'oeil aux "big two" (Marvel et DC) sont savoureux.

- L'Atelier Mastodonte. Lewis Trondheim s'énerve à Angoulême, pour le plaisir de ses fans. Bianco est aussi remonté, mais lui fait peur aux enfants. Ces deux doubles strips sentent le vécu, c'est savoureux.

- Tash et Trash. / Kahl et Pörth. Deux strips très rigolos, avec quand même une prime à celui de Dino.

- Kid Paddle. J'aime bien quand Midam adresse un clin d'oeil à son autre titre, Game Over, comme c'est le cas cette semaine (d'ailleurs, on peut s'interroger sur le fait que ce gag n'en fasse pas directement partie).

En direct de la rédak donne la parole à Roger Leloup qui, à 81 ans, annonce le retour imminent de Yoko Tsuno (à partir du n° 4017) ! Et la semaine prochaine, la star de la revue sera, comme promis, Spip (qui tapera l'incruste dans plusieurs séries).
Les aventures d'un journal revient sur la série Le privé d'Hollywood, qui rappellera pleins de bons souvenirs aux fans de Berthet (avant qu'il ne dessine Pin-Up), dont la parution fut expédiée en dépit de tout bon sens par le rédac' chef de l'époque.

Pas une grande semaine quand même.