dimanche 28 août 2022

LA FEMME QUI HABITAIT EN FACE DE LA FILLE A LA FENÊTRE (Netflix) (Critique avec spoilers !)


Vous avez trois heures et quelques devant vous et vous ne savez pas à quoi les occuper tout en voulant rigoler ? Laissez-moi vous conseiller les huit épisodes de La Femme qui habitait en face de la fille à la fenêtre, disponible depuis fin Janvier sur Netflix. Cette parodie des romans de gare est savoureuse et réussit à être captivante malgré son absurdité. En prime : Kristen Bell, actrice de comédie géniale.


Divorcée, Anna noie son chagrin d'avoir perdu sa fille dans des circonstances tragiques dans l'alcool et les médicaments ainsi que dans l'observation de ses voisins. Un matin, elle voit emménager dans la maison en face de la sienne Neil et sa petite fille Emma à qui elle achète le lendemain des gâteaux pour son école. POur faire connaissance avec Neil, elle lui apporte un plat de gratin mais surprise par une averse alors qu'elle traverse la rue, elle s'évanouit à cause de son ombrophobie. Elle se réveille dans son sofa au matin sans se souvenir comment elle est rentrée, mais après avoir fait un rêve érotique avec son voisin.


Hélas ! une mauvaise surprise attend Anna car Neil retrouve sa fiancée, Lisa, hôtesse de l'air. Elle se remet à boire et à absorber des calmants, contre l'avis de son psy, se rappelant qu'elle avait confié leur fille à son mari, agent du FBI. Il l'avait emmenée dans une prison de haute sécurité et l'avait laissée seule dans la salle d'interrogatoire avec un tueur en série cannibale qui l'avait dévorée. Sloane, la meilleure amie d'Anna, lui commande une peinture pour la prochaine exposition qu'elle organise, mais c'est un échec : contrariée par la présence de Lisa, elle saccage la toile. Anna consulte le compte Instagram de Lisa et découvre qu'elle suit celui d'un nommé Rex. Mais c'est alors qu'elle aperçoit la jeune femme égorgée dans le salon de Neil. Elle se précipite mais une averse l'empêche de franchir la rue.


L'inspectrice Lane, appelée par Anna, lui annonce qu'aucun meurtre n'a été commis chez Neil. Peu convaincue, elle se glisse chez lui apr effraction et trouve une boucle d'oreille près de la baie vitrée du salon avant d'être surprise et de rentrer chez elle, Neil lui ayant expliqué que Lisa est partie en voyage à Seattle. Anna cherche sur Internet le nom de la compagnie aérienne de Lisa mais ne trouve rien, puis pour en savoir plus s'adresse au FBI en se faisant passer pour l'assistante de son mari.
 

C'est ainsi qu'Anna découvre que la première femme de Neil est morte noyée. Suspecté, il est relâché rapidement. Mais peu après, c'est une enseignante d'Emma qui trouve la mort après avoir chuté du haut d'un phare lors d'une sortie scolaire. Anna se rend sur place et rencontre une photographe qui accepte de lui montrer un cliché qu'elle avait fait de la classe d'Emma ce jour-là : Neil accompagnait les enfants et l'enseignante. De retour chez elle, Anna voit Neil charger un gros sac dans le coffre de sa voiture. Elle le suit jusqu'à un cabaret où il se produit comme ventriloque, sa marionnette étant dans le sac. Lorsque Anna est de retour à son domicile, Rex l'attend à l'intérieur.


Rex explique à Anna que Lisa s'appelle en vérité Chastity et qu'il l'a connu dans un club où il était strip-teaseur. Ensemble, ils ont monté une arnaque pour plumer de riches veufs jusqu'à ce que Chastity cible Neil. Mais Rex était réticent à s'en prendre à lui à cause de Emma. Depuis quelques jours, il est sans nouvelles de sa complice. Troublée, Anna passe la nuit à faire l'amour à Rex. Dans la forêt voisine, la police, avertie, trouve le corps démembré de Chastity.


Au matin la police vient arrêter Rex chez Anna. Choquée d'avoir passé la nuit avec un tueur, Anna arrête la boissson et les médocs. Elle revoit Sloane et s'engage à peindre à nouveau. Elle soigne Buell, son homme à tout faire, qui s'est blessé à une main en lui installant une nouvelle boîte aux lettres. Lane lui rend visite et lui annonce avoir libéré Rex qui a un alibi. En revanche, on a trouvé un couteau à peindre à côté du corps de Chastity. Anna est embarquée.


Au poste, Anna clâme son innocence même si elle reconnaît qu'avec lles pilules et le vin qu'elle avalait, elle ne se souvient pas de certaines choses qu'elle aurait pu faire. Sa jalousie envers Lisa et son ressentiment envers Neil sont aussi de solides mobiles. Sloane paie la caution pour la sortir de cellule. Anna rappelle son psy, paniquée, lorsqu'elle entend des bruits provenant de son grenier. Elle y monte et découvre une toile lacérée représentant Lisa puis une couchette avec des effets appartenant à Buell. Celui-ci traverse la rue, un marteau dans une main, pour visiter Neil.


Surmontant son ombrophobie, Anna se précipite chez Neil et trouve Buell gravement blessé puis Neil poignanrdé. Emma la surprend en la menaçant avec un couteau de cuisine, avouant avoir tué successivement sa mère (qui voulait un autre enfant), son enseignante (qui avait une liaison avec Neil), Lisa (qui ne l'aimait pas) et son père (dont sa passion pour la ventriloquie l'exaspérait). Anna affronte Emma et la tue en état de légitime défense. Doug, le mari et le psy d'Anna, arrive sur les lieux avec la police. Un an après, Doug et Anna revivent ensemble et ont un nouvel enfant. Anna part à New York pour son expo à la galerie de Sloane mais, dans l'avion, elle constate la disparition suspecte de la passagère assise à côté d'elle et la signale au steward qui lui assure que personne n'était à cette place...

Cette fin laisse la porte ouverte à une saison 2 mais pour l'instant, rien n'a été communiqué par Netflix - et donc on peut douter que La Femme qui habitait en face de la fille à la fenêtre aura une suite. Dommage car c'est une comédie policière parodique épatante, aussi absurdement drôle qu'efficace.

Créée par Rachel Amras, Hugh Davidson et Larry Dorf, on reconnaît dans ce titre à rallonge des références à des romans de gare à succès adaptés ces dernières années pour le grand écran (comme La Fille du train d'après Paula Hawkins) ou le petit (La Femme à la fenêtre, déjà sur Netflix).

Bien que cette littérature ne soit pas sans qualités, elle s'appuie sur des clichés récurrents, avec un personnage féminin dépressif, qui noie son mal de vivre dans l'alcool et les anti-dépresseurs, jusqu'à ce qu'elle voit/croit voir un drame dans son entourage. Cela la sort de sa torpeur, plus ou moins franchement, et la pousse à enquêter, quitte à se mettre en danger et/ou à être confondue avec le véritable coupable.

Toutes ces grosses ficelles, La Femme qui habitait... les reprend à son compte et les détourne pour en rire. Mais les auteurs le font subtilement. On n'est pas ici dans un exercice outrancier façon Z.A.Z. (ou les Nuls), on mise sur l'absurde, le décalage, le pas de côté. Et on n'oublie pas d'entraîner le spectateur dans une intrigue qui sait être accrocheuse.

Car on pourrait presque regarder La Femme qui habitait... au premier degré et s'en contenter. Jusqu'au bout, on se perd dans des fausses pistes, des soupçons, des suspects successifs, c'est tortueux à souhait, et quand l'état mental de l'héroïne est interrogé, on se demande si en effet ce n'est pas elle qui a commis des atrocités dans un état second causé par les médicaments et l'alcool.

La réalisation est à cet égard remarquablement soignée : les lumières établissent des ambiances fortes, le décor de ce quartier pavillonnaire évoque Blue Velvet de David Lynch avec les secrets sordides dissimulées derrière de belles façades. 

Mais, bien entendu, il y a des éléments qui dissipent tout malentendu sur le véritable projet de la série. Par exemple, la consommation ahurissante de vin rouge d'Anna se traduti aussi bien dans les verres remplis à ras-bord qu'elle se sert que par ce saladier débordant de bouchons de liège qui trône sur la table de sa cuisine. Ensuite, il y a les circonstances, rappelées dans un flash-back hilarant, de la mort de sa fille, laissée négligemment dans la salle d'interrogatoire d'un tueur en série cannibale. Et ainsi de suite.

C'est par petites touches vraiment tordantes que la comédie s'installe et mine toute l'entreprise. Parfois ce mélange entre une intrigue qui pourrait être sérieuse au premier degré et cet humour parodique aboutit à des chutes de rythme frappantes, comme si les scénaristes avaient hésité à souligner telle ou telle intention, à emprunter telle ou telle direction. Mais il suffit d'une scène pour que tout bascule, comme la filature de Neil par Anna au terme de laquelle elle découvre que le gros sac suspect dans lequel elle imaginait trouver le cadavre de Lisa renfermait la manrionnette de ventriloque de Neil. Ou encore quand elle soigne la main de Buell qui est transpercé par un énorme clou et que l'homme à tout faire ne souffre pas du tout.

Le cas de Buell est un parfait exemple de la façon dont les auteurs du show nous mène en bâteau pendant toute la série. On le voit installer pendant sept épisodes une banale boîte aux lettres puis Anna se souvient que c'est lui qui l'a ramenée chez elle après qu'elle se soit évanouie sous la pluie. Lorsqu'elle découvre qu'il couche dans son grenier et qu'elle le voit traverser la rue d'un pas menaçant, un marteau dans une main, en direction de chez Neil, elle (comme nous) est persuadée qu'il est le tueur. Mais l'identité du meurtrier en série surprendra spectaculairement.

Le dernier épisode est complètement déjanté et très culotté en faisant d'une gamine de neuf ans la coupable d'assassinats violents aux motivations ahurissantes. C'est très politiquement incorrect mais jubilatoire. Et l'épilogue de la série, avec une guest-star de luxe (Glenn Close), est un clin d'oeil malicieux à Une Femme disparaît de Hitchcock (peut-être le film matriciel de tout ce sous-genre).

Le casting ne réunit pas de vedettes, à dessein, pour égarer le spectateur et faire de tous un suspect. Néanmoins, deux acteurs sortent du lot : Shelley Hennig est extraordinaire en arnaqueuse et Benjamin Levy Aguilar irrésisitible en complice benêt. Toutefois, le show tourne autour de sa comédienne principale avec des yeux énémourés : Kristen Bell est, comme toujours, fabuleuse. Révélée par la série culte Veronica Mars, elle a été la tête d'affiche de The Good Place sur Netflix pendant quatre ans, et cette fois encore sa vis comica est imparable. Son point fort : elle ne joue jamais en cherchant à faire rire, ce qui donne du relief justement à tous les moments complètement barrés de l'histoire. C'est incompréhensible qu'un tel talent n'ait jamais trouvé un cinéaste capable de lui donner un succès au cinéma car c'est un actrice géniale.

Pour les fans de Kristen, des parodies bien faîtes, ceux qui veulent se marrer pendant quelques heures en "binge-watchant" une série... La Femme qui habitait en face de la fille à la fenêtre est fait pour vous.

samedi 27 août 2022

CLICKBAIT (Netflix) (Critique avec spoilers !)


Mise en ligne il y a un an pile sur Netflix, Clickbait est une série complète en huit épisodes, créée par Tony Ayres et Christian White. Le pitch est remarquablement simple, addictif et glaçant, de quoi vous faire réfléchir à deux fois avant de vous inscrire sur site de rencontres et vous méfier des réseaux sociaux en général.


- (La soeur.) Le lendemain d'un repas de famille où elle s'est disputée avec son frère Nick, Pia Brewer découvre une vidéo dans laquelle il apparaît, blessé au visage, tenant des pancartes sur lesquelles il reconnaît avoir maltraité des femmes, en avoir tué une et qu'à cinq millions de vues il sera exécuté pour cela. Sphie, la femme de Nick, et Pia préviennent la police qui croit à un canular de mauvais goût. La vidéo devient virale. Pia découvre un message vocal de Nick qu'il lui a laissée dans la nuit après leur dispute où il s'excuse. Mais elle décide de dissimuler cette info à la police, craignant que cela n'accable Nick.
  

- (Le policier.) La vidéo ayant atteint le cap des cinq millions de vues, la police prend enfin l'affaire au sérieux. L'inspecteur Roshan Amiri mène l'enquête tandis qu'une application, Geonicking, encourage des détectives amateurs à rechercher Nick. Exploitant les infos du téléphone de Nick, Amiri découvre qu'il s'est rendu dans un bar et, sur place, le policier consulte la vidéo-surveillance, qui a filmé une bagarre entre Nick et un homme. Celui-ci figure sur les photos postées par Sophie sur ses réseaux sociaux : il s'appelle Curtis Hamilton et c'est un de ses collègues.


- (L'épouse.) Le cadavre de Nick est trouvé. Sophie annonce la nouvelle à leurs fils, Ethan et Kai. Puis les confiant à Pia, elle en profite pour se rendre en secret chez Curtis Hamilton, mais la police débarque et les embarque tous les deux. Hamilton est relâché car il a un alibi. Sophie avoue à Pia avoir eu une liaison avec Curtis et l'avoir avoué à Nick. Se sentant suivie, Sophie remarque une femme et l'interpèle : elle s'appelle Emma Beesley et prétend être la maîtresse de Nick, qu'elle a rencontré sur un site de rencontres en ligne. Un journaliste, Ben Park, l'aborde pour l'interviewer.


- (La maîtresse.) Emma est interrogée par la police mais elle a aussi un alibi. Elle s'apprête à repartir chez elle mais une voiture la percute. Hospitalisée, elle reçoit la visite de Pia, qui est infirmière dans le service où elle est admise, et devant Pia, elle admet n'avoir jamais rencontré Nick, seulement avoir parlé avec lui au téléphone ou avoir correspondu sur la messagerie du site de rencontres.  Amiri informe la soeur de Nick que celui-ci avait plusieurs profils sur plusieurs sites de rencontres en ligne, donc potentiellement plusieurs liaisons.


- (Le journaliste.) Avant de quitter définitivement Oakland, Emma est interviewée par Ben Park, qui souhaite creuser la piste des autres maîtresses de Nick. Avec son fiancé Cameron, il épluche les profils de Nick et découvre qu'il était en contact avec Jenny Burton, retrouvée suicidée chez elle apr son frère, Simon. Ils partent pour Sacramento le rencontrer mais Ben, en son absence, s'introduit chez lui par effractio, et dérobe le téléphone de Jenny. Ses méthodes déplaisent à Cameron qui reprochent à Ben de ne pas tenir compte des conséquences sur les vies des proches des victimes..


- (Le frère.) Modérateur sur Internet, Simon Burton est visité par Amiri à qui il confie que sa soeur Jenny était dépressive et qu'après sa rupture avec un homme contacté via un site de rencontres, elle a mis fin à ses jours. Amiri veut interroger Simon au poste mais celui-ci tente de s'échapper. Arr^été, il avoue tout : comment il a tout fait pour identifier l'amant virtuel de Jenny, enlevé Nick, l'a filmé et mis en ligne la vidéo qui l'accusait de maltraitance et de meurtre. Mais lorsque Nick lui a révélé que son père s'était suicidé, il a renoncé à le tuer, estimant qu'il n'aurait pas pu pousser Jenny à en finir. Témoin de son audition, Pia le croit mais pas Amiri.


- (Le fils.) Comme sa tante, Ethan doute de la culpabilité de Simon et, avec une amie qu'il s'est faite sur Internet, mène ses propres recherches. Il découvre que les photos postés sur les sites de rencontres par son père étaient trafiquées. Pia, elle, cherche qui pouvait avoir accès aux clichés originaux pour les détourner et Tara, la secrétaire de Nick au lycée où il travaillait comme préparateur physique de l'équipe de volley féminine, l'aide à accéder à l'ordinateur de Matt Aldin, le collègue de Nick. Lorsque Matt apprend que Pia le suspecte, il jure n'avoir rien fait. Ethan se renseigne alors sur Tara, la secrétaire, mais Kai, son petit frère, décide de faire justice lui-même.
 

- (La réponse.) Muni d'une batte de base-ball, Kai se rend chez Tara mais en la voyant, il n'y croit pas. Après qu'elle lui a offert un verre, elle et son mari, Ed, reconduisent Kai chez sa mère. Sophie alerte justement Pia de la disparition de Kai et Ethan découvre où il a dû aller. Ed et Tara emmènent Kai dans un mobil'home à l'extérieur de la ville pour le séquestrer et le tuer. La police s'y rend mais Kai a pris la fuite. Tara est arrêtée tandis que Ted rattrape Kai et le prend en otage. Cerné, il préfère se faire abattre que de risquer la prison. Tara avoue ensuite s'être servi des photos de Nick pour s'amuser, car elle était négligée par Ted, avant que celui-ci ne découvre son jeu. Nick, après avoir été laissé libre par Simon, ayant compris que seule Tara avait pu accéder à ses images privées, s'était rendu chez elle et Ted l'avait tué. Les funérailles de Nick peuvent enfin avoir lieu, son honneur est lavé.

Gros succès lors de sa mise en ligne il y a un an, Clickbait faisait partie des fictions que j'avais prévues de visionner un jour. Il m'aura fallu tout ce temps pour m'y mettre. Mais j'ai compris pourquoi cette série en huit épisodes avait si bien fonctionné.

L'accroche est rapide et très efficace : un homme est accusé de maltraitances et de meurtre sur des femmes et fimé en train d'avouer. La vidéo devient virale et toute la vie de ses proches est bouleversé tandis que la sienne ne tient plus qu'à un sinistre comptage : si cinq millions de curieux consultent cet enregistrement, il sera exécuté apr son ravisseur.

Deux points suffisent à expliquer pourquoi Clickbait est une machine si bien huilée, si addictive et si dérangeante. D'abord, la série dépasse le simple voyeurisme malsain (sans l'éluder) : on sait que Nick va être tué, mais on veut savoir si ce qu'on lui reproche est vrai. Ensuite, la narration est inventive puisque chaque épisode voit l'enquête progresser mais à chaque fois d'un point de vue différent.

Ainsi, la soeur de Nick, le policier chargé de l'affaire, l'épouse de Nick, sa maîtresse, un journaliste qui couvre ce fait divers, le frère d'une victime présumée de Nick, un de ses fils se passent le relais pour couvrir de la manière la plus exhaustive possible les recoins de cette intrigue. Tous les personnages bénéficient d'une caractérisation formidable, avec des attitudes ambiguës, des secrets troublants, des motivations solides. Ce qui n'empêche pas des surprises, des fausses pistes, des mensonges et un révélation finale étonnante (même si je l'ai trouvée un peu décevante, mais j'y reviendrai).

Pia est la soeur, affolée mais résolue à sauver son frère puis à le réhabiliter en confondant son assassin. Sophie est l'épouse infidèle, équivoque par sa réserve, mais en vérité complètement dépassée. Roshan est un flic méprisé par ses collègues qui lui reprochent autant son ambition que ses origines musulmanes. Emma Beesley est une femme esseulée qui a rêvé du prince charmant sans l'avoir jamais rencontrée au final. Simon Burton est un frère dévasté et qui veut se venger avant de comprendre son erreur. Ethan Brewer est un fils doutant de son père mais qui refuse qu'il soit traîné dans la boue et ne se résigne pas. Seul le personnage de Ben Park, le journaliste arriviste, m'a paru trop cliché.

L'affaire ne s'étale que sur quelques jours, chaque épisode est donc très dense, les informations affluent, il faut être attentif. Si on consent à cet effort, alors l'épilogue peut décevoir car Tara n'est peut-être pas une coupable assez satisfisante (même si sa culpabilité est indéniable). Personnellement, je trouve que Matt Aldin, pris dans une affaire de revenge porn parallèle à l'intrigue et sans rapport avec la mort de Nick, aurait mieux convenu. Toutefois, c'est un sentiment, pas un reproche : tout est bien expliqué, logique, terrible. Simplement, les motivations de Tara (rien de plus que du "bovarysme" en fait) semblent bien dérisoires pour aboutir à une telle machination.

La série est également excellemment filmée, très sobrement, mais nerveusement. On ne s'ennuie pas une seconde et quand on découvre qui est le coupable, après l'interrogatoire de Simon qui paraissait tout désigné, on a droit à un crescendo final, un climax haletant.

Le dernier point fort s'appuie sur le casting. Pas de vedette dans Clickbait mais une troupe d'acteurs impeccables, bien choisis, crédibles. Adrian Grenier incarne Nick en lui donnant tour à tour le visage du martyr et du sale type. Betty Gabriel est impériale en épouse trompée et infidèle qui a du mal à extérioriser ses émotions. Phoenix Raei est parfait en flic buté et prudent. Daniel Henshall est poignant en frère meurtri. Enfin, Zoe Kazan dans le rôle de Pia imprime dès le premier chapitre une énergie déesepérée à la série et on la suit, solidaire, dans cette descente aux enfers, où le doute vous ronge à chaque rebondissement.

Clickbait méritait son succès. Et son habileté narrative plus son casting irréprochable expliquent sa réussite. Pas la peine de résister : suivre ces huit épisodes est implacable.

FABLES #154, de Bill Willingham et Mark Buckiingham


Fables #154 est la quatrième partie de l'histoire The Black Forest. Le cap du premier tiers de cette saga est franchi ici. Bill Willingham semble pourtant se moquer de ce décompte et poursuit, à un rythme de sénateur, son intrigue, toujours centrée sur la famille Wolf et la nouvelle Jack in the Green. Mark Buckingham nous gratifie de planches une nouvelle fois superbes. On passe un bon moment, même si on aimerait que la suite s'anime davantage.


Dans la forêt noire, l'écuyer Polly a rassemblé les animaux pour les convaincre de l'aider à chasser Bigby Wolf et sa famille. Mais l'apparition inattendu d'un visiteur sème la panique.


Connor Wolf rencontre un chevalier errant qui souhaite avoir un épéiste à ses côtés. Blossom trouve des coffres scellés qu'une voix veut lui faire ouvrir. Winter plonge dans un royaume inconnu.


De son côté, Ambrose, toujours captif de Mr. Kyrkogrim, reprend ses esprits et repart après avoir dominé sa peur. Il promet qu'il reviendra voir son hôte.


Gwen, accompagné de M. Ours, décide de s'engager dans une quête sans savoir où cela va la mener pour mériter son titre de Jack in the Green.

Les épisodes se suivent et se ressemblent. On a l'impression, ne nous le cachons pas, que la saga de la Forêt Noire fait un peu du surplace depuis que Bill Willingham nous a ramnés dans le monde des Fables et nous a introduits aux protagonistes de sa saga.

Partir pour une intrigue de douze épisodes, c'est faire une long voyage, sur une année (si la série ne prend pas de retard en cours de route), et on attend, légitimement je crois, à ne pas s'ennuyer. Pourtant, est-ce vraiment possible ? Peut-on écrire un récit aussi long sans creux, sans passage à vide, sans baisse de régime ?

Ce qui est certain, c'est que le pari initial - nous faire revenir dans cet univers si spécial après dix ans d'absence - est gagné. J'ai pour part du plaisir à renouer avec les héros de la série, à déambuler dans ces décors, à découvrir de nouvelles situations, à voir se dessiner de nouvelles aventures.

Non, le souci est ailleurs : c'est une question de rythme. C'est un peu trop tranquille, un peu... Mou. On arrive au quatrième sur les douze que comptera cet arc narratif, ce qui signifie qu'on franchit un tiers du projet, et pour l'instant, les connections entre les différents pistes narratives sont loin d'être claires. On navigue à vue, on prend son mal en patience.

Si on fait, comme moi, confiance à Willingham, alors il suffit d'attendre, même si c'est frustrant. Par contre, si on trépigne un peu plus, je peux admettre que cest compliqué. Le scénarist semble semer des bouts d'intrigues un peu aux quatre vents sans donner au lecteur de direction d'ensemble, sans doute parce qu'il veut s'économiser, en garder sous le pied et peut-être aussi pour nous tester. Il est vrai que si rien ne semble avoir beaucoup changé, ce n'est pas non plus la même chose qu'il y a dix ans : à part Bigby, Blanche Neige, leurs enfants, un peu Cendrillon, tout le reste a disparu. De nouveaux protagonistes apparaissent, aux desseins troubles comme Gwen, Peter Pan et les créatures croisées dans cet épisode.

L'essentiel de l'épisode est en effet une succession de saynètes avec les "Cubs" qui parcourent la forêt noire et y font des rencontres ou des découvertes. Connor croise un chevalier errant qui l'embarque dans son voyage parce qu'il a besoin d'un épéiste à ses côtés (pourquoi ?). Blossom découvre des coffres cadenassés et enchaînés et une voix la conjure des les ouvrir, malgré sa réticence (évidemment elle va le faire et évidemment ça n'augure rien de bon). Quant à Winter, elle atterrit dans un royaume inconnu dont on ne revient normalement pas.

Willingham conclut cependant l'aventure d'Ambrose pris au piège dans une maison. La façon dont la situation se retourne en dit long sur la malice d'Ambrose, qui est moins benêt qu'on ne l'imagine, plus puissant aussi. Et tout indique que ce segment n'est pas terminé.

Enfin, Gwen avec M; Ours part pour New York sans le savoir. J'ai d'abord cru qu'elle allait croiser les "Cubs" mais maintenant il me semble bien que sa quête pourrait la mener à Cendrillon ou Peter Pan. Ce ne sont que des hypothèses personnelles, et il est donc très possible qu'elles soient incorrectes, que Willingham me réserve des surprrises. Mais quoi qu'il en soit, pour ce personnage comme les autres, j'attends du mouvement.

Heureusement, cette baisse de règme narrative est en quelque sorte compensé par les dessins de Mark Buckingham. L'artiste affiche une complicité telle avec son scénariste que ce dernier lui donne ce qu'il préfère dessiner. Et ça commence fort avec une double page somptueuse avec les animaux de la forêt réunis par l'écuyer Polly. Buckingham est tujours excellent pour représenter les animaux qu'il anime comme de véritables acteurs et la scène est à la fois tendue et électrique avec une chute (au sens littéral) amusante.

Le reste ne déçoit pas non plus. L'environnement de la forêt offre à l'artiste l'occasion de composer des images détaillées qui accrochent le regard et permettent d'admirer son investissement graphique. Les enfants sont campés avec réalisme, la seule à échapper à une forme de normalité étant Winter (la plus puissante de la meute) avec son costume stylisé.

Les couleurs de Lee Loughridge (qui les assure depuis le tout début de la série !) établisssent des ambiances soignées, correspondant à chacun, en particulier Gwen dont l'habit vert lui sert presque de camouflage dans la nature sauvage de la forêt mais devient folklorique quand elle se téléporte aux abords de la ville.

Un épisode en demi-teinte donc. Je ne suis pas découragé car j'adore Fables et son retour me ravit. Tout ce que j'espère, c'est que l'intrigue se bouge un peu plus et qu'on y voit plus clair dans ce qui lie tous ces personnages.

La variant cover de Mark Buckingham.

vendredi 26 août 2022

MINOR THREATS #1, de Patton Oswalt, Jordan Blum et Scott Hepburn


Voilà une mini-série qui m'a été conseillé. Je n'en attendais rien, et j'ai été conquis. Minor Threats est publiée par Dark Horse Comics et comptera quatre numéros. On la doit au comédien Patton Oswalt et à l'auteur Jordan Blum, avec le dessinateur Scott Hepburn. Ces "menaces mineures" sont des super-vilains de troisième zone engagés dans une mission à haut risque - mais ce n'est pas un remake de Suicide Squad.


Frankie alias Playtime a débuté sa carrière de super-vilaine aux côtés de sa mère, Toy Queen. Après plusieurs séjours derrière les barreaux et le départ de sa fiancée, elle décide de se ranger.


Elle décroche une place de barmaid dans un tripot fréquenté par des super-vilains lorsque, une nuit, l'un d'eux déboule avec son complice, gravement blessé par le super-héros the Insomniac.


Twilight City est en ébullition et la super-équipe de héros, le Continuuum, traque l'assassin du Kid Dusk, le sidekick d'Insomniac, tué par the Stickman.


Frankie a alors une idée et la partage avec quelques gredins : à eux les premiers de débusquer the Stickman et de le tuer avant que le Continuum ne mette leur quartier sans dessus-dessous.

Pour tout vous dire, je n'avais pas coché sur ma liste d'achats Minor Threats. J'avais déjà assez de lectures pour cette semaine (et en général), mais un ami, fan de comics indés, m'a prêté ce premier épisode en me le recommandant avec enthousiasme.

Et je me suis régalé avec ce premeir épisode de presque quarante pages, le premier d'une série de quatre. L'idée vient du comédien Patton Oswalt, connu entre autres pour avoir prêté sa voix à Rémy, le héros de Ratatouille (en vo) ou plus récemment à Pip le Troll (dans la scène post-générique de fin des Eternels). Fan de comics, Oswalt a beaucoup d'amis dans le milieu et il est devenu celui du scénariste Jordan Blum, qui a écrit la série animée Marvel's M.O.D.O.K., dans laquelle Oswalt donnait de la voix.

Ensemble, ils ont pitché cette histoire à Dark Horse Comics et se sont adjoints les services du dessinateur Scott Hepburn (qui a officié sur la série Drax chez Marvel en autres). Ou comment une bande de super-vilains de troisième zone vont s'unir pour sauver leur peau et leur quartier après qu'un justicier ait perdu son sidekick, assassiné par un criminel de haut niveau.

Le drame secoue Twilight City et ses bas-fonds où l'équipe à laquelle appartient the Insomniac se met à traquer d'éventuels coupables pour éviter que leur collègue ne tue the Stickman, le meurtrier. Les références sont donc sibyllines : le Continuum renvoie à une formation comparable aux Avengers ou la Justice League, the Insomniac et son partenaire Kid Dusk à Batman et Robin, the Stickman au Joker. Et le groupe que rassemble Frankie/Playtime serait l'équivalent de vilains de fond de placard chez un grand éditeur.

Mine de rien, Minor Threats, sous ses airs de comédie supér-héroïque, vise juste : on comprend que le Continuum veut trouver the Stickman avant the Insomniac moins pour éviter qu'il s'en débarrasse que pour protéger leur image de marque (c'est bien connu, les héros ne tuent pas). De son côté, le groupe agrégé par Playtime ne peut supporter que the Stickman ruine tous leurs projets, quels qu'ils soient (cela va de la volonté de Frankie de reprendre une vie normale après plusieurs séjours en prison à l'envie de certains de ne plus vivre dans l'ombre du Stickman ou de cesser d'être souffre-douleurs de super-héros).

D'une certaine manière, la mission que s'assignent Frankie et ses acolytes a une forme de noblesse puisqu'elle consiste à faire le bien en éliminant un authentique criminel, qui a franchi la ligne jaune. Et un parallèle passionnant se révèle avec the Insomniac qui a commencé à se venger en brutalisant à mort un pauvre bandit costumé n'ayant rien à voir avec la mort de Kid Dusk. C'est comme si Batman dépassait les bornes pour se venger du Joker. Est-ce que la Justice League couvrirait Batman ? Ou tenterait de l'arrêter comme le Joker ?

Le scénario de Patton Oswalt et Jordan Blum a quelque chose de rocambolesque, parodique et en même temps singulièrement profond, trouble. Les éloges sur la couverture de Taika Waititi incite à penser qu'il s'agit d'un divertissement coloré, délirant et léger. Mais quand on s'y plonge, c'est beaucoup plus équivoque et captivant. A voir comment cette intrigue va être développée.

Avoir fait appel à Scott Hepburn, qui a quelquefois joué les remplaçants-assistants de Chris Bachalo (notamment sur une série Spider-Man/Deadpool), est une excellente inspiration. Hepburn n'a pas un style photo-réaliste ni réaliste, ses personnages ont une anatomie exagérée et une expressivité outrancière, telles qu'on peut aussi en trouver chez des artistes comme James Harren, Sanford Greene ou Humberto Ramos.

Avec les couleurs vives de Ian Herring, l'univers de Minor Threats est solidement campé. Les décors traduisent la déchéance des bas quartiers bâtis sur le corps d'un kaiju tué par le Continuum et laissé sur place, au mépris des habitants les plus pauvres. Les costumes des super-vilains sont criards et grotesques, non pour les ridiculiser mais pour souligner leur peu de moyens financiers (pas de quoi se payer de super costards quand on est régulièrement envoyé en taule ou qu'on ne récolte que de maigres butins).

Mais ces losers ont quelque chose de sympathiques crapules, plus cools que les super-héros règnant sur Twilihgt City tels des dieux jugeant d'un regard sombre la plèbe de la cité. Ils se réunissent dans un troquet minable mais où on les accueille sans leur faire d'ennuis et ils se charrient volontiers sur leur carrière (Frankie est ainsi raillée parce qu'elle a été arrêtée par la police et non par un super-héros).

Scott Hepburn leur croque des trognes savoureuses, qui les rend attachants. Ainsi quand Frankie va voir sa mère, désormais âgée, celle-ci n'est pas une ancienne vilaine fatiguée mais une femme mûre qui rêve encore d'un gros coup et de récupérer son pistolet, conseillant à sa fille fauchée de braquer une banque. Le moblier de l'appartement de l'ex-Toy Queen est un réduit encombré très minutieusement composé par l'artiste.

Frankie est touchante dans ce mélange de lassitude et de détermination : elle veut tourner la page, se rabibocher avec sa fiancée Maggie, revoir sa fille (qu'élève son premier mari), mais finit par admettre que pour atteindre tout cela, elle doit faire le ménage elle-même et s'investir dans une mission suicidaire (trouver et éliminer the Stickman avant que the Insomniac ne mette le quartier à feu et à sang). Les rues qui mènent au bar où travaille Frankie et tout le quartier environnant est un payasage surréaliste, grouillant d'une faune bigarrée dans des immeubles décatis.

Grâce à son écriture fouillée et son imagerie fournie, Minor Threats cache bien son jeu : derrière la série B il y a un comic-book plus social qu'il n'y paraît et sous la parodie une critique acide des codes des comics super-héroïques, le tout au service d'une intrigue très prometteuse.

jeudi 25 août 2022

DO A POWERBOMB ! #3, de Daniel Warren Johnson


Sorti la semaine dernière, le troisième épisode de Do a Powerbomb ! prouve à nouveau que l'imagination de Daniel Warren Johnson ne connaît aucune limite. Avec cet auteur complet, tout est permis, y compris les idées les plus farfelues, les mélanges les plus inattendus. A partir de là, on aime ou on déteste, il n'y a pas d'entre-deux : ce n'est pas de la BD pour les tièdes.


Cobrasun et Lona traversent le passage qui les mèent au royaume de Willard Necroton. Ils s'inscrivent pour le tournoi de catch où il les a invités, parmi d'autres combattants venus de tout l'univers.


Après une halte au bar où ils ont été pris à parti par deux concurrents ivres et où ils ont rencontrés deux autres adversaires, Cobrasun et Lona assistent à la présentation du tournoi et des prétendants au titre.


Confrontés à un duo d'ourang-outangs, Cobrasun décide de débuter le match. Mais il reçoit une raclée. Pourtant, il refuse de laisser entrer Lona en jeu alors qu'une défaite les exclurait de facto.


Lona prend l'initiative de monter sur le ring et renverse le cours de la partie avec quelques coups acrobatiques spectaculaires. Cet exploit ne passe pas inaperçu auprès de leurs futurs opposants...

Attention, spoilers ! le deuxième épisode s'achevait par la révélation de la véritable identité de Cobrasun : il s'agit en fait du père de Lona et donc mari de Yua Steelrose. Cela complexifie drôlement la situation puisqu'il a tué accidentellement sa partenaire sans que leur fille le sache et qu'aujourd'hui il a accepté de lutter à ses côtés dans le royaume de Willard Necroton dans le fol espoir de ramener Yua à la vie.

Si on est un lecteur attentif aux détails, cette révélation était, disons-le, assez convenu (en effet, le mari de Yua s'éclipsait juste avant son dernier combat) et il fournissait à Daniel Warren Johnson un moyen facile d'élever émotionnellement l'enjeu de son histoire. D'un côté, un homme qui porte la culpabilité d'avoir tué sa femme et d'avoir privé une fille de sa mère, de l'autre la fille qui a perdu sa mère et ignore que le responsable est son propre père avec lequel elle est déjà brouillée depuis des années.

Ceci étant posé, on peut se questionner sur ce qui a motivé Johnson à dévoiler si vite une part importante de son histoire. Pour comparer avec Murder Falcon, on apprenait tardivement que le héros était malade du cancer et en phase terminale, et lorsqu'on le savait, cela ajoutait à son dernier duel contre le vilain une dimension sacrificielle poignante. Ici, le lecteur est dans la confidence tandis que Lona ignore ce fait, donc quel impact cela aura pour la suite ?

En attendant de le savoir, on est tout de même bluffé par l'imagination débridée de l'auteur qui déplace le récit dans la dimension de Willard Necroton. Visuellement, c'est une claque avec des décors imposants, une figuration impressionnante, un univers très solide et délirant. Johnson ne s'économise pas pour nous épater.

Les scènes s'enchaînent sur un rythme soutenu, ce qui ne surprend pas les fans de l'auteur. Toutefois, on attend surtout que le tournoi commence et quand on voit la gueule des participants, ça promet ! Les adversaires viennent de toute la galaxie et on a affaire à des spécimens croquignolets. On aura donc droit à des combats avec une sacrée allure, où Johnson va se défouler et nous, nous régaler.

Le fait que le premier match de Lona et Cobrasun les oppose à des ourang-outangs dotés de parole renseigne sur le degré de loufoquerie de la série. Si vous n'êtes pas prêts à accepter cela, passez votre chemin, mais je n'en attendais pas moins de Johnson après Murder Falcon.

Pourtant une part indéniable du travail de Johnson repose aussi sur l'emotion, qu'il ose faire éclore dans des situations improbables. Et quand on découvre pour quoi luttaient les deux singes et la réaction de Lona, on ne peut s'empêcher d'être saisi. C'est la magie de ce genre de comics qui s'autorise tout et réussit à nous cueillir sans qu'on s'y attende, au moment le moins évident. J'adore, mais je comprends que ça puisse dérouter, voire laisser des lecteurs sur le bas-côté.

J'insiste beaucoup sur tout cela, à dessein. Mais je crois que c'est crucial : les comics indés, pour ce que j'en sais, à l'heure actuelle sont énormément influencés par le genre horrifique, et cela déborde sur des publications mainstream. C'est sans doute dans l'air du temps, mais pour ma part, ça le laisse complètement froid et surtout j'ai envie d'autre chose, dans une époque plombée par les guerres, les épidémies, le populisme, cette gravité écrasante.

Alors que, au milieu de tout ça, une BD comme Do a Powerbomb ! et un auteur comme Daniel Warren Johnson existe, c'est une sorte de miracle, de machin invraisemblable mais qui fait du bien, parce que ça met la patate et ça vous prend aux tripes sans vous éprouver davantage. Merci à lui pour ça. Et bravo pour la manière, car c'est bigrement costaud et osé.

A.X.E. : JUDGMENT DAY #3, de Kieron Gillen et Valerio Schiti


Du fait de sa structure en trois actes, A.X.E. : Judgment Day impose au lecteur une grille de lecture différente. Ce troisième épisode ne se situe donc pas à la moitié de l'histoire écrite par Kieron Gillen mais en ouvre la deuxième partie. Même si c'est toujours aussi spectaculaire, avec les dessins magnifiques de Valerio Schiti, l'intrigue se déploie dans une nouvelle direction.
  

Tandis que Captain America, pourtant considéré comme un échec par le Progéniteur, tente de calmer la population, Iron Man réfléchit à un moyen de détruire le Céleste, ce qui contrarie les Eternels.
 

Mr. Sinistre avertit Destinée qui convoque un vote du conseil de Krakoa. Une frappe est décidée et Emma Frost, pour occuper les Eternels, a noué une alliance avec les Déviants.


L'affrontement est inévitable dès que la Machine alerte les Eternels de l'arrivée des X-Men près du Progéniteur. Jean Grey se glisse dans le corps du Céleste pour le détruire.


Le cataclysme visible par tous qui s'ensuit n'est qu'un avertissement, une illusion. Mais cela inspire une idée à Captain America pour raisonner le Progéniteur grâce à un Eternel qui fut un Avenger...

C''est finement joué de la part de Kieron Gillen : au lieu d'opter pour une narration linéaire classique avec un climax dans les deux derniers épisodes, comme c'est l'usage pour les events, le scénariste a brouillé les pistes pour obliger le lecteur à reconsidérer la progression dramatique de son intrigue avec trois actes successifs.

Normalement, donc, arrivé à ce stade du récit, on serait à mi-parcours. sauf qu'en vérité nous entrons dans la deuxième partie de l'event. Mine de rien, ça change beaucoup de choses. Les deux premiers numéros ont servi à établir la menace : d'abord avec Druig et ses assauts contre Krakoa et Arakko, puis avec le réveil du Progéniteur qui annonce à l'humanité qu'il va la juger digne ou non d'exister plus longtemps.

Le troisième épisode démarre donc avec ce statu quo : le monde tel que nous le connaissons dépend du jugement d'une créature gigantesque capable de le détruire selon qu'elle estimera l'humanité digne ou non. Tout le monde est dans le même bâteau : X-Men, Eternels, Déviants, Avengers, humains. Mais chacun considère la situation différemment. C'est cela qui va animer la progression de l'histoire dans ce deuxième acte.

Pour les X-Men, seule compte la survie de leur espèce : ils ont été la cible, les agressés (depuis longtemps mais aussi dans cette intrigue), peu leur importe désormais que humains comme Eternels survivent à ce jugement dernier. 

Pour les Eternels, c'est plus délicat car ils sont divisés entre ceux qui suivent Druig et ceux qui ont fait sécession (et donc, a priori, son prêts à défendre les X-Men), sauf qu'ils ne veulent pas de morts dans leurs rangs (on sait pourquoi : pour qu'un Eternel ressucite, un humain mourra). 

Pour les Avengers, il faut éviter que les humains paniquent et jouer les tampons entre mutants et Eternels. 

Pour les humains, c'est la confusion : certains pensent que les mutants sont responsables, d'autres qu'il s'agit des Eternels, d'autres encore se résignent à la fin du monde, et d'autres enfin trouvent que sans tous ces surhommes rien de tout ça n'arriverait.

Ceci étant posé, bien entendu, tout va dégénérer. Il suffit d'un grain de sable et dans cette affaire, l'électron libre est Mr. Sinistre, qui glisse à l'oreille de Destinée le plan initial de Iron Man de détruire le Céleste que les Eternels ont pour mission de protéger. On pourra reprocher à l'escalade qui suit d'être prévisible car effectivement, on a droit à une grosse bataille entre Eternels et X-Men.

Mais Gillen déjoue nos attentes (et douchera les espoirs de certains) en abrégeant cet affrontement. Jean Grey pense détruire le Progéniteur mais celui-ci se joue d'elle et des X-Men en montrant les conséquences d'un tel geste sur des innocents. Un numéro d'illusionniste glaçant et efficace. Mais qui va inspirer à Captain America une idée... Et montrer le retour d'un personnage dont je tairai l'identité, mais qui est à la fois un Eternel et un Avenger.

Comment Gillen va-t-il exploiter ce joker ? Mystère mais le scénariste n'abat cette carte au hasard. Il ne s'agit pas à proprement parler d'un personnage tout puissant, ce n'est pas Sentry ou Hulk, ou le Gardien, ou que sais-je encore qui incarnerait une forme d'autorité encore plus grande qu'un Céleste. Non, c'est plus subtil, plus inattendu.

Et d'ailleurs, comme pour marquer le coup, ce personnage a eu droit à un relooking par Valerio Schiti qui est assez, disons, original. Le dessinateur italien a tenté un truc osé, pop même, limite glam-rock, qui est assez séduisant. En tout cas, ça change le regard qu'on a sur cet individu.

Avant cela, Schiti impressionne une fois de plus. L'épisode est dense, il est riche de plusieurs ambiances, c'est le feu sous la glace, le calme avant la tempête. Les transitions sont cruciales pour apprécier l'écriture. Et Schiti fait des miracles pour passer d'une scène où des super-héros discutent entre eux sur l'opportunité de tuer un dieu à une réunion d'urgence sur le plan psychique puis à une grosse baston qui dépote.

Avec le coloriste Marte Gracia, Schiti peut s'appuyer sur un collègue qui respecte son trait et valorise ses idées graphiques. Le meilleur exemple est sans doute le vote du conseil de Krakoa convoqué par Destinée que le dessinateur transforme en un moment éthéré et électrique à la fois. C'est le coeur de l'épisode, là où tout bascule.

Une autre scène est remarquable car on ne la voit pas venir et elle nous tétanise, c'est quand Jean Grey détruit le Céleste. S'ensuit une énorme explosion et on voit ses répercussions sur une ville, avec des humains figés et calcinés en un éclair. Puis on comprend que c'est une illusion mais plutôt que d'être soulagé, on est encore ému et inquiet. On saisit alors que tuer le Céleste n'est pas la solution, et que donc la suite sera forcément compliquée. Cette imprévisibilité est un exploit car, pour une fois, on a le sentiment que l'event n'emprunte pas un sentier balisé.

J'ai vu qu'un critique a dit à propos de cet épisode et des deux précédents que Judgment Day agissait comme le remède à l'event fatigue. Peut-être est-ce prématuré, mais il est déjà certain que Kieron Gillen et Valerio Schiti surprennent davantage. Je ne sous-estime pas l'interventionnisme des editors de Marvel, qui peut encore faire des ravages, mais j'espère aussi que le projet puisse aboutir à quelque chose de vraiment différent, avec, pourquoi pas, un vrai changement de paradigme à la fin. Rendez -vous dans quinze jours pour la fin du deuxième acte et pour en savoir plus sur tout cela...

FIRE POWER #23, de Robert Kirkman et Chris Samnee (Critique réécrite !)


Pourquoi réécrire une critique ? Parce qu'on est vraiment pas satisfait de ce qu'on a rédigé la première fois. La semaine dernière, je suis parti en vrille car j'étais déçu et en colère après avoir lu Fire Power #23. Depuis, ça m'a travaillé, et pour avoir la paix, j'ai donc décidé de réécrire ma critique. Sans changer d'avis, mais en souhaitant être plus nuancé.


Les soldats de Chen Zul menés par Owen Johnson se jettent dans la gueule du dragon.


Les maîtres atterrissent et encerclent Shaw qui engage le combat.


Owen s'accroche à a queue du dragon. Shaw corrige ses anciens pairs.


Owen tente le tout pour le tout piur terrasser le dragon.

Quatre lignes pour résumer un épisode, ça peut paraître succinct. Mais quand l'épisode offre si peu de matière à résumer, alors il n'y a que ça à écrire. C'est bien là tout le problème de ce n°23 de Fire Power, qui sera, je le précise d'emblée, l'avant-dernier épisode que je critiquerai, ayant décidé d'arrêter les frais le mois prochain avec la fin de cet arc narratif.

Comme je le disais en préambule, la semaine dernière, j'avais rédigé la critique de cet épisode, déçu et surtout furieux. Résultat : je me suis emporté, je suis même parti en vrille en pointant le fait que Fire Power glissait inexorablement dans les pires travers des premiers comics d'Image au début des 90's.

Mais ce que j'ai écrit (et depuis effacé) ne m'a pas plu. On ne doit jamais écrire sous le coup de la colère. On n'a pas à faire partager son aigreur à ceux qui viennent chercher un avis sur un blog. Il faut rester mesuré, factuel, analytique, autant que faire se peut. Je n'étais surtout pas content donc de ma copie. Et j'ai décidé de réécrire la critique de cet épisode, à tête reposée.

Cela ne signifie pas que j'ai changé d'avis sur la qualité de l'épisode : je pense toujours qu'il est décevant, que Robert Kirkman se moque du monde, que Chris Samnee fait le plus gros du boulot avec un script minimaliste, que la narration est inutilement décompressée, et qu'en vérité on n'en est pas là par hasard.

Pour ainsi dire, c'est devenu un problème récurrent : à chaque fin d'arc, Fire Power déçoit. Et si on examine la série de près, on se rend compte que le souci vient de la conception de son héros. owen Johnson ne veut justement pas être un héros et Kirkman s'est lancé un défi fou de cosntruire une série sur un protagoniste qui marche à reculons, qui tente à tout prix d'esquiver les coups, qui a tourné le dos non seulement à son passé mais aussi, surtout, à son destin.

Est-ce que ça peut marcher ? Oui, si, au bout d'un certain moment, et après une vingtaine d'épisodes, je crois que tout le monde s'accordera à dire que ce moment est venu, Owen Johnson accepte son destin, sa mission et embrasse son rôle de héros. Mais Kirkman, lui, pense autrement et continue à l'écrire comme un personnage réticent, n'agissant qu'en dernier recours. Du coup, souvent, à la fin des arcs, il intervient rarement de manière décisive, son pouvoir fait rarement la différence.

Cette fois, cependant, reconnaissons-le, Kirkman place Owen devant un obstacle tel qu'il ne peut l'esquiver. Et cet 23ème épisode gratifie le lecteur de scènes spectaculaires où Owen doit vraiment se sortit les doigts et ne plus retenir ses coups. Le cliffhanger de l'épisode confirme que la bataille n'est pas fini et que le n°24 mettra en scène un duel peut-être encore plus crucial

Mais ce qui déçoit, ce qui agace, ce qui met en colère dominent. Pour en revenir à la brièveté du résumé de cet épisode, c'est bien qu'il suggère une écriture trop décompressée et s'appuyant trop sur le génie graphique de Samnee. Vingt pages pour raconter qu'un dragon bouffre des dizaines de soldats, que Shaw met une raclée aux vieux maîtres, et que Owen envoie une méga boule de feu dans la gueule du dragon pour le terrasser, je vous trouve ça un peu court. Ou trop long. En tout cas, ça ne me convient pas.

Depuis l'apparition du dragon et de Maître Shaw, la série patine. On a eu droit à des épisodes spectaculaires, mais si on est honnête, il ne s'est pas passé grand-chise, l'histoire n'avance plus. Il ya eu le recrutement des maîtres masi ça a été fastidieux et finalement peu convaincant quand on voit comment Shaw les surpasse. On a l'impression que Kirkman a abattu sa carte maîtresse et depuis il ne sait plus comment avancer, alors il décompresse pour arriver à produire un nouvel arc en six épisodes. Mais c'est long, c'est lent.

Que reste-t-il ? Samnee ! Kirkman a de la chance : comme Mark Millar, il sait s'entourer de dessinateurs capables de transcender ses scripts, de leur donner une plus-value graphique, d'en mettre plein les yeux au lecteur. Samnee ne ménage pas ses efforts (encore moins quand on sait qu'il est toujours à l'oeuvre sur son creator-owned, Jonna and the Unpossible Monsters, chez OniPress, mais plus pour longtemps car le titre va se conclure au #12). Il fait ce qu'il sait faire mieux que tout le monde : s'emparer d'un scénario et le mettre en images avec une énergie affolante.

Mais (encore un "mais") on a un peu mal pour Samnee (si on a aimé ses travaux chez Marvel avec Mark Waid, qui lui donnait des scripts un peu plus fournis). Parce qu'il se tape un boulot énorme avec des splash, des doubles pages, avec un dragon, des décors dévastés, des figurants à foison, des engins énormes. Tout ça à animer de manière dynamique et soignée. Franchement, je ne sais pas comment il fait, où il trouve la force, car en plus n'oublions pas qu'il dessine à l'ancienne, pas sur tablette graphique. Samnee doit avoir le poignet droit en compote et le bras douloureux en dessinant autant (sans parler de problèmes dorsaux). Le dessin, à ce rythme, avec ce volume de travail, c'est vraiment physique, sportif. Et là, c'est un peu comme si Kirkman disait à Samnee : "tu me fais l'ascension du Tourmalet sans t'échauffer et sans ravitaillement.".

Bon, Samnee est un grand garçon et il est crédité comme co-créateur de Fire Power, il savait dans quoi il s'embarquait (même s'il a peut-être sous estimé la charge de travail que représente de dessiner deux séries, dont l'une comme Fire Power avec des scènes aussi énergivores). Mais j'ai mal pour lui. Tout ça donne l'image d'un artiste livré à lui-même, collaborant avec un scénariste qui en fait beaucoup moins que lui (c'est souvent le cas, mais ici, c'est flagrant : je serai curieux de voir le script de cet épisode qui doit se résumer à des indications du genre "double page : le dragon détruit le dirigeeable en bouffant tout l'équipage". Débrouille-toi avec ça !).

J'ai vraiment été, je crois, très patient avec Fire Power depuis plus de deux ans. Mais la vérité, c'est que je n'ai jamais retrouvé le plaisir que m'avait procuré son Prologue. Il y a eu des épisodes fabuleux, mais le plus souvent grâce à Samnee. L'écriture de Kirkman n'est pas mauvaise, disons qu'elle ne me convient pas. Je n'attends plus rien de Fire Power, il m'arrive même plutôt de m'ennuyer en le lisant ou de redouter le prochain épisode. S'entêter à continuer, juste pour profiter du dessin de Samnee, n'est donc plus raisonnable. L'aventure s'arrêtera pour moi au #24 le mois prochain.

mercredi 24 août 2022

TALES OF THE HUMAN TARGET #1, de Tom King et Rafael Albuquerque, Kevin Maguire, Mikel Janin, Greg Smallwood


Tales of The Human Target est une parution curieuse, produite en vérité pour faire patienter les fans de la mini-série The Human Target de Tom King et Greg Smallwood - dont le n°7 paraît à la fin du mois prochain après six mois d'interruption. Mais le scénariste a fait preuve d'ingéniosité pour ce one-shot, où il est sacrément bien accompagné sur le plan graphique.


Gene Pearlman, fils de producteurs à Hollywood, est enlevé par la secte de Brother Blood. Il réapparaît, endoctriné, en train de commettre une braquage. Mais Guy Gardner s'interpose...


Don Salinger est un écrivain à succès mais dont la tête est mise à prix à cause de ses révélations sur Ra's Al Ghul. Booster Gold se met en tête de devenir son garde du corps...


Sander est un photographe de mode qui est abattu durant un shooting avec Beatriz da Costa/Fire. Elle refuse de le laisser seul jusqu'à son enterrment... Quel est le point commun entre ces trois personnes qui ne se connaissent pas ?

Revenons un instant sur la curiosité d'une telle parution. Voix cinq mois que la mini-série The Human Target écrite par Tom King et dessinée par Greg Smallwood a suspendu sa publication pour laisser à l'artiste le temps de compléter les six derniers chapitres de l'histoire. Le n°7 sortira fin Septembre.

Pour faire patienter les fans, DC annonce qu'un one-shot, dont l'action se situe avant l'intrigue de la mini-série, sortira entretemps. Résultat : ce gros épisode est disponible depuis hier, un mois avant la sortie du prochain numéro de The Human Target. Pour patienter, c'est un peu tard.

Dans ces conditions, il fallait vraiment que le contenu de ce hors-série, ce numéro spécial soit de qualité, et pas seulement un bouche-trou tardif. Mais comme Tom King semble particulièrement inspiré par The Human Target, il ne déçoit pas et même il enthousiasme.

Effectivement, le résultat est très efficace, divertissant, et ludique. Contrairement à ce que mon résumé peut faire croire, il ne s'agit pas de trois nouvelles qui se succèdent : la narration passe de l'une à l'autre et pour les distinguer, le style des trois dessinateurs suffit.

Nous avons donc affaire à un antépisode, un prequel à The Human Target, et même si on peut certainement s'en passer, il me paraît judicieux de lire Tales of the Human Target car l'ensemble éclaire sur les relations qu'entretient Christopher Chance avec trois des membres de la Justice League International, suspectés ensuite de l'avoir empoisonné en ayant visé Lex Luthor.

Il faut également prévenir d'emblée que Greg Smallwood se "contente" de réaliser la couverture (sublime) et trois pages intérieures (pour illustrer les crédits) plus la toute dernière planche avec Ice. Si vous comptiez vous procurer ce floppy pour les dessins de Smallwood, vous risquez d'être frustré. Mais il reste du très beau monde.

Le principe de ce chapitre est ludique : Tom King soumet trois énigmes au lecteur (les hasards du calendrier des sorties veut que Tales of the Human Target sorte quelques jours après Batman : One Bad Day - The Riddler, un one-shot de King et Mitch Gerads sur le roi des énigmes, Edward Nygma), qu'il faut tenter de résoudre avant la fin. Elles ne sont pas toutes évidentes, mais leurs réponses sont imparables et amusantes.

Guy Gardner s'occupe de retrouver et de ramener à la raison un fils de riches producteurs enlevé par la secte de Brother Blood. Fidèle à lui-même, le Green Lantern ne fait pas dans la dentelle, l'affaire se régle à grand coup de taloches. Mais au final, sans vous révéler quoi que ce soit, ce qu'il découvre justifie son comportement odieux dans The Human Target (même si Gardner est naturellement un âne bâté). King joue particulièrement bien sa partition sur cette partie-là.

C'est Rafael Albuquerque qui dessine les pages de cette histoire, dans son style nerveux et dynamique. C'est totalement raccord avec le personnage de Gardner qui cogne d'abord et réfléchit ensuite, et qui est idéalement représeenté ici, avec sa tronche de butor, ses manières rustres, son plaisir à être violent, et son arrogance absolue (qu'il reproche, bien sûr, à sa cible). Le découpage est très énergique, avec des cases de dimensions généreuses, des enchaînements rapides, mais aussi des compositions un peu expédiées et des décors très irréguliers. Bref, tout ce que on aime et tout ce qu'on peut reprocher à ce dessinateur pressé et très doué.

Booster Gold apprend par la télé qu'un écrivain a sa tête mise à prix à cause de révélations faites sur Ra's Al Ghul. La prime est d'un montant affolant, au point que Skeets, le robot qui assiste Booster pense d'abord que ce dernier va vouloir tuer l'écrivain pour toucher l'argent; Mais si Michael Carter n'est pas une lumière, ce n'est pas un criminel. Il se met donc en tête de protéger Don Salinger, quand bien même celui-ci se montre très réticent devant cette initiative.

Qui d'autre que Kevin Maguire pouvait dessiner ce segment ? Personne. Et Tom King lui a livré une partition impeccable. le génie expressif de Maguire n'est plus à prouver et il transforme le script en une hilarante comédie où ce brave couillon de Booster Gold, pot-de-colle comme pas un, ne quitte jamais des yeux son protégé. On ne peut lui reprocher ni son zèle ni son courage ni sa vista quand on compte le nombre d'agressions, de tentarives de meurtre, d'attentats dont il sauve Salinger. Même si celui-ci a vraiment l'art de s'exposer au danger...

Maguire est génial, c'est un fait, et sa complicité, qui n'allait pas de soi avec le "sérieux" King, donne envie de les voir recollaborer dans le futur.

Enfin, la troisième intrigue met en scène Beatriz da Costa avant qu'elle ne devienne Fire. A cette époque, elle est mannequin en Espagne, après avoir fui la misère du Brésil. Malheureusement, la déveine la poursuit car elle assiste, impuissante, au meurtre du photographe avec lequel elle faisait un shooting. Comme il n'a aucune famille, aucun ami ici, elle l'accompagne partout, tout le temps, depuis l'ambulance jusqu'à l'hôpital puis la morgue et le cimetière. Où l'attend une énorme surprise...

Bien que dans The Human Target, Christopher Chance ne rencontrera Beatriz da Costa que dans le n°7 le mois prochain, cette histoire nous enseigne que els deux personnages se sont déjà croisés auapravant. Il sera donc intéressant d'analyser comment se passeront leurs retrouvailles, compte tenu de ce qu'on apprend dans ce morceau de Tales of the Human Target. Tom King tease le lecteur avec adresse dans des pages où son style volontiers bavard domine.

On retiendra aussi que King renoue avec Mikel Janin, qui dessina la majorité de son run sur Batman. Je me demandais si et quand les deux hommes retravalleraient ensemble et c'est un plaisir de lire leurs pages communes (rappelons qu'avant Batman, King et Janin étaient déjà associés sur Grayson, avec Tim Seeley comme co-scénariste). J'aime beaucoup le trait élégant de Janin et je suis heureux à la perspective de le revoir bientôt (en Novembre prochain) pour la relance tant attendue de Justice Society of America (que Geoff Johns a enfin eu la permission de réécrire).

En filigrane de ces trois récits, il me semble aussi (surtout ?) que King rend un hommage à son prédécesseur sur The Human Target, l'excellent Peter Milligan, auteur d'un extraordinaire run (avec le regretté Edvin Biukovic, puis Javier Pulido et Cliff Chiang - dispo en deux tomes chez Urban Comics). Une manière de boucler la boucle avant de renouer avec l'actuelle mini-série de King et Smallwood.