mercredi 10 février 2021

FUTURE STATE : JUSTICE LEAGUE #2, de Joshua Williamson et Robson Rocha, Ram V et Marcio Takara


La suite et fin de Future State : Justice League se déroule d'une drôle de manière. On sent que Joshua Williamson aurait bien aimé avoir un peu plus de temps pour développer son intrigue qu'il achève aussi vite qu'il le peut. Les dessins de Robson Rocha eux-mêmes sont aussi inégaux. En revanche, pour Justice League Dark, Ram V continue d'épater et Marcio Takara se déchaîne joliment.
 

2040. L'Hyperclan a pris la place (et l'apparence des membres) de la Justice League. Ils gagnent les coeurs de la population qui ignore l'imposture et ferme les yeux sur les méthodes expéditives qu'ils emploient pour garder leur secret en procédant à des captures préventives.


Envoyé par leurs ennemis sur un monde infernal, la vraie Justice League doit trouver un moyen de rapidement rentrer sur Terre car l'environnement de cette planète les menace. Ils découvrent qu'ils se trouvent là où étaient bannis les martiens blancs.


Ces derniers pouvant prendre l'apparence de n'importe qui, bientôt l'ambiance se tend entre les héros qui pensent qu'un traître se cache dans leurs rangs. Mais en examinant leurs manies, ils retrouvent la confiance. Et Kid Quick surtout a une solution pour les renvoyer sur Terre.


En partageant la Force Véloce dont il tire ses pouvoirs, le speedster réussit à traverser le Multivers et la Justice League resurgit sur Terre juste à temps pour empêcher l'HYperclan d'asservir la population. Cette victoire redessine les relations entre les héros qui réfléchissent à recruter.

Future State n'a pas donné les mêmes chances à toutes ses mini-séries et Justice League en témoigne avec sa conclusion éclair qui s'avère frustrante. Pourtant confiés à l'ex-scénariste de Flash, on pouvait penser que deux épisodes suffiraient à Joshua Williamson, mais il est clair qu'il a dû expédier son intrigue.

Le précédent chapitre s'achevait sur la révélation de l'identité des vainqueurs de la Legion of Doom et de la Justice League : Williamson avait ressorti l'Hyperclan, créé par Grant Morrison, et envoyé les héros on-ne-sait-où, victimes de ces imposteurs machiavéliques.

Qu'attendre à partir de là ? Un second numéro découpé en deux parties distinctes : d'un côté, l'Hyperclan prend la place de la Justice League pour conquérir la Terre en asservissant ses habitants. La motivation des méchants n'est pas très originale, c'est le moins qu'on puisse dire, et les moyens d'arriver à leurs fins s'avèrent grossiers. Surtout le nombre de personnages devient trop important pour penser qu'ils seront suffisamment développés.

De l'autre, la vraie Justice League, dans un endroit hostile, doit surtout faire face à la parano qui la saisit car un d'eux pourrait être un traître. Malheureusement, là encore, Williamson se contente de clichés comme d'écrire le nouveau Batman aussi suspicieux que Bruce Wayne ou Jon Kent aussi boy scout que Superman. Les autres font de la figuration, manquant de consistance, même si certains profitent de leur "virginité" comme Andy Curry ou le nouveau Flash. Le scénariste parvient néanmoins à animer Yara Flor de façon plus intelligente que dans sa propre mini-série (en même temps, ce n'est pas difficile).

Quand les bons retrouvent les méchants, juste à temps pour enrayer leur plan, l'affaire se règle très rapidement, à grand coup de doubles pages et de raclées express. Ce n'est pas plus mal car, franchement, l'Hyperclan ne dispose d'un charisme redoutable et cela permet à Williamson de procéder à un raccourci pratique pour dire que la Justice League, maintenant que ses membres se font confiance, est plus efficace. Mais bon, ça s'arrête là (quand bien même la fin est ouverte avec le projet de l'arrivée de nouvelles recrues - ce qui induirait que DC donne à Williamson l'opportunité de développer une prochaine série ?).

Robson Rocha semble lui aussi un peu pressé car ses planches alternent le bon et le moins bon. Quand i se lâche sur les doubles pages, l'artiste fait preuve d'un dynamisme imparable, prouvant sa maîtrise des scènes d'action et sa capacité à composer ce genre de moments avec une figuration notable. Il maîtrise les designs de ces personnages et son trait organique convient bien au propos.

En revanche, quand il faut se poser et découper des scènes reposant sur les dialogues, Rocha devient plus emprunté. Certes, il dessine les émotions de manière expressive, mais en oubliant les décors, privilégiant les gros plans. L'encrage laisse aussi un peu à désirer, comme si Daniel Henriques avait manqué de temps ou que Rocha n'avait pas trop fignolé.

Une fin en demi-teinte donc. 

*


2030. Dr. Fate prend Etrigan le démon à part pour lui expliquer ce qu'il a fait quand il se cachait de Merlin. Afin de réparer son casque, il a recherché Nabu mais s'en est remis à Hauhet qui lui a montré le futur et lui a révèlé ainsi que Jason Blood, l'alter ego d'Etrigan, avait été tué.


Furieux et désespéré, Etrigan songe à fuir mais Bobo le force à reconsidérer cette option en le convainquant que Merlin le craint. Pendant ce temps, Zatanna, Ragman, John Constantine et Mme Xanadu commencent à affronter l'armée de Merlin qui les a localisés.


A la tête de cette armée, l'Enchanteresse défait les résistants jusqu'à ce que Etrigan la neutralise. Merlin apparaît alors en compagnie de son chevalier dont l'identité remet tout en cause. Dr. Fate fait alors un sacrifice pour que ses amis soient épargnés et gardent espoir pour la suite...

La fin de Justice League Dark est très dark. Ram V ne laisse guère planer le doute depuis le début et on en a la confirmation : le futur ici dépeint n'est pas clément pour les magiciens, sorciers et autres créatures paranormales auxquels Merlin fait la chasse.

Comme Grifters de Rosenberg/di Giandomenico, l'épilogue laisse un goût amer, mais qui n'est pas si désagréable car enrobé dans une formule un peu facile certes ("là où il y a de la magie, il y a de l'espoir") mais bien servie.

Bien sûr, tout cela aurait été mieux avec un épisode (au moins) de plus car le background posé par Ram V est très riche. Le scénariste doit se contenter d'évoquer à grands traits tout un déclin qui pourrait former une vraie saga (mais qui sait, peut-être s'en resservira-t-il à partir du mois prochain dans la reprise de la JLD en back-up de la Justice League de Bendis ?).

Comme Williamson, Ram V découpe son récit en deux parties qui se répondent et où les doubles pages servent de véhicule à des scènes spectaculaires et explicatives à la fois. Le dialogue entre Etrigan et Bob d'un côté, la bataille contre l'armée de Merlin de l'autre fournissent des moments intenses. Et l'identité du chevalier qui sert Merlin est un twist étonnant tout comme le sacrifice consenti par le Dr. Fate. C'est habile et Ram V prouve une fois de plus qu'il est un auteur sur qui il faut compter.

De son côté Marcio Takara lâche les chevaux comme rarement. Cet artiste souvent appelé comme bouche-trou a saisi l'opportunité qui s'offrait à lui de donner son meilleur. Grâce à la colorisation de Marcelo Maiolo, il produit des planches superbes, puissantes, composées de manière inventive, très denses. On en prend plein les yeux, mais surtout, Takara exploite à fond l'espace qui lui est alloué et rend justice au script de Ram V.

Il faut vraiment espérer que la JLD ne restera pas cantonné au complément de programme de Justice League maintenant qu'avec Ram V la série dispose d'un scénariste pleinement investi et inspiré. Ce titre mérité mieux que des miettes. Mais "là où il y de la magie, il y a de l'espoir..."

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