mardi 24 juillet 2018

THE LIFE OF CAPTAIN MARVEL #1, de Margaret Stohl, Carlos Pacheco et Marguerite Sauvage


Avec un film qui lui sera consacrée en 2019 et son arrivée attendue dans Avengers 4, Carol Danvers doit, plus que jamais, être mise en valeur par Marvel pour la faire connaître au public. Car si The Life of Captain Marvel est une mini-série revenant sur les origines de l'héroïne, avec quelques corrections opportunistes, le personnage a encore du mal à s'imposer comme une vedette auprès des fans, malgré des séries souvent intéressantes (particulièrement le run de Kelly Sue DeConnick avec David Lopez). A la romancière Margaret Stohl et au vétéran Carlos Pacheco de rectifier ça.


En mission avec les Avengers, Captain Marvel est sujette à une bouffée de rage contre son adversaire puis à une crise d'angoisse lorsqu'elle se rappelle, dans le feu de l'action, d'un épisode de son enfance où son père, Joseph Danvers, avait frappé ses deux frères.
  

Examinée par Tony Stark, qui la trouve en parfaite condition physique mais certainement tourmentée psychologiquement, Carol Danvers décide de faire un break en rendant visite à sa mère et son frère Joe à Harpswell Sound dans le Maine.


Si sa mère est heureuse de la revoir, Joe la bat froid en estimant qu'elle les a abandonnés. Ils se disputent en se recueillant sur la tombe de leur père et, peu après, Joe a un accident de la route, nécessitant une hospitalisation en urgences.


Une sévère commotion cérébrale diminue Joe et son séjour à l'hôpital dure neuf mois, durant lesquels Carol, qui culpabilise, reste à ses côtés, en soutien de sa mère. Tony Stark l'encourage, comme sa mère, à reprendre ses activités au sein des Avengers mais elle refuse.
  

En rangeant ses affaires, Carol découvre dans une penderie une boîte contenant des lettres écrites par son père et dévoilant qu'il a eu une liaison adultère, mais aussi un curieux appareil à la technologie inconnue. Carol tente de l'activer, ce qu'elle réussit sans s'en rendre compte : en effet, à l'autre bout de l'univers, l'engin a alerté les Kree, race d'extraterrestres à l'origine de ses pouvoirs...

Cette mini-série commence en provoquant une polémique chez ceux qui connaissent bien Carol Danvers car Margaret Stohl utilise le procédé de la retcon (pour continuité rétroactive : la correction actualisée des origines du personnage). Mais on le sait, dans les comics, peu de héros échappent à cet artifice qui permet de les garder contemporains, même quand il affiche plusieurs décennies d'activité.

En l'occurrence (je ne le savais pas, je l'ai appris en visitant quelques forums), l'élément qui fait jaser concerne la caractérisation de Joseph Danvers, par qui tout démarre dans cette mini-série lorsque Captain Marvel se souvient de sa brutalité envers ses fils dans leur enfance. Or, il semble que cet homme ait initialement été décrit comme tout le contraire de ce qu'on nous raconte ici, prêt à se sacrifier pour les siens, d'un tempérament aimable.

Si l'on accepte de passer outre cela, alors The Life of Captain Marvel ne fait que coller à un des deux ingrédients principaux des comics de super-héros, à savoir un mélodrame - ou un psychodrame (l'autre ingrédient étant l'action, ici vite expédiée dans le prologue : on verra si la suite du projet confirme cette option).

Stohl n'est pas spécialement subtile dans son traitement du traumatisme de son héroïne et de ses relations familiales. Sa mère la retrouve avec joie mais son petit frère lui adresse des reproches définitifs bien péremptoires, comme s'il faisait peu de cas que Carol sauve régulièrement la Terre au sein des Avengers ou dans ses propres aventures, ce qui n'est pas à proprement parler un job ordinaire, prompt à vous laisser savourer les délices des réunions de famille.

Ensuite, et là, on est franchement dans le mélo le plus épais, intervient l'accident dudit Joe qui culpabilise encore davantage Carol et rallonge son congé. Le plus maladroit là-dedans, ce n'est pas tellement la succession des événements, mais la façon dont la scénariste s'en sert pour amener son personnage et donc le lecteur où elle en a besoin. Soit : la découverte d'une infidélité de Joseph Danvers (ce qui commence à faire beaucoup, après le père violent) et la possession d'un étrange appareil... Qui, heureux hasard, est en relation avec les Kree, la race à laquelle appartenait le premier Captain Marvel, qui donna ses pouvoirs à Carol !

Marguerite Sauvage intervient peu dans cet épisode, se chargeant d'illustrer les flash-backs qui ponctuent le prologue, mais son travail est joli à voir. J'attendais ce qu'allait produire Carlos Pacheco, dont le travail est toujours prometteur, même si l'espagnol a perdu de sa superbe depuis sa séparation avec son encreur Jesus Merino (devenu lui-même dessinateur chez DC).

Le résultat est avantageux, on sent que Pacheco s'est investi dans le projet et a soigné son ouvrage. Quand il est bien disposé, cet artiste reste un cador dans sa partie, en particulier parce qu'il sait composer des plans à la perfection, disposant de l'espace de manière intelligente et efficace. Son découpage est un modèle de lisibilité et de fluidité, au sein duquel les personnages se meuvent avec naturel et prestance. Par ailleurs, il sait les rendre expressifs sans avoir besoin d'exagérer leurs mimiques ou leur gestuelle. L'encrage de l'expérimenté Rafael Fonteriz valorise le trait précis de Pacheco.

Et pour ne rien gâcher, la mini-série profite de superbes couvertures par Julian Totino Tedesco.

Tout n'est donc pas parfait dans ce premier chapitre, la faute à une écriture trop appuyée dans ses effets, mais nul doute que The Life of Captain Marvel a des ressources et devrait déboucher sur une série régulière (avec espérons-le un dessinateur aussi attractif que Pacheco, même si ça m'étonnerait que ce dernier aille plus loin) à la hauteur de son héroïne et de son heure de gloire l'an prochain.  
  

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