mercredi 5 décembre 2018

HÔTEL ARTEMIS, de Drew Pearce


En découvrant l'affiche d'Hôtel Artemis avant même d'avoir vu le film lui-même, l'amateur de film d'action s'amusera que le réalisateur et scénariste Drew Pearce adapte à sa manière un concept issu d'un autre long métrage du même genre (John Wick) : un refuge de gangsters. Mais les deux oeuvres se distinguent quand même, tout en produisant ce qu'elles annoncent.

 "Everest" et Jean Thomas (Dave Bautista et Jodie Foster)

21 Juin 2028. Los Angeles est le théâtre de violentes émeutes à cause de la privatisation de l'eau potable. Profitant du chaos, le gang mené par deux frères, Sherman et Lev, braquent une banque. Mais, incapables de percer la chambre forte, ils dépouillent les clients. Lev dérobe à l'un d'eux un stylo doré. Puis les voleurs prennent la fuite, vite pris en chasse par la police. Deux membres du gang sont abattus et Lev blessé, ce qui conduit Sherman à transporter son frère à l'Hôtel Artemis où l'infirmière Jean Thomas pourra le soigner.

 "Nice" et Jean (Sofia Boutella et Jodie Foster)

Sur place, Jean s'occupe déjà de deux patients : "Acapulco", un trafiquant d'armes, et "Nice", une tueuse, légèrement touchés. Son assistant, "Everest", prépare une suite pour les arrivants qui, pour préserver leur anonymat, sont rebaptisés du nom de leurs chambres, "Waikiki" et "Honolulu". Jean reçoit un appel de Crosby Franklin qui veut faire admettre son père, Orian dit "Wolf King", par ailleurs propriétaire de l'hôtel.

 Sherman et "Acapulco" (Sterling K. Brown et Charlie Day)

L'état de Lev/"Honolulu" est désespéré mais Jean lui épargne la douleur par des injections de morphine avant qu'il ne donne à Sherman/"Waikiki" le stylo doré. Il découvre que celui-ci contient des diamants jaunes, appartenant au "Wolf King", et, comme les résidents sont désarmés à l'entrée, Sherman confectionne un pistolet avec une imprimante 3D.  Pour ne rien arranger, Jean accepte de soigner une agent de police, Morgan, qu'elle présente à "Everest" comme une vieille connaissance - en vérité elle avait retrouvé le fils de l'infirmière mort d'une overdose il y a 22 ans.

 Sherman et "Nice"

Sherman s'interpose entre "Acapulco" et "Nice" (qu'il connait bien) quand le premier drague agressivement la seconde, même si elle n'a pas besoin de quelqu'un pour se défendre. "Acapulco" appelle alors pour que son hélicoptère privé atterrisse sur le toit de l'hôtel pour le ramener chez lui. "Nice" le suit discrètement. Jean et "Everest" s'occupent de Morgan et préparent sa sortie en veillant à ce que les autres patients ne la remarquent pas, via une sortie dérobée. Crosby Franklin s'annonce à la porte dentrée de l'hôtel avec une dizaine d'hommes de main et son père.

 Crosby et son père Orian "Wolf King" Franklin (Zachary Quinto et Jeff Goldblum)

Les nouveaux arrivants sont dans le sas d'entrée où "Everest" leur ordonne de se désarmer. Puis il fait entrer le "Wolf King" seul et Jean l'emmène dans une suite. Sur le toit, "Nice" assomme "Acapulco" et son hélicoptère s'éloigne. Puis elle sabote le générateur électrique de l'hôtel avec une bombe à retardement. Sherman retourne auprès de son frère qui succombe à ses blessures et se prépare à déguerpir en réfléchissant au moyen de ne pas être vu par le gang du "Wolf King". Il trouve alors la porte dérobée par laquelle a été évacuée Morgan.

 "Nice" et "Acapulco"

Groggy par la morphine, le "Wolf King" évoque par inadvertance le fils de Jean et celle-ci menace de le laisser mourir s'il ne lui dit pas la vérité sur la raison pour laquelle il le connaissait. La bombe à retardement de "Nice" explose sur le toit et coupe l'électricité de l'hôtel. Crosby et ses hommes deviennent nerveux et réclament Jean et "Everest" pour avoir des nouvelles du "Wolf King".

 Crosby Franklin

"Everest" se présente devant le sas de l'entrée pour commander aux gangsters de se calmer. Sherman prévient Jean de la crise qui couve et lui propose de fuir ensemble. Mais avant elle obtient des aveux du "Wolf King" qui a tué le fils de l'infirmière en maquillant sa mort en overdose parce qu'il avait voulu voler sa voiture. "Nice" attend que Sherman et Jean sortent de la suite du "Wolf King" pour s'y  introduire et l'exécuter, en le filmant pour son commanditaire.  

Jean Thomas

Crosby et ses hommes dévérouillent le sas de l'entrée grâce à la coupure électrique et "Everest", d'un côté, "Nice", de l'autre, les affrontent pour que Jean et Sherman s'enfuient. Crosby réussit à les poursuivre par la sortie dérobée et leur barre le chemin vers l'extérieur au rez-de-chaussée. Sherman lui remet le stylo dorée en échange de leur liberté mais Crosby veut tuer Jean pour venger son père. Sherman s'interpose tandis que Jean surmonte son agoraphobie pour s'échapper. Elle est rejointe par Sherman qui lui offre de quitter Los Angeles mais elle préfère rester soigner les civils. Elle retrouve peu après "Everest" tandis que "Nice" sort de l'hôtel à son tour.

Drew Pearce s'était fait remarquer des fans des films Marvel en rédigeant le script controversé de Iron Man 3 (réalisé par Shane Black). Il assume cette fois seul écriture et mise en scène pour ce polar en huis-clos situé dans un proche futur apocalyptique.

On s'interroge d'abord sur ce contexte temporel. En dehors du fait qu'elle explique la technologie médicale et sécuritaire avancée de l'hôtel, l'année 2028 apparaît plus comme un élément superflu que comme une plus-value narrative : n'importe quel événement en relation avec une émeute aurait amplement suffi à justifier que la réunion de la troupe de personnages dans cet établissement.

Pour l'originalité, il faut chercher du côté de l'héroïne de cette histoire : au milieu de ces gangsters, l'infirmière Jean Thomas est le vrai coeur du récit. Agoraphobe sévère, et traumatisée par un drame ancien et personnel (la mort par overdose de son fils, dont on découvre ensuite qu'elle était un assassinat), elle est la gardienne de l'hôtel mais surtout une femme en acier trempé.

Pour lui donner vie, Pearce a eu la chance de convaincre Jodie Foster de l'interpréter, alors que l'actrice se fait très rare, préférant désormais se consacrer à la réalisation. On devine que le défi d'incarner cette nurse de 70 ans l'a particulièrement motivée, mais pourtant, et c'est là la qualité de toujours de Foster, elle ne transforme jamais cela en performance. Certes, le maquillage la vieillit de manière impressionnante, mais c'est surtout par de petits détails que la comédienne rend son personnage crédible - observez sa démarche à petits pas, sa façon d'être un peu voûtée, sa fébrilité ou au contraire son assurance désabusée. Du grand art.

Pour que Hôtel Artemis soit une série B à la hauteur de sa vedette, il aurait fallu qu'elle soit soutenue par des partenaires à sa mesure. Or, c'est ce qui manque ici : on attend beaucoup de sa confrontation avec Jeff Goldblum, d'autant plus que celui-ci cache un lourd secret. Mais hélas ! le personnage du "Wolf King" apparaît trop tardivement et interagit trop peu avec l'infirmière pour qu'on ait droit aux étincelles espérées. Dommage.

Pearce s'égare un peu dans des sous-intrigues peu passionnantes, en particulier l'arc consacré à "Acapulco" qui ne sert à rien. Le cinéaste se rattrape avec les rôles dévolus à Sterling K. Brown, braqueur qui doit se sortir de cette poudrière à cause de son frère, et à Sofia Boutella, extraordinaire en tueuse qui cache bien son jeu (le script ménage bien la raison réelle de sa présence dans l'hôtel). La française, qui a déjà prouvé son goût des prestations très physiques (dans La Momie d'Alex Kurtzman, avec Tom Cruise), affirme encore une fois sa présence étonnante. Zachary Quinto n'a pas grand-chose à défendre, et Dave Bautista joue l'armoire à glace au grand coeur sans se forcer.

Le final, qui dévoile subrepticement la progression des émeutiers vers l'hôtel en même temps que la vocation réelle de son héroïne, est frappant, tout comme la scène de mutinerie à l'intérieur.

Mais c'est bien plus, finalement, son côté décalé, mélancolique, que violent, qui distingue donc Hôtel Artemis de John Wick (ce qui ne fait pas de ce dernier un moins bon film : simplement, il produit un autre plaisir). 

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