vendredi 19 février 2021

MARAUDERS #18, de Gerry Duggan Stefano Caselli et Matteo Lolli


Si j'ai laissé tomber X-Force dont le traitement m'a lassé, je ne suis pas prêt de lâcher Marauders qui se bonifie de numéro en numéro - et pourtant, rappelez-vous, les débuts furent laborieux. Gerry Duggan a pris son temps pour atteindre sa vitesse de croisière, en laissant apparemment tomber la configuration initiale de la série, mais aujourd'hui je me régale. Cette fois, l'épisode est dessiné moitié par Stefano Caselli, moitié par Matteo Lolli, pour un résultat solide.


Madripoor, quartier de Lowtown. Emma Frost a invité le Pr. X et Magneto pour l'inauguration de l'hôpital qu'elle a financé à destination des habitants les plus modestes de l'île. L'établissement porte le nom de Moira McTaggert et est aussi un moyen d'empêcher les Verendi de spéculer sur l'immobilier.
 

Les frais médicaux sont entièrement pris en charge par la Hellfire trading company et accueille tous les patients sans distinction ni privliège. Parmi le personnel soignant, Callisto a l'idée d'intègrer des Morlocks comme Masque, dont le pouvoir trouve un débouché inattendu.


Mais l'opération des Marauders sur Lowtown ne s'arrête pas là. Iceberg, Pyro et Bishop acquièrent également un bar mal famé pour éloigner les fripouilles. Ce qu'ils ignorent, c'est que les Verendi ont cette fois anticipé leur mouvement et, en créant de nouveaux Reavers, s'y opposent.


La situation dégénère rapidement, une bagarre éclate, filmée par les médias locaux opportunément prévenus. Les conséquences sont rapides : l'ONU, interpelé par les Verendi, qui gouvernent Madripoor, interdit aux Marauders l'accès au port de l'île.

Commençons par... La fin de l'épisode ! On peut y lire un étonnant "To be concluded". Que les fans de la série se rassurent : Marauders n'est pas terminée ou annulée. Mais alors pourquoi cette mention ? Mon hypothèse est que Gerry Duggan a développé le titre en saisons, une pratique désormais courante. Et j'ai l'impression que que cette première saison qui va se conclure donc au 19ème épisode va concerner l'issue du contentieux entre les Marauders et les Verendi dans le cadre de l'île de Madripoor. Je peux me tromper, mais si je m'en tiens à la couverture de Marauders #20 (dont Tornade tient la vedette, avec Diablo et Kitty Pryde), je crois quand même que le scénariste va passer à autre chose. Et cela aurait un rapport direct avec Ororo Munroe au sujet de laquelle l'editor Jordan White a prévenue que 2021 serait son année, avec une histoire dédiée (et sans doute amorcée dans Giant-Size X-Men : Jean Grey & Emma Frost puis Giant-Size X-Men : Storm et plus récemment dans X-Men #17).

Revenons à ce n°17 de Marauders. Il est découpé en deux parties bien nettes, tout à fait intéressantes. Les Verendi, les gamins qui avaient voulu refonder le Hellfire Club (depuis la série Wolverine & the X-Men de Jason Aaron), ont pris le pouvoir sur l'île de Madripoor, qui a toujours été une location prisée par des crapules de tous genres. Après avoir tenté d'attaquer frontalement Krakoa, puis en cherchant à y infiltrer des agents (comme Yellowjacket), ou en transigeant avec Sebastian Shaw, les Verendi veulent en faire une place financière suffisamment importante pour contrer le commerce des mutants.

Dans cette optique, ils font de la spéculation immobilière et ont entrepris de déloger Lowtown, le quartier le plus misérable de l'île, en graissant la patte des malfrats locaux, mais aussi en y érigeant un gratte-ciel. Apprenant cela, Kitty Pryde, venue remercier des pêcheurs qui avaient recueilli Lockheed après son assassinat par Shaw, en a informé Emma Frost. Celle-ci va utiliser une partie des fonds de la Hellfire trading company pour s'opposer au projet des Verendi en protégeant les résidents de Lowtown.

Rachetant à tour de bras des logements pour que les habitants puissent continuer à y vivre, mais dans de meilleures conditions, Emma finance à présent un hôpital pour les nécessiteux. Invités à l'inauguration, Charles Xavier (pour une de ses rares sorties hors de Krakoa) et Magneto ont la surprise de voir que l'établissement porte le nom de Moira McTaggert. Callisto, elle, demande à des Morlocks de soutenir les personnel soignant.

Duggan ne manque pas de malice et joue avec les nerfs des lecteurs comme ceux des personnages. La réaction de Xavier et Magneto devant le nom de l'hôpital est impayable, mais, plus fort encore, l'utilisation de Masque, une des plus cruelles Morlocks, reconvertie en chirurgienne plastique, est formidable. L'idée même de l'hôpital est brillante puisque, depuis le début de Dawn of X, tout le monde s'interroge sur les remèdes krakoans mais aussi le degré de philanthropisme des mutants. Qu'Emma Frost devienne la financière d'un endroit où tous les nécessiteux peuvent se faire soigner gratuitement alors qu'elle a bâti sa réputation sur sa fermeté de femmes d'affaires prouve que Duggan a compris le personnage, imprévisible. Surtout, on voit que, avant la future série X-Corp, qui démarrera en Mai prochain (longtemps annoncée, elle arrive enfin), les mutants se diversifient toujours plus.

C'est Stefano Caselli qui dessine cette partie et il s'en acquitte avec son brio coutumier. Son trait précis et expressif permet d'apprécier toutes les émotions, même en arrière-plan (Proteus très touché par le fait que l'hôpital porte le nom de sa mère qu'il croit morte). Quand on pénètre, avec Callisto et Masque, dans le bâtiment, Caselli parvient à représenter parfaitement l'intérieur, flambant neuf. Les détails sonnent juste (Masque se lavant les mains avant de réparer le visage d'un enfant en bas âge affligé d'un bec-de-lièvre).

Puis on change de décor et de personnages. Un trio - Iceberg, Pyro et Bishop - font l'acquisition express d'un bar mal famé dans Lowtown, sans remarquer qu'un client envoie un message sur son smartphone aux Verendi. Ceux-ci, dans leur repaire, ont récupéré divers individus ayant croisés les mutants et blessés sévèrement par eux en diverses occasions (on reconnaîtra ensuite un militaire mutilé par Iceberg, un garde du corps blessé par Gorgone). Tel un Frankenstein moderne, l'un des Verendi en a fait des monstres assoifés de vengeance et surtout totalement transformés en armes vivantes.

A l'issue de l'épisode, le trio de mutants dans le bar et ces néo-Reavers (référence à des vilains des années 80 apparus dans la série Uncanny X-Men écrite alors par Chris Claremont) se sont affrontés en commettant assez de dégâts pour que des caméras de télévision les surprennent. Bien entendu, c'est une mauvaise publicité pour les mutants, accusés de semer le trouble alors qu'ils prétendent défendre l'opprimé. Les Verendi saisissent l'ONU qui interdit aux Marauders l'accès au port de Madripoor tandis que Bishop transmet un rapport au Fauve pour enquêter sur les Reavers.

En un épisode, on est donc passé de mutants généreux et opportunistes à une bande de voyous disgraciés. La situation s'est complètement retournée contre les héros grâce aux manoeuvres subtiles des Verendi, d'abord frustrés, puis accrocheurs. Duggan met le pression sur les Marauders et rend leur position plus précaire, relançant le suspense de façon très efficace. Le match retour s'annonce corsé.

Après les planches superbes de Caselli, je craignais que Matteo Lolli ne soit pas à la hauteur pour conclure l'épisode. Le résultat est effectivement moins abouti mais pas honteux. Lolli, sans forcer son maigre talent, parvient à produire des pages mieux composées qu'à son habitude, même si cela manque toujours autant de dynamisme et de précision. Ce garçon gangerait beaucoup à avoir un encreur solide pour que son trait gagne en intérêt. C'est fade, mais pas vilain toutefois. Et ça permet à caselli de souffler un peu.

Voilà en tout cas une série qui, avant d'entamer un nouveau cycle, captive toujours. On est loin du projet initial (des mutants pirates qui livrent la pharmacopée krakoane et sauve des mutants opprimés à l'étranger), mais le virage pris est nettement plus maîtrisé.

jeudi 18 février 2021

GUARDIANS OF THE GALAXY #11, de Al Ewing et Juann Cabal


Ce onzième épisode de Guardians of the Galaxy est l'avant-dernier avant un changement d'envergure de la série. En effet, Al Ewing, en Avril, avec le n°13, a décidé de change de dimension (mais j'y reviendrai). Il y a donc une ambiance de fin d'époque, de veillée d'armes et c'est précisèment de cela dont il est question ici. Juann Caball est de la partie (avant de, lui aussi, partir pour d'autres aventures).


Nova est en contact visio avec son psychothérapeute. Il se prépare à une nouvelle bataille d'envergure, contre les Olympiens, comparable à la vague d'Annihilation, qui fut l'acte de naissance des Gardiens de la Galaxie. Interrogé sur ses alliées, et Star-Lord en particulier, Nova est perplexe.


C'est ce moment que choisit Gamora pour débarquer. Elle est furieuse, venant juste d'apprendre que Peter Quill était revenu d'entre les morts, et elle lui flanque une raclée. Néanmoins elle a emmené avec elle des renforts.
 

Du côté de Moondragon et Phyla-Vell, ce n'est pas non plus l'allègresse. Phyla ne reconnaît plus sa femme depuis quelque temps déjà et Heather Douglas ne sait pas comment la rassurer. Les deux femmes sont divisées au pire moment.


Enfin, c'est au tour de Rocket, Marvel Boy, Hercule et Groot d'entrer en scène. C'est aussi quand les Olympiens ouvrent les hostilités en promettant à Star-Lord une mort douloureuse pour lui et ses alliées...

Revenons donc d'abord sur ce qui s'annonce pour le mois d'Avril pour la série. Al Ewing semble avoir construit ces douze premiers épisodes comme la saison 1 de son run. Le mois prochain aura donc lieu la bataille, épique par avance, entre Olympiens et Gardiens de la Galaxie, le climax de cette saison 1. Ensuite, le scénariste a vu les choses en grand : l'équipe va énormément grossir au point de former deux groupes (peut-être même trois), avec de nouvelles têtes et des anciennes. De quoi faire des Gardiens "les Avengers de l'espace", selon la formule d'Ewing lui-même (c'est marrant : quand Bendis avait parlé de faire des Gardiens des "cosmic Avengers", beaucoup avait poussé des cries d'orfraie, mais aujourd'hui, Ewing parle de "space Avengers" et ça passe crême...).

Logiquement, ce onzième numéro est une veillée d'armes et l'ambiance est au diapason. C'est l'heure des bilans, des règlements de compte, des retrouvailles. Bientôt ce sera la guerre contre des dieux en colère.

Ewing passe donc en revue, de manière assez mécanique, les états d'âme de ses héros. Nova lui/nous sert de guide tout en parlant, à distance, avec son psy : Richard Ryder, on l'a vu précédemment, souffre de syndrome post-traumatique, il a traversé beaucoup d'épreuves et s'interroge sur sa capacité à en vivre d'autres. En même temps, il est devenu le trait d'union entre des Gardiens désormais éclatés en plusieurs groupes et culpabilise suite au décès de Star-Lord, qui vient de réapparaître.

Peter Quill, pour faire court, est carrément à l'Ouest depuis son retour. Désormais investi de pouvoirs quasi-divins, il est hanté par son séjour dans une dimension parallèle et l'évolution qu'il y a connue. Gamora vient d'apprendre son retour et elle n'est pas contente : la dernière fois qu'elle a vu Quill, il lui avait promis de rester avec elle, loin des ennuis. Il a menti et, par-dessus le marché, l'a trompé durant son "absence".

Moondragon et Phyla-Vell sont elles aussi sur les charbons ardents. Phyla ne reconnaît plus sa femme depuis qu'elle a absorbé son double d'une terre parallèle et Heather Douglas rechigne à s'ouvrir à se sujet, s'immiscant par contre sans gêne dans l'esprit des autres. C'est la crise dans ce couple aussi.

A en juger par ce qu'on voit dans l'habitacle du vaisseau piloté par Groot, ça n'a pas l'air d'être la joie non plus entre Noh-Varr et Hercule, et Rocket et Groot se font aussi toujours la gueule. 

Bref, au moment d'affronter les Olympiens, les Gardiens sont plus désunis que jamais. L'esprit d'équipe peut-il l'emporter sur leurs tourments personnels ? C'est ce qu'on verra dans le prochain épisode, sans trop de suspense cependant car on sait tous que ce sont dans les moments difficiles qu'on compte ses amis et qu'on dépasse ses propres petits soucis. Et puis Al Ewing a franchement coupé la branche sur laquelle il était assis en annonçant déjà la composition de sa nouvelle équipe pour Avril. C'est ballot mais typique de Marvel qui a tellement peur que des sites spécialisés découvrent leurs plans qu'ils préférent tout dévoiler à l'avance.

L'autre problème, récurrent depuis le début de son run, c'est que Ewing peine vraiment à donner chair à ces personnages. Autant il y parvient, magistralement, dans S.W.O.R.D., autant là on a le sentiment persistant qu'il veut à la fois changer la donne mais en s'y prenant maladroitement, sur un rythme bancal, au gré d'intrigues inégales. Le fil rouge - les Olympiens - est ténu, les coups de théâtre servis à la louche (la "mort" et le retour de Star-Lord). Certains couples sont affreusement mal développés (Moondragon-Phyla-Vell), d'autres semblent n'être que des gags (Hercule-Noh-Varr), d'autres ont été malmenés sans raison (Groot-Rocket, même si c'était déjà le cas avec Donny Cates). Des éléments sont passés à la trappe (Drax, Gamora). Je ne suis pas certain qu'en ajoutant encore des musiciens dans cet orchestre soit une solution : Ewing ferait mieux de se concentrer sur un noyau dur de personnages qu'il adore (comme dans SWORD) et de cantonner le reste à des seconds rôles. 

Juann Cabal dessine tout ça sans grande inspiration. L'artiste semble lui-même embarrassé par cette suite de saynètes sans émotion (alors que le programme en promettait). Il découpe l'essentiel de l'épisode avec des cases occupant toute la largeur de la page mais où saute surtout aux yeux une absence généralisée de décors. Où tout cela se passe ? On n'en sait trop rien, mais surtout le dessinateur paraît n'avoir pas disposé d'un script suffisamment fourni en indications sur la location de l'action et donc il se concentre sur les personnages dans cet endroit informel.

Cabal a peut-être aussi la tête ailleurs car il ne dessinera plus le titre en Avril. J'ignore sur quelle série on le retrouvera (peut-être X-Men, en alternance avec Asrar, mais ce serait presque trop beau pour être vrai). Ce qui est sûr, c'est qu'après ces récentes prestations, étincelantes, Cabal est très en dessous cette fois. Espérons qu'il va se ressaisir le mois prochain et nous dessiner une bataille d'anthologie.

Pour mar part, je vais arrêter Guardians of the Galaxy avec ce prochain douzième épisode. Je n'ai jamais vibré pour ce run et sa prochaine étape ne m'emballe pas. Mais je croise les doigts pour que Ewing et Cabal me servent un "final" en beauté.

BLACK WIDOW #5, de Kelly Thompson et Elena Casagrande avec Roberto de la Torre


Après un hiatus (inexpliqué et inexpliquable), c'est la fin du premier arc de Black Widow. Une conclusion pleine d'action et d'émotion, qui prouve que Kelly Thompson s'est bien reprise après plusieurs séries en demi-teintes. Elle est, il faut dire, bien soutenue par une exceptionnelle Elena Casagrande, qui reçoit l'aide de Roberto de la Torre (pour deux pages). On regrettera juste un sentimentalisme un peu malheureux, qui empêche l'épisode de déployer tout son potentiel dramatique.


Une explosion a causé la mort de James et Stevie dans la planque où le Soldat de l'Hiver, Hawkeye et Yelena Belova les avaient conduits avec Black Widow. Bouleversée, cette dernière se reprend et l'équipe se repositionne pour riposter contre cette attaque.
 

Hawkeye blesse le Lion Pleureur pendant que Black Widow affronte Snapdragon et laisse fuir le Garde Rouge. Yelena Belova neutralise Viper. Arcade prend la fuite en profitant de la confusion. Le Soldat de l'Hiver a disparu des radars.


Après avoir remercié Hawkeye pour son aide, Natasha gagne une autre planque. Elle y reçoit la visite du Soldat de l'Hiver qui lui révèle avoir mis à l'abri James et Stevie, mais sans lui dire où, comme elle le lui a demandé. Puis elle fond en larmes en prenant conscience de ce qu'elle a sacrifié.


Vêtue d'un nouveau costume, Black Widow retrouve plus tard Yelena Belova à qui elle explique renoncer à se venger. Elle veut évoluer pour devenir quelqu'un de digne de James et Stevie, mais accepte que Yelena l'accompagne dans ses prochaines missions.

Ah, c'est un quasi sans-faute ! C'est déjà pas mal, me direz-vous, et je ne vous contredirai pas car Kelly Thompson revient de loin. J'ai beaucoup apprécié des runs de cette scénariste (Hawkeye, WCA) avant d'être très déçue par ses autres efforts (Deadpool, Captain Marvel) : assez pour me demander quelle était la véritable valeur de cet auteur. Alors la voir signer ces cinq premiers épisodes de Black Widow d'une main plus assurée, d'un ton plus inspiré, c'est un beau redressement.

Le précédent épisode se terminait sur un cliffhanger terrible puisque Natasha voyait James et Stevie, son "mari" et leur "fils", tués par un tir de bazooka dans la planque où le Soldat de l'Hiver, Hawkeye et Yelena Belova les avaient tous conduits. On reprend pile là où on en était resté avec Black Widow sidérée et bouleversée.

Pas le temps pourtant de pleurer : les méchants encerclent le bâtiment où sse trouvent les héros et il faut préparer la riposte. Le groupe se déploie, leurs adversaires s'introduisent dans la cachette. Kelly Thompson et surtout Elena Casagrande mettent alors en scène une formidable séquence d'action pure. L'artiste se surpasse encore une fois avec une double page somptueuse (reproduite ci-dessus) où son sens de la composition et sa maîtrise dans le traitement d'un angle de vue audacieux font merveille.

C'est ce genre de moment que tout fan de comics adore lire, l'expression d'une dessinatrice au sommet de son art, qui produit une scène virtuose, qui transcende le script, un vrai morceau de bravoure, jubilatoire. L'adresse de Black Widow et de Yelena Belova et la précision de Hawkeye sont parfaitement exprimées. Les couleurs de Jordie Bellaire rendent justice à l'image bien que tout se passe dans un environnement sans lumière directe.

La suite est poignante : Black Widow saisit ce qu'elle vient de perdre et elle le verbalise auprès de Hawkeye puis, surtout, du Soldat de l'Hiver, qui furent tous deux ses amants. Kelly Thompson ne mentait pas en affirmant que ce furent des passages difficiles à écrire, parce qu'il ne suffit pas de rédiger de bons dialogues, il faut savoir communiquer l'émotion qui traverse l'héroïne. C'est réussi.

Encore une fois Elena Casagrande est excellente. Elle représente tout cela de manière sobre mains intense, en variant les valeurs de plans, n'abusant pas de gros plans sur les visages, n'hésitant pas au contraire à prendre du recul pour souligner le désarroi, la détresse, le chagrin qui étreignent Black Widow, qui finit par craquer dans les bras de Bucky Barnes.

La présence dans les crédits de Roberto de la Torre au dessin devient anecdotique : il ne signe que trois pages (5, 6 et 7) et son style se fond complètement dans celui de Casagrande, il est quasiment impossible de distinguer la différence alors que de la Torre a un trait plus expressionniste d'habitude.

Pourtant, comme je le dis plus haut, tout n'est pas complètement parfait et c'est dommage. D'abord, il y a cette scène dispensable où Natasha va récupérer son chat dans la maison où elle vivait avec James et Stevie. C'est mignon, mais bon, c'est aussi un peu gnan-gnan, et même redondant : Captain Marvel a aussi un chat, et surtout la même scénariste, donc il faudrait que Thompson se calme un peu avec les animaux de compagnie pour attendrir le lecteur, humaniser ses héroïnes.

Mais le coup du chat n'est rien à côté d'une belle occasion ratée par Thompson pour rendre vraiment son épisode et la fin de cet arc franchement bouleversants. En effet, en révélant que James et Stevie ont survécu, la scénariste fait preuve d'un sentimentalisme fâcheux, qui nuit beaucoup à son histoire. Déjà on se demande à quel moment, comment ils ont pu survivre. Ensuite, cela signifie que Balck Widow et ses amis ont anticipé leur mort pour tromper leurs ennemis et je trouve ça un peu too much. Enfin, cela change dommageablement la perception qu'on a des réactions de Black Widow, en larmes après l'explosion : certes, c'est une espionne, donc une bonne comédienne, mais pour qui joue-t-elle la comédie alors que les assassins sont incapables de la voir à ce moment ? Si elle pleure à grosses larmes pour nous, les lecteurs, c'est un bel effort, mais c'est aussi un brin putassier de la part de Thompson. 

Entre perdre vraiment James et Stevie parce qu'on les a tués ou qu'elle choisisse de s'en séparer pour les protéger de sa dangereuse existence, je crois qu'il aurait été plus judicieux de les tuer car cela aurait eu un écho plus direct avec le nom de l'héroïne (la Veuve Noire). En l'état, il me paraît inévitable qu'un jour ou l'autre James et Stevie réapparaissent, soit parce qu'un vilain les retrouve, soit parce que Natasha ne résistera pas à l'envie de les revoir. Dans les deux cas, ce n'est pas une bonne idée de suite car le lecteur l'aura prévu. Parfois, il faut trancher pour rendre l'histoire plus forte même si c'est aussi plus cruel (souvenez-vous de la fin de la saga du Phénix Noir : Claremont et Byrne ne voulaient pas tuer Jean Grey, c'est Jim Shooter, leur editor, qui les y a forcés pour que le génocide qu'elle avait commis ne soit pas impuni. Résultat : la mort de Jean est resté un classique et surtout s'est imposée comme le meilleur dénouement).

La suite de la série va s'écrire en pointillés puisque Kelly Thompson va laisser souffler Elena Casagrande (qui sera suppléée par Roberto de la Torre). On va voir ce que ça donne (de la Torre est un excellent dessinateur, donc on ne perdra pas en qualité à ce niveau).

mercredi 17 février 2021

FUTURE STATE : CATWOMAN #2, de Ram V et Otto Schmidt

 

Ce second épisode de Future State : Catwoman est intéressant à plus d'un titre. D'abord parce qu'il confirme que Ram V est décidément le scénariste le plus intéressant à suivre chez DC actuellement : son écriture rythmée, inventive et sensible fait des merveilles. Ensuite parce que Otto Schmidt dessine cette histoire avec beaucoup de vivacité. Enfin, parce que l'intrigue, en plus de composer habilement avec un trio de personnages emblématiques, prouve que le projet Future State aurait pu avoir bien d'allure si, comme ici, les mini-séries s'étaient davantage adressées aux autres.


2025/ Gotham. Dans le train où elle s'est introduite pour sauver des déportés du quartier de Alleytown, Catwoman a affronté des gardes et a subi une blessure sérieuse. Le chef du convoi ordonne qu'on la gaze avec des sédatifs pour la capturer pendant que ses complices s'emploient à ralentir le train et évacuer ses détenus.


De son côté, quelques wagons plus loin, Talia Al Ghul, qui se cachait sous l'identité de Mme Canorus, représentante du Magistrat, a libéré Bruce Wayne, fait prisonnier. Mais alors qu'il s'apprête à quitter le train avec elle, il voit Catwoman en difficulté sur un écran de contrôle.


Alors qu'elle est capturée apr le chef du train, Catwoman est sauvée d'une exécution sommaire par l'intervention de Talia et Bruce. Les retrouvailles de Bat et Cat sont de courte durée car Bruce a promis, en échange de l'aide de Talia, de rejoindre la Résistance au Magistrat.


Et il refuse que Catwoman les suive car cela ferait d'elle une cible du Magistrat. Ils se séparent donc mais en convenant d'une astuce pour se revoir en cas de besoin...

J'aime décidément beaucoupce que produit Ram V et il est difficile de résister à la manière dont il anime Catwoman, quelle que soit l'époque où se situent ses aventures. De toutes les mini-séries Future State, Catwoman a été, avec Dark Detective, celle que j'ai trouvée la plus aboutie, celle qui a le mieux tiré parti des contraintes du format et du contexte, ce qui n'est pas un mince exploit avec seulement deux épisodes.

Cette attaque de train est digne des meilleurs heist stories : il y a de l'action, de rythme, des péripéties, des rebondissements, une excellente caractérisation, du romanesque. Ram V réussit à faire tenir tout ça en deux fois vingt pages, sans jamais sembler compressé par le peu d'espace mis à sa disposition - c'est encourageant pour la reprise de Justice League Dark le mois prochain où il ne disposera que de dix pages par mois (puisque que le titre sera une back-up story à la Justice League de Bendis).

On voit que le scénariste a d'abord veillé à structurer son histoire en deux actes : le précédent numéro s'achevait sur la révélation de l'identité de Mme Canorus, la déléguée du Magistrat à bord du train, et la présence dans une cellule aménagée d'un prisonnier fameux, respectivement Talia Al Ghul et Batman. 

Ram V inscrit son récit précisément dans la continuité tortueuse de Future State : tout se passe après que Bruce Wayne ait été blessé par le Gardien de la Paix 01 dans Dark Detective. Il a donc été capturé suite à cela et embarqué dans ce train qui passe dans le quartier de Alleytown, d'où sont déportés des habitants. Talia organise son évasion pour qu'il intègre la Résistance au Magistrat dont elle est la chef temporaire. Et Mariko Tamaki raconte donc dans Dark Detective où cela a mené Batman, en 2027 : la Résistance a dû être vaincue ou dispersée, Bruce est seul dans Gotham, aux abois, réfugié chez Noah, et il mène son enquête sur le système de surveillance du Magistrat.

Si Future State avait été mieux édité, il aurait ainsi gagné en densité et en cohésion car le lecteur qui suit ces deux séries (et même plusieurs autres) n'aurait pas eu à deviner les liens effectifs entre l'intrigue de Catwoman et celle de Dark Detective, qui sont donc pourtant organiquement liées. Idem pour The Next Batman, qu'on a subrepticement vu dans Dark Detective #3 mais qui y apparaît un peu comme un cheveu dans la soupe (sans parler du fait que ce nouveau Batman n'a rien de remarquable : pour le coup, c'est vraiment l'exemple type du personnage survendu, juste parce qu'il y a un homme noir derrière le masque).

Ram V répond aussi à la question de savoir si Catwoman et Talia agissaient de manière unie et il est évident que non. Cette énorme coïncidence est le seul bémol de ces deux épisodes et sans doute l'ensemble aurait gagné à montrer que les deux maîtresses de Batman étaient de mêche dans cette attaque du train, même avec des objectifs divers (libérer Batman pour Talia, les habitants de Alleytown pour Catwoman). Néanmoins, les dernières pages, où Batman et Catwoman sont obligés de se séparer à peine après s'être retrouvés, sont magnifiques, à la fois poignantes et pleines de malice (quand Batman explique à Catwoman comment elle pourra le contacter).

Visuellement, Otto Schmidt aura aussi participé au succès de ces deux épisodes. La vivacité de son trait, qui conserve ainsi la fraîcheur d'une esquisse, convient parfaitement à cette aventure qui file à toute vitesse. Parfois on peut reprocher à cet artiste de ne pas davantage peaufiner ses images, surtout quand on sait à quel point il peut produire des pin-up autrement ouvragées, mais cela fait partie du charme de ce graphisme.

Car ce qu'on perd en détail, on le gagne en énergie. Schmidt, quand il ne dessine pas des comics, collabore à des films d'animation (comme le futur Justice Society : World War II), en qualité de storyboarder ou character designer. Et cela se sent dans la façon dont il découpe les scènes, comme il compose ses planches. Il a le sens du cadre, de l'angle de vue. Il va à l'essentiel et transforme le récit en un vrai page-turner où la page importe plus que les cases qui la forment. C'est cela, au fond, le style de Schmidt : imposer une narration d'ensemble, tout en enchaînements, qui va emporter le lecteur, ne pas lui laisser le temps de souffler, de s'attarder. Et c'est bigrement efficace.

J'ignore comment, le moment venu, Urban Comics publiera les différentes mini-séries Future State mais il faut espérer que l'éditeur français de DC fera un effort pour organiser les titres dans leur chronologie confuse et surtout pour les distribuer en fonction de leur location (avec un pack Gotham conséquent). C'est à cette condition-là que les fans de vf pourront apprécier pleinement le projet. 

lundi 15 février 2021

X-FORCE #17, de Benjamin Percy et Joshua Cassara


Il n'est de bonne compagnie qui ne se quitte et c'est donc la dernière critique de X-Force que je rédige. Je songeai depuis déjà un moment à abandonner cette série mais cette fois, c'est la bonne. Pourtant cet épisode m'a fait douter, à cause de son twist final et malin. Mais ce sera donc le premier titre X que je laisse tomber depuis la relance de la franchise.


Depuis qu'il est membre de la X-Force, Quentin Quire alias Kid Omega est celui qui est mort le plus souvent en mission. Et bien que les mutants puissent désormais ressuciter, il se demande quelle est la part de malchance ou de pulsion suicidaire dans tout ça.


Après avoir été envoyé sur un paquebot au large de Krakoa dont tous les passagers ont été mystérieusement tués - et lui avec - , Kid Omega veut des réponses et sa girlfriend, Pheobe Cuckoo est là pour l'aider à les trouver.


Ensemble, ils découvrent trois survivants du paquebot et sondent leurs esprits durant leur hospitalisation. Tous croient avoir été tués par des X-Men. Et l'un d'eux serait Quentin Quire lui-même. Kid Omega aurait-il commis l'irréparable sans s'en rendre compte, violant une des lois sacrées de Krakoa ?
 

Phoebe refuse de le croire et pense que Quentin refoule un traumatisme lié à son enfance car il a été adopté. Il faut qu'il opère sa mue et, pour cela, commencer par changer de look. Direction : la boutique de Jumbo Carnation...

Est-ce que je vous spoile ce fameux twist final ? Disons que qu'on découvre que Quentin Quire n'est littéralement pas le même que celui qu'on croit et que cela explique sa présence dans les deux derniers épisodes, alors qu'on l'avait vu capturé par Mikhail Rasputin et livré à l'organisation Xeno, qui désirait cloner ses immenses pouvoirs (rappelons que Kid Omega est, comme son surnom l'indique, un mutant de niveau oméga, donc un des plus puissants de sa communauté)...

Je dois admettre que ce coup de théâtre final est vraiment bien trouvé de la part de Benjamin Percy. D'autant plus que le scénariste ne le livre qu'à la toute dernière case de la dernière page de l'épisode, et ça suffit pour nous faire reconsidérer tout. C'est astucieux mais bien amené, totalement imprévisible. C'est un des des retournements dignes des films de M. Night Shyamalan, jubilatoires parce qu'on a été roulé dans la farine mais sans que ce soit vexant parce que rien, absolument rien ne permettait de le deviner. Une narration efficace tout simplement. Que je salue.

Mais si c'est épatant, ça ne saurait compenser le sentiment que m'inspire cette série depuis longtemps. J'ai lutté contre cette impression désagréable, mais je n'ai plus ce courage ni la patience maintenant. J'ai tenu 17 numéros, ce qui est bien. Et en fin de compte je préfère partir avant d'être plus mal à l'aise. Je n'aime ni perdre mon temps avec une série que je n'apprécie pas/plus, ni sombrer dans la critique acide pour le plaisir de casser.

Qu'est-ce qui ne me convient pas en fait ? Si je devais lister cela, je commencerai pas pointer le fait que Benjamin Percy ne montre aucune empathie pour ses héros. J'ai cette sensation, peut-être fausse, qu'il ne les aime pas beaucoup, ces mutants. Il y a une certaine honnêteté à exprimer le dégoût que lui inspirent visiblement ces agents de la CIA mutante et leurs missions, à montrer que leur boulot n'a rien de noble, qu'il expose la partie la plus trouble du renouveau de la nation X. C'est respectable et d'ailleurs partagé. Ce n'est en somme pas une BD aimable car ses héros ne font rien d'aimable.

En cernant cela, on cerne aussi ce qui cloche dans ce qui identifie X-Force. Avant Percy, d'autres scénaristes ont écrit cette émanation des X-Men de diverses manières. La plus intéressante et marquante reste sans doute celle d'Uncannay X-Force par Rick Remender où il exposait à la fois les basses oeuvres de l'équipe mais surtout ses conséquences sur ses membres : être une sorte d'espion-tueur laissait des traces profondes, traumatisantes, coûtait un prix exorbitant. Remender y allait franchement, parfois de façon très mélodramatique, brutale, mais c'était la qualité de son projet - et il l'avait prolongé dans Uncanny Avengers, sorte de suite hybride et plus ambitieuse, plus ample de UXF.

Avec le temps j'accorde de plus en plus d'intérêt à ce que j'appelle le propos d'une série. On peut très bien se contenter d'une série divertissante, ça n'a rien de péjoratif. Mais X-Force, quelle que soit la manière dont on l'écrit, n'a rien d'un divertissement : c'est le récit des aventures d'un groupe de mutants chargés de traquer, tuer, ce n'est pas léger. Et le statu quo actuel des mutants ne change rien à la donne - au contraire, il officialise la X-Force comme une agence de renseignements et de contre-espionnage, alors qu'auparavant c'était une équipe sur laquelle on fermait hypocritement les yeux. Dans le contexte actuel, la X-Force est approuvée par le Pr. X, le leader de la nation X.

Il faut alors, à mon sens, en faire quelque chose et établir une réflexion sur ce groupe, son programme, ses membres. Et cela Benjamin Percy s'en exonère. Le fait qu'aujourd'hui les mutants aient vaincu la mort et peuvent donc ressuciter est devenu chez le scénariste la matière à une collection de décès et de retours à la vie, quasiment comme un gag, et l'épisode de ce mois-ci entérine cela en revenant sur le sort de Kid Omega qui a connu la mort un nombre invraisemblable de fois - et j'insiste sur le "invraisemblable" car on parle d'un mutant de niveau oméga, donc qui ne devrait pas être si facile à tuer.

Percy suggère que Quentin Quire a peut-être des pulsions suicidaires, qui expliqueraient qu'il se fasse tuer si fréquemment. Cela trouverait se racines dans son enfance car c'est un enfant adopté, et aussi dans son caractère, volontiers fanfaron, prétentieux, qui dissimulerait une fragilité en écho à ses immenses pouvoirs. C'est pas mal pensé, même si c'est écrit au crayon gras, de la psychologie franchement pas subtile. Mais c'est aussi, surtout aussi vite avancé que peu creusé, car Percy a autre chose en tête. Son fameux twist final.

Tout comme on peut apprécier une BD comme étant un simple divertissement, on peut aussi distinguer deux formes de narration : character's driven ou story's driven. Percy est un adepte évident de la seconde. Pour lui, l'histoire importe plus que les personnages, qui sont des pantins interchangeables, ou du moins des héros recyclables à l'infini dans le cas des mutants. Qu'importe qu'ils se fassent tuer, même de la manière la plus grotesque, puisqu'on peut les ramener à la vie. Tout ça, au fond, semble un jeu, un jeu de massacre certes, mais un jeu. Pourquoi dès lors s'embarrasser à éprouver de l'empathie pour ces personnages ou donner envie au lecteur de les aimer ?

Cette façon de procéder tue tout propos de fond sur la série. Et cela se ressent dans les intrigues proposées jusqu'à présent : un enchaînement paresseux de menaces glauques, souvent végétales d'ailleurs, pas de réel méchant - l'organisation Xeno apparaît trop aléatoirement pour avoir une réelle consistance : elle voudrait être une entité dangereuse pour Krakoa, mais semble surtout une bande d'énièmes anti-mutants versée dans les manipulations génétiques ou les coups de forces. Si la X-Force était tout simplement mieux dirigée, ça ferait longtemps que Xeno ne représenterait plus rien. Et pour en revenir au propos, tout cela ne semble guère affecter les membres de la X-Force, en dehors de poussées de fièvre sporadiques, vite oubliées. Chez Percy, rien ne dure, tout doit avancer. Au détriment de l'émotion, du questionnement.

Ce qui interroge en revanche vraiment, c'est ce que fait le scénariste avec lesdits personnages, quand il en fait quelque chose de doncret. En 17 épisodes, il a fait de Hank McCoy, le Fauve, une ordure innommmable, insoupçonnable dans la refonte initiée par Hickman. Il a fait de Domino une mercenaire qui accepte qu'on lui lave le cerveau pour oublier ses pires souvenirs. Il a fait de Kid Omega un bouffon. De Forge un armurier peu scrupuleux. De Sage... Non, il n'a absolument rien fait de Sage, qui est un véritable fantôme. Wolverine reste le dur-à-cuire caricatural que détestent les fans de Cyclope. Et Jean Grey est partie, écoeurée comme nous par le comportement du Fauve, son impuissance à établir un soupçon d'éthique dans cette formation.

C'est pour cela que je pense que Percy n'a pas un grand amour, un grand respect pour ses héros : il sont tous écrits comme des archétypes risibles, ridicules. A côté de lui, Gerry Duggan est le roi de la nuance.  Je me demande ce qu'en pense Hickman, même si X-Force est de fait le titre le plus éloigné de son projet en termes d'écriture et de propos. Hickman, pourtant, est lui aussi plutôt un adepte de la narration dictée par l'histoire plus que par les personnages, mais quand il dérange le lecteur (avec des éléments comme le Crucible, les sièges occupés au conseil de Krakoa par des mutants abjects, le côté sectaire de la communauté, etc.), il le fait de manière plus inspirée, moins gadgetisée. Et surtout il le compense par de grands moments réservés à certains protagonistes (comme Apocalypse qui a été l'acteur principal du premier acte de la relance).

Je n'oublie pas Joshua Cassara, qui, grâce à la périodicité mensuelle des titres X, assure maintenant le dessin de X-Force plus régulièrement. Sa contribution à la série a souvent été remarquable, suivant scrupuleusement et puissamment les scripts. Sans lui, les délires de Percy n'auraient pas eu la même force. Mais Cassara, c'est aussi un artiste très inspiré par Jerome Opena, la finesse en moins, et qui pêche sur certains points dommageables : ses femmes n'ont rien de fôlichon, et il vieillit maladoitement Kid Omega, lui ôtant du même coup une partie essentielle de son charme de sale gosse. Son Wolverine est bon, bien que peu original. Et le Fauve sous son crayon ressemble parfois trop à une version creepy de Sullivan dans Monstres & Cie.

Je ne peux pas dire que je n'ai jamais pris de plaisir à lire X-Force version Dawn of X, la série à ses débuts m'impressionnait même. Puis elle a tourné en rond, et aujourd'hui elle tourne comme un disque rayé, lassante, stupide. Je la quitte sans regret.