mardi 11 août 2009

Critique 88 : NEW AVENGERS 14 et 15 - SECRET AND LIES, de Brian Michael Bendis et Frank Cho






Secret and lies (ou Spider-Woman) est le quatrième arc des Nouveaux Vengeurs, publié par Marvel Comics en Février et Mars 2006. Le scénario de ces 14ème et 15ème épisodes de Brian Michael Bendis est cette fois illustré par Frank Cho.
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A la dernière page de l'arc précédent (Ronin), Jessica Drew alias Spider-Woman était mise devant le fait accompli par Captain America qui avait deviné qu'elle ne travaillait pas que pour les Nouveaux Vengeurs.
Avec sagesse, la jeune femme décide de dévoiler son jeu en avouant qu'elle collabore, sur ordre de Nick Fury (même depuis que ce dernier est en fuite, après les évènements survenus durant Secret War), avec l'Hydra. L'organisation terroriste lui a en effet procuré ses pouvoirs en échange de sa contribution.
A la fin de son récit, le reste de l'équipe, qui a tout entendu, choisit cependant de lui conserver sa confiance pour la récompenser de sa franchise - et pour l'aider à confondre l'Hydra dans le futur.
Ensuite, les New Avengers s'organisent autour de Tony Stark pour révèler officiellement leur existence au monde. Ms Marvel
, de passage à la Stark Tower, le Q.G. du groupe, décline temporairement l'offre que Cap' lui fait de se joindre à eux, préférant, pour l'instant, reconsidérer sa carrière solo après les bouleversements traversés durant House of M.
Pour se présenter au public, les Nouveaux Vengeurs s'adressent, contre toute attente, à l'un de leurs plus farouches adversaires (surtout maintenant que Spider-Man fait partie de l'équipe...) : J. Jonah Jameson. Celui-ci leur jouera un mauvais tour en publiant un article où il souligne le passé douteux de plusieurs membres...
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Encore plus bref que Ronin, ce nouveau passage démontre que Bendis n'ait jamais meilleur que lorsqu'il s'emploie à être concis en densifiant son propos : de ce strict point de vue, la vérité sur les origines de Spider-Woman est aussi bien traîtée qu'avait été ratée l'exposition du passé de Sentry !
A la lumière des évènements récents de Secret Invasion, les révèlations sur la duplicité de Jessica Drew prennent un relief étonnant - et cela sera encore renforcé lors de New Avengers disassembled dont les épisodes se dérouleront pendant Civil War... Il faut reconnaître que c'est un personnage fascinant que Bendis a complètement reessucité, sorti de l'oubli, sans craindre de faire doublon avec l'autre arachnée de l'équipe, Spider-Man. A la fois manipulée et finalement très manipulatrice, Spider-Woman possède une vraie épaisseur qui la distingue, d'autant qu'elle est la seule femme du groupe.
Deux épisodes suffisent à l'auteur pour l'imposer définitivement alors que les Vengeurs ont compté nombre d'héroïnes mémorables, de la Guêpe à la Sorcière Rouge en passant par Ms Marvel qui refait son apparition dans l'épisode 15 (et reviendra régulièrement ensuite, dans l'Annual 1, puis comme meneuse des Puissants Vengeurs et à nouveau dans les New Avengers, suite à Secret Invasion).
Comme ces deux chapitres se concentrent quasi-exclusivement sur les explications de Jessica Drew, Bendis a soigné ses dialogues et utilisait au mieux un autre de ses gimmicks favoris, la voix off. Le résultat est des plus irréprochables.
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Pour mettre en images un récit aussi introspectif mais mettant en scène une des plus belles créatures de Marvel, le choix de Frank Cho est particulièrement opportun. Ce virtuose du "good babe art" se (et nous) régale en croquant la belle espionne (comme en témoignent les couvertures des deux épisodes qu'il a également réalisées).
Mais il signe aussi de fort belles planches, au découpage très fluide, avec quelques jolis "morceaux de bravoure". Difficile de faire la fine bouche...
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Rétrospectivement, cette période s'avère une des plus aboutis et l'enchaînement des récits Ronin-Spider-Woman-Annual 1 a une efficacité indéniable. Ce qui suivra immédiatement après sera plus inégal, d'autant qu'une crise majeure reconfigurera profondèment la série et ses personnages...

Critique 87 : NEW AVENGERS 11 à 13 - RONIN + ANNUAL 1, de Brian Michael Bendis et David Finch









Ronin est le troisième arc des Nouveaux Vengeurs, toujours écrit par Brian Michael Bendis et à nouveau illustré par David Finch. Cette histoire se déroule des épisodes 11 à 13, publiés de Novembre 2005 à Janvier 2006 par Marvel Comics.
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L'énigmatique Ronin, recommandé par Matt Murdock/Daredevil pour le remplacer au sein des Nouveaux Vengeurs, enquête à la demande de Captain America sur l'organisation criminelle, la Main, en lieu et place de Wolverine. Ses investigations décident le reste de l'équipe à le rejoindre au Japon où leur route croise celle du Samouraï d'Argent. Ce dernier est en affaire avec Viper, chef de l'Hydra.

Sentry est, lui, resté en Amérique, récupérant de ses problèmes identitaires (révèlés dans l'arc précédent) et refusant d'aider ses partenaires sur ce coup à cause de cela. Cependant, Captain America commence à soupçonner Spider-Woman de ne pas être celle qu'elle prétend : il a raison puisqu'il est désormais évident qu'elle "roule" à la fois pour les Nouveaux Vengeurs, le S.H.I.E.L.D. et l'Hydra...
Quant à l'identité réelle de Ronin, elle en laissera plus d'un interloqué puisqu'il s'agit d'Echo, alias Maya Lopez !
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Brian Bendis n'a pas tardé à rétablir le cap après le raté de son arc précédent et, encore aujourd'hui, je considère ce Ronin comme l'un des meilleurs passages de la série.
Les premiers et principaux atouts de cette histoire sont sa brièveté et son dynamisme : en trois épisodes, le scénariste emballe une intrigue tonique, avec de belles séquences d'action, quelques surprises bien senties. On en voit pas le temps passer, c'est une réussite.

Intelligemment, Bendis renoue avec l'affaire du Raft tout en disposant quelques pions pour la suite, comme le jeu de rôles de Spider-Woman, suggéré dans Breakout. En déplaçant l'action au Japon, l'auteur adresse également des clins d'oeil réjouissants aux fans de Frank Miller (l'implication de la Main) mais aussi aux épisodes des X-Men par Chris Claremont et Paul Smith (lorsque Wolverine voulut se marier et dut affronter Viper et le Silver Samouraï) : le décor est agréablement dépaysant et permet des scènes savoureuses contre les Ninjas, où les bons mots de Spider-Man passent bien.
Le tout est mené sur un rythme soutenu mais le propos est toujours lisible, d'une fluidité et d'une sobrièté parfaite.
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David Finch, qui revient sur le titre, rend aussi une copie très honorable : dès la première scène, il impose un personnage dont on regrette presque le démasquage final - et l'exploitation maladroite par la suite. L'artiste nous gratifie surtout de planches soignées, toujours épaulé par ses partenaires favoris (Danny Miki à l'encrage et Frank d'Armata aux couleurs), dans un style un peu moins encombré qui fait plaisir.
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Le titre rebondit donc de façon très opportune - et cela va durer quelque temps.
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En Juin 2006 paraît New Avengers Annual #1 : il s'agit donc d'un épisode spécial, plus long, et qui signifie que le titre est désormais bien installé commercialement. Mais c'est aussi un chapitre particulier pour deux autres raisons : d'abord parce qu'il propose un suite directe à une situation présentée à la fin du premier arc, Breakout, et ensuite parce qu'il s'articule autour d'un motif traditionnel dans les comics super-héroïques, le mariage de deux héros... Qui, bien sûr, sert de cadre à une bataille épique.
Le scénario est bien sûr l'oeuvre de Brian Michael Bendis et les dessins sont signés par son complice du crossover House of M, le français Olivier Coipel.
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Gravement blessée par Sauron en Terre-Sauvage, Yelena Belova (alias la Veuve Noire blonde) accepte de recevoir les pouvoirs du Super-Adaptoïde comme les lui proposent les agents de l'HYDRA afin de se venger des Nouveaux Vengeurs.
Elle attaque l'équipe juste après que Jessica Jones
ait accepté la demande en mariage de Luke Cage. Yelena absorbe d'abord les pouvoirs de Sentry puis de Luke Cage, Wolverine, Spider-Man, et Spider-Woman, alors que le maire de New York est reçu par Tony Stark et Captain America à leur nouveau quartier général.

Mais après que Spidey ait compris qu'elle ne peut dérober les pouvoirs que d'un seul héros à la fois, Yelena Belova est mise en échec par Iron Man - ou plutôt par une attaque groupée de plusieurs armures du héros commandées à distance par Stark - et par Sentry dont elle a aussi "volé" le double démoniaque, Void, menaçant de détruire son esprit.
La situation conduit l'HYDRA à déclencher l'auto-destruction de Yelena, empêchant ainsi Iron Man de l'interroger pour connaître le nom de ceux qui l'ont transformée. Néanmoins, tous les Vengeurs suspectent l'organisation terroriste d'être derrière cette agression et Spider-Woman est prise à parti par Stark car elle a espionné l'HYDRA pour le compte de Nick Fury dans le passé.

Finalement, les noces de Luke Cage et Jessica Jones sont célèbrées devant un prêtre ressemblant de façon troublante à... Stan Lee.
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Ce premier "annual" est un pur régal et, à tout seigneur, tout honneur, c'est d'abord grâce à la contribution d'Olivier Coipel. Réalisées entre House of M et Thor, les planches que le français a réalisées pour l'occasion révèlent la fabuleuse progression de l'artiste durant ces dernières années. Ce n'est pas la première fois qu'il dessine ces personnages : avec Geoff Johns et Chuck Austen, il avait déjà oeuvré sur les Vengeurs "classiques" sur deux sagas (Red Zone et Lionheart of Avalon), et il n'est pas exagéré d'affirmer qu'il semble être né pour les animer.
Le découpage est éblouissant, donnant un tempo effrené à ce récit plein d'action : on tourne les pages à toute allure mais on y revient avec un plaisir égal en se laissant toujours prendre. L'aisance avec laquelle il insuffle vie et expressivité aux personnages, avec laquelle il alterne les angles de vue, agence la composition des plans, jongle avec le format des vignettes : c'est un feu d'artifices !
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L'intrigue est simplissime et à vrai dire, l'argument n'est qu'un prétexte, mais Bendis s'est visiblement amusé - et son plaisir est communicatif. Il y a un côté "old school" dans ce numéro où c'est vraiment "les bons contre la méchante".

La parenthèse est enchanteresse et atteste que le scénariste, lorsqu'il "lâche les chevaux" (comme dans Ultimate Spider-Man), vaut bien mieux que lorsqu'il abuse de la narration décompressée dont il est devenu le symbole vivant.
Un épisode pas absolument indispensable (sinon pour découvrir le sort de la blonde Veuve Noire) mais une lecture tellement jouissive qu'il serait idiot de s'en priver !

mardi 4 août 2009

Critique 86 : NEW AVENGERS 7 à 10 - THE SENTRY, de Brian Michael Bendis et Steve McNiven











Sentry (The Sentry en vo) est le deuxième arc narratif des Nouveaux Vengeurs, qui se déroule durant les épisodes 7 à 10, publiées par Marvel Comics à partir de Juillet 2005. Le scénario est écrit par Brian Michael Bendis et les dessins sont signés Steve McNiven.
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Captain America et Iron Man veulent en savoir plus sur les origines de Sentry, ce mystérieux individu qui a aidé à sauver de nombreuses vies durant la grande évasion au Raft (voir l'arc précédent). En effet, initialement, il faisait partie des détenus, s'étant même fait lui-même incarcérer après s'être accusé du meurtre de sa femme. Pourtant celle-ci est toujours vivante et en bonne santé...
Au même moment, Spider-Man, Spider-Woman, Luke Cage et Wolverine affrontent, tant bien que mal, le Wrecker
, un membre du gang des Démolisseurs. A l'issue de la bagarre, le malfrat est appréhendé malgré tout.
Du côté de Robert Reynolds alias Sentry, on découvre qu'il a été mentalement manipulé par Feu le mutant Jason Wyngarde et qu'il souffre de shizophrénie, partageant son le contrôle de esprit avec une entité maléfique, Void. In fine, les problèmes psychologiques de Sentry sont résolus grâce à l'intervention d'Emma Frost des X-Men : la mémoire lui revient et des barrières de protection psi lui permettent de contrôler (plus ou moins...) son alter ego démoniaque.
Il rejoint donc l'équipe des Nouveaux Vengeurs avec l'ambition de regagner son statut héroïque originel, même si son passé de justicier a été oublié par tous.
C'est également à cette époque que nous est révélée l'existence des Illuminati
, l'association secrète formée par six des plus influents héros de la Terre : Iron Man, Red Richards, Namor, Charles Xavier, Dr Strange et Flêche Noire. Leur objectif : manoeuvrer dans l'ombre pour le bien de l'humanité...
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Pour le deuxième arc de la série, Brian Bendis, contre toute attente, choisit de ne pas poursuivre sur la lancée de Breakout, à savoir la traque des fugitifs du Raft et l'enquête sur les agissements du S.H.I.E.L.D.. Cette option a de quoi déroûter et même décevoir, mais ce ne sera pas la dernière fois que le scénariste déjouera les attentes du public...
C'est donc quatre épisodes qui vont être consacrés au personnage de Sentry, aperçu dans le récit précédent. Si on passe outre son look particulièrement grâtiné et le flou concernant ses pouvoirs (flou encore en vigueur aujourd'hui), ce n'est pourtant pas une figure a priori inintéressante et elle ouvrait même la porte à une théorie prometteuse à l'époque. Malheureusement, tout cela n'aboutira pas à grand'chose de convaincant.
L'histoire joue avec la mythologie même des comics en se penchant sur le cas d'un héros qui aurait été oublié par l'Histoire, mais qui s'amuse aussi avec la notion même de réalisme : en faisant intervenir le scénariste qui l'a créé, Paul Jenkins, dans le récit, Bendis effleure ce qui aurait pu produire un effet intriguant et jubilatoire - les personnages de comics peuvent-ils acquérir leur existence propre mais aussi être totalement oubliés dès lors qu'ils cessent d'apparaître dans les revues qui leur sont consacrés ?
Résultat : justicier déjà peu gâté, Sentry a tout du pantin ridicule à la fin de cet arc. Une image dont le personnage ne se débarrassera jamais (quand bien même Bendis lui voue un attachement franchement ahurissant puisqu'il le conservera dans Les Puissants Vengeurs et les Dark Avengers).
Bob Reynolds avait cependant l'étoffe sinon d'un bon héros intéressant, en tout celle d'un personnage dôté d'un potentiel certain puisqu'il incarnait une énième version d'un personnage comme en compte déjà la série. En effet, ce n'est ni plus ni moins que le nouveau specimen du super-soldat, un "héros de la science" (comme dirait Moore justement) au même titre que Captain America, Luke Cage (qui a subi des expériences en prison l'ayant rendu invulnérable), ou Spider-Woman (cobaye de l'Hydra, l'organisation rivale du S.H.I.E.L.D.). Reynolds, en testant sur lui-même (un vieux cliché de la littérature super-héroïque) une expérience scientifique, est devenu un surhomme à "l'usage" proche de Cap et compagnie. S'il est devenu un être surpuissant, il a aussi créé un monstre qui le dévore, Void, et en souffre mentalement de manière très aiguë.
De façon surprenante, Bendis n'exploitera ni la névrose prononcé du personnage, qui aurait pû fournir de la matière aux intrigues futures et à la vie même de l'équipe des Nouveaux Vengeurs (Sentry restera toujours une sorte de ravi de la crêche, sous l'influence d'Iron Man puis, dans Dark Avengers, de Norman Osborn), ni même (et c'est encore plus frustrant) le lien qui unit implicitement plusieurs des Nouveaux Vengeurs comme des versions diverses du super-soldat.
Du coup, il est difficile d'être indulgent pour ces épisodes où pointe un autre élément distinctif des New Avengers, là aussi curieusement peu exploré par la suite : leur incapacité à fonctionner ensemble et donc à accomplir avec succès leurs missions.
En effet, il faudra le concours d'une héroïne extérieure pour maîtriser Sentry/Void, en l'occurrence Emma Frost ; et la victoire contre le Wrecker est tirée par les cheveux, les héros ne devant leur salut qu'à une ruse et de la chance face à un adversaire qu'ils ne dominent jamais physiquement. Si l'on souvient des réticences de Captain America à intégrer Wolverine dans la bande à la fin de Breakout, on voit déjà que l'équipe des Nouveaux Vengeurs est vouée à l'échec : à se demander si Bendis ne l'a pas composée juste pour faciliter sa scission lors des prémices de Civil War...
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En revanche, graphiquement, le remplacement de David Finch par Steve McNiven, bien avant qu'il ne devienne la vedette qu'il est désormais (depuis Civil War), est la bonne surprise de cet arc.
Le trait fin, élégant et précis de l'artiste est un bonheur pour les yeux après le côté un peu (beaucoup...) "bourrin" de Finch. Epaulé par ses complices Dexter Vines (à l'encrage) et Morry Hollowell (aux couleurs), Mc Niven produit des planches superbes sur une histoire bien moins bonne que lui.
Nous avons même droit, pour évoquer le passé occulté de Sentry, à quelques bandes signées par le vénérable vétéran Sal Buscema. L'emploi de cet invité au style rétro et inimitable est bien vu pour installer le décalage scénaristique et historique du récit.
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La suite des New Avengers déroute donc autant qu'elle déçoit : Bendis a-t-il sciemment voulu provoquer son lectorat après avoir démarré la série sur les chapeaux de roue ? Ou s'est-il bêtement planté en croyant malgré tout bien faire ? Il faudra un arc suivant bien mieux ficelé et plus nerveux pour se rattraper.

dimanche 2 août 2009

Critique 85 : NEW AVENGERS 1 à 6 - BREAKOUT, de Brian Michael Bendis et David Finch







Les Avengers sont morts : place aux New Avengers (les Nouveaux Vengeurs en français) ! Le titre mettant en scène les aventures de cette nouvelle équipe paraît pour la première fois dans New Avengers #1 (novembre 2004). Le scénario est écrit par Brian Michael Bendis et les dessins sont signés par David Finch. L'arc Evasion (Breakout en vo) compte 6 épisodes.
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L'histoire introduit une nouvelle formation et raconte comment elle voit le jour, 6 mois après les évènements de Disassembled.

Tout commence lorsque le super-vilain Electro provoque une gigantesque panne électrique dans la prison de haute sécurité du Raft et entraîne l'évasion de 42 criminels sur un total d'environ 90.
Le reste des malfrats est contenu grâce à l'intervention impromptue de Captain America, Iron Man, Luke Cage, Jessica Drew/Spider-Woman, Spider-Man et Matt Murdock/Daredevil - ce dernier étant sur les lieux, avec son associé Foggy Nelson pour rencontrer un client, Robert Reynolds, qui s'accuse du meurtre de sa femme.
Au terme d'une bataille épique dans le pénitencier, et concluant que le destin a permis la réunion de ces héros comme cela avait été le cas pour les cinq premiers Vengeurs, Cap convainc Iron Man de créer un nouveau groupe en invitant les quatre autres justiciers présents au Raft de se joindre à eux.
Tous acceptent, à l'exception de Daredevil qui refuse de ternir la réputation des autres héros à cause des ennuis qui l'accablent à l'époque (les médias et les autorités le harcèlent après que sa double identité ait été révèlée, malgré ses démentis).
Après avoir retrouvé et interrogé Electro, les Nouveaux Vengeurs découvrent que le mystérieux Karl Lykos- pour l'évasion duquel Electro a été spécialement engagé - est dans le collimateur du S.H.I.E.L.D.. Le dossier de Lykos est consulté par Spider-Woman et Captain America et les conduit, avec leurs partenaires, jusqu'en Terre Sauvage où ils croisent la route du X-Man Wolverine.
Peu après, l'équipe est repérée par l'alter-ego de Karl Lykos, Sauron, et capturée par plusieurs mutants. Les Nouveaux Vengeurs réussissent à s'échapper puis découvrent avec stupeur que le S.H.I.E.L.D. exploite comme des esclaves les compagnons de Lykos. Yelena Belova débusque Sauron et lui tire dessus, il riposte en la défigurant.
Des missiles s'abattent alors sur la zone, supprimant les occupants à l'exception des Vengeurs, protégés par un champ de force émis par l'armure d'Iron Man. Un héliporteur du S.H.I.E.L.D. embarque les membres du groupe et Captain America exige à Maria Hill, la directrice de l'organisation gouvernementale, des explications. Elle raconte qu'un trafic clandestin de vibranium les a conduits ici.
Peu convaincu, Iron Man confie à ses compères que certains fugitifs du Raft sont officiellement considérés comme morts depuis des années, ce qui signifie que le S.H.I.E.L.D., en plus de piller les réserves naturelles de pays étrangers, serait en train de rassembler des super-criminels. Cap accepte d'engager Wolverine (qu'il qualifie pourtant de meurtrier) pour poursuivre leurs investigations sur cette sordide affaire...
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Pour démarrer "sa" série, Brian Bendis met d'emblée le paquet, en divisant clairement son récit en deux sous-parties : la première met en scène une spectaculaire évasion dans une prison pour méta-humains et la seconde embarque la nouvelle équipe de Vengeurs dans une enquête à la fois exotique, funeste et vouée à être développée sur le long cours, à la recherche non seulement des fugitifs mais aussi du (des ?) responsable(s) de ce coup de force et du trafic que cela dissimulait.
Si on en croit des propos récents du scénariste, concernant l'élaboration de l'intrigue du crossover Secret Invasion, la fondation de cette saga était déjà établie dès le départ des New Avengers - et même avant avec le récit Secret War (dans lequel Nick Fury, alors patron du S.HI.E.L.D., entraînait plusieurs héros dans une mission commando secrète en Latvérie, royaume du Dr Fatalis).
Cette affirmation reste délicate à contester, même si des éléments jouent rétrospectivement en sa faveur : on ignore qui paie Electro pour attaquer le Raft, qui manoeuvre dans l'ombre l'exportation illégale de vibranium, qui rassemble les super-criminels en cavale.
En revanche, on sait que Spider-Woman collabore avec une puissance ennemie, qui lui ordonne d'infiltrer les Nouveaux Vengeurs : il est donc évident qu'elle est un agent double, voire triple - car elle a encore accès à des dossiers confidentiels du S.H.I.E.L.D. et est peut-être encore en relation avec Fury (qui a disparu de la circulation après l'affaire en Latvérie).
Cela étant dit, il faut reconnaître que ces six premiers volets sont fort plaisants à lire. L'assaut du Raft et l'affrontement entre les quelques héros présents sur place et la presque centaine de criminels (parmi les plus redoutables du Marvelverse) est d'une efficacité indéniable. On doute franchement que les justiciers puissent juguler autant d'adversaires, et la présence de l'énigmatique Robert Reynolds, qui participe à la victoire, ajoute au suspense de l'affaire.
Le personnage de Sentry possède un charme rétro et décalé dans cette galerie, qui promettaient encore beaucoup à l'époque : créé par Paul Jenkins, ce gaillard surpuissant ressemblait à la fois à une parodie des héros DC comme Superman et fut présenté comme un savoureux canular. L'éditeur prétendit en effet qu'il s'agissait d'un justicier imaginé durant le "golden age", oublié puis relancé pour l'occasion.
L'autre polémique que déclenchera le scénariste concernera la composition même de ces Nouveaux Vengeurs, mix étonnant de stars (Captain America, Iron Man, Spider-Man, Wolverine) et de seconds couteaux (Luke Cage, Spider-Woman). Les Vengeurs ont pourtant de tout temps été formés de vedettes et de personnages de moindre importance, n'ayant pas de série propre. Mais, à la vérité, l'idée de cette formation semble avoir été soufflée à Bendis par Mark Millar et Joe Quesada qui désiraient faire des Nouveaux Vengeurs l'équivalent de la JLA, avec donc les personnages les plus populaires de la firme.
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David Finch cultive quand à lui ce qui caractérisait déjà son apport à Avengers Disassembled : je trouve cependant son travail plus fort ici, même s'il éprouve encore des difficultés avec les expressions faciales en particulier, et donc pour caractériser nettement ses personnages en général - tous ses héros masculins sont des armoires à glace tour à tour impassibles ou l'air furieux : c'est un peu limité... Par contre, il ne s'en sort pas trop mal avec Spider-Woman, à qui il donne même une pulpeuse féminité (voir sa première appartion en costume dans l'appartement de Stark...).
Néanmoins, il est toujours aussi à l'aise lorsqu'il s'agit de mettre en images d'explosives séquences d'action, avec un découpage dynamique à défaut d'être original, et un dessin fourni en détails (presque trop, mais l'encrage de Danny Miki n'arrange rien).
Finch est l'archétype de l'artiste plus à son avantage quand il s'agit d'animer des personnages en costumes qu'en civil - il reste un des rares à avoir su conférer un certain charisme à Sentry lorsque celui-ci décide d'aider les Nouveaux Vengeurs dans le Raft.
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Le récit ne manque pas par ailleurs d'humour - sur un mode encore léger et moins envahissant que sur certains arcs futurs. Par exemple, des scènes comme celles où Luke Cage a les poings finalement englués dans la toile de Spider-Man après avoir menacé de tabasser Electro, où Spider-Woman ruse pour soutirer des informations à des co-détenus, le crash en Terre Sauvage et ses conséquences immédiates (une faune agressive), et le moment où les membres de l'équipe se réveillent nus et aux mains de Lykos, ne manquent pas de piquant.
Finalement, ces six premiers épisodes constituent une introduction encore incomplète aux origines de cette nouvelle équipe et certains de ses prochains membres ne sont pas encore ou peu exploités (Sentry et Wolverine) Mais c'est un divertissement assez palpitant et prenant, qui donne envie de poursuivre l'aventure et rénove assez adroitement les Vengeurs dans le but d'en faire à nouveau des tenors du Marvel Universe.

Critique 84 : AVENGERS DISASSEMBLED, de Brian Michael Bendis et David Finch



Avengers Disassembled est initialement un crossover impliquant plusieurs séries publiées par Marvel Comics : l'idée générale était que des héros majeurs de la firme (comme les Vengeurs, Spider-Man, ou les 4 Fantastiques) réagissaient à des assauts les déstabilisant physiquement et émotionnellement. Le scénariste Brian Michael Bendis jouait, avec ce titre, sur le cri de ralliement des Vengeurs : "Avengers Assemble!".
Les titres les plus affectés par cette histoire furent les Avengers, mais aussi Thor, Captain America et Iron Man. En revanche, on pouvait continuer à suivre des mensuels comme Spider-Man et Fantastic Four sans problème.
Les membres des Avengers concernés par les évènements de Chaos (c'est-à-dire le segment concernant l'équipe proprement dît) étaient l'Homme-Fourmi (Scott Lang), Captain America, Captain Britain (Kelsey Leigh), le Faucon, Hawkeye, Iron Man, Scarlet Witch, Miss Hulk, la Vision, la Guêpe et Yellowjacket.
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L'histoire débute au manoir des Vengeurs lorsque le système de sécurité de l'endroit avertit ses occupants d'une intrusion : elle est le fait du Valet-de-Coeur, pourtant mort après avoir sauvé la vie de la fille de l'Homme-Fourmi, Cassie Lang. Le Valet explose inexplicablement, tuant Scott Lang et ravageant une partie de la demeure des héros.
Peu après, la Vision se crashe avec un des Quinjets des vengeurs et libère une petite armée de robots Ultron qui s'en prennent aux rescapés. Durant l'affrontement qui suit, Miss Hulk est prise d'une crise de folie furieuse au cours de laquelle elle détruit la Vision.
A la suite de cette première vague d'attaques, plusieurs autres vengeurs (parmi lesquels des réservistes comme Spider-Man et Daredevil) arrivent au manoir. C'est alors qu'une énorme flotte de vaisseaux extraterrestre apparaît dans le ciel et ouvre le feu. Hawkeye se sacrifie pour sauver ses amis de cette soudaine invasion Kree.
Finalement, on découvre que c'est Scarlet Witch qui a provoqué tous ces évènements : devenue progressivement folle depuis la mort de ses enfants quelques années auparavant, elle s'était convaincue de leur existence grâce à des sortilèges influencés par l'essence du démon Mephisto. Ses pouvoirs causaient depuis des altérations de la réalités et ce phénomène empirait au point d'affecter l'existence de ses proches et sa santé mentale déjà fragile : elle avait fini par penser que les Vengeurs lui avaient retiré sa progéniture.
Lors d'une ultime confrontation, les Vengeurs, aidés par le Dr Strange, neutralisent Wanda Maximoff et son père, Magneto, reconnaissant les erreurs qu'il a commises en l'élevant, l'emmène avec lui pour la soigner.
Quelques mois plus tard, l'équipe se réunit dans les ruines du manoir. Quicksilver explique comment son père, le Professeur Charles Xavier et le Dr Strange s'occupent désormais de sa soeur dans un endroit tenu secret. Puis Tony Stark révèle à ses camarades qu'ils doivent se séparer car la réputation du groupe a souffert des évènements causés par Scarlet Witch et aussi parce qu'il ne peut plus financer une telle formation (son entreprise a perdu des contrats importants).
Chacun de ceux qui sont là évoquent alors un de ses plus mémorables souvenirs, comme lorsque l'équipe s'est créée, ou quand ils découvert Captain America, ou leur rôle durant la guerre Kree-Skrull, ou le mariage de la Vision et Wanda...
Comme ils quittent les lieux, les Vengeurs sont attendus à l'extérieur de leur quartier général dévasté et acclamé par une foule de civils. Une page se tourne...
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... Et avec cette page, ce sont 500 épisodes qui trouvent leur conclusion : Brian Michael Bendis a offert un final à la fois apocalyptique et émouvant à une série historique, où se sont succédés les meilleurs auteurs et les plus grands artistes depuis Stan Lee et Jack Kirby. Pour cela, le scénariste n'a pas hésité à trancher dans le vif, supprimant plusieurs personnages (dont l'emblématique Hawkeye, qui fut d'abord un super-vilain avant de se racheter une conduite comme justicier, ou la Vision, sans doute l'androïde le plus célèbre du Marvelverse) et concluant son épopée dans un déluge pyrotechnique... Qui n'était pourtant qu'une énorme illusion !
Le procédé est radical et extrèmement roublard, on peut d'ailleurs reprocher à l'auteur d'en faire trop, mais sans doute fallait-il frapper fort et couper net pour inscrire le point final à près de quarante ans de continuité et alors que le titre même se vendait mal.
Car il faut replacer les choses dans leur contexte : à l'époque de Disassembled, dopés par leurs adaptations cinématographiques, Spider-Man et X-Men dominent commercialement Avengers dans les kiosques. Même si comme les mutants, c'est une série mettant en scène une équipe, la composition des Vengeurs n'a cessé de changer tout au long de son existence, comptant un nombre écrasant de membres. Il y avait les vedettes, les "big guns", comme Captain America, Iron Man, Thor, voire la Guêpe, et (tous) les autres, parfois membres éphémères et oubliables/oubliès. Mais en tant que tels, les Avengers ne ressemblaient plus à grand'chose.
La dernière formation en date n'était par ailleurs pas la plus fameuse, et Bendis a ensuite expliqué avoir tué certains personnages parce qu'il les considéraient comme d'authentiques "tocards" (à l'image du Valet-de-Coeur). Nous verrons, cependant, que, par la suite, en animant les Nouveaux Vengeurs, le même Bendis ne s'est pas privé de ramener sur le devant de la scène des seconds couteaux, tout aussi incertains, pour en faire de nouvelles stars. Mais c'est là la finalité de ce genre de jeu de massacre : chaque auteur a ses "têtes", ses favoris, et s'amuse à les promouvoir lorsqu'il en a la possibilité. On ne peut donc pas vraiment reprocher à Bendis de répéter ce que beaucoup de ses prédécesseurs ont fait...
Narrativement, le scénariste n'a pas encore complètement systématisé la décompression dramaturgique dont New Avengers deviendront le laboratoire (et parfois la caricature) : le récit est mené avec beaucoup de rythme, les rebondissements s'enchaînant à toute vitesse, allant même crescendo dans une débauche d'explosions, d'attitudes troubles, de situations paroxystiques. On a à peine le temps de se demander ce qui se passe entre l'explosion de Jack of Hearts, le crash de la Vision, les attaques successives des Ultrons et des Krees, le coup de folie de Tony Stark à l'O.N.U. et celui de She-Hulk, le sacrifice d'Hawkeye, et l'affrontement contre Wanda puis les apparitions du Dr Strange et de Magneto.
Et quand la situation s'est calmée et que le temps des adieux est venu, Bendis ne cède pas non plus à ce qui en irritera plus d'un ensuite, soit des dialogues abondants, à l'humour potache, et dilatant la durée de certaines séquences. L'évocation des grands moments passés de l'histoire des Vengeurs est rédigée sobrement, avec une pointe de sentimentalisme indéniable, mais sans manièrisme.
Ces brefs flash-backs, illustrés sur des double-pages, sont aussi un régal pour les yeux car, pour ce Avengers finale, de grands artistes ont été mis à contribution : Steve McNiven, David Mack, Alex Maleev, Jim Cheung, Gary Frank, Mike Mayhew... Cela participe à faire de ce numéro un exemplaire vraiment exceptionnel, transition entre le titre qui s'achève et celui qui va arriver.

Disassembled a été dessiné par David Finch (avec quelques pages reprises aux épisodes de Kirby, Dick Ayers ou Olivier Coipel) et encré par ses collaborateurs habituels, Danny Miki, Mark Moralès, Allen Martinez et Victor Olazaba.
Je ne suis pas un grand fan de cet artiste. Pourtant, il fait le boulot et sait en mettre plein la vue comme le réclame une histoire de ce genre : beaucoup le font mieux que lui, c'est une évidence, mais David Finch a été au bon endroit, au bon moment. C'est aussi comme cela qu'on gagne ses galons.
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Les Vengeurs sont morts ? Vive les Nouveaux Vengeurs ! Oui, une page se tourne, mais un nouveau livre va commencer... Et la fin de cette histoire est vraiment le début d'une autre !