jeudi 2 janvier 2020

JUSTICE LEAGUE DARK #18, de James Tynion IV et Alvaro Martinez


Ce dix-huitième épisode de Justice League Dark est un des plus impressionnants de la série. James Tynion IV a écrit un chapitre spectaculaire, dramatique, intense où les héros sont confrontés à une situation désespérée. Surtout la narration est d'une fluidité exemplaire et les lignes du récit convergent vers ce qui s'annonce comme un final épique (dans un mois ou deux maximum). Alvaro Martinez revient en très grande forme, délivrant des planches ahurissantes de puissance et de précision. 


Sur la lune, l'esprit de Wonder Woman affronte l'Homme Inversé. Celui-ci lui révèle avoir scellé une alliance avec Circé (qui a investi le corps terrestre de l'amazone) pour, une fois la Justice League Dark vaincu, il soit récompensé. Mais il est ouvert à une contre proposition pour aider les héros.


Pendant ce temps, assiégés par l'Injustice League Dark de Circé, Zatanna, John Constantine, Kent Nelson et Khalid Nassour (Bobo est redevenu un chimpanzé sauvage, Man-Bat a été endormi) se sont réfugiés dans l'armurerie souterraine du Hall de Justice.


Constantine songe à utiliser l'arsenal ici présent, à leurs risques et périls. D'autant que Circé s'impatiente : Salomon Grundy échoue à forcer la porte de l'armurerie, elle ressuscite le dragon Drakul Karfang qui force l'entrée sans problème contre la promesse de tuer Wonder Woman.


Sur la lune, l'amazone justement formule une offre à même de satisfaire l'Homme Inversé. Puisqu'elle possède une partie des pouvoirs d'Hécate, elle est en mesure de participer au rétablissement de l'Ordre magique et donc de soigner son vis-à-vis.


Dubitatif, il accepte malgré tout mais tue Witchfire pour s'assurer la loyauté de Wonder Woman. L'Injustice League Dark pénètre dans l'armurerie. Kent Nelson tente de neutraliser Circé et Klarion mais Drakul Karfang l'écarte. Au fond de la pièce, Khalid Nassour décide d'utiliser le casque de Dr Fate...

Comme je l'annonçais en préambule, cet épisode est grisant par l'intensité de son action. C'est un chef d'oeuvre de tension et d'équilibre, une machine qui est parfaitement huilée et offre tout ce qu'on attend d'elle. Il est désormais révolu le temps, lointain, où Justice League Dark avançait sans donner des gages sur la direction qu'elle emprunter, l'objectif qu'elle visait.

Pour accomplir cela, James Tynion IV déploie tout son art de conteur en narrant avec une admirable fluidité son propos, passant d'un lieu à un autre, d'un enjeu à un autre, et orchestrant leur convergence avec génie. Cette lisibilité donne cette impression de griserie si jubilatoire dans les comics, quand les pièces du puzzle s'assemblent et qu'on est aux portes d'un final épique.

Car, et ceci explique peut-être cela, récemment, en postant des pages de cet épisode sur sa page Facebook, le dessinateur Alvaro Martinez a eu une phrase ambiguë : il les désignait comme appartenant au "dernier" arc de la série. A-t-il voulu dire "le dernier en date" ? Ou bien prévenait-il que la JLD par Tynion et lui-même vivait ses derniers feux ? En effet, le scénariste a hérité de la série Batman à la suite de Tom King, et il est possible qu'il s'y consacre entièrement (puisqu'elle restera bimensuelle), mais aussi parce que Tynion s'engage souvent sur des projets en en planifiant le terme (comme ce fut le cas avec Detective Comics).

Si cette équipe se prépare à boucler son run, ce serait une belle sortie que de le faire avec cette "guerre des sorcières", qui convoque tous les éléments disséminés par Tynion depuis le début. La dernière page ne laisse aucun doute sur le retour du Dr. Fate (également "teasé" à la fois dans Justice League par Scott Snyder et Doomsday Clock de Geoff Johns, avec la renaissance de la Justice Society of America - dont Johns a publiquement déclaré qu'il serait partant pour l'animer à nouveau).

La négociation entre l'Homme Inversé et Wonder Woman indique aussi une alliance contre Circé et sa bande (même si l'amazone ne va sûrement pas laisser son partenaire de circonstance regagner sa liberté comme elle le lui a promis). Assiégés dans l'armurerie et dominés nettement, Zatanna et ses complices sont également au plus mal. Tout confirme qu'on est proche du dénouement - de l'intrigue assurément, mais peut-être aussi du run actuel. A suivre...

Visuellement, on a droit à des planches exceptionnelles, qui font plus que jamais penser à la grande époque de Ultimates ou de la collection All-Star. Alvaro Martinez abat un boulot bluffant avec son encreur Raul Fernandez et son coloriste Brad Anderson. C'est du grand art.

Bien entendu, la résurrection du dragon Drakul Karfang est le morceau de bravoure de ce chapitre. Tynion a joué habilement avec la présence du squelette de ce monstre exposé dans le Hall de Justice sans jamais expliquer de qui il s'agissait, d'où il venait, qui l'avait amené ici. On en a l'explication et en peu de mots mais avec des images éblouissantes, Martinez et Tynion nous récompensent au-delà de nos espérances. En un tour de main, la motivation du dragon est toute trouvé et sa puissance terrible et majestueuse se déploie.

Pourtant, il ne faudrait pas que cette scène éclipse les autres : le dialogue entre Diana et l'Homme Inversé sur la lune est superbement découpé, avec une inventivité jamais démentie. Le sort réservé à Witchfire est une nouvelle preuve des astuces graphiques imaginées par Martinez, qui joue avec la notion même de créatures imaginaires puisque la victime est étreinte par le méchant comme une feuille de papier froissée. Et puis l'intérieur de l'armurerie, tout en clair-obscur, est vraiment magnifique : l'alignement des artefacts magiques offre un plan général qui fait penser à la dimension où les Quatre rangeaient leur arsenal dans Planetary.

Quel que soit le destin de la série, on pourra dire qu'elle n'a fait que progresser, gagner en envergure. Et à tout prendre, ne vaut-il pas mieux une (probable) vingtaine d'épisodes de ce calibre que plusieurs années inégales quand les auteurs sont aussi inspirés... 





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