dimanche 21 mai 2023

LES GARDIENS DE LA GALAXIE VOL. 3, de James Gunn


Après bien des péripéties, Les Gardiens de la Galaxie vol. 3 est enfin sorti dans les salles. James Gunn, son scénariste et réalisateur, clôt non seulement sa trilogie mais quitte du même coup définitivement les studios Marvel pour partir diriger le DCU. Il est donc fortement conseillé d'avoir vu les deux précédents longs métrages consacrés aux personnages (et aussi le diptyque Avengers : Infinity War/Endgame) pour apprécier ce récit, plus grave que d'habitude.
 


Adam Warlock, le "fils" de la prêtresse Ayesha que les Gardiens de la Galaxie avaient dupée, attaque la station Knowhere. Dans le feu du combat, il blesse gravement Rocket Raccoon avant que Nebula le touche à son tour et le force à battre en retraite. Incapable de sauver Rocket, l'équipe décide de gagner le Q.G. d'OrgoCorp où leur ami servit de cobaye à des expériences dans le passé.


Dans le coma, Rocket se souvient de l'époque où il était aux mains du Maître de l'Evolution, un savant fou et puissant qui ambitionnait de créer et peupler une Contre-Terre pacifiste avec des créatures anthropomorphiques. Rocket partageait ses souffrances avec d'autres animaux comme Sol le lapin, Lyla une loutre et Teefs le morse. Mais développant une intelligence que jalousait le Maître de l'Evolution, Rocket devina qu'il allait être sacrifié et entreprit de fuir avec ses amis. Lui seul y parvint.


Une fois à proximité d'OrgoCorp, les Gardiens retrouvent les Ravageurs et Gamora qui les aident à pénétrer dans le bâtiment. Ils y dérobent avec perte et fracas le dossier médical de Rocket puis, de retour dans leur vaisseau, constatent que des données importantes en ont été effacées par Theel, l'assistant du Maître de l'Evoltuion. Ils partent donc pour la Contre-Terre sans savoir que Adam Warlock et Ayesha, qui est redevable au Maître pour la naissance de son "fils", les suivent.


Une fois sur la Contre-Terre, Star_Lord, Nebula et Groot sont aidés par les habitants pour trouver la pyramide du Maître de l'Evolution, pendant que Drax, Mantis et Gamora veillent sur Rocket toujours entre la vie et la mort. La rencontre avec le Maître dégénère quand ce dernier, déçu d'avoir été dénoncé par ses créatures, décide de détruire la Contre-Terre et de partir dans l'espace à bord de sa pyramide. Drax et Mantis, impatients, ont rejoints Nebula au pied du bâtiment-vaisseau alors que des explosions dévastent la planète.


Star-Lord et Groot sautent de la pyramide qui décolle en embarquant Theel tandis que Drax, Mantis et Nebula montent, eux, à bord et découvrent des centaines d'enfants en cage pour servir de cobayes au Maître de l'Evolution. Star-Lord extrait de Theel les données manquantes du dossier médical de Rocket et avec Groot embarquent dans le vaisseau où leur ami se trouvent avec Gamora. Adam Warlock voit Ayesha mourir dans une explosion au moment où ils tentent d'aborder le vaisseau des Gardiens et le souffle de la déflagration le propulse à l'intérieur. 
 


Cependant, Star-Lord, Gamora et Groot sauvent Rocket avant que Nebula ne leur donne sa position. Ils prennent en chasse la pyramide du Maître de l'Evolution et, avec le renfort de Kraglin, lui barre la route avec la station Knowhere. Les enfants sont évacués de la pyramide à la station tandis que les Gardiens au complet avec le renfort d'Adam Warlock affrontent le Maître de l'Evolution. Rocket se refuse finalement à le tuer pour ne pas prolonger ce cycle de violence...

Deux scènes post-générique de fin conclut le film : 

- la première montre la nouvelle formation des Gardiens (Rocket devenu le leader, Groot, Kraglin, Cosmo, Adam Warlock et Phyla, une des enfants rescapés) part en mission après la décision de Star-Lord de repartir sur Terre, de Mantis de faire un break, de Gamora de réintégrer les Ravageurs, de Drax et Nebula de s'occuper des enfants retirés au Maître de l'Evolution ;

- la seconde montre Peter Quill en train de prendre le petit-déjeuner avec son père adoptif sur Terre, avant qu'un carton à l'écran indique que "le légendaire Star-Lord reviendra".

Après une Phase IV au mieux inégale, au pire médiocre, et un début de Phase V peu convaincant (Ant-Man et la Guêpe : Quantumania s'est ramassé au box office), beaucoup d'espoirs reposaient sur Les Gardiens de la Galaxie Vol. 3. Et quelque chose me dit que James Gunn, scénariste et réalisateur du film, a dû sourire de cette situation...

Pourquoi ? Pour le comprendre, il faut remonter à la sortie du précédent volume des Gardiens de la Galaxie en 2017. Si le film fut un succès, en dépit d'avis mitigés, pour le Gunn, ce fut le début d'une mauvaise passe. De vieux tweets déterrés par des détracteurs de Droite du cinéaste conduisirent Disney à le sanctionner en l'écartant d'abord du troisième long métrage puis carrément en le virant. Tout le casting s'en émut et menaça d'abandonner tout projet avec le studio si Gunn n'était pas réintégré. Pendant ce temps, ce dernier, abordé par la concurrence, signa pour The Suicide Squad chez Warner (sorti en 2021) dont le succès critique et public (dans le contexte particulier d'alors, en pleine pandémie) convainquit Disney de revenir en arrière.

Le reste appartient à l'Histoire : la Warner resta en contact avec Gunn et lui proposa de refonder le DCU sur grand écran après les échecs du "Snyderverse" tandis que le cinéaste bouclait le tournage des Gardiens de la Galaxie vol. 3. Et, happy end, cet ultime chapitre cartonne depuis sa sortie en salles. Marvel studios doit donc une fière chandelle au mec qu'ils avaient renvoyé comme un malpropre.

Pour Gunn, boucler cette trilogie était aussi le moyen de raconter l'histoire du personnage qu'il aimait le plus : Rocket Raccoon. On raconte même qu'il avait initialement envisagé de mettre en scène un spin-off entièrement consacré au raton-laveur et Groot pour revenir sur le passé douloureux du premier, avant de se raviser, tout comme il changea de méchant en cours de route (passant de Annihilus au Maître de l'Evolution).

Ce qui frappe donc, d'emblée, c'est le ton plus grave de l'histoire. Rocket est rapidement gravement blessé et va passé les deux tiers du film sur une table d'opération entre la vie et la mort, à se remémorer ses origines, tenté d'abdiquer en se souvenant de ses amis disparus. Sans concessions, le film traite de la maltraitance animale de manière poignante et des dérives du transhumanisme. Le supplice que traverse Rocket dans des flashbacks très émouvants vous serre le coeur. On comprend à quel point Gunn s'est projeté dans ce personnage, le transformant en une figure sacrificielle, profondément touchante et blessée.

Qu'importe alors que le Maître de l'Evolution soit joué de façon un peu trop souvent hystérique par Chukwudi Iwuji (à la différence des comics où il est un savant fou et puissant mais d'une froideur totale, d'un détachement effrayant) : le face-à-face entre Rocket et ce néo-Docteur Moreau (inspiré par le héros du roman de H.G. Wells) réserve son lot de scènes mémorables, cruelles, et pour lesquelles Gunn trouve un dénouement tout sauf manichéen.

Le cinéaste n'a jamais envisagé les Gardiens comme une équipe de super-héros comme les Avengers, mais plutôt comme une famille que chacun de ses membres s'est choisie. Gunn a dû composer avec des éléments qu'il n'a pas choisis (et qui compliquent inutilement le récit, comme la Gamora issu de Avengers : Endgame, qui a tout oublié de son passé avec les Gardiens et n'est donc plus l'amante de Star-Lord), mais il les exploite avec adresse pour redynamiser le groupe, ses relations. Il donne aussi une suite directe à ce qu'il avait mis en place dans le volume 2 avec Ayesha et Adam Warlock en les reliant au Maître de l'Evolution et si, là aussi, son interprétation de Warlock peut dérouter par rapport aux comics (où il était un personnage plus mûr), elle a une vraie logique dans ce contexte, incarné avec recul par Will Poulter.

Alors, pourquoi ça fonctionne contrairement à la majorité de ce qu'a livré la Phase IV et Quantumania ? Qu'on apprécie ou pas le style coloré, décalé, de Gunn, on ne peut nier qu'il a un style affirmé, peut-être même le plus prononcé, le plus personnel, de tout le MCU. Dans la mesure où il écrit et dirige ses films, il en a le contrôle et en assume tous les aspects, parfois même les plus controversés (comme sa vision de Drax en gros bouffon plutôt qu'en réel destructeur ou de Mantis qui devient une ingénue comique au lieu d'une madone céleste). Quand on va voir un film de Gunn, on sait où on met les pieds, on ne peut pas jouer la surprise ou s'offusquer des libertés prises. Et ce sera intéressant de voir comment il s'emparera du DCU, à commencer par Superman dont il a écrit et mettra en scène le grand retour en 2024-2025.

Il y a donc cette exubérance familière et qui assure à la trilogie une vraie unité esthétique et narrative, une inventivité, une sorte d'insouciance, un refus de se prendre trop au sérieux tout en faisant le job sérieusement. Tout cela témoigne d'un amour pour le matériau de base, son folklore, mais aussi d'une approche singulière, sincère, sentimentale même. Et je pense que c'est ce qui a fait la différence après tout un tas de films de la Phase IV où les spectateurs ont été perdus par les choix de Kevin Feige ou déçus par des opus trop ou pas assez, sans désormais de menace commune, de fil rouge (comme l'incarnaient Thanos et les pierres d'infinité). En existant en marge du reste mais en développant leurs propres thèmes, leurs propres méchants, les rapports entre les Gardiens, la trilogie de Gunn a échappé à ces sorties de route pour former un tout solide, certes imparfait, mais honnête avec lui-même et le public.

Enfin, plus que tout autre film ou trilogies du MCU, Gunn a bâti son oeuvre avec une troupe qui a fait corps avec son projet. Chris Pratt, Zoe Saldana, Karen Gillan, Dave Bautista (même si ce dernier s'est plaint de l'évolution de son personnage), Pom Klementieff, ainsi que Bradley Cooper et Vin Diesel (qui ont prêté leur voix à Rocket et Groot), tous  sont indissociables de la réussite de ces trois films et de celui-ci en particulier (sans oublier le spécial diffusé fin 2022 sur Disney +). Cette famille d'acteurs dont certains ont vu leur carrière propulsé grâce à Gunn, qui les a imposés à Disney, a soutenu le réalisateur comme des enfants auraient soutenu un père mais ont aussi défendu leurs rôles en jouant à fond le jeu, communiquant leur plaisir à l'audience.

Alors que le MCU est actuellement en plein gestion du scandale lié à Jonathan Majors (Kang à l'écran, empêtré dans une sale affaire de violences sur sa compagne et rattrapé par des témoignages sur son comportement toxique de longue date), et en attendant la sortie à l'automne de The Marvels (la suite de Captain Marvel), Les Gardiens de la Galaxie vol. 3 ressemble à la fin d'une époque. Le studio va devoir d'une manière ou d'une autre changer, évoluer, peut-être en lâchant la bride à ses cinéastes, en repensant son modèle. Gunn parti, Kevin Feige va devoir prouver qu'il n'a pas perdu son mojo, sa vista, tandis que Bob Iger, l'ex-président de Disney revenu en catastrophe, opère une restructuration drastique.

vendredi 19 mai 2023

FANTASTIC FOUR #7 (700), de Ryan North et Iban Coello


Nous y voilà ! Le septième épisode du run de Ryan North est aussi le 700ème numéro de la série Fantastic Four. Ne me demandez pas comment Marvel est arrivé à ce compte et jouons le jeu. Pour la peine, on a droit à une pagination sensiblement augmentée (près de 50 pages), et le retour de Iban Coello (qui paraît bien en passe de quitter le navire pour un bon moment). Que vaut cet anniversaire ?



En cavale après avoir échappé à Maria Hill, les 4 Fantastiques trouvent refuge dans une maison de campagne que leur a préparé Petunia, la tante de Ben Grimm, qui les prévient qu'un fantôme hanterait la place. Réalité ou superstition ? 


En tout cas, le lendemain, les membres de l'équipe se mettent à développer des troubles du langage et le Dr. Fatalis surgit, remonté contre Reed Richards dont il appris qu'il avait expédié, avec d'autres, sa filleule Valeria, dans l'espace pour un an. Et ce que Richards a raté, Fatalis veut le rectifier...


Récemment, j'ai fait l'acquisition de l'Omnibus Fantastic Four par Mark Waid et Mike Wieringo publié par Panini Comics. J'ai enfin tous les épisodes de leur run mémorable, sans doute le meilleur de la série avec celui de John Byrne (je ne compte pas celui de Stan Lee et Jack Kirby, il est hors concours). Quand j'aurai fini de le lire, je tâcherai d'y consacrer une entrée de ce blog.


En ouvrant ce pavé de plus de 800 pages, j'ai été ému de relire des planches dessinées par Wieringo, il me manque celui-là, qui sait ce qu'il ferait s'il était encore là... Et Waid avait produit une de ses meilleures prestations, redéfinissant ces personnages, les expédiant dans des aventures colorées et graves à la fois. C'était le bon temps, et je dis ça rarement.
 

Mais ce qui distingue les grands runs, c'est leur capacité à donner au lecteur, au fan une proposition rapide, clair et puissante. Dans le meilleur des cas, on peut même dire que dès le(s) premiers épisodes, le ton est donné pour tout le reste, et c'est pour ça que Waid et Wieringo sont restés dans les mémoires.

C'est ce que je pensais aussi au début du run de Ryan North et Iban Coello, qui avaient pour ambition de ramener le quatuor sur Terre, après les aventures plus cosmiques de Dan Slott et compagnie. Sept mois après, que reste-t-il de tout ça ?

Déjà, un détail cosmétique : les FF ne sont plus en costume, ils évoluent civil, et c'est déroutant car c'est un groupe dont chaque membre porte d'ordinaire le même uniforme, comme les Challengers de l'Inconnu, dont Stan Lee et Jack Kirby s'inspirèrent. Mais ce n'est pas vraiment un détail car déshabiller un super-héros, et qu'est-ce qu'on voit ? Des quidams que seuls leurs super-pouvoirs distinguent des autres.

Sur sept épisodes, trois, pratiquement la moitié donc ont été des one-shots dédiés à chacun des membres, et ça aussi, c'est déroutant, car selon une ficelle scénaristique en vogue chez Marvel actuellement, on a retrouvés les FF séparés après une catastrophe qui les a obligés à quitter New York. 

Ryan North a qui plus est construit ses épisodes depuis le début sur un schéma répétitif : un problème se pose au(x) héros, puis vient le temps de la réflexion pour imaginer une solution à ce problème, et enfin arrive le moment d'agir/réagir. Ce processus a été encore davantage souligné quand le groupe s'est reformé avec Reed dans le rôle du type qui réfléchit et les trois autres dans ceux qui agissent/réagissent. C'était amusant au début, puis c'est devenu un brin lassant, parce que justement tout se réglait en un épisode et vingt pages chaque mois.

Je comptais beaucoup, comme je l'écrivais le mois dernier, sur ce 700ème numéro pour que Ryan North quitte sa zone de confort, brise le moule. Mais il n'en est rien.

Le retour de Fatalis dans la partie trouve une justification légitime et plutôt maline (il a appris que Reed avait expédié Valeria, sa nièce, dans l'espace avec tous les occupants du Baxter building suite à l'attaque d'Annihilus), apporte un adversaire un peu plus excitant que d'habitude, même si ça finit comme une énième guerre d'égos.

Par contre, 50 pages pour ça ?! Non mais allô ! North tire trop sur la corde en nous entraînant d'abord sur une fausse piste (cette histoire de fantôme) puis ensuite passe la seconde. En trente pages, cela aurait été suffisant et plus ramassé, plus intense. Pour le reste, c'est du déjà-vu : Reed trouve le fin mot de l'histoire (et Alicia conclut de façon opportune), Fatalis échoue autant que son rival, Sue, Ben et Johnny font de la figuration. C'est dommage, mais ça ne décolle jamais, et même ça finit en eau de boudin.  

Iban Coello fait donc son retour pour cet épisode et il rend une copie de très bonne facture. C'est clairement le meilleur dessinateur du run, il a les personnages bien en main, découpe les scènes avec vigueur, compose l'action avec adresse. Lui ne déçoit pas.

Mais hélas ! son retour n'est que ponctuel : les deux prochains numéros seront à nouveau mis en images par le fadasse Ivan Fiorelli et au #10, c'est Leandro Fernandez qui assurera la partie graphique. Je vous avoue que j'en ai marre de ce défilé d'artistes sur des séries à peine relancées. Je n'aime pas râler après ça, mais ça me fatigue. Pour fidéliser le lecteur, il faut de la stabilité, une constance dans la qualité, en plus de l'imagination dans les histoires. Et ce run de Fantastic Four, qui m'a charmé au début, s'écrase bel et bien, de plus en plus.

Il y a quelque chose de cassé entre Marvel et moi. Je ne dis pas que rien ne me plaît plus dans la "maison des idées" (il y a des séries qui vont être relancées d'ici la rentrée et une, notamment, est très alléchante), mais éditorialement, déjà, je trouve que ça manque d'une direction. Sur ce point, DC me satisfait nettement plus parce qu'on sent qu'il y a une volonté d'aller dans un sens et que les auteurs jouent tous la même musique (même si chacun sonne comme un instrument singulier). Là, quand je lis Fantastic Four, Avengers, quand j'écoute ce qu'on me dit de Spider-Man, quand je vois où part X-Men (la franchise et la série), j'ai l'impression que Marvel occupe le terrain comme il fait toujours, mais sans me donner envie. C'est pas bandant.

A cet égard, donc, Fantastic Four ressemble à un triste échec. J'y croyais fort après Dan Slott. Mais ça n'a pas tenu.

BATMAN-SUPERMAN : WORLD'S FINEST #15, de Mark Waid et Dan Mora


On pourrait presque être blasé, voire lassé, par le tandem Mark Waid-Dan Mora, omniprésent. Mais Batman-Superman : World's Finest reste immuablement plaisant à lire. Et l'arc en cours regorge de tant d'idées, d'action qu'il est impossible de décrocher. Ce mois-ci, l'histoire monte encore en puissance, convoquant plein de guest-stars comme le bouquet (presque) final d'un feu d'artifice.


Batman et Metamorpho vient au secours de Superman et Robin confronté à la menace d'Ultramorpho. Toutefois la créature reprend l'avantage et s'envole en emmenant avec elle le dark knight et le man of steel. Robin appelle des renforts mais il semble que la situation soit hors de contrôle et qu'on assiste à une révolte des robots partout...


Qui peut rivaliser avec World's Finest ? Je me le demande car cette série donne au lecteur tout ce qu'il attend et même plus. C'est toujours merveilleusement écrit et dessiné, le récit file à une allure folle en conservant une qualité irréprochable.


Ce qui me frappe, c'est qu'en vérité, bien avant que Dawn of DC soit devenu le nom du nouveau statu quo de l'éditeur, World's Finest a en somme établi la règle désormais en vigueur. Mark Waid a eu le nez creux. Ou alors DC a compris que le scénariste donnait le la et qu'il fallait que tout le reste de l'orchestre s'y accorde.


Car, en définitive, qu'est-ce qu'ambitionne Dawn of DC ? Comme souvent chez DC, il s'agit de concilier une certaine modernité, de rester d'actualité, mais sans oublier le passé, l'héritage. Ce fut la grande leçon retirée des New 52 où l'éditeur voulait repartir de zéro, trop radicalement, pour des résultats controversés et inégaux.

Bien entendu, tout, aujourd'hui, n'est pas parfait non plus, et Dawn of DC n'a que quelques mois d'existence. D'ici à la fin de l'année, d'autres titres vont être (re)lancés et on jugera à chaque fois sur pièce de leur pertinence, de leur cohérence avec ce qui a déjà été publié. Mais il apparaît quelques traits saillants, comme une profession de foi partagée par les auteurs.

Tel que théorisé par Joshua Williamson, l'architecte en chef de Dawn of DC, ce statu quo marque la sortie de crise, après justement l'event Dark Crisis (on Infinite Earths). Marvel avait voulu emprunter la même direction il y a quelques années avec Fresh Start, de façon plus brouillonne et éphémère. Chez DC, actuellement, on veut que les héros emblématiques aient le sourire, séduisent le lecteur, en revenant aux fondamentaux. Et en se passant du phare qu'était la Justice League (même si une série avec elle reviendra). Comme je le notais dans ma critique de The Avengers #1, cela semble inconcevable chez Marvel de mettre en pause ses plus iconiques héros.

Revenons à Mark Waid et World's Finest : en situant sa série dans le passé, il a voulu renouer avec une forme de pureté, d'âge de l'innocence, avant les Crisis. Il s'est appuyé sur deux des piliers du DCU, Batman et Superman, du temps où ils ont commencé à partager leurs aventures. C'était aussi quand Dick Grayson était encore Robin et formait avec le dark knight le dynamic duo et animait la première formation des Teen Titans.

Mais l'intelligence de Waid a été de ne pas réduire son projet à un exercice nostalgique. Dans l'arc en cours, où il est question du meurtre de Simon Stagg, avec Metamorpho en guest-star, le scénariste interroge des questions comme le transhumanisme, l'usurpation, et il confronte ses personnages à une menace qui semble inarrêtable. D'ailleurs, cet épisode voit Batman et Superman terrassés, et Robin sans renforts face à une révolte des machines.

Dan Mora donne toute sa dimension à cette révolte en produisant des pages explosives. Tout l'épisode ne laisse aucun répit au lecteur, et le dessinateur assène des coups retentissants, avec des (quasi) splash-pages spectaculaires. Suivant le script, il est amené à mettre en scène des invités déjà présents auparavant comme les Teen Titans, Supergirl, la Doom Patrol.

Mais le casting est plus ample car la situation développée exige de montrer que le danger est partout et mobilise les troupes. Ainsi on voit les Metal Men, mais aussi les Challengers de l'Inconnu, ou Red Tornado. Il y a du monde, mais grâce à l'énergie du script et à la virtuosité du dessin, qui embrasse cette multitude avec gourmandise, on échappe à la saturation.

World's Finest se passe effectivement dans le passé, mais paraît surtout avoir anticipé un mouvement de fond chez DC avec ces histoires rocambolesques, gorgées d'action, sur un ton flamboyant et positif, exaltant l'héroïsme, la camaraderie, le plaisir de rendre le justice, d'animer ce folklore de héros masqués, ne reculant jamais devant la difficulté. Autant d'éléments qu'on retrouve dans des titres comme Nightwing, Superman, Shazam !, Green Lantern - et peut-être demain dans la relance de Wonder Woman (par Tom King et Daniel Sampere) et le retour inévitable de Justice League.

jeudi 18 mai 2023

SUPERMAN #4, de Joshua Williamson, Jamal Campbell et Nick Dragotta


Où on a la confirmation que Joshua Williamson travaille sur le long terme : dans ce quatrième épisode de Superman, le scénariste qui a bouclé son premier arc en seulement trois épisodes développe quelque chose de bigrement excitant. Ce mois-ci, Jamal Campbell reçoit le renfort de l'excellent Nick Dragotta, dont l'intégration est intelligemment faite.


Superman rend visite à Lex Luthor en prison avec la conviction que si leur association fonctionne bien, son ancien ennemi continue de lui cacher des choses. Et si le kryptonien n'avait pas été le premier héros de Metropolis ? Et que les premiers ennemis de Luthor étaient responsables de ce qui s'est passé avec le Parasite - et maintenant avec Silver Banshee ?


Joshua Williamson a réussi quelque chose que peu parviennent à faire avec moi : j'aimai bien ce qu'il écrivait en indé avec une série comme Ghosted (parue il y a dix ans chez Image Comics), puis il m'a déçu avec pas mal de ces productions chez DC, avant que je ne sois séduit par sa mini Rogues récemment et maintenant avec Superman.
 

J'étais perplexe et méfiant quand je l'ai vu être promu nouveau grand architecte du DCU et je n'attendais pas grand-chose de sa reprise de Superman, que j'ai tentée d'abord pour les dessins de Jamal Campbell. Mais là le doute n'est plus permis : c'est très bon et très prometteur.


Pour un peu, il serait plus juste de nommer cette série Superman et Luthor car les deux sont vraiment au coeur de l'histoire. Williamson a basé tout son projet sur cette idée a priori farfelue : faire du man of steel et de sa némésis deux partenaires, complémentaires. Et pourtant, Lex a joué un sale tour à Superman en rendant à nouveau sa double identité secrète (pour la plupart des gens), faisant également en sorte que ceux qui chercheraient à percer le secret risquent d'en mourir.

Mais contre toute attente, ça marche. Et vraiment bien ! Car Williamson ne se contente pas d'une astuce facile du genre Superman = les muscles et Luthor = le cerveau. Non, les deux sont sur un pied d'égalité et leur relation devient plus nuancée, plus imprévisible aussi. Luthor croupit en prison et met à la disposition de Superman ses énormes moyens (SuperCorp).

Dans le premier arc, on a fait brièvement connaissance avec deux savants fous, frères, le Dr. Pharma et Graft, qui ont utilisé le Parasite pour tester le tandem Luthor-Superman. Cette fois, dès le début de cet épisode, Graft enlève Silver Banshee pour en faire à nouveau une arme contre le héros. Et justement Superman a l'intuition que Lex ne lui a pas tout dit. Il a raison et Luthor consent enfin à en dire plus.

Les meilleures idées sont les plus simples : si vous voulez, en tant que scénariste, "retconner" un l'histoire d'une série, mieux vaut ne pas en faire trop et être direct. Ainsi, Williamson imagine que Lex étant arrivé à Metropolis avant Superman en était le premier héros et c'est ainsi qu'il a croisé la route de Pharma et Graft à l'époque où il kidnappait des sdf pour des expériences. Parvenus à un niveau supérieur dans leurs recherches, ils procèdent de même aujourd'hui avec des ennemis de Superman qu'ils attaquent en espérant toucher Luthor et faire main basse sur la ville.

C'est palpitant, mené à une allure soutenue. Le rapport entre Lex et Superman est superbement décrit, la méfiance du kryptonien, la suffisance de Luthor, la compréhension de la nécessité de collaborer. Et Williamson trouve de la place pour ne pas oublier des éléments semés dans les trois premiers épisodes (avec une mention à Marilyn Moonlight). Cela n'a l'air de rien mais à une époque où si peu d'auteurs savent construire des subplots, quand il y en a un qui sait le faire, c'est un régal.

Jamal Campbell ne fatigue pas : il réalise la grande majorité des pages de l'épisode avec ce mélange d'élégance, de punch et de maîtrise. J'aime vraiment beaucoup son Superman, qui n'a pas peur de ne pas être complétement classiquement réaliste. L'artiste se joue des codes avec finesse pour que son découpage épouse la puissance tranquille de son héros, avec des couleurs lumineuses. C'est ça, la marque de fabrique du Dawn of DC et j'apprécie.

Que fait Nick Dragotta alors ? Hé bien, il s'occupe de quatre pages, correspondant au flashback dans lequel on découvre Lex plus jeune, arrivant à Metropolis et ambitionnant d'en devenir le protecteur face à Pharma et Graft. Voilà comment tout editor devrait utiliser un artiste invité : en lui confiant une partie de l'épisode bien spécifique qui tranche avec ce que réalise l'artiste titulaire parce que ça colle avec ce que l'histoire raconte. En l'occurrence, un aperçu du passé qui, s'il avait été illustré par Campbell, n'aurait pas dépareillé, mais qui, dessiné par Dragotta, marque une rupture graphique bienvenue.

Dragotta a lui aussi un style particulier, qui souligne des exagérations dans les proportions, les expressions, encadrées par un découpage nerveux. S'il a beaucoup oeuvré en indé ces dernières années (avec la série East of West, écrite par Jonathan Hickman, chez Image), c'est un plaisir de le relire sur du mainstream et j'aimerai qu'il revienne sur une série régulière à plein temps.

L'un dans l'autre, il n'y a rien à redire à cet épisode. Cette relance de Superman est une franche réussite, une lecture jouissive, pleine de promesses, qui résume parfaitement ce que veut être Dawn of DC.

THE AVENGERS #1, de Jed MacKay et C.F. Villa


C'est la grosse sortie de la semaine chez Marvel Comics : après quatre passés à être (mal) écrits par Jason Aaron, The Avengers (notez bien le "The" qui précède le nom désormais) change de main. C'est à l'étoile montante des scénariste de la "maison des idées", Jed MacKay (Moon Knight, Doctor Strange) que revient la lourde charge d'animer les héros vedettes de l'éditeur. Il est soutenu au dessin par C.F. Villa. Un premier épisode introductif, classique, spectaculaire. Mais très impersonnel.


Elue par tous les membres actifs ou réservistes, Captain Marvel devient la nouvelle leader des Avengers. Elle compose son équipe en une semaine, persuadant parfois difficilement certains de se joindre au projet. Avant qu'ils n'interviennent contre Terminus qui s'en prend au Projet P.E.G.A.S.U.S....


Les fans de Avengers avaient fondé de grands espoirs sur la relance du titre par Jason Aaron il y a quatre ans mais vous en trouverez peu aujourd'hui qui ont été convaincus par la prestation du scénariste, dont le run s'est achevé dans une indifférence polie.


Pas question pour Marvel de laisser Avengers en sommeil (comme DC le fait actuellement avec  Justice League), il s'agit d'une franchise trop importante pour l'éditeur (au même titre que Spider-Man et X-Men). Ce mercredi sort donc un énième n°1 de The Avengers (et non plus de Avengers, comme s'il fallait souligner la singularité du groupe).


Pour ce relaunch, Marvel a misé sur Jed MacKay qui écrit également les aventures de Moon Knight et de Doctor Strange. Sauf qu'après avoir lu l'épisode, on peut légitimement se demander à quel point il l'a vraiment écrit...

Quand Joe Michael Straczynski avait été débarqué de Amazing Spider-Man, il avait rappelé une évidence : quand on est le scénariste d'un personnage aussi important pour un éditeur, on n'a jamais les mains libres, il y a toujours quelqu'un qui se tient derrière vous, penché sur votre épaule pour surveiller ce que vous faîtes. A moins d'être appelé pour sauver une franchise en danger (comme Jonathan Hickman avec les X-Men), un auteur reste un scribe en laisse, il n'est pas un editor imprimant seul une direction à une série (encore moins à une franchise, une collection de séries).

Si les Avengers ont beaucoup réduit leur voilure par rapport à une époque pas si lointaine (où on lisait Mighty, Secret, Uncanny, Young et autres Avengers), le succès des films portant leurs exploits à l'écran en a fait un titre emblématique qui ne peut prendre de vacances ni être édité à la légère. Il faut que Marvel mette le paquet et prouve aux fans qu'il va en avoir pour son argent.

Cependant, même si Jed MacKay a acquis une petite notoriété, elle n'a rien à voir avec celle de Jason Aaron quand il accepta d'écrire la série (après un run acclamé sur Thor, qu'i prolongea d'ailleurs dans Avengers). Et on peut deviner, sans malice, que c'est un calcul de la part de Marvel pour garder la main sur le titre.

En examinant la couverture et la composition de l'équipe, on remarquera que celle-ci rassemble uniquement des personnages établis, sans aucun membre surprenant. Plus : tous ont (eu) droit à leur film ou leur série à succès et vont continuer d'exister sur les écrans. Captain Marvel sera à l'affiche de The Marvels l'automne prochain, Scarlet Witch et Vision ont fait le buzz dans WandaVision (et Doctor Strange in the multiverse of madness et dans le futur dans Vision Quest), Black Panther a eu droit deux blockbusters (dont le récent Wakanda Forever), Captain America (Sam Wilson) sera à l'affiche d'un nouveau long métrage, Thor a été à l'affiche de Love and Thunder, et Iron Man reste l'icone du MCU.

Jed MacKay ne s'est pas caché en interview avoir longuement échangé avec l'editor Tom Brevoort quand il s'est agi de choisir les membres de l'équipe, et on peut facilement penser que le scénariste n'a pas eu le dernier mot, qu'il aurait sans doute intégré des recrues moins prévisibles. Du coup le générique de la série a des airs de casting pour le retour des Avengers sur grand écran (à part Black Panther et Iron Man, il n'y aurait besoin d'aucune correction).

Du coup, la lecture se fait avec un sentiment bizarre d'un comic-book d'abord pensé pour plaire aux fans du MCU, pour rassurer ces spectateurs plus nombreux que les lecteurs. Et donc c'est un produit très impersonnel, où la patte de MacKay n'est pas très sensible. D'ailleurs le contenu de l'épisode confirme cela : on a ici une introduction très sage, très convenu, avec son quota de grand spectacle, de bastons, de job dating. MacKay fait ce qu'il peut pour rendre ça intéressant, avec des personnages hésitant ou renâclant même à suivre Captain Marvel, mais le suspense est éventé puisque la couverture dit tout de la formation finale.

Surtout, l'épisode s'achève avec un personnage de vilain qui est exactement le même que celui censé incarner le grand méchant de la Phase V du MCU (vous voyez qui ?). A ce stade-là, on voit vraiment que tout a été fait pour coller aux films, au grand public.

Les dessins de C.F. Villa, un des "Stormbreakers" (artistes sur lesquels Marvel mise pour l'avenir proche), sont efficaces. Il nous en donne pour notre argent, bien aidé par la démesure de l'adversaire sur lequel s'échauffe l'équipe (le géant Terminus qui s'en prend à un réacteur du projet PEGASUS, candidat idéal pour prendre une dérouillée sans conséquence pour la suite).

Mais là aussi, si on veut, le compte n'y est pas vraiment. Non pas que Villa manque de talent. Peut-être souffre-t-il d'être encore un peu nouveau pour un tel projet, d'habitude Marvel préfère assurer en confiant les dessins des Avengers à un artiste plus expérimenté (quitte à ce que celui-ci ne fasse qu'un arc et laisse ensuite la place à un collègue moins flamboyant). Villa, c'est un peu ça : il est prometteur, mais ce n'est pas une star, c'est même un quasi-inconnu pour les lecteurs (qui auront peut-être remarqué ses prestations sur X-Men de Gerry Duggan (quand Pepe Larraz et Javier Pina n'étaient pas là).

Mais qui alors aurait pu dessiner The Avengers ? Hé bien, il se trouve que le cover-artist de la série n'est autre qu'un type du nom de Stuart Immonen, qui a quelques années de métier mais ne fait plus grand-chose en ce moment sans qu'on sache si c'est un choix ou une conséquence de sa volonté de prendre du recul il y a quelques années (et que beaucoup ont interprété comme une retraite). Immonen cover-artist, je vous le dis, c'est du gâchis : pas seulement parce qu'il a rarement produit des covers mémorables (c'est bien sa seule faiblesse), mais parce que, justement, il ne fait plus grand-chose et que c'est triste, mais encore parce que, finalement, il n'a pas dessiné souvent les Avengers (même du temps de Bendis, il a dû faire deux arcs et demi).

Tout ça n'est pas déplaisant à lire, mais c'est frustrant. Qui écrit vraiment la série ? Avec Immonen réduit à des covers, des Avengers trop proches de ceux du MCU, un vilain déjà dans la place au cinéma... Franchement, une telle absence d'audace a de quoi laisser pantois. Je veux bien payer encore un peu pour voir sir MacKay a de meilleures cartes dans son jeu, mais disons que je ne suis pas extatique.