mercredi 29 décembre 2021

THE HUMAN TARGET #3, de Tom King et Greg Smallwood

 

C'est Noël car on a droit à deux épisodes de The Human Target ce mois-ci (ce qui signifie aussi que la série paraîtra désormais en fin de mois). Et bon sang, quel épisode encore ! Tom King et Greg Smallwood réalisent le meilleur comic-book dans les bacs actuellement. Point. C'est merveilleusement écrit, somptueusement dessiné. Merci.



La journée commence mal pour Christopher Chance dans la chambre duquel s'est introduit Guy Gardner, très jaloux de sa relation avec Ice. Après s'être fait tabassé par le Green Lantern, Chance retrouve Tora et sème Guy à un feu rouge où il les harcèle à nouveau.


Direction : la patisserie qu'inaugure Booster Gold. Michael Carter, égal à lui-même, répond aux questions de Chance sur son emploi du temps et nie avoir voulu tuer Lex Luthor. Pourtant, sa capacité à voyager dans le temps lui permettraient de déceler les faiblesses de ce dernier...


L'après-midi s'achève autour d'un échange d'anecdotes entre Booster et Ice sur leurs exploits passés au sein de la Justice League International. Chance dérobe discrètement l'anneau de la Légion des Super-Héros que porte le héros... Avant que Gardner ne resurgisse. Et que Ice l'éconduise à nouveau.


Mais Guy n'a pas dit son dernier mot et débarque dans la chambre d'hôtel pour le rosser à nouveau. Mal lui en prend car cette fois, sa victime a prévu une parade imparable pour le calmer...

Je suis certain que dans votre vie de lecteur, il vous est arrivé de tomber littéralement amoureux d'une BD. Vous savez, ce livre que vous relisez régulièrement, ce plaisir de fan dont vous ne vous lassez jamais. Parfois c'est un authentique chef d'oeuvre, parfois juste une histoire divertissante grâce à laquelle vous vous évadez pour oublier vos soucis - en tout cas, un récit que vous aimez inconditionnellement et que vous emporteriez sur une île désert ou que vous sauveriez in extrmeis en cas d'incendie.

Pour ma part, ce serait Batman : Year One (Frank Miller/David Mazzucchelli), Nextwave (Warren Ellis/Stuart Immonen), Hawkeye (Matt Fraction/David Aja et, disons, Spirou et Fantasio : Le Repaire de la Murêne (Franquin).

Mais je suis certain à présent que The Human Target de Tom King et Greg Smallwood s'ajouterait à cette liste car j'adore cette série. En trois numéros, je suis conquis, j'aime absolument tout : c'est un sans faute, chaque nouvel épisode est un moment de jubilation garanti. C'est le comic-book que j'attendais.

Christopher Chance, la Cible Humaine, a joué le rôle de Lex Luthor et évité un attentat. Mais il a été empoisonné à la place de Luthor. Par qui ? Douze suspects sont définis par Dr. Midnight, les membres de la Justice League International, qui ont voyagé dans une dimension d'où le poison est originaire. Chance a d'abord interrogé Ice et il en est tombé amoureux. Elle lui a proposé de l'introduire auprès de ses collègues pour l'aider.

Chance prévoit donc de rencontrer Booster Gold, mais il va devoir composer avec Guy Gardner, l'ex de Ice. Qui n'est pas du tout content que celle-ci fréquente Chance. Pour lui, le détective profite de la jeune femme après le traumatisme de son combat contre Overmaster et surtout si elle a rompu avec lui, lui n'a pas rompu avec elle.

Les scènes avec Guy Gardner ponctuent l'épisode de manière comique tout en n'épargnant pas le personnage qui est un abruti fini, têtu et brutal. Il vole (presque) la vedette à l'autre membre de la JLI qui est pourtant au centre de l'épisode et pourtant, il a un sérieux concurrent avec Booster Gold.

Tom King n'a jamais caché son affection pour Michael Carter : il l'a fait intervenir dans un court arc narratif de son run sur Batman, puis en fait un personnage central de Heroes in Crisis. Le scénariste a parfaitement cerné ce héros atypique, qui n'est pas très malin mais qui vit aussi une drôle d'existence, même s'il n'en perçoit pas toute la tragique subtilité. En effet, venu du futur où sa carrière sportive a été abrégée par une blessure, il est devenu ensuite le gardien d'un musée où étaient exposées les reliques des super-héros. En dérobant plusieurs artefacts, il a remonté le temps pour réapparaître au XXème siècle et devenir à son tour un justicier masqué. Et le plus étonnant, c'est que, malgré son caractère vantard et ses maladresses récurrentes, ça a marché.

Mais cela se double d'un drame : grâce au robot Skeets qui l'accompagne et qui contient les archives du futur, Booster Gold sait tout ce qui va arriver à ses pairs. Il s'en arrange en fonçant, profitant de l'instant présent, sans se soucier des conséquences - y compris donc en modifiant par ses actions présentes le futur.

Cela fait aussi de lui un suspect solide pour avoir voulu tuer Luthor. Il connaît les faiblesses de celui-ci et a pu savoir comment l'empoisonner. Mais en même temps, comme le remarque Chance, Booster est Booster parce qu'il ne cache pas ses erreurs, il ne dissimule pas ses gaffes. Sa sincérité est désarmante. Ice le qualifie de "goofy" (maladroit ou bouffon, un brave couillon). C'est tout à fait ça : comment imaginer Booster en meurtrier ? Impossible. Il est plus occupé à voler des ingrédients rares ou disparus dans le passé pour cuisiner des bagels que pour planifier l'assassinat de Luthor.

La séquence avec Booster est un joyau : Greg Smallwood exploite à fond, avec des couleurs vives, gaies, qui collent au personnage, cette espèce de naïveté irrésistble propre au héros. Le trait du dessinateur est extraordinairement expressif et il saisit les moues avec génie. On pense bien sûr à Kevin Maguire, sous le crayon duquel les membre de la JLI grimaçaient comme des comédiens en roue libre. Mais Smallwood a un style suffisamment affirmé pour que la comparaison n'aille pas plus loin.

L'épisode tout entier a quelque chose de solaire, de chaleureux. La bonne humeur de Booster Gold est contagieuse et Chance lui-même semble atteint. Il relève d'ailleurs que Ice et Booster, en se rappelant leurs aventures passées, évoquent plus que d'anciens camarades que des vétérans : en vérité, ils ne formaient pas une équipe, ils sont une famille qui, à chaque retrouvailles, échangent comme des frères et soeurs ou des cousins. L'interrogatoire lui-même ne dure pas, il est emporté par le pur plaisir d'être avec Booster Gold.

Après ça, les rodomontades de Guy Gardner ne sont plus que des interfèrences. Pourtant, Chance observe et prend des notes. Et on devine qu'il doute de Ice, dont la puissance et le tempérament ne sont pas pas négligeables, peut-être lui ment-elle... Surtout, il a percé à jour Gardner et s'est préparé pour la suite grâce à un subterfuge génial qu va le calmer pendant un bon moment (il le questionnera dans l'épisode 6, ce qui promet un match retour épique).

Il demeure difficile d'exprimer mon enthousiasme devant ce nouvel épisode. Chaque page est sublime, Greg Smallwood écrase la concurrence avec une classe et une technique impressionnante, mais sans une once d'arrogance : The Human Target, comme avant Moon Knight, lui offre un écrin idéal pour prouver son brio. De la couverture à la dernière page, c'est un festival, une leçon. La manière dont il anime ses planches est exemplaire, sa colorisation est divine. 

Et Tom King est décidément dans une très grande forme : après l'impressionnant Rorschach (le spin-off de Watchmen le plus accompli qu'on puisse lire), et parallèlement à Supergirl : Woman of Tomorrow (une version magistrale de la kryptonienne), il signe un nouveau chef d'oeuvre.

Qui a dit que les comics, c'était "mieux avant" ? 

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