jeudi 4 décembre 2014

Critique 534 : THE PUNISHER, VOLUME 1 - BLACK AND WHITE, de Nathan Edmondson et Mitch Gerads


THE PUNISHER : BLACK AND WHITE rassemble les épisodes 1 à 6 de la série, écrits par Nathan Edmondson et dessinés par Mitch Gerads, publiés en 2013-2014 par Marvel Comics.
Il s'agit du 10ème volume de la série, mais s'inscrivant dans l'opération "All-New Marvel Now !", il est parfaitement compréhensible sans avoir lu les précédents.
(Extrait de The Punisher #3.
Textes de Nathan Edmondson, dessin de Mitch Gerads.)

Après plusieurs années à combattre le crime organisé à New York, Frank Castle, le Punisher, se déplace sur la Côte Ouest des Etats-Unis, à Los Angeles, où il traque un réseau de trafiquants de drogue dirigé par le gang des frères Dos Sols. 
Là-bas, il découvre que les malfrats préparent une opération d'envergure quand il les voit acheter une mystérieuse arme à l'A.I.M.. Mais quelle est cette arme ? Et quel est l'objectif précis des Dos Sols ? Et le Punisher en viendra-t-il à bout ?
Par ailleurs, le justicier ignore que les Howling Commandos, une unité d'élite militaire, est à ses trousses. D'abord sollicité pour le capturer, ils reçoivent ensuite de leur commanditaire l'ordre de supprimer Frank Castle... 

Comme d'autres personnages moins en vue (Moon Knight, She-Hulk, Elektra...) que les vedettes de la firme (tels que Avengers, X-Men ou Spider-Man), le Punisher a eu droit à son relaunch à l'occasion de l'opération "All-New Marvel Now !". Sa dernière série ayant été une grande réussite artistique (grâce au scénariste Greg Rucka et au dessinateur Marco Checchetto), les amateurs de ce personnage emblématique, qui fête ses 40 ans cette année, attendaient avec fébrilité cette énième version.

Marvel a été bien inspiré en en confiant les rênes au scénariste Nathan Edmondson qui s'est fait connaître avec la mini-série Who is Jake Ellis ? (parue chez Image comics, et dont j'avais dit le plus grand bien ici). L'auteur du titre The Activity (un autre titre recommandable, sur les missions d'un groupe d'espions, déjà avec Mitch Gerads) a depuis été courtisé à la fois par DC Comics (mais qui l'a mal utilisé en lui filant Grifter, un échec cinglant) et par Marvel (chez qui il a su démontrer son talent dans des productions diverses comme Ultimate Iron Man et Ultimate X-Men).

La percée de Edmondson coïncide, de manière troublante, avec les départs (chez Image justement) d'Ed Brubaker et Greg Rucka, avec lesquels il est facile de le comparer. Comme eux, en effet, il se montre très à son aise dans la construction d'intrigues complexes mais efficacement développées et l'appropriation de personnages au fort caractère. Comme eux, il apprécie les ambiances noires, les récits mêlant les éléments policiers et d'espionnage. Autant de points qu'on retrouve dans les deux séries dont il a la charge actuellement chez Marvel, avec le Punisher et Black Widow (et pour lesquels il n'a pas tardé à imaginer une histoire commune).

Edmondson resitue rapidement le passé de Frank Castle (une page lui suffit) et surtout l'entraîne dans un nouveau cadre (Los Angeles, où il se déplace pour les besoins de sa nouvelle traque et pas seulement pour le climat). En surface, il n'y a rien de surprenant dans le choix de ses ennemis (des trafiquants de drogue), mais le scénariste réserve une agréable surprise au lecteur en utilisant comme arme un super-vilain inattendu, issu de la galerie de méchants de Spider-Man. Cela réserve de nombreuses scènes spectaculaires et un affrontement tendu entre le Punisher et cet adversaire, deux adversaires radicalement différents dans leur approche du conflit (Castle, en ex-marine devenu vigilant, aime connaître la zone de combat où il s'engage, tandis que son vis-à-vis agit sans méthode, en s'attachant surtout à faire le plus de dommage possible, sans compter qu'il intervient ici d'abord en qualité de mercenaire - même si sa susceptibilité le conduit à rappeler régulièrement à son employeur qu'il n'est pas un simple larbin).

La narration d'Edmondson est moins trépidante que dans Who is Jake Ellis ? (et en dehors du super-vilain, exclut toute notion de fantastique), mais très efficace dans la mesure où rarement le lecteur avance en étant plus éclairé que le Punisher, ce qui garantit de bons effets de surprise. L'alternance entre les phases d'enquête, les relations de Castle avec ses soutiens (un ami militaire qui lui fournit des armes, une flic qui approuve ses actions mais sans savoir que Castle est le Punisher), et les scènes d'action est bien dosée. Il manque peut-être l'émotion qu'avait su apporter Rucka, mais on le jugera mieux quand la série aura quelques épisodes de plus au compteur (même si, comme dans Hawkeye ou Captain Marvel, l'auteur donne à son héros la compagnie d'un animal, ce qui l'humanise).

Les dessins de Mitch Gerads seront sans doute une autre découverte pour de nombreux lecteurs, car jusqu'à présent l'artiste n'avait jamais oeuvré sur un titre aussi exposé. 
Formé dans la publicité, Gerads prend en charge non seulement les illustrations mais aussi leur encrage et leur colorisation (un des rares à occuper tous ces postes dans un format mensuel, avec Daniel Acuña), ce qui lui permet de maîtriser toute la partie graphique.
Son trait évoque Michael Lark, sans en recopier les jeux d'ombre et les effets de texture. Son découpage est classique, avec une récurrence dans l'emploi de cases qui occupent toute la largeur de la bande, et il se permet parfois de discrètes fantaisies comme des cadres obliques ou des strips ternaires. Il n'utilise aussi qu'exceptionnellement la double-page, et quand c'est le cas jamais pour un seul plan mais pour une continuité séquentielle avec des variations dans la valeur des plans. Les splash-pages sont exploitées avec parcimonie et justesse.
Son traitement des décors par l'infographie peut donner une sensation de froideur, surtout dans le cadre urbain, mais le potentiel de Gerads est prometteur et le résultat global très accrocheur.

Ce nouveau volume du Punisher démarre bien, et en vf, Panini Comics a eu la bonne idée d'en proposer le premier arc en kiosque, donc pour très bon prix (5,70 E), dans le n°4 de sa revue trimestrielle "Marvel Saga" (parue en Novembre dernier).  

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