samedi 8 octobre 2011

Critique 270 : SPIDER-MAN - ONE MOMENT IN TIME, de Joe Quesada et Paolo Rivera



The Amazing Spider-Man : One Moment In Time rassemble les épisodes 638 à 641 de la série, écrits par Joe Quesada et dessinés par Joe Quesada et Paolo Rivera, publiés par Marvel Comics en 2010. L'épisode 638 contient des extraits d'Amazing Spider-Man Annual 21, écrit par Jim Shooter et David Michelinie et dessiné par Paul Ryan, publié en 1987.
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Au lendemain de Civil War, après qu'il se soit démasqué publiquement, suivant le conseil de Tony Stark/Iron Man (prônant à l'époque un recensement de tous les individus masqués), Peter Parker/Spider-Man prend parti pour le camp des résistants au "registration act", mené par Captain America. La défaite de ce dernier et son arrestation oblige le Tisseur à vivre dans la clandestinité. Malheureusement, le Caïd sait maintenant qui il est et engage un tueur pour l'assassiner. Mais c'est sa tante May qui est gravement blessée. Désespéré, Parker demande son aide à Stark (qui la lui refuse puisqu'il ne veut plus se faire recenser) puis au Dr Strange (qui, lui aussi contraint à la clandestinité, ne pense pas pouvoir secourir May Parker). Méphisto apparaît alors et propose à Spidey de tout arranger. Mais en échange, Peter doit sacrifier son mariage... Mary-Jane Watson marchande avec le diable les finalités de ce pacte : elle consent à "vendre" son mariage mais Méphisto promet de ne plus importuner Peter.

Aujourd'hui, les anciens époux, les seuls à ne rien avoir oublié de ce qui s'est passé avant leur négociation avec Méphisto, font le point, et Peter révèle à MJ comment il a réussi à faire oublier à tous les autres qu'il était Spider-Man, tandis que la jeune femme avoue pourquoi elle ne peut plus vivre avec lui comme épouse...
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En 2007, l'éditeur Joe Quesada commande au scénariste J. Michael Straczynski, en charge de la série Amazing Spider-Man, d'effacer le mariage de Peter Parker et MJ Watson. JMS, qui pilote (avec de moins en moins de liberté - à cause du succès du comic-book et de ses adaptations cinématographiques) la série depuis six ans, n'apprécie pas mais obtempère tout en le faisant savoir publiquement : cette histoire sera la dernière qu'il signera tout en reniant le dénouement, et peu après, au bout d'une quinzaine d'épisodes de Thor (qu'il a relancé avec la même réussite), il finira par claquer la porte de chez Marvel, excédé par le dirigisme de Quesada et ses plans pour le dieu du tonnerre (amené à être au coeur de la saga Siege).

Spider-Man sort de l'arc One more day profondèment changé : le mariage est effectivement effacé, Parker à nouveau célibataire et tirant le diable par la queue, collectionnant les aventures sentimentales. Editorialement aussi, le titre est métamorphosé sous l'impulsion de Steve Wacker (débauché de chez DC où il avait orchestré le feuilleton hebdomadaire 52) : désormais trois épisodes sortent par mois avec des scénaristes et des dessinateurs qui se relaient (en moyenne) tous les trois épisodes (la quatrième semaine du mois est dévolue à des épisodes bouche-trou). Commercialement, c'est un succès. Artistiquement, c'est plus mitigé : la qualité des intrigues est très variable, graphiquement c'est très inégal, de nouveaux personnages (bons ou méchants apparaissent), la plupart sans s'imposer, puis des vilains classiques resurgissent, parfois revampés (souvent plus violents)... Une centaine d'épisodes sont proposés ainsi en trois ans.

Mais les lecteurs ne savent toujours pas comment le monde a oublié que Parker était Spidey (entre autres surprises délivrées par un Méphisto apparemment facétieux). L'initiative narrative de Quesada a d'ailleurs dès le début suscité une féroce controverse et déclenché un schisme parmi les fans : pour les uns, il s'agissait d'un affront supprimant vingt ans de continuité (le mariage avait eu lieu dans le 21ème Annual de la série, en 1987) ; pour les autres, c'était un moyen de renouer avec un héros devenu trop adulte, avec des ajouts à sa mythologie (le lien totémique de ses pouvoirs, imaginé par JMS).

Joe Quesada a donc pris sur lui de nous révèler enfin la clé du mystère, espérant sans doute calmer tout le monde avant de relancer une nouvelle fois la série (qui paraîtra désormais à un rythme bimensuel - deux fois par mois donc - avec un seul scénariste - Dan Slott - et un artiste régulier - Humberto Ramos, plus quelques renforts occasionnels).

Le résultat est, disons-le tout net, poussif et échoue lamentablement à apaiser la situation. Certes, quatre épisodes, ce n'est pas beaucoup, sauf qu'il s'agit de quatre chapitres volumineux (44, 30, 26 et 44 planches) pour nous expliquer comment Parker a failli faire capoter son mariage la première fois (à cause d'un complice d'Electro, qui reviendra par la suite l'embêter régulièrement à des instants cruciaux), puis revient sur le quasi-trépas de tante May, révèle comment MJ a obtenu que Méphisto lâche Spidey et, enfin, comment le Tisseur a convaincu le Dr Strange (soudain beaucoup moins scrupuleux que lorsqu'il s'agissait d'aider May...) d'effacer de la mémoire de tous sa double identité (avec l'aide de Tony Stark et Red Richards - qui ont oublié pour la peine leurs différents avec l'ex-sorcier suprême...).

A aucun moment Quesada ne parvient à nous émouvoir ou nous captiver en nous dévoilant ces coulisses si décisives dans le destin de Spider-Man : c'est raconté avec un cruel manque de rythme, des justifications alambiquées, des rebondissements grotesques (ah, le complice à deux balles qui réapparaît providentiellement pour emmerder ou valoriser le héros). Bien entendu, à la fin, MJ et Peter se sont tout dit et embrassés une dernière fois, se jurant de rester amis, mais l'insistance avec laquelle Quesada refuse leur union ne fait que souligner le pathétique avec lequel il tente de nous convaincre que c'est mieux ainsi.
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Graphiquement, ces épisodes sont également inégaux en qualité. Le dialogue entre MJ et Peter est illustré par Joe Quesada (encré par Danny Miki et mis en couleurs par Richard Isanove) : les gros plans sont très beaux, très expressifs, mais dès que le cadre s'élargit, des erreurs de proportions étonnantes apparaissent, typiques d'un dessinateur qui ne pratique plus régulièrement.
Les scènes issues de l'Annual 21 font lourdement leur âge (on se demande d'ailleurs pourquoi ce n'est pas John Romita Jr qui l'a réalisé à l'époque) : le trait de Paul Ryan et l'encrage de Vince Colleta sont, à l'image du scénario de Jim Shooter (scripté par David Michelinie), datés.
Il reste les séquences intermédiaires mais finalement les plus abondantes dessinées, encrées et mises en couleurs par Paolo Rivera, qui sont un vrai bonheur pour les yeux et témoignent d'un souci remarquable dans leur élaboration (Rivera travaille d'après photo et accumule les croquis avant de finaliser ses planches). Son style évoque à la fois John Romita Sr et Mike Zeck, une belle ligne claire (un peu livrée à elle-même hélas ! dans la dernière partie se déroulant dans le plan astral, dénué de décors).
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Parfois joli mais très creux et artificiel, OMIT est bien la preuve qu'un caprice d'éditeur peut endommager profondèment une série, quand bien même le responsable s'évertue à colmater les brêches par la suite : c'est une saga qui ne résout rien, ou en tout cas pas de manière satisfaisante. Dommage.

mercredi 5 octobre 2011

Critique 269 : BLACKEST NIGHT, de Geoff Johns et Ivan Reis



Blackest Night est une mini-série en huit épisodes et un prologue, écrite par Geoff Johns et dessinée par Ivan Reis, publiée en 2009 et 2010 par DC Comics. Cette intrigue est la trame centrale d'un crossover ayant impacté plusieurs séries comme à l'accoutumée.

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Flash (Barry Allen) et Green Lantern (Hal Jordan) se receuillent sur la tombe de Batman (Bruce Wayne - mort dans la saga Final Crisis, écrite par Grant Morrison) et évoquent les nombreux amis et ennemis morts, comme, récemment, le Martian Manhunter (également mort dans Final Crisis) ou Aquaman. Dans l'ombre, Black Hand (alias William Hand) les épie puis, une fois qu'ils sont partis, profane la tombe de Wayne : il commence à distribuer des anneaux de puissance noirs alimentés par la Black Lantern et qui vont ranimer des cadavres. Ces zombies ont récupéré une partie de leur mémoire et se nourrissent des émotions de leurs victimes : en effet, ils s'attaquent sauvagement à des amis, des amants, des ennemis. Déjà morts, ils sont quasiment impossibles à tuer. La crise s'étend rapidement dans des proportions dantesques et seule une poignée de héros résiste. Mais que trame Black Hand ? Et qui sert-il ?

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Blackest Night a été la saga évènementielle de DC Comics durant l'hiver 2009-2010 et un énorme succès commercial (face au Siege de Brian Michael Bendis et Olivier Coipel chez Marvel, bien que cette dernière production ait été deux fois plus courte). Dans cet album sont rassemblés le prologue (de huit pages, offert lors du Free Comic Book Day en 2009) et les huit épisodes de la mini-série : Geoff Johns, le scénariste-vedette de DC, a bâti son projet sur la mythologie de la série Green Lantern, qu'il a complètement relancée au point d'en faire le titre-phare de son éditeur et au sein de laquelle il a patiemment avancé ses pions. Devenu un architecte incontournable de DC, scénariste aussi productif qu'influent (peut-être le plus puissant de toute l'industrie des comics actuels au point d'être devenu un des cadres de la firme aujourd'hui), Johns a pu manoeuvrer en toute liberté, contrairement à son précédent event (Infinite Crisis) où il avait dû composer avec des pressions éditoriales.

Sa connaissance de l'univers DC (qu'il a largement réécrit, car c'est chez lui une véritable manie - on ne compte plus les "secret origin" de tel ou tel personnage qu'il a produite) et son habileté de conteur lui permettent d'animer cette histoire en se basant non pas sur la "trinité"classique Superman-Wonder Woman-Batman mais sur ses héros fêtiches comme Flash et Green Lantern (plus Atom/Ray Palmer et Méra, l'épouse de feu Aquaman, et les autres Lanterns en vedette dans la saga Sinestro Corps War : Sinestro, Atrocitus, Star Sapphire, Saint Walker, Indigo-1 et Larfleeze). Cela indique nettement un basculement dans la tradition de ce genre de récits, mais Flash et Green Lantern ne sont pas simplement (re)devenus des personnages commercialement attractifs, ils symbolisent surtout le temps (Barry Allen se déplaçant super-vite jusqu'à se projeter dans le passé ou le futur) et l'espace (Hal Jordan étant un flic appartenant à une autorité cosmique) et c'est justement sur ces deux notions que se fondent Blackest Night, où des morts sont manipulés, ressucitent et attaquent tout l'univers.

L'histoire est accessible au néophyte mais favorise quand même davantage le connaisseur de l'univers DC, en particulier ceux qui ont suivi les évènements de la série Green Lantern (spécialement Secret Origin et Sinestro Corps War - un petit tour par Wikipédia permettra à l'amateur d'accéder à des résumés et de ne pas être complètement perdu, pas de panique). L'ensemble est en tout cas (infiniment) plus facile à suivre que Final Crisis, plus cohérent et nerveux (même si c'est parfois proche de l'hystérie, donc un peu fatiguant) qu'Infinite Crisis. Le statut des protagonistes et de seconds rôles est profondèment changé à la fin, et si certains (une bonne douzaine, et pas que des gentils) reviennent de l'au-delà (prévisible vu l'argument), d'autres resteront absents (sans, hélas ! que cela soit très émouvant).

Geoff Johns réalise donc des efforts louables, mais cède quand même souvent à des facilités récurrentes chez lui (et, à mon goût, horripilantes) : il abuse de scènes gore (au bout d'un moment, l'arrachage de coeurs n'est même plus écoeurant mais juste lassant), rédige des dialogues d'une ahurissante platitude, sa caractérisation est sommaire, son symbolisme est d'une naïveté risible, et on remarque même une pointe de créationnisme douteux (la Terre au centre de l'univers : on croirait lire un manifeste des conservateurs républicains du Tea Party). Sa volonté d'avancer constamment pied au plancher est éreintante et produit un effet de suffocation plus qu'un bon suspense (où pour apprécier les temps forts, il faut aussi savoir calmer le jeu). En outre, à force d'enchaîner les morceaux de bravoure, inévitablement, Johns en laisse quelques-uns en plan (et pas des moindres) : qui trop embrasse, mal étreint... D'une certaine manière, Blackest Night pêche par excès d'action et finit par manquer de relief à force de vouloir tout traiter, et surtout tout traiter à plein volume. Toujours plus haut, plus fort : ce n'est plus enivrant, ni grisant, c'est monotone.

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Par contre, c'est un vrai plaisir qu'un seul et même artiste ait dessiné toute la saga (même la mythique Crisis on infinite earths avait été co-illustrée par George Perez et Jerry Ordway). Et Ivan Reis abat un boulot titanesque, d'une fabuleuse qualité, avec des splashs et doubles-pages à foison, un découpage dynamique, le tout servi par un trait réaliste, expressif, puissant et intense à la fois. Il réussit des vignettes surpeuplées impressionnantes et des compositions qui vous sautent au visage, avec une explosivité digne de ses influences les plus évidentes (Neal Adams et Alan Davis). L'histoire nécessitait un homme capable d'assurer visuellement le spectacle et la mission est accomplie.

Joe Prado (qui a secondé Oclair Albert à l'encrage) a participé au design de la saga, mais on peut déplorer le peu de variété de ses Black Lanterns. De même que Reis a échoué à donner à la fameuse Entité (de vie et de lumière blanche) un aspect plus étonnant. D'ailleurs, bien que très fort sur la représentation des personnages et de leurs pouvoirs (en particulier avec Flash, constamment en mouvement, inspiré par ce qu'avait imaginé Alex Ross dans Kingdom Come), le brésilien néglige parfois ses décors (soignés quand il s'agit des intérieurs, mais souvent juste suggérés lors des scènes en extérieur).

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Blackest Night est davantage un plat pour les gourmands (voire les gouinfres) que pour les gourmets et pour les DC-fanboys que pour le lecteur exigeant (mais sur ce point, il faut aussi ne pas trop en demander aux events). Certaines relations entre les protagonistes sont trop effleurées pour toucher vraiment, la philosophie formulée par Johns avec ses néo-Power Rangers (le blanc/la vie contre le noir/la mort, les couleurs/les émotions...) prête souvent aux ricanements, et la résolution de son épopée est bien trop expéditive et facile par rapport à une exposition trop longue. De fait, il y a un évident problème de construction : le début est trop long, la fin carnavalesque, mais il n'y a pas de (juste) milieu - et certains éléments sont complètement laissés en plan (le cas du Spectre -personnage surpuissant trop vite soumis et absent de l'action après qu'il soit devenu un Black Lantern - , les apparitions providentielles de Deadman, l'aide opportune de Ganthet, l'équipe des suppléants à peine exploitée). A moins d'avoir lu les tie-in, il y a des éléments frustrants alors que la mini-série fonctionne plutôt bien en soi, mais Johns n'est pas Marv Wolfman et on ne peut pas raconter en huit chapitres ce que que COIE disait en douze (avec des certains épisodes "king-size").

Un peu saoûlant à force de morceaux de bravoure, complaisant dans le sanguinolent et le morbide, mais efficace et puissamment illustré, Blackest Night a d'indéniables qualités... A la mesure de gros défauts. Cela aurait pu être une épatante réussite avec plus de mesure, et avec un authentique dénouement (plutôt qu'une fin ouverte annonçant la maxi-série Brightest Day).

De toute façon, telle une machine folle, le DCverse a fini par sabrer cette fresque avec son dernier event (Flashpoint) et le relaunch/reboot complet de tous ses titres sous la bannière du New # 52.

Critiques 268 : REVUES VF OCTOBRE 2011


MARVEL ICONS 9 :

- Les Nouveaux Vengeurs 8 et 9 : Soirée Intime et Infinité (1). Luke Cage et Jessica Jones comptent passer une soirée en tête en tête, au cours de laquelle il est surtout question pour la jeune femme de décider si elle doit redevenir une super-héroïne et donc un membre actif des Nouveaux Vengeurs. Mais l'irruption d'un Doombot gâche ce rendez-vous romantique... A moins qu'il ne motive le choix de Jessica ?
Ensuite, l'équipe enquête sur une milice formée par d'ex-agents du H.A.M.M.E.R. et dirigée par une certaine Supéria. L'assaut connaît une conséquence dramatique pour un des Nouveaux Vengeurs. En 1959, Nick Fury chassait d'anciens nazis à Cuba lorsqu'il est rappelé à Washington pour un projet appelé "L'initiative Vengeurs", trois avant la formation de la célèbre équipe...

Le premier épisode du moins est à nouveau un "one-shot" (comme celui du mois dernier avec la paie des héros et le recrutement de la baby-sitter) et met en avant le couple Cage-Jones, les personnages fêtiches de Brian Bendis. Leur dialogue, finement écrit, souligne le dilemme de la jeune femme, devenue épouse et mère, à reprendre son rôle de justicière, à présent qu'elle n'est plus dans la clandestinité. C'est l'occasion d'échanges bien sentis entre les amants, avec de bons mots (comme la suggestion insistante de Luke de surnommer sa femme Power Woman, puisqu'il a été Power Man).
Ce chapitre est illustré par Daniel Acuña, qui avait signé quelques planches durant le crossover Siege : son style coloré, expressif, sied parfaitement à la série et on peut regretter qu'il n'y soit que de passage (mais il dessinera de futurs épisodes d'Avengers).
Le second épisode narre en parallèle deux intrigues pour l'instant sans lien apparent, avec d'une part des barbouzeries dans les 50's auxquelles est mêlé Nick Fury et évoquant une équipe de Vengeurs antérieure à celle fondé par Iron Man, Thor et Ant-Man ; et d'autre part la mise à jour d'une faction du HAMMER encore active par les New Avengers - lors de la bataille qui est rapidement déclenchée, un des héros semble promis à un sort funeste... Tout ça est fort intriguant et accrocheur.
Graphiquement, en revanche, il faut composer avec des planches dessinées par Howard Chaykin (une des idôles de Bendis, qui a participé officieusement à la rédaction du scénario), d'une rare laideur, pour la partie flash-back, et des pages, plus réussies et efficaces, de Mike Deodato, qui devient donc le nouvel artiste régulier de la série (cinq ans après son premier passage pour l'arc The Collective, NA #16-20).
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- Iron Man 32-33 et 500 : Encore la fin du monde avec ton amie Pepper Potts - Bonjour, Tony et Le nouvel âge de fer.
Moi qui ne lis plus Iron Man depuis des lustres, j'ai surmonté mon aversion pour découvrir cette suite d'épisodes qui marquent la renumérotation de la série (renumérotation incorrecte d'ailleurs puisqu'il y a eu plus de 500 épisodes publiés depuis l'apparition d'Iron Man, mais bon...). Le programme est consistant puisqu'il y a plus de 70 pages pour "fêter" ça.

Les deux premiers segments (#32-33) sont de courts récits mettant en scène Pepper Potts et Tony Stark : Matt Fraction explore une veine onirique avant de s'essayer à l'exercice du " ' Nuff said" (un épisode muet donc) avec la complicité de Jamie McKelvie au dessin. Ce n'est pas désagrèable mais dans les deux cas, on ne dépasse pas le gadget : dommage pour une fois que le scénariste expérimentait.
Puis le n°500 est un gros morceau de 56 pages se déroulant entre présent et futur (apocalyptique, ça va de soi) : aujourd'hui, Tony Stark requiert l'aide de Peter Parker (et sans qu'il s'en souvienne et ne le sache de Spider-Man) pour empêcher de jeunes fanatiques se réclamant de l'Homme aux échasses (un des super-vilain les plus ridicules de Marvel mais qui n'apparaît pas ici) de commettre des attentats pour renvoyer le monde à l'âge de pierre. Fraction ne convainc guère avec cet erstaz de suspense fondé sur l'amnésie de Stark et une team-up avec Spidey, et pour ne rien arranger, Salvador Larroca illustre, donc c'est laid.
Dans le futur, la situation est bien plus mal engagée : la terre est dévastée par le Mandarin qui a corrompu la technologie Stark (Stark étant devenu son otage) et le salut ne peut venir que de la fille de Tony, Ginny (apparemment fruit de son union avec Mme Masque). A défaut d'être passionnante, cette histoire possède du nerf, ce qui est suffisamment rare chez Fraction pour être salué, et bénéficie d'illustrations audacieuses (Nathan Fox, Carmine Di Giandomenico et surtout le trop rare Kano).
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Bilan : honnête - les Nouveaux Vengeurs continuent de porter la revue, Iron Man s'offre une (grosse) parenthèse qui change agrèablement. Le mois prochain, même menu avec double ration de ces deux titres pour coller avec le début de la vf de l'event Fear Itself.   


ULTIMATE SPIDER-MAN 10 :

- Ultimate Spider-Man 153-154 : La mort de Spider-Man (Prélude 1-2). Black Cat a subtilisé la Clé du Zodiaque à Mystério, qui a abattu le Caïd pour la récupérer et contrôler son empire criminel. Ignorant le formidable pouvoir de cet instrument, la voleuse provoque d'énormes dégâts en voulant se débarrasser de Mystério, ce qui attire évidemment l'attention de Spider-Man et Iron Man - ce dernier ayant pour mission de former le tisseur au métier de super-héros sur ordre du SHIELD.

Brian Michael Bendis entame avec ces deux épisodes la fin programmée du deuxième volume (qui a repris la numérotation d'origine après avoir été relaunché suite au crossover Ultimatum) de sa série fêtiche (il l'anime en effet depuis sa création). Le titre affiché sur la couverture annonce la couleur : le tisseur de l'univers Ultimate va mourir et on sait que dans cette collection, ceux qui tombent ne reviennent pas... Même si la série va rebondir pour un troisième volume, toujours écrit par Bendis, mais avec un nouveau héros ! Le prélude auquel nous assistons se composera en fait de trois chapitres puis sera suivi d'un arc en cinq parties, ce qui nous ménera au # 160. 
Le scénariste, qui est aussi apprécié qu'haï par les fans de comics (les uns aimant sa vision en rupture avec les canons du genre, les autres le détestant justement parce qu'il ne respecte pas la tradition), a cependant souvent réconcilié la plupart des lecteurs avec USM. Il faut admettre qu'il a donné à cette version de Spidey une fraîcheur et du nerf, et les deux épisodes de ce numéro le confirment, alternant des plages aux dialogues enlevés et des scènes d'action éclatantes, avec en prime des relations très vivantes entre les personnages.

Graphiquement, malgré quatre artistes différents, le résultat demeure très agrèable à lire, en particulier les planches signées par Sara Pichelli (la future artiste régulière du vol. 3), dont le trait souple et expressif est une merveille. Lan Medina illustre seulement les quatre premières pages du premier épisode. Puis Elena Casagrande intervient plus largement dans le second (réussissant notamment une fabuleuse double page de 25 vignettes !). Enfin, David Lafuente fait ses adieux sans éclat (son trait déjà influencé par les mangas est de plus en plus torché, les décors sont le plus souvent absents).

Bilan : enthousiasmant - avec le retour imminent de Mark Bagley, de retour chez Marvel, cet arc ultime promet beaucoup (tout comme les previews du volume 3). 

lundi 3 octobre 2011

Critique 267 : PRIDE OF BAGHDAD, de Brian K. Vaughan et Niko Henrichon

Pride Of Baghdad est un roman graphique écrit par Brian K. Vaughan et illustré par Niko Henrichon, publié en 2006 par DC Comics dans la collection Vertigo. L'histoire s'inspire librement de faits authentiques.
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Avril 2003 : la seconde guerre du Golfe bat son plein. L'armée américaine bombarde la capitale de l'Irak, Bagdad, et permet, involontairement, l'évasion de tous les animaux du zoo. Parmi eux, quatre lions : Zill, le mâle adulte ; Safa, la vieille lionne borgne ; Noor et son fils, Ali. Ils errent d'abord, hébêtés, dans le zoo dévasté, subissant quelques bombes lâchés (et tuant quelques specimens) ; le jeune Ali est même brièvement enlevé par les singes. Puis ils franchissent les grilles du zoo et découvrent la ville désertée et ravagée, en quête de nourriture. C'est ainsi qu'ils découvrent le cadavre d'un civil (qu'ils prennent pour un de leurs gardiens et renoncent à dévorer) puis une bande de chevaux qui va les entraîner dans un palais où l'ours Fajer s'est établi... Mais le jour s'achève et des G.I. ne sont pas loin : qui seront les plus sauvages, des bêtes ou des hommes ?
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En acquérant cet album, précédé depuis longtemps d'une réputation très flatteuse, j'étais à la foix excité, par l'équipe créative aux commandes, et curieux, du parti-pris choisi pour raconter cette histoire. Mais le résultat est à la hauteur de l'attente, et même plus, car on a affaire là à un authentique chef-d'oeuvre, un bouquin rare, qui vous conquiert et vous impressionne comme un classique instantané. Bref, un livre qui ne dépareille pas à côté de Watchmen, Asterios Polyp, Blankets et d'autres gemmes de ce calibre.
Brian K. Vaughan est connu pour sa capacité à exploiter une idée simple dont il extrait à la fois la substantifique moëlle et explore les facettes les plus inattendues. On comprend donc ce qui l'a attiré dans ce fait divers qui s'est réellement produit lors des attaques de l'armée américaine à Bagdad en 2003 au cours desquelles quatre lions s'échappèrent du zoo et traversèrent la ville avant d'être abattus par des GI.
A parti de ce postulat, Vaughan imagine les étapes du parcours de ces quatre fauves, mais avant de broder une métaphore, il prend d'abord soin de les dôter d'une personnalité et de leur faire vivre quelques aventures, dans un laps de temps très court (le récit se déroule en une journée). Zill est un lion dont la captivité a émoussé la férocité naturelle, sa libération inattendue ne le ravit pas particulièrement, et lorsqu'il s'agira de courser des chevaux pour le repas, il ne bougera même pas, avouant qu'il n'est plus capable de sprinter. Safa est la doyenne du groupe : son passé douloureux, dont elle porte les stigmates, est dévoilé dans un bref flash-back qui vous sonne comme un uppercut (éborgné et violée par le lion Bukk et ses frères). Enfin, il y a Noor, belle lionne, chasseresse affûtée et sexuellement active (l'occasion d'une scène subtilement amenée, avec Zill), mère du lionceau Ali, qui découvre avec émerveillement et naïveté le monde hors du zoo.
Ecrire une histoire avec des animaux qui parlent renvoie automatiquement à la tradition des dessins animés de Walt Disney, mais Pride of Baghdad n'est pas une variation du Roi Lion sur fond de guerre. Vaughan rédige cette aventure avec sensibilité mais sans sensiblerie, et son talent de conteur n'est jamais pris en faute : comme avec Y the last man ou Runaways, il excelle à caractériser ses héros, à les faire parler avec intelligence, à développer des rebondissements à la fois réalistes et d'où surgit parfois, d'une manière aussi surprenante que remarquable, une poésie véritable (lorsque le quatuor franchit les portes du zoo ou quand Ali découvre ce qu'est l'horizon).
Autant prévenir les âmes sensibles mais aussi les plus jeunes, qui pourraient croire que le récit est inoffensif car mené par des animaux, la brutalité de certaines scènes et le dénouement violent et poignant exigent de ne pas mettre cet album entre toutes les mains, ou alors d'en accompagner la lecture pour expliquer le contexte, les ressorts. Même un lecteur adulte ne saurait rester impassible quand le périple des quatre lions s'achèvent - la fin est déchirante et Vaughan conclut sur une note d'une ironie amère ("En Avril 2003, quatre lions s'échappèrent du zoo de Bagdad durant les bombardements en Irak. Les animaux affâmés furent abattus par des soldats américains. Bien sûr, il y eut d'autres victimes.") au diapason de la morale de cette fable : "la liberté ne peut être donnée, seulement méritée".
Vaughan ne prend pas ouvertement parti, son récit dénonce juste l'absurdité de la guerre, quelle qu'elle soit, où qu'elle soit, et de ce qu'elle détruit. Les hommes n'apparaissent pratiquement jamais, en tout cas, on ne voit jamais leurs visages (ni celui des gardiens du zoo, ni celui du civil mort, ni celui des soldats). Et la mort des quatre lions, si elle révolte, c'est parce que nous nous sommes attachés à eux durant l'histoire, pas parce que ce sont de gentils lions inoffensifs (leur attitude face aux singes, aux chevaux, leur combat contre l'ours prouvent que ce ne sont pas des peluches complètement apprivoisées). La fin même de ces fauves peut sembler dérisoire en comparaison avec les autres pertes humaines de ce conflit, mais cela signifie e surtout que c'est le sacrifice des innocents qui rend toute guerre abjecte : animaux comme humains, toute vie enlevée par la guerre souligne la barbarie de la guerre.
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Sans Niko Henrichon, Pride of Baghdad ne serait que la moitié de ce qu'il est. La qualité exceptionnelle du graphisme rend justement cet ouvrage hors du commun. La technique du québécois est complexe : il a d'abord storyboardé le script de Vaughan qui était particulièrement détaillé et indiquait notamment un rythme de lecture particulier, avec peu de cases par page (le plus souvent quatre vignettes, ce qui donne à la fois de la rapidité et invite à contempler chaque image) ; puis il a dessiné les planches au crayon avant de procéder lui-même à la mise en couleurs où il a mélangé l'aquarelle et des finitions par ordinateur, si bien mélangées que les séparations sont imperceptibles.
Le résultat est phénomènalement beau : les quatre lions sont de vraies fauves et non des silhouettes humaines avec des têtes d'animaux (comme dans Blacksad), pourtant chacun a des expressions subtiles et variées, traduisant parfaitement leurs sentiments et leurs émotions. La gestuelle est également admirablement restituée, acquérant une étonnante puissance dans les scènes de combat (l'affrontement contre l'ours Fajer est particulièrement impressionnant et admirablement découpé). Mais les singes, les chevaux, la tortue croisés par les héros sont aussi saisissants de réalisme.
Chromatiquement, Henrichon a favorisé des teintes majoritairement chaudes, avec une prédominance de jaune, orange, brun, qu'il fait contraster avec des séquences plus sombres, où le gris, le bleu, orientent le rapport au temps (comme le flashback concernant Safa) ou les ambiances inquiétantes (la découverte du palais et le face-à-face avec Fajer).
La synthèse entre ces couleurs très ouvragées et la vivacité du trait de crayon produit en tout cas un résultat visuellement impressionnant, échappant à l'esthétisation : Pride of Baghdad n'est pas qu'un beau livre d'images, c'est une vraie bande dessinée mais dessinée par un virtuose.
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Un roman graphique qui mérite cette appellation compte tenu de sa qualité littéraire et de sa force graphique.

samedi 1 octobre 2011

Critique 266 : FANTASTIC FOUR - IMAGINAUTS, de Mark Waid, Karl Kesel, Mike Wieringo, Mark Buckingham et Stuart Immonen

Fantastic Four : Imaginauts rassemble les épisodes 56 et 60 à 66 du volume 3 de la série, publiés par Marvel Comics en 2002 et 2003. L'épisode 56 est écrit par Karl Kesel et dessiné par Stuart Immonen. Les épisodes 60 à 66 sont écrits par Mark Waid et dessinés par Mike Wieringo (#60-64) et Mark Buckingham (#65-66).
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- Inside Out (#60) : un jeune publicitaire, sollicité par Reed Richards pour améliorer l'image des FF, passe une semaine avec les membres du groupe. Il découvre que leur notoriété est faussée par le fait qu'on les considère comme des super-héros alors qu'ils sont avant tout des explorateurs-aventuriers, autrement dit des "imaginauts". Et l'on apprend que si Mr Fantastic a décidé de louer les services d'une agence publicitaire, c'est parce qu'il veut rendre sa famille plus sympathique pour le grand public, ne se pardonnant pas de les avoir transformés en ce qu'ils sont.

- 24 Blocks and One Blockhead (#61) : Johnny Storm, en voulant une fois de plus faire une farce à Ben Grimm, provoque sa colère contre ses amis de Yancy Street, son quartier natal. Pour le forcer à mûrir, Sue Richards, sa soeur, décide alors de confier au feu follet les finances de la famille !

- Sentient (#62-64) : Une créature issue d'un programme informatique conçu par Reed Richards se matérialise et menace les FF en voulant supprimer tout obstacle entre elle et son créateur.

- Small Stuff... Big Stuff (#65-66) : D'un côté, la gestion des affaires par Johnny Storm provoque une catastrophe lorsqu'il est sur le point d'être piégé par des collaborateurs sans scrupules l'ayant mis en contact avec un client malhonnête. De l'autre, Ben Grimm doit se débarrasser d'un monstrueux insecte ramené accidentellement d'une expédition dans la zone négative.

- Remembrance of Things Past (#56) : Ben Grimm revient dans son quartier de Yancy Street et tout en essayant d'aider un prêteur sur gâges racketté par un super-vilain, se souvient de ce qu'il subissait plus jeune à cause de ses origines juives.
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A la fin de l'épisode 66, un document de huit pages rédigé par Mark Waid, intitulé The Fantastic Four Manifesto, offre, en même temps qu'un bonus rare, une consistante et passionnante note d'intention du scénariste lorsqu'il a accepté de prendre en mains la série. Ce manuscrit, agrémenté de quelques croquis par Mike Wieringo (permettant de voir ses études pour les personnages et leur look), devrait être enseigné à tout auteur de comics, et en particulier à quiconque prétend écrire les aventures du célèbre quatuor. Waid y détaille en effet ce qui constitue la spécificité du titre, de l'équipe, établit leur dynamique de groupe, éclaircit les relations entre ses membres, avec une intelligence et une clarté exemplaires. Jonathan Hickman, qui pilote désormais les FF, devrait réviser ce texte : il y serait instruit de tous ses défauts (intrigues inutilement étirées et complexes, importance à donner à chacun des 4F, accessibilité à la série). C'est sans doute la meilleure grille de lecture qu'on ait à disposition depuis le run de John Byrne (peut-être le seul avec Waid à avoir su retrouver la magie initiale de Lee et Kirby tout en la revitalisant).
Une fois que vous aurez donc lu ce "manifeste", vous aurez, parfaitement formulé, ce qui vous aura tant plu dans les épisodes de ce recueil qui contient les sept premiers épisodes du run de Waid et Wieringo, un des meilleurs comics produits par Marvel durant les années 2000, d'une frâicheur, d'une énergie, d'une subtilité, d'une élégance, imparables.
Tout démarre par deux épisodes auto-contenus, mais qui introduisent des éléments développés par la suite (l'insecte de la zone négative, la "promotion" de Johnny Storm), qui sont des modèles de storytelling : vifs, drôles, éloquents. Le chapitre où Schertzer, le jeune publicitaire, passe la semaine avec l'équipe est un pur chef-d'oeuvre, une de ces "issues" où il n'y a rien à jeter, où tout est dit et bien dit, sans une seule mauvaise idée, une seule faute de goût. En la matière, c'est une sorte d'épure du genre où les fondamentaux nous sont rappelés (les origines de l'équipe, une mission rapide où les rapports entre chacun sont définis) et des pistes essentielles sont lancées, avec en prime un final poignant où Mr Fantastic avoue à sa fille Valéria ses regrets éternels sur sa responsabilité dans la genèse du groupe.
Waid consacre ensuite un effort épatant au cas Johnny Storm en redistribuant son rôle : le grand gamin, l'ado limite attardé est complètement replacé (et là encore, quand on songe au sort que lui a fait Hickman récemment, on mesure à quel point le potentiel du personnage n'a pas été bien exploité alors que Waid a fait un cadeau à tous ses successeurs). Cette nouvelle définition du personnage résume la démarche de Waid qui retravaille chacun des membres de l'équipe pour lui donner plus de relief : Mr Fantastic a un coeur (pas seulement un cerveau), la Femme Invisible est une "décideuse" (et n'est plus seulement une épouse et une mère), la Chose cesse de déprimer sur son état (et n'en devient que plus combatif).
Puis le scénariste nous embarque dans deux story-arcs plus longs mais sans décompresser plus que de raisons (trois chapitres pour le premier, deux pour le second) : il y a du suspense, de l'action, on vibre, on rit aussi parfois - et ce dosage a quelque chose de miraculeux car il est parfaitement équilibré. C'est rapide dans être expéditif, profond sans être abscons, divertissant sans être bêtifiant, humoristique sans être parodique, avec un soin apporté aux dialogues (chaque personnage a son style sans que cela ne ressemble à un exercice de style ou ne serve de prétexte à des mots d'auteur).
A la fin du volume, l'épisode 56, antérieur au run de Waid, revient sur les origines juives de Ben Grimm, élément fondamental du personnage (et de ses créateurs, Lee et Kirby étant eux de la confession) mais jamais vraiment formulé. Karl Kesel explore cette facette avec subtilité, dans un récit bref, sans oublier l'action et le détachement, aidé par les dessins superbes, comme toujours, de Stuart Immonen (dans le registre Adam Hughes, pré-Nextwave, de sa carrière).
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La valeur des épisodes de Waid tient aussi beaucoup, encore plus aujourd'hui qu'à l'époque sans doute, aux dessins de Mike Wieringo, avec lequel il a abondamment collaboré. Mort prématurèment en 2007, l'artiste a marqué de son empreinte unique son passage sur la série à laquelle il a donné des planches magnifiques, d'un trait rond, expressif, respirant la légéreté, avec un découpage simple mais dynamique, aux finitions soignées, aux effets travaillés (comme cette somptueuse double-page qui ouvre le premier chapitre de l'arc Sentient).
Mark Buckingham (hélas ! encré par Danny Miki) le suppléera pour les deux épisodes de l'arc Small Stuff... Big Stuff, dans une tonalité voisine, mais cependant on déplorera qu'il n'ait pas été épaulé à l'époque par ses collaborateurs de Fables (Steve Leialoha et Andrew Pepoy), qui auraient donné une "Kirby's touch" sympathique à sa contribution.
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Cet album est fabuleux - ou plutôt : fantastique !