jeudi 5 janvier 2023

DARK KNIGHTS OF STEEL #9, de Tom Taylor et Yasmine Putri


Le dernier tiers de Dark Knights of Steel débute donc avec la nouvelle année. Et la mini-série écrite par Tom Taylor a quand même beaucoup perdu de sa superbe. Yasmine Putri est toujours là, mais elle non plus n'affiche pas la grande forme. Ne serait-ce pas simplement la lassitude qui gagne ?


Comme j'ai désormais décidé d'allèger la partie résumé, pour éviter de trop spoiler, étant donné que tous ceux qui me lisent ne suivent pas la vo et attendent les recueils en vf, je vais tâcher de respecter cette bonne résolution.
 

Le titre de ce neuvième épisode de Dark Knights of Steel ne laisse aucune place au doute : War. C'est donc la guerre qui éclate au pied du château des El entre ces derniers, les amazones et la famille Pierce. Un programme qui réclame une écriture ferme et un dessin généreux dans l'effort.


Tom Taylor donne au lecteur ce qu'il attend : la bataille est épique, à la (dé)mesure des antagonistes. Ils sont venus, ils sont tous là, ça combat de tous les côtés, il y a même un dragon. C'est aussi confus, car au beau milieu de tout ça, Bruce et Kal règlent leurs comptes. Mais pas seulement...


Car, en vérité, après huit épisodes, on n'a vraiment sympathisé avec personne. Les El pas plus que les amazones pas plus que les Pierce ne sont aimables. Le prince Bruce est peut-être celui qui suscite le plus de bienveillance au regard de ce qui lui est arrivé - et c'est tout sauf innocent puisqu'il s'agit de Batman, la vache sacrée du DCU, l'intouchable.

Dans le cadre d'un Elseworld (même qui ne dit pas son nom) comme Dark Knights of Steel, il est indispensable de laisser au lecteur des points de repère pour qu'il puisse suivre au moins un personnage. Or, Tom Taylor, à force de brouiller les cartes, de produire des mash-up plus ou moins inspirés et de multiplier les rebondissements, nous a un peu perdus.

Un peu, ou en tout cas assez pour qu'au moment d'aborder cette guerre, il aurait été bon de ne pas en rajouter (en effet, il reste suffisamment de subplots à résoudre, notamment avec Etrigan, les Titans, le Green Man, ou même le couple de détenus formé par Dinah et Oliver). Mais Taylor n'est visiblement pas de cet avis.

Et si le scénariste explique ainsi le geste sauvage, barbare commis par la reine Lara, à la fin du précédent numéro, contre Hippolyte, la révélation finale sur l'identité véritable d'Alfred fait partie de ces moments terribles dits "jumping the shark", où un personnage surgit de nulle part, tout à fait gratuitement, compliquant un peu plus l'intrigue déjà bien touffue.

Par ailleurs, comme je l'écris plus haut, la bataille au pied du château des El ne brille pas par sa clarté. Ce qui n'est pas un souci en soi (car les combats de troupes sont rarement chorégraphiés) se retourne contre le propos en ponctuant l'action de coups-contrecoups (à qui cognera la plus fort ? A qui fera l'entrée la plus remarquée ?) et de curieuses apartés (en montrant Constantine et Lois débattre de la tournure dramatique des choses comme s'ils étaient à l'abri - ce qui n'est pas le cas).

Voir ainsi Constantine se gratter la tête en se demandant ce qui se passe (car ce qui se passe n'était pas inscrit dans ses prophéties) devient limite grotesque car les prophéties sont aléatoires et les guerres sont là pour les contrarier. Si tout était écrit dans le marbre, prédéfini au mot près, tout ne serait qu'une formalité et donnerait donc un avantage décisif à un des camps. Mais avec des aliens, des amazones, des gens capables de contrôler la foudre, la végétation, et même un homme vert et complètement cintré muni d'un anneau de puissance, comment Constantine pouvait-il penser que tout se passerait sans anicroche ?

L'autre décrochage revient au dessin : Yasmine Putri a eu du temps pour préparer ces épisodes (et j'ose quand même espérer qu'elle ne sera pas remplacée pour ceux qui restent), mais c'est comme si l'artiste affichait soudain ses limites. Mettre en images un épisode pareil exige de celui qui en est chargé un effort conséquent puisq'il faut montrer un nombre conséquent de figurants, de décors, de mouvements de foules, plus les manifestations surhumaines des pouvoirs.

Autant, auparavant, Putri a fait des merveilles quand l'action était concentrée, autant là elle ne maîtrise pas son sujet et peine à trouver le souffle nécessaire pour rendre cette guerre aussi épique, sauvage et folle que prévue. Souvent on a le sentiment qu'elle a privilégié un découpage avec des plans aux dimensions généreuses pour présenter des points d'orgue dans la bataille plus que pour orchestrer les avancées et replis des troupes engagées.

En fait, quand il s'agit de scènes pareilles, il y a le modèle Kingdom Come (illustré par Alex Ross) avec pléthore de surhumains s'affrontant loin de tout mais capables de tout dévaster. Ce n'est pas le cas ici car on voit très bien que les surhumains en question sont peu nombreux et en première ligne, soutenus par des armées de simples humains. Ou alors il y a le modèle Ultimates (dessiné par Bryan Hitch) avec une bande de surhumains dans un environnement subissant les dégâts qu'ils provoquent et suggérant des pertes civiles et matérielles importantes et dramatiques. Dans les deux cas, il y a une tension, soulignée par le dessin, que le lecteur ressent car il est conscient que les forces qui se déchaînent sont cataclysmiques.

Or, ni le script de Taylor (avec ces apartés décalés) ni le dessin de Putri ne parviennent à créer cette tension indispensable. On regarde ça sans être vraiment pris, inquiet, sans vibrer. Ce sont quelques surhommes qui se foutent sur la tronche, mais qui n'ont en vérité pas besoin d'armées pour ça. Et surtout on s'en fiche un peu car Dark Knights of Steel n'a jamais vraiment pris la peine de nous les rendre sympathiques. Qu'un El ou une amazone ou un(e) Pierce meurt au milieu de tout ça n'arrive pas à nous émouvoir. C'est embêtant quand on veut quand même impliquer le lecteur, l'émouvoir.

La fin de l'épisode avec sa double surprise entraîne encore la mini-série dans des directions imprévues. Et il reste encore à savoir ce que Taylor fera de ce qu'il suggéré avec Ra's Al Ghul, les Titans, Bruce et Kal, Diana et Zara, Oliver et Dinah, etc. Tout ça avec seulement trois épisodes avant la conclusion. Si ça se trouve, ça passera crême. Mais qu'il me soit permis d'en douter.

1 commentaire:

Sam a dit…

"c'est tout sauf innocent puisqu'il s'agit de Batman, la vache sacrée du DCU" XD XD XD XD