jeudi 17 février 2022

NIGHTWING #89, de Tom Taylor et Bruno Redondo


Nightwing #89 est un épisode spécial puisque son intrigue se poursuivra le mois prochain dans les pages de Superman Son of Kal-El, l'autre série mensuelle écrite par Tom Taylor. Il s'agit donc d'un mini crossover. Ce ne sera donc pas un gros et long investissement. Ce début d'histoire s'annonce par ailleurs bien, dessiné par Bruno Redondo, en grande forme.


Il y a quelques années. Son fils, Jon, ayant disparu en pleine nuit, Superman mobilise ses amis de la Justice League pour le retrouver. Batman et Nightwing réussissent les premiers. Cette mésaventure conduit Superman et Batman à échanger sur leurs rôles de père tandis que Jon et Dick deviennent amis.


Aujourd'hui. Kelex, le robot qui s'occupe de la Forteresse de Solitude de Kal-El en son absence, s'introduit chez Dick Grayson pour lui expliquer que Jon Kent ne va pas bien. Dick, qui avait promis à Kal de veiller sur son fils, promet de s'en occuper tout de suite.


Apprenant que Jay Nakamura, le boyfriend de Jon, cherche un mécène pour financer ses investigations, Dick le rencontre en compagnie de Jon pour lui offrir de l'argent. Mais il apprend au même moment par Oracle que Risk, un ancien membre des Titans, a été tué à Metropolis.
 

Nightwing se rend sur la scène de crime où il a donné rendez-vous à Jon. Ils découvrent que Risk a été attaqué par les airs comme trois autres méta-humains avant lui. Jon détecte une signature énergétique étrange et la suit avec Nightwing. Elle les mène jusqu'au building de la Lexcorp...

Tom Taylor a une forme de franchise qui le rend sympathique : en effet, il annonce la couleur d'emblée pour les mois à venir, comme s'il partageait les clés de ses séries avec le lecteur. Bien entendu, cela ne signifie pas qu'il répond à toutes les attentes (la teneur de ses intrigues, leur réussite). Mais il fait confiance et ça ne peut que susciter la complicité.

Il est ainsi clair que l'arc en cours de Nightwing va être consacré aux liens que le héros entretient avec ses amis. Dans le précédent épisode, les Titans apparaissaient en guest-stars, avant cela Barbara Gordon délaissait son rôle d'Oracle pour redevenir ponctuellement Batgirl, et on sait que bientôt ce sera au tour de Wally West de partager l'affiche avec le protecteur de Blüdhaven.

Dans le cas qui nous intéresse aujourd'hui, Tom Taylor opte pour un format un peu spécial puisqu'il s'agit d'un petit crossover en deux parties qui commence dans Nightwing #89 et s'achévera le mois prochain dans Superman Son of Kal-El #9, que le scénariste écrit également.

Lorsque Brian Michael Bendis, alors aux commandes de la série Superman, a décidé de faire vieillir Jon Kent à la faveur d'un tour de passe-passe, les lecteurs ont beaucoup et bruyamment exprimé leur mécontentement, regrettant la perte du Super Son attachant. Bendis s'était surtout servi de cela pour amorcer sa relance de Legion of Super Heroes dont Jon Kent devenait le grand inspirateur et un membre. Le résultat n'a été à la hauteur des espérances de personne, puisque la série n'a pas duré et que Bendis a même dû abréger son séjour sur Superman.

Mais une idée qui peut déplaire peut inspirer un autre auteur qui, lui, saura l'exploiter plus adroitement. Tandis que Philip Kennedy Johnson anime désormais les aventures de Superman/Kal-El dans Action Comics, Tom Taylor a hérité de la série Superman sous-titrée Son of Kal-El pour exploiter Jon Kent et en faire le remplaçant de son père à Metropolis (Kal-El étant occupé à jouer les gladiateurs dans l'arène de Mongul dans l'espace). Il ne s'est pas arrêté là puisqu'il a fait de Jon un jeune homme découvrant sa bisexuailté au contact d'un jeune lanceur d'alerte, Jay Nakamura (nom de code Gossamer) - ce qui a fortement déplu aux conservateurs américains.

Avant de partir affronter Mongul, Superman avait confié à Nightwing le soin de veiller sur son fils et, dans le prologue de cet épisode, on découvre que Dick avait rencontré Jon des années auparavant, quand il était encore ce jeune gamin insouciant. Une très belle séquence, touchante, qui, par ricochet, montre Batman et Superman échanger sur leur rôle de père (quand bien même Batman n'est qu'un père d'adoption). Aujourd'hui, après un combat qui a fait des victimes, Jon, désemparé, doute et les paroles de son père ne parviennent pas à l'apaiser.

Nightwing est sollicité par Kelex pour le réconforter. Taylor fait un sans-faute admirable et prouve une fois encore que sa grande qualité réside dans la caractérisation. De manière très naturelle, il introduit les personnages, définit leurs relations, leur donne un dynamisme en les impliquant dans une intrigue - ici une affaire de meurtres de méta-humains qui requiert les talents de détectives de Nightwing et les pouvoirs de Superman/Jon Kent. Tout sonne juste, les dialogues, les situations, tout va vite sans être précipité, et on a envie de savoir l'issue de cette enquête mais aussi si Jon va redresser la tête après son coup de blues.

Bruno Redondo dessine cela avec simplicité. Autant quand il en a l'occasion, c'est un artiste qui ne recule pas devant les effets de manche, quitte à ce qu'ils n'aient pas l'impact escompté (cf. Nightwing #87), autant quand il doit illustrer sobrement les interactions entre les personnages, il est parfait, irréprochable.

La leçon à en tirer, aussi bien pour Redondo, qui est un artiste talentueux, solide, mais peut-être un peu trop facile, qui ne résiste pas au challenge, à un certain goût de l'épate, que pour Taylor, c'est que, c'est quand ils en font le moins qu'ils font le mieux. Voyez, à nouveau, la séquence d'ouverture de l'épisode : elle démarre de manière spectaculaire avec le Bat-plane, puis le saut en parachute de Batman et Nightwing, leur entrée dans une grotte. Puis l'aspect dramatique de tout ça se dissipe malicieusement quand Jon leur tire dessus avec ses rayons optiques : Batman se demande ce qui s'est passé et Nightwing lui rappelle qu'il porte un costume de chauve-souris, effrayant pour un gamin. Le lecteur sourit, et Redondo et Taylor ont déjà gagné. Ce qu'on retient en vérité alors, c'est moins l'ouverture de la séquence, que ce tournant où le drame fait place à la comédie puis à une dimension tout ce qu'il y a de plus humain, terre-à-terre, avec un père qui retrouve son fils, le serre dans ses bras, puis discute avec son meilleur ami de la paternité.

Redondo est un dessinateur intelligent et il applique donc la leçon qu'il tire de cette ouverture au reste de l'épisode, comme quand il découpe en "gaufrier" le dialogue entre Kelex et Dick (qui s'achève une fois encore par un gag visuel irrésistible), ou quand Jon suit la trace énergétique des tueurs de Risk. Pas besoin d'en rajouter, il suffit de suivre la scène, de la dessiner simplement, et c'est gagné. Inutile de chercher le "morceau de bravoure". Plus Redondo ira dans ce sens, meilleures ses planches seront. Et la série avec.

Suite et fin donc le mois prochain dans Superman Son of Kal-El #9 (mais que les fans de Dick Grayson ne s'inquiètent pas, Nightwing #90 sortira aussi en Mars).

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