dimanche 5 juin 2016

Critique 911 : SHERLOCK HOLMES, de Guy Ritchie


SHERLOCK HOLMES est un film réalisé par Guy Ritchie, sorti en salles en 2009.
Le scénario est écrit par Lionel Wigram, Michael Robert Johnson, Anthony Peckham, Simon Kinberg, d'après les personnages créés par Arthur Conan Doyle. La photographie est signée Philippe Rousselot. La musique est composée par Hans Zimmer.
Dans les rôles principaux, on trouve : Robert Downey Jr (Sherlock Holmes), Jude Law (Dr John Watson), Rachel McAdams (Irene Adler), Mark Strong (Lord Blackwood), Eddie Marsan (Inspecteur Lestrade). 
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John Watson et Sherlock Holmes
(Jude Law et Robert Downey Jr)

Sherlock Holmes et son comparse, le Dr John Watson, interrompent une messe noire dirigée par lord Blackwood, qui a déjà assassiné cinq jeunes femmes. Il est remis à l'inspecteur Lestrade. Le criminel est jeté en prison puis rapidement jugé et condamné à mort par pendaison. Son dernier souhait est de voir Holmes avant son exécution pour lui dire qu'il reviendra d'entre les morts pour se venger et terminer sa mission. Watson acte ensuite le décès de Blackwood.
Lord Blackwood
(Mark Strong)

Watson, après cette affaire, quitte Holmes pour s'installer avec sa fiancée, Mary Morstan. Le détective s'ennuie jusqu'à ce que Irene Adler, celle qui a été à la fois son adversaire la plus coriace et son amour secret, resurgisse pour lui proposer une grosse somme d'argent afin de mener une nouvelle enquête. Il devine qu'elle agit pour un commanditaire suffisamment dangereux pour qu'elle lui obéisse et qui est à la recherche d'un homme roux.
Lestrade
(Eddie Marsan)

C'est alors que Lestrade fait appel à Holmes : la tombe de Blackwood a été profanée et il aurait été vu par un témoin en train d'en sortir. Accompangé de Watson, le détective trouve dans le cercueil du criminel l'homme que lui a demandé de trouver Irene. 
Holmes et Watson inspectent le domicile du mort, un scientifique dont les recherches sont liées à celles de l'occultiste Blackwood. Après avoir affronté des canailles protégeant le laboratoire, ils sont arrêtés par la police. Mary, la fiancée de Watson, paie sa caution, tandis que Holmes est libéré par trois notables londoniens, parents de Blackwood, qui lui demandent en échange de retrouver le sorcier. 
Mary Morstan
(Kelly Reilly)

Mais deux de ces trois dignitaires sont assassinés ensuite et Holmes persuade Watson de lui prêter main forte. Ils ignorent que Blackwood est effectivement bien vivant et rallie à son projet de prendre le contrôle du Royaume-Uni plusieurs membres éminents du Parlement réunis au sein d'une secte. 
Les investigations de Holmes et Watson les mènent jusqu'à un abattoir où Blackwood retient Irene en otage. Une fois celle-ci libérée, ils quittent les lieux qui sont ravagés par une série d'explosions. Un policier prévient Holmes que les autorités le recherchent. 
Irene Adler
(Rachel McAdams)

Pour tenter de saisir les manoeuvres de Blackwood, Holmes se drogue, ce qui augmentent ses capacités déductives mais le plonge ensuite dans un bref coma. A peine remis de leurs blessures, après un bref séjour à l'hôpital, Irene et Watson le retrouvent dans sa planque où il leur fait part de ses conclusions : Blackwood va attaquer le Parlement ! Tandis que Watson et Irene s'éclipsent sur l'ordre du détective, Lestrade arrive pour l'arrêter.  
Holmes réussit à s'échapper et rejoint Watson et Irene qui ont localisé la bombe chimique de Blackwood dans les sous-sols du Parlement. Le criminel affronte le détective qui sauve la vie d'Irene et dévoile comment leur adversaire s'y est pris pour simuler sa propre mort, provoquer celles de ses proches.
La jeune femme donne à Holmes l'identité de l'homme qui l'avait employé et qui va certainement vouloir les supprimer maintenant, ce qui n'effraie pas le détective.

Guy Ritchie était, en 2009, plus connu pour être le mari de Madonna que pour être un cinéaste digne d'intérêt, sauf si vous juger Snatch comme un bon film (ce qui n'est pas mon cas). Aussi a-t-il été bien inspiré, d'un point de vue financier mais aussi artistique, d'accepter de devenir le simple metteur en scène de cette commande ambitionnant de dépoussiérer une des icones de la littérature policière : rien moins que Sherlock Holmes - qui allait connaître un an plus tard sur BBC One un autre impressionnant lifting, incarné par le génial Benedict Cumberbatch.

Déjà influencé par Tarantino dans ses opus précédents, Ritchie l'est encore ici car son traitement évoque une relecture très pulp de la créature de Arthur Conan Doyle : le scénario, touffu à l'extrême, avec son intrigue affreusement compliquée, s'accorde au style survitaminé du cinéaste, chargé de raconter tout ça en un peu plus de 120 minutes. 

Interprété par un Robert Downey Jr, plus cabotin que jamais, mais dont le jeu a le mérite de ne pas s'inscrire dans le registre convenu immortalisé par Basil Rathbone ou Peter Cushing, Holmes est cependant très fidèle à la description qu'en rédigea Doyle : on le voit pratiquer la boxe, pratiquer le violon, ne pas hésiter à se droguer, et arborer un look vestimentaire qui le fait ressembler à un bohémien faussement négligé. Cette énergie tranche avec la vision devenue caricaturale du détective gal et imperturbable qui fume la pipe en exprimant ses déductions à haute voix d'un ton professoral.

Pourtant, à côté du numéro parfois un peu grotesque de Downey Jr, la prestation de Jude Law et, plus surprenant, de Rachel McAdams, tous deux extraordinaires en Watson et Irene Adler, rendent justice à leurs rôles qui ne se résument plus à ceux du fidèle assistant et de l'alter ego féminin de Holmes. La manière dont le film suggère, au milieu d'effets plus bruyants, l'homosexualité du détective, autant attiré qu'effrayé par cette femme, et que son acolyte n'a plus peur de remettre à sa place est très bien inspirée, et finement traduite par les deux acteurs.

Le scénario et la direction artistique mettent en avant l'aventure et l'action plutôt que la cérébralité, comme en témoigne un procédé récurrent qui montre Holmes détailler son action avant de la mettre en pratique, le spectateur vérifiant à quel point il sait aussi bien anticiper qu'attaquer - Holmes est ici autant une tête qu'un corps, autant un héros mental qu'un héros physique. De même, l'intrigue mélange avec une fantaisie décomplexée les sciences occultes et déductives : dans un cas comme dans l'autre, Blackwood et Holmes sont dépeints comme des individus s'estimant supérieurs et plus avisés que la moyenne. Le pseudo-sorcier veut reprendre en main l'Angleterre, le détective veut continuer à imposer ses caprices aux besogneux policiers : dans les deux cas, ils défient l'autorité, la toisent avec arrogance (brutalement pour Blackwood, sarcastiquement pour Holmes).

On aura remarqué que les producteurs ont imposé un américain (Robert Downey Jr) dans le rôle du plus célèbre enquêteur britannique et, si ce choix répond d'abord au fait que RDJ est devenu l'acteur le plus bankable du moment (depuis sa résurrection commerciale dans l'armure d'Iron Man), on peut aussi l'interpréter comme la volonté de confier ce personnage à un comédien qui ne le vénère pas, se l'approprie sans manière et lui imprime une personnalité plus contrastée, plus outrée même. Holmes est ainsi capricieux et jaloux - il ne supporte pas que Watson le quitte pour une femme (les héritiers de Doyle ont d'ailleurs fait pression pour que, contrairement au voeu de Downey Jr, Holmes ne soit pas explicitement considéré comme un homosexuel, mais il semble au moins bisexuel si l'on observe bien son attitude envers Watson et Irene Adler).

Pour exister face à lui, le Dr Watson de Jude Law est aussi affûté intellectuellement et, malgré sa claudication, également très vif physiquement, se battant, tirant au pistolet, crapahutant dans des caves, abattoirs, docks, ironisant sur les gamineries du détective. Bien sûr, ce n'est pas aussi subtilement drôle que ce qu'on devinait dans le chef d'oeuvre mutilé de Billy Wilder (La vie privée de Sherlock Holmes) mais cette version communique une bonne humeur rafraîchissante, tonique et humaine. 

La réalisation de Guy Ritchie oscille entre un maniérisme parfois dommageable (avec un montage trop haché, des effets trop appuyés - ralentis, accélérations) et un vrai souci esthétique (superbe photo du français Philippe Rousselot, qui réussit à bien intégrer des plans complètement générés par l'informatique, et à restituer l'ambiance urbaine, grouillante, crasseuse de Londres sans sombrer dans le steampunk). Le réalisateur semble toutefois éprouver un sincère attachement pour ses héros et un souci pour exposer clairement une histoire tellement boursouflée qu'elle traduit une peur ridicule sinon du vide, du moins des temps morts ou calmes (c'est le défaut de nombre de productions de ce genre : les producteurs préfèrent submerger le spectateur d'informations, de rebondissements, plutôt que de les laisser respirer de crainte qu'ils ne s'ennuient).

Il reste encore à saluer la magnifique partition écrite par Hans Zimmer, aux accents tziganes et aux rythmes entraînants, pour dire que ce Sherlock Holmes est un spectacle parfois bêtement agité mais aussi souvent jubilatoire : le succès qui l'a couronné explique aussi qu'il a rapidement connu une suite (Jeux d'ombres, en 2011), que TMC rediffusera d'ailleurs Jeudi prochain. 

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