vendredi 24 septembre 2021

NIGHTWING #84, de Tom Taylor et Robbi Rodriguez - FEAR STATE


Nightwing #84 (et 85 et 86) seront des épisodes attachés à Fear State, l'actuelle intrigue de Batman, qui s'étend donc comme un crossover avec d'autres séries. On peut s'étonner, légitimement que Nightwing participe à cette histoire puisque le héros ne réside plus à Gotham, mais Tom Taylor n'a visiblement pas eu le choix et compose cependant habilement avec cette contrainte. Bruno Redondo est absent (il s'acquitte de la couverture toutefois), laissant la place à Robbi Rodriguez au dessin.


Après avoir prononcé son discours sur le grand projet qu'il avait pour Blüdhaven, Dick Grayson patrouille sous le masque de Nightwing dans sa ville. C'est alors qu'il reçoit un message brouillé d'Oracle et décide de partir pour Gotham s'assurer que tout va bien.
 

Il ignore qu'il a été attiré là par l'Anti-Oracle et se rend donc dans Crime Alley comme on le lui demande. Bien entendu, c'est un piège : il est cerné par des Gardiens de la Paix du Magistrat. Mais Batman vient lui prêter main forte.


Se réfugiant dans un appartement, ils se font tirer dessus. Pour épargner les civils à l'intérieur, ils se descendent dans les égoûts de Gotham. Batman résume la situation à Nightwing qui refuse de rentrer à Blüdhaven et demande comment être utile à Gotham.


Nightwing gagne la Tour de l'Horloge où se trouve Barbara Gordon. Les communications brouillées par l'Anti-Oracle, ils doivent s'en remettre à de bons vieux talkie-walkie. Mais Barbara n'entend pas rester là les bras croisés...

De tous les titres liés à Batman, Nightwing est celui qui se détache désormais le plus puisque Dick Grayson n'opère plus à Gotham, il est retourné vivre à Blüdhaven et récemment, dans sa série, ayant hérité d'une fortune léguée par Alfred Pennyworth, il a entrepris d'aider cette cité à grande échelle. Ce choix attire sur lui les regards inamicaux de Blockbuster, qui tient la mairie (même s'il ignore que Melinda Zucco agit contre ses intérêts).

Bref, on est loin du Fear State qui se propage à Gotham et pousse Batman dans les cordes, avec toute sa bande (Ghost-Maker, Harley Quinn, Oracle, Spoiler, Orphan...). C'est pourquoi on pouvait penser/espérer que DC fiche la paix à Tom Taylor et n'implique pas Nightwing dans cette histoire. Mais évidemment, c'était peine perdue.

Pour composer avec ce crossover qu'il n'a sans doute pas voulu, Tom Taylor a dû trouver de quoi attirer à nouveau Nightwing à Gotham. Il le fait en jouant la carte des sentiments : parce que Batman a été son mentor (et que lui a été son premier Robin) et parce que Oracle est Barbara Gordon (son premier - et éternel ? - amour). C'est d'ailleurs en croyant recevoir un appel à l'aide de cette dernière qu'il se rue à Gotham pour s'assurer que rien de grave ne s'y passe. Evidemment, les choses vont vite se gâter...

Tom Taylor a du mérite et du talent, deux qualités indispensables pour se plier à l'exercice ingrat du tie-in, car à vrai dire l'essentiel, le fan le sait bien, se passe dans les pages de Batman (et d'ailleurs, ça m'étonnerait fort que Nightwing, au final, contribue beaucoup à la résolution de la crise). Je ne blame pas DC particulièrement, Marvel fait pareil même quand on nous promet, juré, craché, que non, seule la série principale sera impactée. En vérité, on peut même plutôt féliciter DC de ne pas imposer des events aussi réguliers que Marvel et d'imposer à ses auteurs de marcher au pas (depuis Death Metal en tout cas).

L'épisode se lit vite, il est plein de tonus et Taylor enchaîne les scènes à un rythme soutenu, sans laisser le temps à son héros et à ses lecteurs de souffler. Batman s'invite rapidement dans l'action et à cette occasion le scénariste excelle à mettre en scène la complicité des deux héros, habitué depuis longtemps à se battre ensemble mais aussi à se tenir tête (car Dick Grayson a aussi pris son indépendance avec son mentor depuis longtemps et ce dernier a fini par l'accepter, désormais ils se parlent d'égal à égal). On sent bien la volonté de Taylor de montrer que Nightwing n'est pas un adjoint ordinaire de Batman (et d'ailleurs sur Twitter, il s'amuse souvent à qualifier Batman de sidekick de Nightwing). La dernière page annonce le retour d'une héroïne dont on pensait qu'elle avait pris sa retraite (même si je pense que ce retour n'est que provisoire).

Bruno Redondo a préféré passer son tour pour ces trois épisodes, se contentant de signer les couvertures (mais c'est pour la bonne cause car à son retour, au #87, l'artiste prépare une superbe surprise avec son scénariste). DC a donc fait appel à Robbi Rodriguez pour le suppléeer et c'est un choix plein d'à-propos.

En effet, Rodriguez s'est fait remarquez ces dernières années chez Marvel pour avoir dessiné Spider-Gwen (une Gwen Stacy issue d'une dimension parallèle et pourvue de pouvoirs similaires à Spider-Man). Il était donc tout indiqué pour illustrer les aventures d'un héros acrobate comme Nightwing. Son style n'a cependant rien à voir avec celui de Redondo, avec un trait plus souple, plus exubérant et moins strictement réaliste. Il introduit un aspect un peu cartoon à la série, même si, étonnamment, son découpage reste sobre.

Les décors sont parfois un peu sommaires, car Rodriguez appuie les mouvements, les effets de vitesse, et donc zappe volontiers les arrière-plans. Mais je ne lui en veux pas trop car il n'est que de passage et que le résultat n'est pas désagréable, ça fait le job dirons-nous.

Je pense que la lecture de ces épisodes sera dispensable, mais soyons honnêtes, l'écriture de Taylor et l'énergie de Rodriguez font passer la pilule, pas de quoi se plaindre de cette figure imposée.  

jeudi 23 septembre 2021

SUPERGIRL : WOMAN OF TOMORROW #4, de Tom King et Bilquis Evely


On arrive à la moitié de cette mini-série avec ce quatrième épisode de Supergirl : Woman of Tomorrow. Familier du format du récit complet, Tom King sait que s'opère à ce stade un mouvement de bascule où ce qu'il nous raconte entraîne héros et lecteur dans une autre dimension. C'est effectivement ce qui se passe, et c'est à la fois cauchemardesque et féérique, grâce au dessin de Bilquis Evely. Au bout du compte, surtout, on se demande par quoi est vraiment passé l'auteur pour délivrer des histoires aussi hantées ?
 

Après avoir découvert le génocide des Pourpres sur Maypole, Supergirl et Ruthye reprennent leur traque et suivent la piste sanglante laissée par Krem des collines jaunes depuis qu'il s'est joint aux Brigands de Barbond.


Ainsi visitent-elles un rescapé d'un massacre, sauvagement mutilé, et depuis hospitalisé. Elles rencontrent aussi un individu qui, depuis le passage des malfrats, enterre tous les siens dans un immense cimetière. Puis Supergirl pousse une mère géante à exprimer un chagrin terrible.


Alors que Ruthye et Supergirl effectuent une nouvelle escale, elles se disputent sur la suite car la jeune fille veut toujours venger son père tandis que sa partenaire veut soutirer à Krem l'antidote pour sauver Krypto. 


Après avoir eu accès à des films sur un énième carnage des Brigands, Supergirl, sidérée, programme le retour de Ruthye chez elle pour lui épargner de nouvelles atrocités. Mais Ruthye lui fait comprendre qu'elle n'a pas à être ménagée car, comme la kryptonienne, elle a tout perdu.

Quand il se retirera du monde des comics, Tom King aura facilité la vie de ses biographes car il a écrit sa légende de son vivant. En effet, sa carrière au sein de la division du contre-terrorisme de la C.I.A. lui donne un vécu que peu de ses confrères possèdent. Après cela, il est toujours temps de discuter de son style littéraire, de ses tics, de leurs qualités et de leurs défauts : Tom King n'est pas un scénariste intouchable, même ceux qui apprécient son oeuvre lui trouvent des faiblesses, et ses récits ne font pas l'unanimité (ce qui le rend intéressant car cela alimente les conversations).

Mais, quand sera venue l'heure de se plonger dans ce qu'il a écrit, ce qu'il aura laissé aux comics, quand il faudra commenter ce qui, dans sa vie, a fourni de la matière à son oeuvre, ses détracteurs comme ses fans n'auront pas à creuser bien profond pour aligner leurs thèses. Il suffira de juger à l'aune de sa première carrière d'agent de la CIA sa seconde vie d'auteur de BD.

Toutefois, ce travail de recherches sur sa vie, son oeuvre ne permettra sûrement pas de répondre à toutes les questions. C'est ce qui ressort avec une évidence terrible de ce quatrième épisode de Supergirl : Woman of Tomorrow, avec la clarté brute d'un chapitre qui synthétise tout ce qui l'a précédé. Qu'a donc vécu Tom King qui lui a inspiré des histoires aussi hantées ?

Dans cet épisode, sur la forme, on renoue avec ce qui plait/déplait tant chez King : la voix-off très/trop présente, ce goût prononcé pour souligner ce qui est déjà sibyllin, le sursaut d'un personnage avant de s'engager dans une voie sans retour, la dynamique relationnelle des protagonistes qui va par paire, etc. Tout cela dans des cadres souvent incongrus, aussi beaux que le théâtre des événements qu'ils sont est horrible.

Supergirl et Ruthye suivent la piste de Krem des collines jaunes et vont de macabres découvertes en atroces confirmations. De ce strict point de vue, Krem est une engeance de la pire espèce, un méchant absolu qui n'a pas besoin d'apparaître à l'image pour être détesté et effrayant. C'est casse-gueule comme procédé, mais ici très convaincant. Des criminels génocidaires comme lui, l'Histoire en a vu défiler et que la fiction les réinterprète n'ôte rien à leur malfaisance. King n'exagère même pas.

Mais ce qui frappe peut-être encore plus fort que les actes infâmes de Krem, c'est la manière dont ils sont perçus et digérés par les deux héroïnes et en particulier par Supergirl. La dexcription que fait Ruthye de la kryptonienne correspond à ce qu'on imagine : une personne aimable, calme, qui prend sur elle, à la force tranquille. Mais King ajoute à ce portrait des scènes régulières, dans chaque épisode, où Kara Zor-El n'est plus maîtresse d'elle-même et se lâche, ne peut plus se retenir, souvent à l'écart des autres, à l'abri des regards (et de celui de Ruthye donc). 

En vérité, alors, Supergirl est l'incarnation du feu sous la glace. Une scène dans cet épisode révèle une fracture : hors-champ, elle découvre un énième crime de celui qu'elle traque et quand elle rejoint Ruthye, elle est tellement sidérée qu'elle n'a plus de mots. Elle s'envole alors, seule, et plonge dans une étoile où elle se recroqueville. De retour auprès de sa protégée, elle renonce à débattre avec elle lorsqu'elle doit affronter le refus de la jeune fille de rentrer chez elle pour laisser Supergirl terminer sa chasse seule. L'argument de Ruthye est, il est vrai, imparable : toutes deux ont perdu, enfant, ce qu'elle avait de plus précieux, la gamine affirme donc être capable d'encaisser ce qui va suivre.

Qu'a donc vu, vécu King durant ses années au sein de l'Agence pour en tirer aujourd'hui des moments pareils ? Des scènes au goût de vécu, comme celui qui a vu des charniers, des ruines encore fumantes, des exactions barbares. King s'est engagé après les attentats du 11-Septembre, dont on vient de commémorer le vingtième anniversaire et c'est troublant que cet épisode de Supergirl sorte juste après - il n'aurait pas pu tomber pour traduire ce que King pense certainement, ce mélange de colère et de tristesse, coloré par des souvenirs du front.

Bilquis Evely transforme ce qui pourrait n'être qu'une rumination aigre et désespérée en une succession de tableaux à la beauté à la fois enchanteresse et désolée. L'artiste n'a pas son pareil pour créér des environnements époustouflants mais qui cache des horreurs, comme les premières pages où, avec les couleurs presque sucrées de Matheus Lopes, on voit Supergirl prendre dans ses bras un nourrisson abandonné sur un terrain parsemé de morts. Plus loin, Evely représente une chambre d'hôpital avec une crudité tragique, un autre rescapé mutilé qui prie encore pour que Krem ait de la pitié.

Les moments forts se succèdent, parfois avec un décalage absurde comme quand Supergirl force la géante à la frapper pour expulser le chagrin qu'elle ne parvient même pas à formuler. Finalement, la victime fond en larmes, et c'est déchirant. Mais ce sont sans doute les dernières pages qui secouent le plus, quand Supergirl revient vers Ruthye, sans trouver les mots pour ce qu'elle vient de voir, puis, qu'ensuite au sommet d'un étrange monticule, à l'influence très Moebius, elle renonce à convaincre la jeune fille de rentrer elle. Là encore, l'apport des couleurs est déterminant car elles apaisent comme un beaume ce qui est un dialogue de souffrance, de chagrin, de frustration et de colère.

Supergirl : Woman of Tomorrow explore des figures semblables à celles de Strange Adventures (dont la fin est imminente) mais il me semble que cette mini-série les dit avec une force plus vive, plus acérée et avec un graphisme plus exceptionnel encore. King et Evely ont d'ores et déjà embarqué Supergirl très, très haut. 

X-MEN #3, de Gerry Duggan et Pepe Larraz


Quelle déception que ce troisième épisode, qui concentre tous les défauts d'écriture de Gerry Duggan et donne à voir un Pepe Larraz en roue libre ! Il est impossible de cacher le sentiment de gâchis qu'on peut éprouver après avoir lu X-Men #3, somme de tout ce que je déteste dans les comics de super-héros, baclage en règle, foutage de gueule XXL. Sortie de route ponctuelle ou dérapage total ?


Le Maïtre de l'Evolution et sa fille, Lumineuse, se présentent devant les X-Men avec un présent. Admiratifs après leur action sur Mars, ils leur offrent de quoi sauver la Terre en éradiquant l'homo-sapiens. Mais le passif entre Malicia et ces visiteurs fait rapidement dégénérer la situation.


Lumineuse appelle la garde de son père en renfort et les X-Men sont rapidement mis en difficulté. Marvel Girl doit sécuriser le "cadeau" du Maître de l'Evolution pour ne pas provoquer un désastre tandis que les autres membres de l'équipe affrontent leurs adversaires.


Conscient du potentiel immense des pouvoirs de Synch, le Maître de l'Evolution est prêt à une trêve si Everett Thomas lui donne une simple goutte de son sang. Il y  consent si c'est le seul moyen de stopper cette bataille, malgré les réticences de Wolverine.


Le Maître de l'Evolution reparti, Marvel Girl explique à Cyclope qu'elle a pu lire les pensées de leur ennemi et découvrir le jeu lancé par Cordyceps Jones sur Gameworld. Ailleurs, Henry Gyrich offre à Kevin Heng/Feilong d'intégrer Orchis tandis que le Dr. Stasis remet à Ben Urich des documents compromettant sur les mutants...

Je crois, mais je peux me tromper, qu'il existe des scénaristes avec l'étoffe nécessaire pour conduire une série exposée, sur laquelle un éditeur compte pour représenter une franchise ou son catalogue, et d'autres qui ne font pas le poids. Pour cela, il me semble indispensable de confier ce genre de séries à un auteur qui a un propos, un objectif, et l'inspiration pour les formuler.

Parfois cette vision pour une série ne plaît pas à tous, mais est-ce important ? Non. Au contraire, cela démontre que l'auteur raconte quelque chose qui ne laisse personne insensible, qu'il a un style bien à lui, et l'imprime à des personnages, leur univers. Au lecteur d'y adhérer ou non. Mais ce lecteur ne pourra pas dire, sauf avec de la mauvaise foi, que ladite série manque de personnalité.

Lorsque Jonathan Hickman a procédé à la refonte des X-Men, via HoX-PoX et la série-titre, il a fait des choix, pris des partis qui ont dérouté, surpris, agacé, choqué même. Mais au moins il est arrivé avec des propositions fortes qui ont suscité des réactions alors que les lecteurs des X-Men paraissaient depuis longtemps assoupis, n'attendant plus grand-chose d'une franchise où, depuis Grant Morrison, on n'avait plus renversé la table.

Préparant sa succession en même temps que son départ, quand Hickman a légué X-Men à Gerry Duggan en Juillet dernier, on savait que plus rien ne serait comme avant car, en termes d'écriture, on ne peut faire plus différent que les deux scénaristes. Hickman est l'archétype de l'architecte, avec une propension à considérer les personnages comme les instruments pour raconter une histoire au long cours (d'où le reproche d'être trop froid, trop distancié qu'on lui fait souvent). Duggan est quelqu'un qui pense davantage en termes de divertissement, dont les ambitions paraissent moins évidentes (ce qui ne signifie pas qu'il n'en a pas), et chez qui, au contraire, les personnages semblent passer avant tout "gand plan".

Hickman avait certainement la tête ailleurs en Juillet dernier : ce n'est pas un mystère, il s'en est ouvert dans des interviews depuis. La pandémie en 2020 l'a forcé à modifié ses intrigues, suggérant même à Marvel de développer des idées via des publications numériques, puis finalement il a préféré planifier le troisième et dernier acte de son run dans un event, Inferno (dont la parution débute la semaine prochaine). Dans ces conditions, continuer à s'occuper des X-Men n'avait pour lui plus de sens : entre une série régulière mensuelle et un event configuré pour contenir son propos terminal, le choix s'imposait de lui-même.

Gerry Duggan en trois épisodes de X-Men a complétement changé de braquet : adieu les histoires concentrées en un ou deux épisodes, la représentation du conseil de Krakoa, le rôle de guide (pour les lecteurs) de Cyclope, le casting incessamment changé. Place à une équipe de mutants en bonne et due forme, place à l'action, au grand spectacle. Une formule beaucoup plus classique et efficace, pour en mettre plein la vue, avec la contribution de Pepe Larraz, le dessinateur ébouriffant par excellence.

Nous avons eu successivement les X-Men contre un kaiju extra-terrestre, contre la lavague d'annihilation, et cette fois contre le Maître de l'Evolution, avec pour les relier Cordyceps Jones, le maître de Gameworld, un casino spatial qui joue le destin de l'humanité, et qui est explicitement dans cet épisode décrit comme un dérivé du Mojoverse. Ce n'était pas déplaisant, ces grosses bastons, surtout aussi puissamment mises en images, même si du côté de la psychologie des personnages, c'était le néant et la dynamique du groupe reposait beaucoup sur Synch, sorte de génie dans la bouteille, couteau suisse de l'équipe, avec Sunfire et Polaris en soutien. Malicia, Marvel Girl, Cyclope et Wolverine (Laura Kinney) devaient se contenter de faire de la figuration.

Mais le ver était dans le fruit, on s'en rend compte à présent qu'on a lu ce troisième et calamiteux épisode qui ne ressemble à rien. D'abord, si vous n'avez pas lu le bref volume 2 de Uncanny Avengers de Rick Remender et Daniel Acuña (en... 2015 quand même !), vous n'aurez aucune idée du contentieux qui existe entre le Maître de l'Evolution et Malicia, le personnage de Lumineuse vous sera complétement inconnu. Et ne comptez sur Duggan pour vous résumer le passif de ces trois-là. Mais ce qui frustre encore plus, c'est de constater avec quelle désinvolture Duggan gâche le potentiel de la rencontre entre le Maître de l'Evolution et les X-Men, la réduisant à une bataille une nouvelle fois bien bourrine et résolue de manière expéditive (bien entendu, ça n'en restera pas là, on nous le fait comprendre à gros traits, mais bon, ça n'ôte pas cette impression de baclé). Encore une fois, Synch est au centre de tout, encore une fois Malicia et Wolverine (pourtant sur la couverture) ne servent à rien, Polaris à pas grand-chose, Cyclope et Marvel Girl à guère plus et Sunfire ne fait que passer. Lumineuse passe pour une gourde (alors qu'elle a les pouvoirs cumulés de Vif-Argent et de la Sorcière Rouge). Tout se finit avec des selfies où les X-Men grimacent derrière Lorna Dane entourée de gamins, avant deux scènes supplémentaires jouant le rôle de subplots téléphonés au possible.

Pepe Larraz va être absent les deux prochains mois de la série car il serait épuisé après avoir produit les trois épisodes de X-Men et le numéro de Planet-Size X-Men. C'est entendu, il n'a pas lésiné sur les moyens et nous a régalés visuellement. Mais bon, désolé si je radote, mais quand je vois Stuart Immonen, Chris Samnee, Jorge Jimenez enquiller des épisodes de folie sans prendre de retard, je soupire toujours quand un artiste est déjà rincé si vite (surtout que Larraz depuis deux ans n'a pas été super sollicité, ménagé par Marvel qui a pris conscience du talent et de l'attractivité du dessinateur).

Surtout, j'ai trouvé sa prestation sur cet épisode en deçà des précédentes. Quand un dessinateur commence à tirer la langue mais cherche à le dissimuler, il existe des indices faciles à déceler : d'abord la dimension des cases commence à s'agrandir, ça permet de moins travailler le découpage, les enchaînements, les transitions. On va à l'essentiel pour taper dans l'oeil du lecteur qui réclame d'abord de l'image cooup de poing. Ensuite, les décors commencent à être moins précis, quand ils ne disparaissent pas complètement, masqués par de la fumée (provoquée par les effets de la bataille... C'est bien pratique, la fumée...). Enfin, l'artiste s'emploie à favoriser les angles de vue qui lui permettent de s'économiser sur ce qui lui prend du temps : par exemple, une contre-plongée évite d'avor à représenter des éléments de décors qu'il ne pourrait pas évacuer en plongée ou avec des plans en pied, et puis ça facilite surtout des formes de cases un peu baroques mais qui rognent sur tous les arrière-plans au profit de la représentation des pouvoirs (et quand vous avez dans une équipe de super-héros un type en feu - Sunfire - , qui tire des rayons par les yeux - Cyclope - , une fille qui fait du découpage en gros - Wolverine - , etc, hé bien, ça simplifie énormément la tâche puisque ce sont des personnages qui détruisent et donc qui ôtent du taf au dessinateur).

La palette de couleurs de Marte Gracia étant plutôt sombre, c'est l'ultime atout pour accentuer les contrastes, favorisant naturellement le premier plan à tout ce qui trouve derrière, masqué par des camaïeux certes jolis mais surtout habiles.

Autant la décontraction de Gerry Duggan est symapthique sur Marauders qui n'a pas ce rôle d'étendard pour la franchsie que X-Men doit posséder, autant là j'estime que c'est à la limite de l'escroquerie. Il se repose sur le talent de Pepe Larraz, visiblement en panne d'inspiration pour compenser visuellement un script vite torché. Ceux qui aiment les comics popcorn seront ravis. Ceux qui préférent quand les X-Men racontent quelque chose de consistant regretteront les aventures moins stéréotypées de Hickman. Attention donc.

lundi 20 septembre 2021

DES NOUVELLES NOUVELLES TOUTES FRAÎCHES

Tout d'abord, j'espère que vous allez tous bien. Nous sommes Lundi et c'est le jour où je vous parle des news de la semaine passée qui ont retenu mon attention. Et ces derniers jours, DC comme Marvel ont communiqué énormément puisque les sollicitations pour Décembre 2021 ont été publiées, mais les "Big Two" sont même allés plus loin en évoquant 2022 ! Donc,c'est parti !

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DC COMICS :


Et pour débuter, DC a confirmé un projet qui prenait des allures de serpent de mer puisqu'en Décembre les fans auront droit à une série Batgirls. Cassandra Cain et Stephanie Brown agiront sous l'autorité de Barbara Gordon/Oracle (et première Batgirl de l'Histoire). Le scénario sera assuré par le tandem actuellement aux commandes de Wonder Woman, Becky Cloonan et Michael Conrad, et les dessins seront signés par Jorge Corona, qui a travaillé sur la série Middlewest écrite par Skottie Young (chez Image Comics).
Comme d'habitude, on peut se désoler que DC ne fasse qu'exploiter la filon Batman, mais l'éditeur ne s'en cache même plus (en Novembre, songez que la moitié des titres DC seront attachés à Batman !).


Et ce n'est qu'un début car les fous de la chauve-souris auront intérêt à avoir de l'argent de côté : en effet, toujours à partir de Décembre, la série Detective Comics devient hebdomadaire pour trois mois ! La raison ? Un event intitulé Shadows of the Bat en douze épisodes écrit par Mariko Tamaki et dessiné par Ivan Reis, Max Raynor, Amancay Nahuelpan, qui examinera comment la Bat-family prend en charge la protection de Gotham alors que Batman a quitté la ville à la fin de l'event Fear State.
Pour rassasier le lecteur, chaque numéro aura une back-up écrite par Matthew Rosenberg dont l'action explorera le comportement des criminels, parfois internés dans le nouvel asile de Gotham (puisque Arkham a été détruit). Ce sera dessiné par Fernando Blanco - et je dois bien avouer que le trouver là m'a franchement déconcerté puisque l'artiste avait promis que son départ de Catwoman était lié à un projet très exctiant et ambitieux. On pouvait s'attendre à une promotion sur une série en vue, et en fait il atterrit sur une back-up ! Drôle de plan de carrière...
 

Il n'y a pas que Batman dans la vie. Si, si, je vous assure. Depuis quelque temps, le dessinateur Sanford Greene évoquait un projet avec Brian Michael Bendis qui impliquait Omac (le One-Man Army Corps créé par Jack Kirby). Mais si ce dernier est réintégré à l'univers DC, ce sera à l'occasion d'un Annual de Justice League dans lequel Bendis promet beaucoup (trop ?) de choses : le retour dans l'équipe de Wonder Woman (qui est actuellement morte) et une grosse baston contre... La Légion des Super-Héros ! Tout ça fait beaucoup de monde... Et vu la médiocrité du run de Bendis sur Justice League et la Légion, ça m'excite pas du tout.
Toujours à propos de Bendis, Newsarama parie sur son arrivée comme scénariste sur Batman car Joshua Williamson ne resterait pas en poste (mais on a dit la même chose quand James Tynion IV avait remplacé Tom King...). J'y crois peu pourtant car Bendis a toujours dit qu'il n'était pas venu chez DC pour du Batman (mais si, n'étant plus sous contrat exclusif, il a pu changer d'avis) et aussi parce que Williamson est en train de devenir le nouvel architecte du DCU (et donc, pour cela, quoi de mieux qu'écrire Batman ?). On verra.


Plus léger, et ça fait du bien, Mark Russell et Steve Lieber lancent en Décembre une mini-série One-Star Squadron en six parties. Le pitch est déjà très drôle : Red Tornado et Power Girl dirigent une équipe qui accepte toutes les missions, aussi bien sauver l'univers que s'occuper du goûter d'anniversaire d'un gamin. Russell est très à l'aise dans l'humour et Lieber aussi, donc ça devrait le faire. Surtout, DC se diversifie, ce qui est bon signe.
 

On rigolera moins avec la nouvelle production écrite par Jeff Lemire et dessinée par Doug Mahnke puisque le tandem va consacrer une mini-série en trois numéros à Swamp Thing dans un registre horrifique comme le titre l'indique, Green Hell. Lemire revient en force chez DC, avec ce projet et son autre mini Robin & Batman (avec Dustin NGuyen). Si je suis moins client de Mahnke, pas impossible que je ne craque pas.


Vous croyiez tout savoir de la fin de Krypton ? Hé bien, non ! Car DC a confié à l'excellent Robert Venditti le soin de revenir sur la catastrophe dans une mini-série, World of Krypton, avec le dessinateur Mike Avon Oeming (pourtant bien occupé par son projet Blue Book avec James Tynion IV sur Substack). Va-t-on vers une énième retcon et des révélations sur la planète natale de Superman et Supergirl (et Krypto, et Power Girl, et Zod... C'est fou, ce qu'il y a eu comme rescapés !). Je vois mal comment DC va résister à l'envie de tout réécrire.


Après la passé de Krypton, c'est dans le futur que nous entraîneront Jackson Lanzing et Colleen Kelly avec Batman Beyond : Neo-Year en... Avril 2022 ! Associé au dessinateur Max Dunbar, le duo va tenter de redonner une chance à Terry McGinnis (à moins que, surprise, un autre individu ne se cache sous le masque de la chauve-souris du futur) dans cette mini en six épisodes. Toutefois, pas sûr que ça motive Urban Comics pour traduire les tomes déjà existants de Batman Beyond, dont la série animée reste plus connue et appréciée par chez nous...

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MARVEL COMICS :


Alors qu'on aurait plutôt attendu des nouvelles concernant des projets déjà annoncés (comme le retour de She-Hulk ou de Moon Girl and Devil Dinosaur), Marvel a préféré surprendre en communiquant sur le retour de l'univers alternatif Wastelands, c'est-à-dire ce futur imaginé par Mark Millar dans Old Man Logan. On croyait ce dossier clos depuis Old Man Hawkeye et Old Man Quill puis Avengers of Wastelands.
On aura pourtant, dès Décembre, une collection entière dans ce cadre post-apocalyptique où les méchants ont gagné et les héros ont pris de l'âge. D'abord avec Wastelanders Wolverine, écrit par Steven DeKnight et dessiné par Ibrahim Moustafa, dont l'action se situera après Old Man Logan, avec Logan et le baby Hulk qu'il a sauvé.


Pour ma part, je suis plus intéressé par Wastelanders Hawkeye, suite directe de Old Man Hawkeye, où on retrouvera Clint Barton, aveugle, suivant l'entraînement de Stick alias Matt Murdock/Daredevil dans un monastère reculé. L'action se situe donc entre la fin de Old Man Hawkeye et le début de Old Man Logan. Au scénario : Ethan Sacks (qui retrouve donc le personnage qu'il avait écrit dans Old Man Hawkeye). Au dessin : Ibraim Roberson. Je pense craquer (même si j'aurai préféré un Old Man Daredevil).


Peter Quill aura droit lui aussi à de nouvelles aventures dans cet univers après Old Man Quill : Wastelanders Star-Lord suivra l'ex-leader des Gardiens de la Galaxie dans un périple où il renouera avec un vieux Rocket Raccoon. Rich Donek écritra et Brent Peeples dessinera. Bof.


Curieusement, ce futur dystopique où les méchants ont terrassé les héros en unissant leurs forces sous le commandement de Crâne Rouge n'a pas eu jusqu'à présent de série avec un super-vilain, donc un des vainqueur. Ce sera corrigé par Wastelanders Doom où le Dr. fatalis partira à la conquête d'un autre territoire que sa Latvérie. La scénariste Torunn Gronbekk (qui assiste Jason Aaron sur Jane Foster Valkyrie) fera équipe avec Julius Ohta pour l'occasion.


En revanche, la dernière série Wastelanders Black Widow du lot a de quoi surprendre. Car Natasha Romanoff meurt au tout début de l'attaque des méchants, dans les bras de Hawkeye, tuée par les Thunderbolts... Il reviendra à Steven DeKnight et Well-Bee de résoudre ce mystère.
Est-ce que ça vous fait envie ? Êtiez-vous fan de cet univers ? Avez-vous lu et apprécié Old Man Logan/Hawkeye/Quill ? N'hésitez pas à me le dire en commentaires !


Spider-Man va donc changer d'alter ego prochainement, avec la fin du run de Nick Spencer, puisque Ben Reilly, le clone de Peter Parker va remplacer ce dernier (sans, apparemment, que cela ne signifie que Parker soit mort, comme ce fut d'abord envisagé...). Oui, mais quid des lecteurs peu familiers de Ben Reilly (et qui n'ont pas envie de se taper la lecture de la Saga du Clone) ? Pas de souci, Marvel a chargé J.M. De Matteis et David Baldeon de faire les présentations avec une mini-série Ben Reilly : Spider-Man, dont l'action se déroulera dans le passé. C'est-y pas gentil, ça !


La dernière fois qu'on a vu Dents-de-sabre, c'était il y a plus de deux ans, dans le dernier n° de House of X, quand le conseil de Krakoa l'a condamné à croupir dans les profondeurs de l'île ? En Janvier 2022, Sabretooth a droit à sa série, écrite par l'écrivain Victor LaValle (auteur de SF multi-primé) et dessiné par Leonard Kirk. Bon, on se doutait bien qu'ils allaient finir par le faire sortir de son trou, mais de là à donner une série à Victor Creed... Faut vraiment douter de rien !


Gerry Duggan, lui, c'est sûr, ne doute de rien puisque, avec Pepe Larraz, il va lancer dans X-Men #6 en Décembre Captain Krakoa ! Rien moins que l'équivalent de Captain America pour les mutants...  Et Cyclope n'est pas chaud pour l'accueillir dans son équipe. Faut avouer que personne ne l'avait vu venir, celui-là - et d'ailleurs qui est ce Captain Krakoa ? Peut-être le personnage qui préfigure quelque chose de plus profond pour la ligne X post-Hickman...


En effet, c'est officiel, en Décembre, la série Hellions s'arrête au n°18. Marvel a beau vouloir nous faire croire que c'était prévu, que l'histoire de la Suicide Squad mutante arrivait à son terme naturellement, la vérité est ailleurs comme dirait Fox Mulder. Le titre affichait des chiffres de vente médiocres (sans être pourtant catastrophiques) et c'est déjà miraculeux qu'il ait autant duré. Si la majorité du casting écrit par Zeb Wells ne devrait manquer à personne, on peut quand même se demander où vont atterrir Psylocke et Havok, les deux stars du groupe avec Mr. Sinistre ?


D'une manière plus générale, quand on examine les textes de présentation des épisodes sortant en Décembre, la question qui se pose, c'est : est-ce qu'on ne se dirige pas vers une annulation massive de séries pour une refonte de la collection mutante en 2022 ? Hickman achèvera Inferno le même mois et j'ai l'impression (mais je ne suis pas le seul à le penser, des sites comme CBR ou Newsarama vont dans ce sens aussi) que des relaunchs et/ou de nouveaux titres se préparent. Marauders #27 par exemple se présente avec cette accroche : "The sun sets ont the Marauders !". Et c'est pas tout...


Pour New Mutants (dont la qualité n'a rien de commun avec se faibles tirages), on nous prévient : "New statu quo for the New Mutants !". Vita Ayala sera-t-elle encore aux commandes en Janvier ? Rod Reis, en tout cas, ne dessinera pas le n° de Décembre...


Quant à Excalibur, si Tini Howard est créditée comme scénariste de l'épisode de Décembre (alors qu'elle travaillera déjà pour DC sur un projet secret), l'accroche évoque "Otherworld falls !". Là, c'est évident, il y aura un nouvel auteur aux commandes en Janvier si le titre revient...


Pour S.WO.R.D. aussi, ça n'a pas l'air d'être la fête puisqu'on nous parle de "The Final Frontier !" et que la couverture montre les héros en fâcheuse posture. Je pense que la série sera conservée, toujours avec Al Ewing aux manettes, parce que le scénariste gère toute la partie cosmique de Marvel en ce moment et le titre est récent. Mais Stefano Caselli se contente à présent d'illustrer les couvertures (il n'aura dessiné que le n°7 !).
Ma théorie : il va y avoir des morts (et ils ne seront pas ressucités par les Cinq !). L'offre va certainement être reformulée, peut-être avec moins de choix, des chaises musicales, et sûrement une nouvelle vague de n°1 pour attirer de nouveaux lecteurs (que la direction de Hickman ont déçus). Seuls Gerry Duggan (X-Men) et Benjamin Percy (X-Force, Wolverine) et Al Ewing (SWORD) me semblent à l'abri (même si les deux derniers ne pourrotn certainement rien contre une renumérotation). Peut-être que tout cela découlera naturellement de l'issue de Inferno. Mais j'avoue que je suis moyennement confiant : sans Hickman pour superviser, ça s'annonce moins excitant et rigoureux.
Dîtes-moi ce que vous en pensez en commentaires.

En attendant, je vous souhaite le meilleur. Et je vous dis à bientôt pour de prochaines critiques !

vendredi 17 septembre 2021

THE UNBELIEVABLE UNTEENS #2, de Jeff Lemire et Tyler Crook


Comme je savais que cette semaine n'était pas riche en sorties, j'avais gardé en réserve une parution du Mercredi précédent pour avoir au moins une bonne lecture. C'est pourquoi je ne vous parle qu'aujourd'hui du deuxième épisode de The Unbelievable Unteens de Jeff Lemire et Tyler Crook. C'est un de mes coups du coeur du moment, et à l'heure où l'avenir des X-Men s'annonce incertain (une fois Hickman parti), cette série constitue une excellente alternative pour les amateurs de freaks.


Ses pouvoirs réactivés suite à ses retrouvailles avec Jack Sabbath, Jane Ito/Strobe se souvient des séances d'entraînement des Unbelievable Unteens. L'équipe faillit être victime des pouvoirs mal contrôlés de Snapdragon.


Mais le père de celle-ci, leur mentor, le Dr. Moniker, refusait d'admettre sa dangerosité et d'entendre les remarques de Kid Boom à ce sujet. De nos jours, Strobe et Jack Sabbath se lancent à la recherche de Karl alias Straka pour recomposer l'équipe et se lancer à la recherche de Snapdragon.


Straka a refait sa vie, en ayant comme Strobe, tout oublié de son passé héroïque. Marié et père de famille, il travaille dans le bâtiment lorsque ses anciens partenaires le retrouvent, de nuit, sur un chantier. Se rappelant qu'il était amoureux de Strobe, il accepte de l'aider.


Grâce à l'aide de Lucy Weber, Jack Sabbath sait où trouver Carlos Vasquez/Kid Boom. Il est infirmier dans un hôpital de Spiral City. Mais surprise : il se souvient d'eux. Mieux : il sait où se trouve Snapdragon...

Comme je l'ai expliqué le mois dernier dans ma critique du premier épisode de The Unbelievable Unteens, Jeff Lemire a écrit brièvement une série X-Men. Tout l'univers de Black Hammer est construit sur les réinterprétations de héros de Marvel et DC par le scénariste canadien, qui s'arrange souvent pour en livrer des versions plus inspirées que les originales.

Il faut considérer cela non comme une démarche proche du plagiat ou du pastiche voire de la parodie, mais plutôt comme un cycle perpétuel. En effet, Stan Lee et Jack Kirby, en créant les premiers X-Men, s'inspirèrent largement de la Doom Patrol d'Arnold Drake et Bruno Premiani, publiée par DC. Il s'agissait d'une équipe non pas de mutants mais de héros bizarres, des individus accidentés par la vie (un pilote de course dont le seul le cerveau fut sauvé et implanté dans une enveloppe métallique - Robotman - , un aviateur irradié - Negative Man - , une comédienne exposée à une substance chimique - Elasti-Girl - , puis plus tard un homme doué de télépathie grâce à un casque - Mento - et un jeune garçon capable de se changer en animal - Beast Boy), sous l'autorité du Chef (qui les avait "réparés" et recueillis, lui-même étant paraplégique).

Dans les comics, "rien ne se perd, rien ne se créé : tout se transforme" (dixit Lavoisier). Aussi que Jeff Lemire invente à son tour une équipe de néo-mutants, ultimes rejetons de la Doom Patrol et des X-Men, est finalement naturel. Et plus franc que les tentatives d'Image Comics et de ses auteurs qui, à leurs débuts, copiaient sans le dire aussi clairement leurs glorieux aînés (avec des équipes comme WildC.A.T.S., Youngblood, etc).

La différence, c'est le coeur qu'y met Lemire. Et ce subtil décalage dans l'angle d'attaque pour aborder le sujet et les personnages. Dans le premier épisode, Jane Ito, une auteur de comics, rencontrait Jack Sabbath, un de ses héros de fiction, avant de comprendre qu'elle s'était inspirée de son propre passé de super-héroïne, complètement oublié. Dès lors, dans ce nouveau chapitre s'engage une quête pour retrouver leurs anciens acolytes afin de prévenir une catastrophe dont l'une de leurs camarades serait la cause.

Le premier tiers de l'épisode surprend car il est dessiné par Tyler Crook à la manière d'un vieux comic-book, avec un trait cerné de noir et des couleurs volontairement criardes, avec un effet d'impression daté. C'est saisissant. On assiste à une séance d'entraînement dans un environnement virtuel, qui renvoie à la salle des dangers des X-Men. Tout dérape quand Snapdragon, la plus puissante membre du groupe des Unbelievable Unteens, déraille et risque de tuer ses partenaires en voulant se défendre. Le Dr. Moniker, mentor de l'équipe (comme le Pr. Xavier ou le Chef Niles Caulder), abrège la séance mais se refuse à débattre de la dangerosité de sa fille avec ses autres élèves.

Puis Crook renoue avec son style habituel, avec des couleurs directes à l'aquarelle, une palette plus terne, conforme à l'état d'esprit de personnages qui évoluent désormais loin du cadre super-héroïque de leur jeunesse. La transition est encore une fois très efficace. Nous allons bientôt faire plus ample connaissance avec Straka, dont nous apprendrons que lui et Strobe étaient amoureux quand ils faisaient partie de l'équipe. leur romance inspirait à Kid Boom des farces dont il rejetait la faute sur Snapdragon, fragilisant encore plus l'état mental de cette dernière.

Par petites touches, habiles, Lemire introduit de la conflictualité dans les rapports d'un groupe de jeunes héros obligés de cohabiter, de former une famille dysfonctionnelle, sous les ordres d'un chef, Moniker, qui les menait à la baguette tout en fermant les yeux sur la dynamite qu'il maniait. En fait, on devine que les Unbelievable Unteens n'étaient pas faits pour durer et peut-être que Moniker a mis un terme à cette expérience en lavant le cerveau de ses recrues (ce qui expliquerait leur amnésie). Mais ce n'est qu'une hypothèse à ce stade. D'autant que le cliffhanger de l'épisode suscite de nouvelles interrogations...

Lemire mentionne au passage Lucy Weber avec laquelle Jack Sabbath est en contact et qui lui fournit des renseignements pour localiser Carlos Vasquez/Kid Boom. Comme l'action de The Unbelievable Unteens se situe en 1997, pour se repérer on est donc un an après que Lucy Weber est devenue Black Hammer (succédant ainsi à son père Joe). Lemire établit donc discrétement un lien entre Black Hammer (l'héroïne) et les Unbelievable Unteens, ou au moins Jack Sabbath, et on peut déduire que Joe Weber a, lui, vu l'équipe du Dr. Moniker à l'oeuvre avant que le premier Black Hammer ne meurt (en 1986). Toutes ces précisions ne sont pas nécessaires pour comprendre et apprécier la série, mais pour les fans de l'univers de Jeff Lemire, c'est savoureux de s'amuser à placer les pièces sur une frise chronologique. C'est une continuité qui commence à être riche sans être écrasante (comme pour Marvel ou DC, où elle finit parfois par obliger auteurs et lecteurs à une gymnastique laborieuse).

L'avantage, en tout cas, c'est que Lemire est seul maître à bord. C'est comme si Hickman écrivait toute la franchise X-Men ou dirigeait très fermement les scénaristes des séries X. En Décembre prochain, la "Head of X" va laisser, de ce point de vue, un grand vide, que je redoute). Tandis que l'avenir du Black Hammer-verse inspire plus d'optimisme, à l'image de ces jubilatoires Unbelievable Unteens.