dimanche 7 mai 2023

FALL OF X : la fin de l'âge de Krakoa ?

J'ai décidé, ce Dimanche, de vous parler de Fall of X, le prochain event dédié aux mutants et qui promet de bouleverser toute la franchise. Il sera lancé en Août prochain et Marvel a commencé par communiquer à ce sujet avec cette image promotionnelle dessinée par Bryan Hitch :


Comme vous le voyez, ce n'est pas fête et scénaristes et editors trollent allègrement les fans en prédisant la chute de Krakoa, sur l'air de "jusqu'ici tout allait bien, mais maintenant les véritables ennuis commencent : les mutants et leur nation y survivront-ils ?".

C'est la nouvelle tendance chez Marvel actuellement : lancer une série, un event, un crossover en plongeant directement héros et lecteur dans une situation de crise dont on apprend ensuite la cause. C'est ainsi qu'ont été relaunchées les séries Amazing Spider-Man (par Zeb Wells et John Romita Jr.), Fantastic Four (par Ryan North et Iban Coello) ou plus récemment Invincible Iron (par Gerry Duggan et Juan Frigeri) et j'en passe.

C'est une approche singulièrement opposée à celle en vigueur chez DC avec le statu quo post-Dark Crisis (on Infinite Earths), Dawn of DC, qui veut renouer avec une vision plus positive des héros. Bien entendu, ne soyons pas naïfs : la vie de super-héros n'est pas un long fleuve tranquille et donc il faut relativiser l'optimisme de mise en question.

Cela fait maintenant un peu plus d'un an que l'architecte du renouveau mutant, Jonathan Hickman, a quitté la franchise avec le quartette Inferno. Le scénariste a été empêché par la pandémie de Covid de réaliser toutes le idées qu'il avait en tête mais il s'est retiré en laissant aux auteurs de nombreuses pistes à explorer - et Gerry Duggan, notamment, sur le titre X-Men, en a repris un certain nombre. Aujourd'hui, il n'y a plus officiellement de capitaine à la barre du navire X comme le fut Hickman, mais certains se sont imposés malgré cela.

Gerry Duggan pilote X-Men, le vaisseau amiral de la franchise, et va (re)lancer Uncanny Avengers en Août. Al Ewing a démontré son adresse pour développer des intrigues complexes sur X-Men : Red. Et surtout Kieron Gillen a mené rapidement deux events dans lesquels les mutants étaient aux premières loges : A.X.E. : Judgment Day et Sins of Sinister, pour lesquels sa série Immortal X-Men a servis de rampe de lancement.

Depuis la refonte de l'univers mutant, Marvel a établi des séquences : après House of X/ Powers of X, il y a eu Dawn of X, puis Reign of X, et enfin Destiny of X. Fall of X s'inscrit donc dans une continuité et semble bien prévu pour remettre en question ce que des critiques ont appelé "l'âge de Krakoa" (pour désigner ce qu'avait commencé Hickman).

Fall of X est difficile à définir car, d'une part, on ne sait pratiquement rien sur ce que ça va raconter (tout juste a-t-on appris que quelqu'un allait voler le costume de Captain Krakoa et commettre grâce à lui une série d'actions violentes contre les mutants - ce qui conduira Captain America et Malicia à créer une nouvelle formation des Uncanny Avengers), et, d'autre part, parce que cela ressemble à un mix de crossover (avec les séries X actuelles, Invincible Iron Man et de nouveaux titres) et d'event. Ce qui est sûr, c'est qu'il n'y a pas de mini-série centrale autour de laquelle s'agrégeraient des tie-in.
 

Ainsi, parmi, les "nouveaux" titres lancés à cette occasion, Marvel ressort de son chapeau Alpha Flight. C'est le scénariste Ed Brisson et le dessinateur Scott Godleswski qui auront la délicate mission de séduire les fans avec cette énième nouveau départ. Sur la couverture ci-dessus de Leonard Kirk, on remarque des absents dans l'équipe comme Sasquatch, Marina, Talisman mais également Vega et Aurora (résidant désormais sur Krakoa).


Steve Orlando pour le scénario et Vicenzo Carratu au dessin sont en charge de Astonishing Iceman, pour laquelle il est dit que Bobby Drake va assumer son statut de mutant oméga (combien de fois a-t-on eu droit à cette promesse ?).


Children of the Vault a droit à son titre par Deniz Camp (scénario) et Luca Maresca (dessin). Et la couverture de Yanick Paquette suggère qu'ils sortent de leur voûte pour régler leurs comptes avec les mutants (et plus ?).
 

Dark X-Men est une nouvelle itération de ce groupe par Steve Foxe (scénario) et Jonas Scharf (dessin), et la couverture de Steven Segovia montre Madelyne Pryor aux côtés de Havok, Archangel et Gambit (!) dans ce groupe.


Realm of X investit les teritoires magiques avec Magik et Mirage comme on les voit sur la couverture de Stéphanie Hans, pour ce comic-book écrit par Torunn Gronbekk et dessiné par Diogenes Neves.


Uncanny Spider-Man mettra en scène Diablo déguisé en tisseur sous la houlette de Si Spurrier (scénario) et Lee Garbett (dessin) - sans doute pour dévoiler la nouvelle vie de Kurt Wagner après son départ de Krakoa (dans le n° Before the Fall - Sons of X, paru la semaine dernière).

Que penser de cette collection ? Pour être tout à fait franc avec vous, je ne vois rien là-dedans susceptible de m'intéresser. Les équipes artistiques sont au mieux moyennes, les pitchs sont improbables. Je ne comprends pas l'intérêt et je ne vois rien susceptible de survivre au-delà de Fall of X. Même si des retrouvailles avec l'Alpha Flight ont pu me faire plaisir, je doute que Brisson et Godleswi par exemple fassent des miracles et les héros canadiens retourneront certainement dans les oubliettes où ils passent le plus clair de leur temps. Un concept comme Uncanny Spider-Man, qui plus est écrit par l'insupportable Spurrier, est au minimum foireux, encore une fois Diablo (mon X-man préféré) est victime de l'inspiration débile de cet auteur.


En ce qui concerne les série déjà établies, Fall of X impactera X-Men à partir de son n° 25, écrit par Gerry Duggan et dessiné par Stefano Caselli (qui ne revient donc pas sur X-Men : Red et alternera les arcs avec Joshua Cassara). Marvel, fidèle à ses mauvaises habitudes, spoile déjà l'après Hellfire Gala 2023 en révélant que Kitty Pryde (héritant du pseudo ShadowKat - avec un "K"...) intègre l'équipe première en mode ninja. Je n'aime clairement pas cette idée (le mode ninja) mais bon...
 

Bien que j'ai cessé de lire X-Force depuis un moment, Benjamin Percy va profiter de Fall of X pour renouveler l'effectif de la CIA de Krakoa, avec Colossus à la tête de l'équipe, à partir du n°23, qui sera dessiné par Robert Gill. Vous noterez aussi que Deadpool sera présent dans le groupe, dans son propre titre et dans Uncanny Avengers : bonjour l'overdose !


X-Men : Red #14 accueillera son nouvel artiste régulier en Août : Yildiray Cinar devient le nouveau partenaire de Al Ewing sur Arakko, où Genesis, l'épouse d'Apocalypse, fera son retour, ce qui devrait provoquer du remue-ménage au sein du gouvernement local.


Immotal X-Men #14 sera produit par Kieron Gillen et Lucas Werneck, mais j'ai lâché l'affaire depuis un moment là-aussi. On remarquera toutefois que Charles Xavier, comme sur l'image de Bryan Hitch annonçant Fall of X, est au centre de ce numéro et je crois qu'on peut raisonnablement interpréter ça comme un gros indice sur la chute du co-fondateur de Krakoa...


Wolverine, toujours par Benjamin Percy, sera, en Août, au coeur d'une aventure avec Ghost Rider, dessinée par Geoff Shaw. Mais bon, n'ayant jamais suivi cette série, ça m'en touche une sans... Vous connaissez la suite.
 

Gerry Duggan n'est peut-être pas un architecte comme Hickman mais au mois d'Août il sera à la tête de trois mensuels avec X-Men, Uncanny Avengers et Invincible Iron Man qu'il a relancé en Février dernier. Tony Stark va donc faire partie de Fall of X et on sait déjà pourquoi puisque Feilong, le milliardaire chinois allié d'Orchis, a racheté Stark Industries pour fabriquer de nouvelles Sentinelles basées sur la technologie Stark. Eh oui, le retour des Sentinelles, voilà qui est follement original...
 

Mais donc, la grande relance alignée sur Fall of X, c'est celle de Uncanny Avengers par Gerry Duggan (qui avait déjà signé un excellent run sur ce titre à partir de 2015 (je ne suis pas loin de penser que c'est ce que je préfère de lui), avec le dessinateur Javier Garron (qui a illustré une bonne partie des Avengers de Jason Aaron). La line-un comprend Captain America et Malicia (qui reforment cette unité), Monet, Deadpool, Psylocke, Vif-Argent et certainement encore un membre surprise (un Inhumain ? Un Eternel ?).

On en vient alors au fond du problème : depuis le départ de Hickman, après le premier Hellfire Gala (où il passa le relais sur X-Men à Duggan), j'avais de nombreux doutes sur le futur de la franchise X. J'ai toutefois voulu donner sa chance aux séries qui étaient le plus susceptibles de continuer à me plaire. Mais la tournure que ça a prise, notamment à partir de l'arrivée dans le staff des scénaristes de Kieron Gillen m'a progressivement découragé.

Je n'aime pas la manière dont Gillen écrit les mutants et surtout l'omniprésence de Mr. Sinistre qu'il a mis partout où il le pouvait, même quand finalement c'était inutile (comme par exemple dans A.X.E. : Judgment Day). Je n'ai pas lu Sins of Sinister (et d'après ce qu'on m'en a dit, j'ai eu raison). Immortal X-Men m'a profondément déçu, puis un peu plus plu, avant de m'horripiler.

Duggan est un scénariste correct, qui ne manque pas d'efficacité, mais dont le bilan sur X-Men me laisse perplexe. Le fait de chambouler l'effectif des X-Men chaque année avec le Hellfire Gala me semblait amusant, stimulant, mais Duggan a bouclé la première "saison" sur la série en ne convaincant pas, échouant à caractériser certains membres, à instaurer une vraie dynamique dans le groupe, et accouchant d'intrigues mal foutues. La seconde saison m'ennuie, avec des arcs débutant bien mais ne menant nulle part, avec toujours les mêmes faiblesses dans la caractérisation; la dynamique de groupe. De plus, si j'aime bien Stefano Caselli, Joshua Cassara n'a pas un dessin qui me séduit assez, donc je vais en rester là.

Je passe donc sur X-Force et Wolverine.

Idem pour Legion of X et tout ce que touche Si Spurrier, absolument imbuvable (alors qu'il est capable de pondre des merveilles comme Saison de Sang). Je lui reproche surtout son traitement de Nightcrawler (mais en vérité, je n'aime pas ce qu'il en a été fait depuis Dawn of X), si loin de l'idée de Cockrum.

Reste X-Men : Red. Al Ewing m'a souvent impressionné, par sa capacité à s'adapter à tout ce qui impactait sa série, mais surtout par la construction virtuose de ses intrigues. Pourtant, je suis réservé sur la suite, avec le retour annoncé de Genesis (et d'Apocalypse) sur Arakko, et après tout ce qu'il avait imaginé autour de Abigail Brand, du SWORD. Peut-il fait aussi bien ? Mieux ? Ou même puis-je encore lire seulement X-Men : Red en abandonnant tout le reste alors que Ewing ne refuse jamais de composer avec les idées des autres (et ce sera encore le cas avec Fall of X) ? C'est la limite avec Ewing : il joue trop le jeu, alors que je pense qu'il gagnerait à étanchéifier son titre.

Cette notion d'étanchéité a disparu avec Hickman qui avait conceptualisé son projet autour de Krakoa, de mutants désormais affranchis, ne courbant plus l'échine, se coupant même du reste du monde quand celui-ci ne reconnaissait plus son statut. 

Il n'est guère étonnant dans ces circonstances que pendant ce temps Hickman s'occupe du retour de l'univers Ultimate avec la mini Ultimate Invasion (dessinée par Bryan Hitch) et prépare le très alléchant G.O.D.S. (dessiné par Valerio Schiti). On voit bien que ce scénariste démiurge investit des territoires sur lesquels il aura la main, sans être parasité par des tie-in, d'autres séries, d'autres auteurs, une sorte de pré carré qu'il contrôle comme un auteur-editor comme pour House of X/Powers of X.

J'ai souvent pensé qu'après Hickman, les mutants couraient le risque de redevenir génériques, animés par des auteurs plus soucieux de faire fructifier des séries, une franchise, que par apporter de nouveaux concepts, d'enrichir la base d'idées initiale de Hickman. Et j'ai aujourd'hui le sentiment qu'on y est, à l'aube de Fall of X (même si cette impression a été alimenté depuis un an). Je ne veux pas lire de titres mutants sans passion pour ce qu'ils racontent. Et là, je sens que c'est comme quand Grant Morrison avait lâché l'affaire, à cause des editors qui n'aimaient plus ses idées, et que les X-Men sont rentrés dans le rang (à quelques exceptions près comme Astonishing X-Men de Whedon/Cassaday, Wolverine & the X-Men de Aaron/Bachalo, All-New X-Men de Bendis/Immonen).

Donc, pour résumer, je cesse là mon aventure avec les mutants. Seules exceptions : je lirai le prochain Hellfire Gala, et peut-être donnerai-je sa chance à Uncanny Avengers. Je sais que mes critiques sur ces titres X avaient de nombreuses vues et je remercie tous ceux qui les ont lues en y trouvant des analyses honnêtes. Mais la mer des comics est pleine de parutions et je trouverai certainement de quoi compenser ces arrêts.

vendredi 5 mai 2023

SCARLET WITCH #5, de Steve Orlando et Russell Dauterman


Ce cinquième épisode de Scarlet Witch marque la fin du premier arc écrit par Steve Orlando. Et la dernière page m'a plongé dans un abyme de perplexité... Avant cela, c'est un festival d'action, et elle n'est pas mise en image par n'importe qui puisque Russell Dauterman remplace Sara Pichelli. C'est donc très beau et intense.


Scythia des Bacchantes revient à Lotkill, vêtue d'une armure en Mysterium, ce minerai qui résiste à la magie. Réclamant toujours que Wanda lui livre Darcy Lewis, elle l'affronte avec férocité... Jusqu'à ce que Scarlet Witch trouve un moyen d'abréger ce conflit...


Cet épisode est une sorte d'événement puisqu'il est donc dessiné, couverture et pages intérieures, par Russell Dauterman. Ce formidable artiste, qui a éclaté aux yeux du grand public, avec la partie du run de Jason Aaron sur Thor mettant en scène Jane Foster en déesse de la tonnerre, ne produit quasiment plus que des couvertures et des character's designs depuis.


Les rares fois où on a pu profiter de son talent de narrateur remontent à deux numéros de Giant-Size X-Men (Jean Grey & Emma Frost et Storm) écrits par Jonathan Hickman, et quelques planches lors des deux premières éditions du Hellfire Gala. Il a par ailleurs largement contribué à habiller les mutants et leurs invités lors ces parties organisées par Emma Frost, révélant son goût pour la haute couture.
 

C'est en vérité bien peu pour celui qui, donc, auparavant, était considéré comme un dessinateur sur lequel misait Marvel. Mais Dauterman semble y trouver son compte (il est vrai que parfois un cover-artist gagne davantage qu'un artiste régulier). Mais tout de même, c'est un peu du gâchis quand on a un tel coup de crayon que de ne pas l'utiliser pour raconter des histoires.

Le fait de l'avoir convaincu de mettre cet épisode en images était sans doute l'occasion de marquer le coup pour une série encore jeune et qui a l'air de bien fonctionner commercialement (avec qui plus est de bons retours critiques). Le mois prochain sortira non pas le n°6 mais un Annual (illustré par Carlos Nieto), qui sera surtout un prologue pour un des events Marvel de l'été, Contest of Chaos : je vais zapper cet Annual et cet event, et attendre la suite en Juillet avec le retour au dessin de Sara Pichelli.

En attendant, cet épisode est époustouflant visuellement. Dauterman n'a rien perdu de ses qualités de narrateur graphique, soutenu par les couleurs de Matt Wilson, son partenaire. L'affrontement entre Scythia et Scarlet Witch tient toutes ses promesses et Steve Orlando n'hésite pas à le rendre très brutal.

Réclamant toujours que Wanda lui livre Darcy Lewis qui a tué une de ses "soeurs" amazones, Scythia est une combattante féroce et qui, pour ne rien arranger, s'est forgée une armure en Mysterium, ce minerai étrange qui résiste à la magie et qui a été le fil rouge de la série depuis le début.

Wanda tente bien alors de lutter à mains nues mais face à son adversaire, elle est largement dominée (elle aurait dû demander à Steve Rogers de l'entraîner davantage...). Et elle s'en prend vraiment plein la figure. Les néo-féministes vont sûrement être épouvantés par ce spectacle, à moins qu'elles ne se rendent compte qu'il s'agit de deux femmes qui se battent.

Matt Wilson joue donc beaucoup avec le rouge du sang versé, du costume de Wanda et des manifestations magiques du pouvoir de Scarlet Witch. Dauterman découpe tout cela avec beaucoup d'énergie et un esthétisme toujours imparable, ce qui donne à des images violentes et magnifiques à la fois.

Steve Orlando, lui, a prouvé deux choses sur ce titre : d'abord qu'il écrit vraiment bien Scarlet Witch, à qui il a donné une vraie nouvelle impulsion, une sorte de réhabilitation. Et ensuite qu'il est bien plus doué quand il anime un personnage solo qu'une équipe (car son run sur Marauders est une vraie purge - mais qui semble vivre ses dernières heures - même s'il partage cette responsabilité avec Eleonora Carlini, dont les dessins sont un bordel innommable).

Pourtant, la dernière page ne va pas manquer de plonger bien des lecteurs dans la perplexité la plus profonde. Je ne vais pas vous spoiler mais on y assiste au retour d'un personnage mort récemment et qui semble à nouveau avoir basculer du côté obscur. Je ne sais pas où cela va mener, si cela va être développé ici et/ou ailleurs, dans d'autres séries X, mais il évident que Orlando n'a pas pu oser cela sans l'aval des autres scénaristes de la franchise. Ce qui est plus gênant, c'est que je ne vois pas bien où ça va mener et en quoi, surtout, c'est une bonne idée. Mais quitte à choisir, j'espère que ça ne va pas impacter trop Scarlet Witch (même si ça me paraît inévitable), en tout cas trop parasiter la suite.

Mais j'aurai l'occasion de revenir sur le futur mutant prochainement pour faire un point sur ce qui est déjà annoncé et ce que, moi, je compte faire.

jeudi 4 mai 2023

DOCTOR STRANGE #2, de Jed MacKay et Pasqual Ferry


Sorti la semaine dernière, j'avais gardé au chaud ce deuxième épisode de Doctor Strange car je manquais de motivation pour en parler après d'autres lectures décevantes. Mais c'est un mal pour un bien puisque je vais en rédiger la critique au milieu de parutions ayant en commun la magie. Et ce sera l'occasion de louer les efforts de Jed MacKay et Pasqual Ferry.


Sollicités par Moon Knight, Doctor Strange et Clea investissent le royaume de Cauchemar pour sauver une fillette. Mais sur place, l'ennemi n'est pas celui qu'il s'attendaient à trouver puisqu'ils sont confrontés à des doubles maléfiques d'eux-mêmes. Et surtout ils devinent qu'une menace plus grande est à l'oeuvre.


Hier, je vous parlai de la relance de Shazam ! par Mar Waid et Dan Mora et, si tout va bien, demain, ke consacrerai une entrée de ce blog au 5ème numéro de Scarlet Witch par Steve Orlando et Russell Dauterman (avant un retour de lecture imprévu plus tard). Vous l'aurez déduit tout seul : c'est une semaine placée sous le signe de la magie dans les comics.


Je ne prétends pas que c'est prémédité de la part des éditeurs, mais le fait est que Marvel comme DC reviennent vers ces univers et leurs héros - DC après l'event Lazarus Planet, Marvel avant l'event Contest of Chaos. La coïncidence est trop grosse pour en être une justement.
 

Sans oublier que la Warner Bris. (qui appartient au même groupe que DC) a prévu de rebooter la saga Harry Potter en série télé et que Mark Millar poursuit sa saga The Magic Order. Autant dire que si vous n'appréciez pas ce type de récits, ce n'est pas une bonne période.

Pour ma part, j'ai toujours été intéressé moins par la magie que par l'illusionnisme et la prestidigitation, dont l'Histoire grouille d'aventures extraordinaires. La magie, c'est autre chose, qui relève davantage du grand spectacle, de la fantaisie, et souvent les illusionnistes n'aiment pas qu'on les qualifie de magiciens car ils trouvent cela trop folklorique, trop caricatural.

Bref, pour goûter aux histoires avec de la magie, il faut accepter quelques conventions littéraires. le Doctor Strange est bien évidemment le magicien le plus célèbre et le plus puissant de l'univers Marvel, mais son titre de docteur renvoie aussi à ses origines de chirurgien qu'un grave accident empêcha de pratiquer et qui se tourna vers les arts occultes dans l'espoir d'une guérison miracle.

Un docteur va au chevet de patients pour les examiner, poser un diagnostic et prescrire des traitements. Jed MacKay respecte ce schéma à la lettre dans ce numéro puisque Moon Knight, avec lequel il entretient pourtant des relations distantes (alors que MK apprécie et est apprécié de Clea), le sollicite pour le cas d'une fillette sujette à des cauchemars violents. MK s'en serait bien chargé seul mais sa psyché dérangé aurait fait courir un risque plus grand encore à l'innocente.

Jed MacKay axe aussi sa série sur le couple Strange-Clea et établit leurs champs de compétences respectifs. Strange est donc un médecin, mais Clea est une guerrière. Strange est un stratège, Clea son bras armé. Là aussi, le récit suit scrupuleusement la caractérisation des personnages et donc Clea combat pendant que Strange cherche la faille et le remède.

En pénétrant dans le royaume de Cauchemar, le scénario rappelle aussi l'affrontement qui a opposé par deux fois ce dernier à Jean Grey (la télépathe des X-Men a sèchement corrigé son vis-à-vis). Mais MacKay nous conduit sur une fausse piste car Cauchemar est dans un sale état et que ce qui agresse la fillette protégée par Moon Knight est bien plus vicieux. A la fin de l'épisode, Wong intervient brièvement pour rappeler ce qui s'est passé lors du dénouement du précédent chapitre, ce qui met Clea dans une situation délicate.

Résumons : Jed MacKay mène très intelligemment sa série, on vérifie qu'il anime proprement ses héros dont la dynamique conjugale est vigoureuse, et que ses intrigues suggèrent une menace plus grande qu'il n'y paraît. On ne perd pas de temps puisque tout ça est mis en place en seulement deux numéros, mais en même temps l'auteur profite du fait qu'il écrit Strange (Stephen ou Clea) depuis un bon moment maintenant.

Visuellement, Pasqual Ferry permet à MacKay de s'appuyer sur un artiste capable de donner corps à des environnements et des manifestations de pouvoirs à la hauteur de son imagination. Doctor Strange a vu passer des dessinateurs de haut niveau, depuis Steve Ditko jusqu'à Chris Bachalo en passant par Paul Smith. Ferry impose sa vision sans trembler.

Ferry a en effet cette particularité d'avoir un trait tout en courbes, en circonvolutions, alors même qu'il travaille avec une tablette graphique. Ainsi échappe-t-il à ce qu'on reproche souvent à ce type de technique, une certaine froideur. Cela prouve surtout, encore une fois, que peu importe au fond l'outil, c'est la manière dont l'artiste s'en sert qui fait la différence.

Strange et Clea revêtent une élégance presque aristocratique, affichant une sorte de flegme, de force tranquille qui rassurent le lecteur et leur donne l'air de détectives de l'occulte. Les décors dans lesquels ils évoluent contrastent avec ce détachement puisqu'on a affaire à des paysages torturés ou épurés, mais qui partagent un aspect inquiétant, torturé. Les couleurs appliquées par Matt Hollingsworth adoucissent cette impression tout conservant l'étrangeté nécessaire à ces environnements.

Le découpage est plutôt sage, très fluide, sans doute pour ne pas que le lecteur soit trop perdu, et en accord avec l'écriture simple et souple.

C'est vraiment très agréable, prenant, singulier. Peut-être pas révolutionnaire ou assez imprévisible, mais la volonté affichée du beau et du character's driven ne saurait être reprochée aux auteurs.

mercredi 3 mai 2023

SHAZAM ! #1, de Mark Waid et Dan Mora


Le voici, il est là, le premier numéro des nouvelles aventures de Shazam ! par le duo Mark Waid-Dan Mora. Une équipe qui a fait ses preuves avec le formidable Batman - Superman : World's Finest et qui a la charge de redonner tout son lustre à un personnage dont, depuis longtemps, DC fait n'importe quoi (jusque dans des films assez piteux). Et le moins qu'on puisse dire, c'est que c'est un vrai retour aux fondamentaux.


Désormais seul à profiter des pouvoirs du sorcier, Billy Batson chronique les exploits de son alter ego, baptisé par Mary Bromfield et Freddy Freeman le Captain, sur un podcast sponsorisé. Il se sert aussi de ce média pour se tenir au courant de catastrophes où il vient en aide aux civils. Mais dans les coulisses du Rocher d'Eternité, tout le monde n'est pas satisfait du champion...


Sans être un fin connaisseur de Captain Marvel alias Shazam alias the Captain désormais, c'est un personnage avec lequel je suis familier pour l'avoir lu dans Kingdom Come, le Elsewords de Mark Waid et Alex Ross, dans JSA de Geoff Johns, et le graphic novel The Power of Shazam de Jerry Ordway.


De toutes ces itérations (qui ne constituent cependant qu'une part très faible de l'histoire du personnage, qui dès son apparition, fut un redoutable concurrent pour Superman avant que DC en acquiert les droits après la faillite de Fawcett Comics), celle que j'ai vraiment le moins aimé a été la dernière en date, animée par Geoff Johns et Gary Frank lors des New 52 et qui a fortement inspiré les films.


Billy Batson y était écrit comme un môme limite délinquant et qui partageait son pouvoir non plus seulement avec Mary Bromfield et Freddy Freeman mais avec trois autres orphelins. Même si, aujourd'hui, Mark Waid jure que ces trois orphelins ne sont pas oubliés, il a décidé de recentrer la série sur Billy Batson.

En vérité, Waid a pavé la voie pour ce nouveau volume de Shazam ! (et d'autres séries qu'il n'écrit pas, comme le futur Batman & Robin de Joshua Williamson et Simone di Meo, à paraître en Septembre) grâce à l'event Lazarus Planet. Juste avant, il y eut la mini-série The New Champion of Shazam ! (de Josie Campbell et Evan Shaner, à laquelle j'ai dédiée une critique), qui voyait Mary Bromfield hériter des pouvoirs du sorcier.

Dans un tie-in à Lazarus Planet, retour aux fondamentaux et c'est sur ces bases que démarre Shazam ! #1 de Mark Waid et Dan Mora. Le scénariste n'avait qu'une exigence pour écrire cette série : que Dan Mora la dessine et donc depuis un an, DC a testé un planning permettant à l'artiste de travailler à la fois sur ce titre tout en continuant World's Finest (et d'autres projets parallèles !).

On se souviendra au passage des rumeurs qui avaient couru il y a deux ans quand le nom de Chris Samnee, ayant quitté Marvel, et signé quelques variants covers, circulait pour dessiner une série Shazam !... Si aujourd'hui, Fire Power de Robert Kirkman n'avait pas rencontré assez de succès, qui sait si Waid n'aurait pas renoué avec son partenaire de Daredevil, Black Widow, Captain America pour relancer les aventures de Billy Batson et son alter ego ? En tout cas, Samnee s'est fendu d'une superbe variant cover :


Il n'est pas question de remettre en cause Dan Mora. Il accomplit encore une fois une remarquable prestation et sa force de travail impressionne (il achève actuellement le crossover Teenage Mutant Ninjas Turtles/Mighty Morphin' Power Rangers et signe des covers pour d'autres titres DC, comme Dark Knights of Steel).

Son Captain est très baraqué, sculptural, fidèle au trait anguleux qu'apprécie l'artiste. Quand il représente Billy, il saisit à merveille l'aspect juvénile du personnage, tout comme il lui suffit de quelques cases à peine pour camper Freddy Freeman appuyé sur sa béquille. Le découpage est spectaculaire, offrant au lecteur le loisir d'apprécier la puissance du Captain mais aussi son ambivalence puisque, même sous cette apparence, il reste un jeune garçon. A cet égard, la scène d'ouverture où il vient au secours d'une famille de dinosaures échouée sur Terre résume admirablement la singularité du héros et le propos de Waid.

Car Waid insiste sur le fait que le Captain n'est pas un Superman bis. Il doit donc affronter des situations plus loufoques, étranges, des ennemis plus grotesques. C'est un comic-book feel-good, qui s'adresse aussi bien à des adultes qu'à un lectorat plus juvénile, ce qui change beaucoup de choses dans un paysage envahi par des récits dédiés à une niche.

L'efficacité de Waid et Mora produit un épisode très nerveux et dense, où tout est mis en place simplement et directement. A la fin de la vingtaine de pages de ce chapitre 1, le Captain s'est mis dans une position très embarrassante sans savoir ce qu'il lui a pris, mais qui aura des conséquences certainement durablement fâcheuses. Le lecteur en sait un peu plus car il a vu des silhouettes sévères jugeant les actions du héros dans les coulisses du Rocher d'Eternité... Mais en dire plus serait précipité.

L'attention doit être aussi portée sur les couleurs car Mora n'est pas accompagné par sa complice habituel (Tamra Bonvillain). Cette fois, c'est Alejandro Sanchez (qui a travaillé avec David Marquez) qui applique sa palette sur les dessins et il opte pour une gamme vive mais nuancée. Le design du Captain revient lui aussi aux sources, loin de ce que Gary Frank avait commis.

C'est donc une réussite, et il y a tout lieu d'être confiant pour la suite. Si Waid et Mora n'arrivent pas à rendre sa popularité à Shazam !, personne ne le pourra.

(Je vous laisse sur une autre variant cover, par Evan Shaner, grand fan depuis toujours du héros :)
 

lundi 1 mai 2023

Crises internationale et conjugale pour LA DIPLOMATE


Peu de séries investissent le champ politique, encore moins quand il s'agit de traiter de la diplomatie. C'est ce qui justifie qu'on s'intéresse à La Diplomate, nouvelle production Netflix, dont cette première saison compte huit épisodes - et qui appelle une suite qu'on souhaite rapide. C'est aussi l'occasion de retrouver dans un premier rôle la formidable Keri Russell, trop discrète depuis la fin de The Americans, et qui est une nouvelle fois impeccable.


Alors qu'il manoeuvrait dans le Golfe Persique, un porte-avions britannique est attaqué, et 41 membre de son équipage meurent. Alors qu'elle devait prendre ses fonctions à Kaboul, Kate Wyler est envoyée à Londres pour en devenir l'ambassadrice pour les Etats-Unis. Elle arrive avec son mari, Hal, lui-même ancien diplomate, dont elle veut divorcer. Le chef de mission, Stuart Heyford, est chargé par la chef de cabinet du Président des Etats-Unis, William Rayburn, de la jauger car elle pourrait remplacer à terme la Vice-Présidente empêtrée dans un scandale financier. Kate rencontre le ministre des Affaires Etrangères britannique, Austin Dennison, et le Premier Ministre, Nicol Trowbridge, qui souhaite venger ses soldats.
 

Apprenant, grâce à ses réseaux, que le Secrétaire d'Etat américain, Ganon, qui ne les aime pas, compte sur le manque d'expérience de Kate pour la virer, Hal passe par l'ambassade italienne pour contacter Rasoul Shahin, diplomate iranien. Il  a la garantie que l'Iran n'a pas attaqué le porte-avions. Rayburn fait une visite surprise à Trowbridge qui compte sur le soutien armé des Etats-Unis. Ce que tente de contrecarrer Kate.


Trowbridge est furieux quand Rayburn change d'avis sur des renforts militaires américains et le reproche à Dennison et Kate. Celle-ci apprend qu'elle est sur une shortlist pour la Vice-Présidence et que de la sortie de crise dépendront ses chances pour ce poste, dont elle ne veut pourtant pas. Mal à l'aise pour déléguer et soupçonnant Hal de réclamer un portefeuille ministériel si elle réussit, elle comprend pourtant qu'elle doit s'investir dans sa mission que Ganon veut lui retirer - car lui songe à succéder à Rayburn. 

Kate, Stuart et Eidra Park, agent de la CIA en poste à l'ambassade de Londres, formulent un communiqué avec un message discret à l'adresse des iraniens pour les assurer que les Etats-Unis ne soutiendront pas une contre-attaque anglaise. Trowbridge ne veut plus discuter avec les américains, ce qui provoque une crise diplomatique entre les deux alliés. L'ambasseur iranien est reçu par Dennison en présence de Kate et il leur livre le nom de Roman Lenkov, désigné comme commanditaire de l'agression, puis victime d'un infarctus, il est transporté à l'hôpital où il décède.


Dennison, que des médias accusent d'avoir empoisonné l'ambassadeur iranien, invite Kate à une réunion à la campagne pour discuter des mesures à prendre contre la Russie. Trowbridge s'invite à leur table et rejette toute suggestion pacifique, malgré le risque d'un escalade nucléaire. Hal, lui, passe du temps avec Cecilia, la soeur de Dennison, qui lui révèle que Margaret Roylin, une députée conservatrice influente, habite non loin et qu'elle communique fréquemment avec Trowbridge. Kate, ignorant cela, propose au Premier Ministre une liste de cibles russes qu'il peut bombarder.


Dans la nuit, avec Hal, Kate discute de cette option avec Trowbridge pour le raisonner et infliger plutôt des sanctions financières aux ressortissants russes en Angleterre. Mais au matin, ayant appris que Lenkov et ses mercenaires sont postés en Syrie, Trowbridge préfère à présent ordonner leur exécution. Kate comprend que ce revirement est en relation avec Roylin qu'elle décide d'aller voir et qui lui explique que le Premier Ministre cherche surtout à s'imposer à l'international car en parallèle l'Ecosse, l'Irlande du Nord et le Pays de Galles menacent de quitter le Royaume-Uni.


De retour à Londres, Dennison puis Kate rencontrent l'ambassadeur russe qui lui donne l'adresse en France de Lenkov. Hal a la confirmation par Appiah que Rayburn va limoger Ganon. Kate s'envole pour Washington mais Ganon ne la laisse pas approcher Rayburn afin qu'il approuve l'opération britannique pour capturer Lenkov en France. Kate repart à Londres où elle présente ses excuses à Trowbridge qui exigeait davantage que la simple tête de Lenkov.


Tout va se dénouer à Paris où Dennison et Kate s'entretiennent avec la Ministre de l'Intérieur au sujet de Lenkov. Ils comprennent que les anglais veulent non plus l'arrêter mais le tuer. C'est aussi ce que semble vouloir dire Merritt Grove, un député conservateur, à Hal. Dennison et Kate en déduisent alors que Trowbridge a pu recruter Lenkov depuis le début et organiser l'attaque du porte-avions...

Il n'y a pas des masses de (bonnes) séries politiques. West Wing (A la Maison-Blanche) est restée dans les mémoires comme la référence absolue d'un genre peu investi par la fiction alors que les téléspectateurs sont friands d'intrigues comme ça. En France, pays politique par excellence, les rares tentatives de raconter les coulisses du pouvoir sont souvent décevantes, car trop édulcorées, et préférant explorer des affaires anciennes.

Dans ces conditions, on ne peut que se féliciter que Netflix ait produit La Diplomate (The Diplomat), créée par Deborah Cahn. La fin du huitième épisode appelle une suite et il faut souhaiter que la plateforme de streaming nous la donnera, si possible rapidement, car le cliffhanger est spectaculaire et vertigineux.

Le plaisir de ce genre d'histoires, c'est précisément dans sa complexité qu'on le trouve. Rien n'est tout noir ou tout blanc, la diplomatie, comme l'explique Hal Wyler dans un discours qu'il prononce à la place de sa femme, partie à Paris, c'est beaucoup d'échecs, de tentatives ratées, de désillusions, au point qu'on peut facilement croire qu'elle ne sert en définitive à rien. Sauf qu'il faut persévérer, insister, serrer la main à des gens souvent peu recommandables, accepter de parler à des dictateurs, sacrifier sa vie privée pour une mission où on ne doit pas compter ses heures, avaler des couleuvres. Et alors, peut-être, aura--on un résultat, un début de solution, l'esquisse d'une sortie de crise.

La série suit Kate Wyler, l'épouse de Hal, ancien ambassadeur. Elle s'apprête à s'installer à Kaboul quand on lui confie le poste à Londres suite à une attaque apparemment conduite par les iraniens contre un navire anglais. Le Premier Ministre britannique veut riposter vite et fort, pour apaiser les veuves des soldats tués. Mais on découvre progressivement qu'il est motivé par des ambitions plus personnelles : le Royaume-Uni, depuis le Brexit, a perdu de l'influence sur la scène internationale, c'est un bon moyen de la reconquérir et surtout d'affirmer qu'il n'a pas peur de riposter en cas d'agression. Et puis l'Ecosse, l'Irlande du Nord et le Pays de Galles menacent de prendre leur indépendance, ce qui signerait la fin de son mandat.

Kate, elle aussi, doit composer avec plusieurs éléments difficiles : elle n'aime pas déléguer, c'est son premier poste important, elle veut divorcer, son mari garde des contacts avec des diplomates de pays ennemis aux Etats-Unis, son chef de mission doit la jauger pour savoir si à terme elle pourrait remplacer la Vice-Présidente américaine embourbée dans un scandale financier. La crise internationale se mêle à la crise conjugale et à la crise professionnelle. Pour ne rien arranger, Ganon, le Secrétaire d'Etat américain, qui n'a jamais supporté Hal et ne la juge pas capable, brigue l'investiture démocrate et souhaite se débarrasser d'elle.

Ces huit épisodes sont grisants car ils filent à toute vitesse. Les dialogues sont fournis et débités à toute allure, il y a peu de répit dans l'existence des protagonistes qui jongle avec l'Iran, la Russie, de véritables poudrières. On a de la sympathie pour Kate, débordée mais vaillante, pugnace, résolue, qui s'investit de plus en plus dans cette affaire tortueuse. Mais surtout les scénaristes évitent de cataloguer trop vite chacun des personnages : ainsi Hal, même s'il est ingérable, s'avère un allié précieux, efficace, qui souhaite sauver son couple, sans renoncer à sa reconversion (il se verrait bien remplacer Ganon). Même quand le Président des Etats-Unis débarque, le portrait qui en est fait est crédible, et renvoie par moments à l'actuel commander-in-chief (Joe Biden), raillé par ses adversaires pour son âge avancé, dont la Vice-Présidente ne s'impose pas comme un successeur satisfaisant. On nous rappelle aussi, avec à-propos, que cinq présidents américains furent des diplomates de métier avant d'accéder à la fonction suprême.

Le seul bémol qu'on peut exprimer concerne la romance que tentent de glisser les auteurs entre Dennison et Kate : c'est totalement superflu et même assez déplacé tant on conçoit mal que deux individus dans un moment aussi critique puissent avoir le temps de tomber sous le charme de l'autre et encore moins envisager un futur commun. Espérons que ça n'ira pas plus loin dans la saison 2.

Parce que, sinon, c'est un sans-faute, avec une réalisation nerveuse, des enjeux réalistes, des héros bien campés. Le casting est formidable : Rufus Sewell en tête dans le rôle de Hal Wyler, charmeur, magouilleur, qui accepte difficilement de rester au second plan, ou David Gyasi dans le rôle de Austin Dennison, ministre modéré, intègre, ou Rory Kinnear, exceptionnel en premier ministre ambigu, pressé. Il y a peu de rôles féminins même si Celia Imrie (Margaret Roylin) et Nana Mensah (Billie Appiah) sont excellentes.

Mais de toute façon, Keri Russell domine la mêlée. L'actrice américaine, qui fut découverte par J.J. Abrams pour la série Felicity, puis consacrée avec The Americans (pour laquelle elle ne reçut cependant jamais, ce qui est scandaleux, la moindre récompense), revient par la grande porte. Elle interprète Kate avec une énergie électrisante, sa palette de jeu est d'une subtilité folle, toujours juste, imprimant le tempo à tout le récit. Vraiment magistrale.

Une excellente surprise, alors Netflix, faîtes pas les cons et annoncez vite la saison 2 !