mercredi 4 octobre 2017

L'AMOUR DURE TROIS ANS, de Frédéric Beigbeder


Le premier film réalisé par le romancier et chroniqueur mondain (et fêtard invétéré) Frédéric Beigbeder lui ressemble parfaitement. A moins qu'il ne ressemble plutôt à ce qu'on pense savoir de lui. Ce doute sur la perception tombe à pic : c'est le thème de cette histoire largement autobiographique, bourrée de clins d'oeil, à la fois agaçante de maniérisme et étonnamment aboutie.

 Marc Marronnier entouré de ses parents (Bernard Menez, Gaspard Proust et Annie Duperey)

Après trois ans de vie commune la femme de Marc Marronnier, critique littéraire et noctambule incorrigible, demande le divorce. D'abord dévasté, le jeune homme cherche du réconfort auprès de ses deux meilleurs amis, Jean-Georges, propriétaire d'un night-club, et Pierre, petit-bourgeois sur le point de se marier avec une anglaise écervelée, Kathy. Mais c'est en faisant lucidement son examen de conscience, seul, que Marc admet les erreurs qu'il a commises et qui ont signées son échec amoureux.

Marc et Alice (Gaspard Proust et Louise Bourgoin)

Tout bascula quelques mois auparavant lorsqu'il se rendit, seul, aux obsèques de sa grand-mère, devant composer avec ses parents divorcés (son père s'est remarié avec une fille plus jeune que lui, la ravissante Chloé ; sa mère s'est remise en écrivant des ouvrages sur le bien-être pour femmes mûres). Après la cérémonie, Marc fait la connaissance d'Alice, la superbe compagne de son cousin Antoine, et en tombe follement amoureux.

Jean-Georges, Pierre et Marc (Joey Starr, Jonathan Lambert et Gaspard Proust)

Pour se soulager, Marc entame parallèlement la rédaction d'un roman sur son ratage conjugal, un précipité de cynisme sur l'hypocrisie du mariage, et un travail intense pour séduire Alice. Pour se couvrir néanmoins, lorsque l'éditrice Francesca Vernisi accepte de publier son manuscrit, il le signe d'un improbable pseudonyme afin que ses collègues critiques littéraires ne l'égratignent pas et qu'Alice ne soupçonne pas qu'il en soit l'auteur.

Alice et Marc

Mais le succès surprise rencontré par l'ouvrage, bientôt primé par le jury du Café de Flore, incite son éditrice à démasquer Marc. Quand Alice apprend l'imposture, elle s'estime légitimement trahie et rompt aussitôt avec son amant. Brisé, Marc s'abandonne à nouveau au cynisme et à l'ivresse alcoolisée en prononçant un discours fielleux lors du repas de noces après le mariage de Pierre et Kathy.  

Marc et Alice

Alors que Jean-Georges lui avoue l'envier car il n'a jamais souffert par amour en ne s'attachant jamais à une femme, Marc se ressaisit et entreprend de reconquérir Alice, repartie vivre avec Antoine. Il joue son va-tout lors d'un passage dans une émission télé où, oubliant les codes de la promo, il déclare sa flamme et présente ses excuses à Alice face caméra. La jeune femme, émue, apprendra peu après, par Jean-Georges, que Marc sera présent à son mariage avant de partir en Australie. Le rejoindra-t-elle alors ? Ou le laissera-t-elle filer ?

Frédéric Beigbeder fait partie de ces personnalités publiques dont l'image est devenue une sorte de caricature (voulue) de lui-même : c'est ce type à la fois chic et toc, issu d'un milieu aisée, qui collectionne les frasques et les succès littéraires, un riche oisif avec une plume aiguisée, une tête à claques talentueuse. Il exaspère et fascine, il symbolise une certaine vacuité propre aux oiseaux de nuit qui avoue sans gêne leur consommation excessive et hédoniste d'alcool et de drogues et de conquêtes féminines et en même temps exerce son métier d'écrivain avec un authentique savoir-faire.

Inspiré de sa propre expérience, son premier film lui ressemble donc et il a poussé le vice jusqu'à choisir pour incarner son double de (auto) fiction un interprète dont c'était lui aussi son premier rôle, qui lui ressemble physiquement de manière troublante et qui inspire au public, en sa qualité d'humoriste, des sentiments aussi contrastés : il s'agit de Gaspard Proust, dont le comique repose sur une incarnation cynique, proférant impassiblement des horreurs à la fois dérangeantes et irrésistibles.

Lorsque L'Amour dure trois ans joue à fond sur cet effet mimétique, souligne l'auto-portrait sans concessions, qui suscite le rire en montrant tout le pathétique du héros, c'est un film inspiré sur le plan de la narration, rythmée, spirituelle, sans complaisance mais au narcissisme assumé, et visuellement étonnamment aboutie (belle photo, inventivité dans certaines scènes, sens comique indéniable).

Mais, parfois aussi, trop souvent jugeront les moins indulgents, le long métrage ressemble à un divertissement pour happy few, avec apparitions de guests (le plateau du Grand Journal de Canal +, où Beigbeder oeuvra un temps) et emploi de copains dans des seconds rôles (Nicolas Bedos). Par ailleurs, si l'auteur sait se moquer de lui-même avec cruauté, il convoque aussi, via des personnages rebaptisés paresseusement (Francesca Vernisi = Françoise Verny, grande découvreuse de romanciers, interprétée ici sans subtilité par Valérie Lemercier), le ghota le plus superficiel.

On préférera donc rigoler avec la prestation épatante de Joey Starr dont la découverte de sa préférence sexuelle produit une scène hilarante, le couple Jonathan Lambert-Frédérique Bel (même si on ne comprend pas bien pourquoi Beigbeder n'a pas fait l'effort de trouver une vraie actrice anglaise pour jouer cette fiancée britannique) ou les numéros de Bernard Menez, Annie Duperey et Pom Klémentieff (savoureux).

Surtout, au coeur de ce projet, comme le dit Marc Marronnier dans une scène effectivement divine en voyant Alice partir se baigner spontanément en sous-vêtements, on a envie de remercier Dieu que Louise Bourgoin existe et ait accepté d'être de la partie : non seulement, comme toujours, elle irradie de ce charme gouailleur et sensuel mais surtout elle dynamise tout le récit dans le rôle de cette magnifique tourneuse de tête.

Rien que pour elle, le film mérite d'être vu : elle ne le sauve pas de ses faiblesses mais lui donne sa capiteuse séduction et son énergie communicative. 

mardi 3 octobre 2017

TUER LE PERE, d'Amélie Nothomb


Comme j'ai apprécié Le Crime du Comte Saville, je n'ai pas voulu laisser l'intérêt se refroidir et j'ai emprunté le vingtième roman écrit en 2011 par Amélie Nothomb pour continuer à explorer son oeuvre. Voyons voir ce que vaut ce Tuer le père, avec son titre freudien...  

Octobre 2010. Amélie Nothomb assiste, fascinée, à une partie de poker dans le club "L'illégal" dont c'est le dixième anniversaire. Un joueur, Joe Whip, attire tous les regards, en particulier celui de Norman Terence avec lequel il a une longue histoire...

1994. A Reno, dans la région du Nevada, Joe Whip a quatorze ans et vit avec sa mère, Cassandra, qui vend des vélos et collectionne les amants. Elle jure à son fils ne plus savoir qui et où est son père biologique.
L'irruption dans leur vie de Joe Sr. perturbe la situation au point que l'adolescent ne songe bientôt plus qu'à s'émanciper pour se consacrer à sa passion, la magie, pour lequel il est très doué à force d'exercices.
Joe s'installe dans un hôtel grâce à l'argent que lui donne sa mère pour l'éloigner et, rapidement, il attire l'attention d'un belge avec lequel il scelle un étrange pacte : ils se donnent rendez-vous dans quelques années pour un coup fumant à Las Vegas. Mais entre temps Joe doit encore se perfectionner et, pour cela, il s'adresse à Norman Terence, véritable légende vivante de la magie, qui habite alentour.
Le maître refuse d'abord de prendre un élève mais sa compagne, Christina, le convainc d'enseigner à Joe. L'adolescent se soumet à une discipline sévère dictée par le sens de l'éthique de Terence alors que Joe, lui, n'a aucun scrupules à utiliser son don pour réussir. Par ailleurs, il s'amourache pour Christina au point de rester vierge jusqu'à ce qu'il puisse coucher avec elle.

 Le "Burning Man" de Black Rock City (Nevada)

Christina apprécie Joe qui l'admire pour sa beauté autant que pour son art : elle une fire dancer qui jongle avec des bolas enflammés, une pratique dangereuse mais pour laquelle elle est considérée comme la meilleure. Elle en fera la démonstration à l'occasion du rassemblement du "Burning Man" de Black Rock City, où Joe possédera enfin Christina en dupant Terence.

Une Fire Dancer

Recommandé par Terence, Joe file à Las Vegas pour y devenir croupier au casino Bellagio. C'est là qu'il retrouve le belge avec lequel, comme prévu, il accomplit une spectaculaire escroquerie. Il a alors 20 ans, nous sommes en 2000, et même si cela lui coûte sa place, il rembourse l'établissement et échappe à la prison lors du procès qui suit - son complice a déjà fui le pays alors.

Le casino Bellagio de Las Vegas

Mais pourquoi Joe a-t-il agi ainsi, au risque de tout perdre ? Norman Terence l'apprendra par le jeune homme lors de leurs retrouvailles : ayant grandi sans père, il désirait que la magicien devienne le sien. Quand il comprit que ce ne serait pas le cas, il sut du même coup que c'était le belge qui l'avait choisi comme son fils. Il lui fallait alors se venger de Terence en lui prenant d'abord Christina puis en le déshonorant puisqu'il avait en fait formé un tricheur.
Malgré tout, Norman n'en resta pas là et depuis, il suit Joe partout où il se produit et joue avec la mission de l'exaspérer et de le raisonner...

Il semble qu'à l'origine Tuer le père était une novella, un texte court (le livre compte 150 pages à peine) promu comme roman par Albin Michel, l'éditeur d'Amélie Nothomb. Quoi qu'il en soit, on y trouve comme dans Le Crime du Comte Saville les mêmes qualités.

La brièveté du manuscrit correspond bien au style épuré de l'écrivain qui, comme elle l'expliquait récemment dans une interview au sujet de sa nouvelle publication (Frappe-toi le coeur), a compris "qu'au fil du temps, j'ai appris qu'il fallait se séparer de tout ce qui n'était pas nécessaire. Dès qu'on voit qu'une scène ou une explication n'est pas indispensable, il faut la supprimer."

Et c'est ce qu'on constate ici donc : pas de description ou si peu - on ignore à quoi ressemblent les personnages, les décors sont à peine évoqués, les dates servent uniquement à situer l'action et à inscrire l'histoire dans la durée - , des dialogues à la fois spirituels et économes, des psychologies taillées à la serpes, des sentiments exacerbés, des ressentiments longuement mûris.

L'opus conte une histoire de vengeance mitonnée par un jeune homme à la rancoeur et à la patience étonnantes, mais sous cette trame se cache un récit d'initiation et d'émancipation. Tuer le père n'est pas à prendre au sens littéral, c'est, exactement comme la psychanalyse le formule, une démarche pour se défaire de ses attaches, prendre son indépendance, quitte à l'effectuer violemment, sans ménagement envers ceux qui vous ont élevé et/ou aidé.

Pour ne pas avoir été choisi par celui que, lui, avait élu comme son père et mentor, Joe Whip élabore un stratagème diabolique à la manière d'un "bluff parfait", conforme au projet d'Amélie Nothomb quand elle a conçu son texte : elle nous entraîne dans une direction qui se révèle tardivement fausse puis nous révèle le "truc" du tour accompli à la perfection par le magicien. Tout l'intrigue fonctionne sur ce principe de diversion où l'on regarde la main gauche s'agiter pendant que la main droite exécute la véritable manoeuvre. Lorsqu'on s'en rend compte, il est trop tard, comme le constate Norman Terence, médusé par son élève plus doué et revanchard que lui.

S'y greffe une tension sexuelle avec la romance vénéneuse entre Joe et Christina, personnage charismatique, envoûtant, trouble de l'histoire, dont la discipline file l'autre métaphore du propos : risquer à tout moment de se brûler en jouant avec le feu tout en impressionnant le public. En jonglant avec ses bolas enflammés, elle hypnotise les hommes, amante complice de Terence et instrument fataliste de Joe.

Dans le cadre, central, du Nevada, région aride et chaude, propice à l'échauffement et à la combustion des sentiments, et atteignant son paroxysme lors de la séquence située durant la manifestation hallucinante (à plus d'un titre) du "Burning Man", Tuer le père déploie son piège avant qu'il ne se referme sur sa proie comme sur le lecteur. Amélie Nothomb est une muazzimun (prestidigitatrice dans la tradition orientale à l'opposée des sahirs, adeptes de l'occultisme) fabuleusement habile.   

lundi 2 octobre 2017

WOLVERINE #7-10, de Chris Claremont, John Buscema, Bill Sienkiewicz et Gene Colan


Je reprends la critique du contenu du pavé Marvel Epic Collection : Wolverine avec le détail des épisodes 7 à 10, les derniers écrits par Chris Claremont, toujours accompagné par John Buscema désormais encré par lui-même puis Bill Sienkiewicz et suppléé, pour un numéro, par une autre légende, Gene Colan.


Nous avions laissé Wolverine surpris par Baran, prince de Madripoor, au terme de la bataille qui opposait d'un côté les amis du mutant - Tyger Tiger, Jessica Drew et Lindsay McCabe - et ses ennemis - le général Coy et ses sbires, Roughouse et Bloodsport - pour le contrôle du crime organisé dans le bas-fonds de la principauté. 
Les deux parties conviennent d'un cessez-le-feu fragile mais le prince Baran semble plutôt prendre parti en faveur de Tyger quand il reconnaît Lindsay McCabe dont il était un admirateur lorsqu'elle était actrice à Hollywood. 
Cependant, les ennuis de Coy alarment ses complices américains qui envoient à Madripoor Joe Fixit pour régler la situation.


Joe Fixit ? En vérité, il s'agit de Hulk qui, à cette époque, voit ses pouvoirs altérés  : Bruce Banner a appris à maîtriser ses accès de colère qui le transforment en monstre, désormais le colosse ne se manifeste que la nuit et garde le contrôle de ses nerfs. Par ailleurs le monstre a désormais la peau grise et non plus verte.
En qualité de négociateur, il ignore cependant les derniers événements et lorsque Wolverine/Patch apprend son arrivée sur l'île, il va s'employer, par la ruse, à dévaster le business de Coy (qui organise le trafic de drogue local). Mécontent d'avoir été (doublement - par Patch mais aussi par Berengetti, son commanditaire) dupé, Fixit quittera Madripoor résolu à ne plus servir ces hommes.

Ces deux épisodes sont jubilatoires : outre que John Buscema s'y encre lui-même (une rareté), exprimant ainsi toute la puissance de son dessin, grâce à la présence de Hulk en guest-star, le scénario de Chris Claremont étonne positivement par l'humour irrésistible qui irrigue l'intrigue.

On a trop peu vu Wolverine aussi malicieux que dans cette aventure où il s'amuse à rouler Hulk dans la farine en l'amenant à agir contre ceux-là même qu'il a été envoyé aider. Ayant reconnu immédiatement le colosse dès son débarquement à Madripoor, le griffu, qui se cache toujours sous le pseudo de "Patch" (car le monde croit Wolverine et les X-Men morts), s'emploie activement à rendre publique la véritable identité de Fixit en le poussant à bout. Cela nous vaut des scènes très drôles comme lorsque Hulk découvre sa garde-robe lacérée et remplacé par des vêtements violets (comme les pantalons déchirés qu'il porte habituellement).

Un autre moment lunaire est celui où le prince Baran dévoile à Lindsay McCabe une pièce de son palais remplie de statues à l'effigie de la jeune femme, immortalisée dans ses meilleurs rôles cinématographiques (alors qu'elle a surtout joué dans des nanars). Pendant ce temps, Jessica Drew maugréé - et j'y vois déjà quelque chose qui m'a toujours interrogé (ma théorie est que Spider-Woman est sinon gay, du moins bisexuelle, car elle a souvent été proche, au point de manifester de la jalousie, de ses amies femmes. Brian Michael Bendis semblait jouer sur cette corde aussi en montrant l'amitié très trouble entre Jessica et Carol Danvers. Marvel n'a jamais éclairci ce point, par pudeur ou frilosité, mais ça me paraît pourtant évident).

*

 

Suit un étrange one-shot avec un épisode dessiné par Gene Colan : l'histoire est sommaire, il est question d'une ancienne vengeance promise par Wolverine à une nonne canadienne tuée par de sadiques mercenaires américains lors d'une opération en Irak des années auparavant. Aujourd'hui, ces vauriens traqués fuient dans la campagne, éliminés un par un par le mutant jusqu'au jour anniversaire de leur massacre.

L'ambiance de l'épisode doit tout à Colan et son style inimitable : le dessinateur, que tous ses encreurs avaient de la peine à encrer tant son trait était difficile à fixer, s'encre donc lui-même et livre des images puissantes, soulignant l'ambiance inquiétante, oppressante, cauchemardesque même du récit. Les visages sont déformés comme si cela était un stigmate des abominations commises par les fugitifs, et Wolverine n'apparaît pratiquement pas durant tout l'épisode - curieusement, quand il le fait, à la fin, il est dans son costume noir et jaune (mais sans masque) : peut-être le scénario ne précisait-il pas la tenue du héros et que le dessinateur l'a donc vêtu classiquement, ou alors est-ce un signe supplémentaire de la bizarrerie de l'histoire ?

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Et on termine par le dernier épisode écrit par Claremont. Avec le recul, on notera la brièveté de son run, même s'il a lancé le personnage dans ses aventures en solo dans Marvel Comics presents d'abord puis son titre dédié ensuite. Mais tout de même, pour un feuilletoniste comme lui, 10 épisodes, c'est court, quand bien même il était fort occupé par ailleurs...

Cet ultime chapitre voit aussi un changement d'encreur : Al Williamson n'est donc pas revenu après le #6, et après les deux volets encrés par Buscema lui-même, c'est Bill Sienkiewicz qui s'occupe donc de finaliser les planches du maître. Un choix étrange à dire vrai, pour plusieurs raisons : d'une part parce que "Sienk' " était déjà un dessinateur bien établi à l'époque et que le voir à ce poste est inattendu ; ensuite parce que son style tout en angles, hachures, trait fin à la plume rehaussé d'à-plats noirs rares mais profonds, tranche avec la rondeur musclée de celui de Buscema, c'est le mariage du classique et du moderne, d'un des théoriciens du dessin à la "Marvel's way" et de celui qui a révolutionné ses codes ; enfin parce qu'il ne restera pas longtemps sur le titre (7 numéros, soit jusqu'au départ de Buscema, avant l'arrivée de Byrne et le retour de Janson). Pour ma part, même si je respecte infiniment Sienkiewicz, je trouve que c'est une erreur de casting que de l'avoir associer à Buscema : c'est le choc des cultures, deux façons de faire opposées, deux personnalités trop fortes pour se combiner. Le résultat est tout sauf harmonieux, même si certains plans sont à couper le souffle, très audacieux.

L'histoire de Claremont est peu inspirée mais très nerveuse : la narration parallèle explore une bagarre passée entre Wolverine (avant qu'il ne soit pourvu de son squelette et ses griffes en adamantium, donc avant le projet "Weapon X") et Sabretooth (dont on apprendra plus tard qu'il est son père), ce dernier ayant tué Silver Fox, une indienne amie de Logan ; et, aujourd'hui, le sauvetage d'un couple de touristes imprudents dans les bas quartiers de Madripoor à la suite duquel Patch et Jessica Drew sont poursuivis par leurs agresseurs et sauvés par un inconnu invisible (mais dont Wolverine devient qu'il s'agit de Sabretooth, refusant que d'autres que lui ne tue Logan).

Ces épisodes sont également disponibles en v.o. dans le recueil Wolverine Classic, volume 2 (voir ci-dessous), et en v.f. chez Semic (dans la collection de revues "Version Intégrale") et en albums de l'Intégrale Wolverine chez Panini.

La suite et fin du run de Buscema sera écrite par Peter David dans un arc en six parties, dont je vous parlerai prochainement. Stay tuned !

A GHOST STORY, de David Lowery


A l'heure qu'il est, A Ghost Story n'a toujours pas de date de sortie en salles en France, faute de distributeur. Si on peut estimer qu'un tel film n'a rien pour obtenir un grand succès, il est toutefois dommage d'en priver le public car le nouvel opus de David Lowery est une oeuvre aussi singulière que poignante : l'anti-Ghost (David Zucker, 1990) par excellence.

 C. (Casey Affleck)

C. et M. vivent ensemble dans un pavillon d'une banlieue éloignée de tout. C. est musicien et travaille à la maison, tandis que M. a un emploi à l'extérieur (sans qu'on sache de quoi il s'agit). Ils s'aiment malgré de petites crises.

M. et C. (Rooney Mara et Casey Affleck)

Leur principal différend concerne la maison elle-même que M. n'aime pas et dont elle essaie, jusqu'à présent en vain, de convaincre C. de la vendre pour s'installer ailleurs. Il lui répond qu'elle l'inspire parce qu'ils y ont fait leur vie ensemble mais aussi qu'il se sent incapable de prendre une telle décision dans l'immédiat.

M. (Rooney Mara)

Une nuit, un bruit réveille le couple qui inspecte rapidement les pièces de la maison sans rien remarquer de suspect et vont se recoucher. Le lendemain, C. meurt devant chez lui en étant percuté en voiture par un autre automobiliste. M. va identifier son corps à la morgue puis se retire, écrasée de chagrin. Peu après, le corps de C. se redresse sous le drap mortuaire et erre dans l'hôpital sans que personne ne le remarque. Un portail lumineux s'ouvre dans un mur mais il refuse de s'y engager et rentre chez lui.

Le fantôme et M.

Dans la maison, le fantôme de C. assiste à la détresse de M., puis un soir elle est raccompagnée jusqu'au seuil par un autre homme avec qui elle échange un baiser. Elle prépare ses cartons et son déménagement, effectuant de petites réparations avant l'état des lieux - à cette occasion, elle glisse dans la fente d'un mur porteur un petit bout de papier sur lequel elle a écrit un message (dont nous ne connaîtrons jamais la teneur) puis rebouche le trou avec de la peinture.

Une âme en peine

Le fantôme de C. essaie, sans succès, de récupérer ce message tandis qu'une mère célibataire mexicaine s'installe avec ses deux enfants. Il les effraie pour les faire fuir. Bientôt, victime de sa réputation de maison hantée, le pavillon est démoli. On édifie à sa place un immeuble abritant des bureaux où le fantôme de C. erre, invisible au milieu des occupants. Il finit par se suicider en se jetant du toit. 

Observateur silencieux de l'éternité 

Ce faisant, il a remonté le temps jusqu'à l'époque où une famille de pionniers du far-west a voulu s'établir sur ce terrain, avant d'être tuée par des indiens. Le temps défile et le fantôme de C. assiste à la répétition de son histoire quand lui et M. se sont installés, que leur couple a affronté ses crises conjugales, puis que M. est devenue veuve. De nouveaux locataires squattent le pavillon un temps ensuite avant qu'il ne soit laissé à l'abandon. Le fantôme parvient enfin à récupérer le papier glissé dans le mur par M. et après l'avoir lu, il perd toute substance, quittant enfin notre monde.

Si j'étais critique aux "Cahiers du Cinéma" ou aux "Inrocks", voire à "Télérama", je dirais volontiers que A Ghost Story est un "geste de cinéma".

Sarcasme à part, s'il faut accepter la radicalité du projet, on est alors profondément touché par cette "histoire de fantôme" dont le fond et la forme en font un film complètement unique. David Lowery l'a tourné avec un budget minuscule en convainquant les acteurs de son précédent long métrage (Les Amants du Texas, 2013) de s'y investir sur la foi d'un script lui-même esquissé.

En vérité, il n'est pas ou moins question ici de fantôme ou de deuil que du temps qui passe - ce temps qui forge un couple mais aussi l'use, creuse l'incommunicabilité entre les amants, donne de la perspective à la perte de l'être cher, de la substance à l'attente du retour. Lowery ose même dans le dernier tiers du film remonter le temps lorsque son fantôme, n'en pouvant plus d'être seul, invisible, se suicide en espérant rejoindre un ailleurs où il n'a pas voulu aller au début de l'histoire : le voilà propulsé au XIXème siècle, toujours au même endroit, mais assistant à l'arrivée d'une famille de pionniers, bientôt tuée par des indiens. Puis, immortel, il assiste au passage des ans jusqu'à une séquence vertigineuse où il revoit son arrivée avec sa compagne dans leur maison, leur vie conjugale, leurs différends, et même à la répétition de sa mort puis au départ de sa bien-aimée.

On pourrait évoquer un tour de force narratif si ce n'est que le film ne joue jamais la carte de la démonstration - il la fuit même absolument. Les 3/4 de l'histoire se déroulent dans le silence le plus total, et les rares sont qui subsistent sont ceux de la discrète bande originale ou des sons naturels. Cette rareté des dialogues fait place à des échanges de regards, des gestes délicats (quelquefois violents aussi, comme lorsque le fantôme effraie la famille mexicaine). Lowery sollicite nos sens plutôt que notre intellect mais en invoquant un fantastique naïf (le fantôme est représenté de manière très simple : un drame avec deux trous au niveau des yeux) et troublant malgré tout (plusieurs scènes s'étirent pour nous faire ressentir le manque, le chagrin, la solitude, cette pesanteur terrible, écrasante qui nous écrase quand on a perdu quelqu'un de cher).

Ce minimalisme s'étend à la mise en scène - l'image est en 4/3, donc carrée - et le jeu des comédiens - Casey Affleck est, comme d'habitude, époustouflant de sobriété mélancolique, et Rooney Mara est bouleversante sans verser une larme. Le peu de moyens de la production sert l'épure du traitement en infusant une âme à ce sujet.

Si l'ironie est donc facile pour parler de A Ghost Story, il est indéniable que ce film vous hante durablement.   

dimanche 1 octobre 2017

MARVEL LEGACY #1, de Jason Aaron et Esad Ribic

(Variant cover de Valerio Schiti)

Nous y voilà ! Marvel vient de publier ce fameux Marvel Legacy #1, qui, promis par l'editor-in-chief  Tom Brevoort, allait "scinder Internet en deux"... Mais aussi réconcilier les fans de toujours et les nouveaux lecteurs, restaurer le rêve et l'espoir, et, en prime, ramener un "personnage chéri" du public.

L'initiative ne manquera pas de rappeler celle de DC Comics il y a un an à l'occasion du lancement de Rebirth - même format (un one-shot), mêmes ambitions (rebondir après les cinq années d'expérimentations du reboot des "New 52", retour de versions iconiques des personnages emblématiques de l'éditeur) - et la comparaison est inévitable (même si Marvel n'est pas passé par la case reboot et sort d'une longue saga, Secret Empire, au terme de laquelle "la maison des idées" a promis de ne plus en lancer de nouvelle avant au moins 18 mois... Tandis que DC vit au rythme de Metal de Scott Snyder et Greg Capullo). Alors que raconte et que vaut Marvel Legacy #1 ?  


Il y a un million d'années, Odin récupère sur Terre son marteau Mjolnir avec lequel il vient d'affronter un Céleste (un géant galactique surpuissant, membre d'un corps qui a créé les Eternels et les Déviants, et à côté desquels même Galactus ne fait pas le fier) lorsqu'il est rejoint par Phoenix qui a également pris part au combat (et en revendique la victoire). Ils rejoignent un groupe formé par les premiers Iron Fist, Black Panther, Starbrand, Ghost Rider (qui a perdu dans la bataille sa monture, un mammouth) et le sorcier Agamotto. Le Céleste n'est pas encore mort et l'équipe repart l'achever avant, comme le conseille Odin, de l'enterrer sur la Lune.


De nos jours. Robbie Reyes se réveille après avoir rêvé de ce combat en découvrant, sidéré, qu'il est non pas à Los Angeles (où il s'était endormi) mais à Cape Town en Afrique du Sud. Peu après, il est pris à parti par Kevin Connor, l'hôte actuel du Starbrand, qui veut l'empêcher d'atteindre un site voisin. Se transformant en Ghost Rider, Reyes riposte et finit, au terme d'un duel ravageur, par tuer son adversaire.


Au même moment, dans la Zone 51 du Nevada, aux Etats-Unis, Loki téléporte des géants des glaces aux abords d'une base prochainement désaffectée du S.H.I.E.L.D. (qui va être dissout) pour y récupérer une caisse contenant un objet très puissant, avec lequel ils domineront les neuf mondes. 


Mais la mission des voleurs est contrariée par l'intervention de Captain America (Sam Wilson), Thor (Jane Foster) et Iron Heart (Riri Williams). Dans la confusion de la bagarre, un des géants réussit malgré tout à dérober la fameuse caisse mais il ne va pas bien loin avec car un camion le percute. 


Depuis l'espace, Gamora (des Gardiens de la Galaxie) remarque qu'une des Gemmes d'Infinité est activée et interprète cela comme le signe d'un conflit important et imminent. Loki, lui, a compris qu'il n'aurait pas la pierre et se déplace dans la grotte Wonderwerk du Grand Karoo (entre Cape Town et Johannesburg, en Afrique du Sud - à proximité duquel se sont battus Ghost Rider et Starbrand). Des archéologues ont découvert ici des peintures rupestres représentant l'équipe menée par Odin un million d'années auparavant et le Céleste enterré ici, dont Loki précipite le réveil.


Cependant, Le géant des glaces percuté par le camion découvre l'identité du chauffeur : il s'agit de Wolverine, qui tue le voleur aussitôt et s'empare du contenu de la caisse, la Gemme d'Infinité bleue dite de l'esprit (contenant notamment les âmes de feux Rick Jones et Captain Mar-Vell).

Ponctuant le récit, une série de planches montre la situation de différents personnages :  

 (dessins de Chris Samnee)

- Steve Rogers dîne dans un resto routier anonymement alors qu'un journaliste à la télé se demande où il est passé depuis les événements de Secret Empire (où son double nazi avait pris le pouvoir) ;

(dessins de Russel Dauterman)

- Thor Odinson se soûle à Asgard tandis qu'un des vizirs du royaume se suicide après avoir découvert le retour prochain de Mangog ;

(dessin d'Alex Maleev)

- Mary-Jane Watson, directrice intérimaire de Star Industries, découvre que le caisson où reposait, en animation suspendue, Tony Stark/Iron Man depuis le dénouement de Civil War II est vide ;

(dessins d'Ed McGuinness)

- Deadpool, enfermé dans des toilettes, invoque le pardon de Dieu pour avoir tué l'agent du SHIELD Phil Coulson durant Secret Empire alors que trois policiers veulent l'arrêter pour cela et ouvrent le feu pour cela ;

(dessins de Stuart Immonen)

- Iron Fist est avec le Dr. Strange pour tenter de savoir qui a tenté de pénétrer dans le Sanctum Sanctorum du sorcier suprême - il s'agit de Norman Osborn qui s'en éloigne en maugréant ;

(dessins de Pepe Larraz)

- au manoir des Avengers, le majordome Jarvis est troublé en observant la statue de la première équipe des héros dans le parc sans savoir pourquoi, alors qu'une héroïne supplémentaire, Valerie Victor alias Voyager, y a été rajoutée ;

(dessins de Jim Cheung)

- sur le toit du Baxter building, Johnny Storm, la Torche humaine, interroge son ami Ben Grimm, la Chose, sur la nécessité de perpétuer le souvenir de leur ancienne formation, les 4 Fantastiques ;

(dessins de Daniel Acuña)

- sur la planète Bast s'étend désormais l'empire galactique du Wakanda gouverné par Black Panther ;

(dessins de Greg Land)

- dans une station de l'Alpha Flight, un opérateur s'absente et rate l'émission d'un message provenant de la planète Sakaar demandant à Hulk de revenir urgemment ;

(dessins de Mike Deodato)

- au Canada, la jeune Jean Grey des All-New X-Men (aka X-Men Blue) découvre que le squelette d'adamantium fondu puis pétrifié dans lequel est mort Wolverine est cassé en deux et elle comprend que le mutant est revenu à la vie ; 

(dessins de David Marquez)

- et enfin, dans le Multivers, Valeria Richards, en compagnie de son frère Franklin, la narratrice du récit, se demande quelle zone elle va explorer - en vue de préparer le retour de ses parents sur Terre ?

Même si je suis moins clément, et client, avec ce qu'écrit Jason Aaron que beaucoup (mais sans pourtant le comparer à des auteurs que je lis plus volontiers - il ne s'agit pas d'une compétition de scénaristes, simplement d'être plus ou moins sensible à des histoires qu'ils proposent), je n'ai rien contre lui. Je constate cependant qu'il est devenu "l'architecte" en chef actuel de Marvel, son scénariste vedette, peut-être son scribe le plus influent (même s'il faut relativiser cette influence car les editors soufflent volontiers aux oreilles de leurs auteurs ce qu'ils veulent raconter).

Ceci étant dit, on mesure bien la différence entre ce que Marvel établissait en 2011, au moment de la publication de la saga Fear Itself (par Matt Fraction et Stuart Immonen), et aujourd'hui : il y a six ans, l'éditeur avait nommé plusieurs "architectes" - Aaron déjà, Jonathan Hickman, Fraction, Brian Bendis, Ed Brubaker) - pour conduire étroitement leurs séries-phares. Ce collectif trouverait à la fois son aboutissement et sa limite avec la conception de la saga Avengers vs. X-Men en 2013 où les scénaristes avaient développé une intrigue construite par Aaron et Bendis à la manière d'un pool comme celle des séries télé. Le résultat avait donné lieu à un récit bancal, avec de brusques ruptures de ton, une narration maladroite (sans parler de l'alternance pénible de trois dessinateurs).

Pendant ce temps, chez DC Comics, l'importance, dans l'organigramme et dans la continuité des titres, de Geoff Johns n'a cessé de croître (au point qu'il devienne une sorte de super-directeur artistique pour unifier les séries, ce qu'a concrétisé Rebirth). L'exemple a dû inspirer Marvel qui a confié les clés à Aaron : c'est ce que prouve nettement Marvel Legacy #1.

Ce one-shot de plus de 50 pages avait pour mission, selon l'annonce, de tirer le bilan des dernières années et de donner un nouveau souffle au Marvel-verse. Parallèlement, l'éditeur publie d'ailleurs une séries de récits unitaires, Generations, qui met en scène des rencontres entre les incarnations successives de héros emblématiques (Iron Man-Iron Heart, Captain Marvel-Captain Mar-Vell, les deux Wolverine, les deux Hawkeye, les deux Thor, les deux Jean Grey). "Legacy" signifiant "héritage" + Generations : le message est clair, il faut rendre justice au passé tout en gardant la fraîcheur des nouveautés injectées ces derniers temps.

Mais le souci, c'est que Marvel Legacy #1 ne parle pas vraiment d'héritage, quand bien même sa narratrice cite pas moins de 11 fois ce mot. Ou alors il s'agit surtout d'hériter d'ennuis, de cadavres dans les placards. Un Céleste qui se réveille et auquel Loki s'intéresse par ici, Steve Rogers obligé de restaurer sa réputation ruinée par un double nazi de Captain America par là... Rien n'est résolu ici, et la menace réactivée laisse perplexe (les Célestes sont quand même les entités les plus puissantes de tout l'univers Marvel, et celui qui est présent dans ces pages est décrit comme le plus dérangé).

Aaron a rédigé deux histoires en fait : la première, dessiné (superbement) par Esad Ribic, est incroyablement brouillonne, part dans plusieurs directions comme (déjà) une sorte de teaser artificiel où sont inventés des Avengers pré-historiques franchement grotesques. OK pour des créatures extraordinaires comme Odin, les premiers Starbrand, Ghost Rider et Phénix, voire Agamotto, dont les origines sont bien antérieures à un million d'années... Mais comment justifier des proto-Black Panther et Iron Fist à une époque où les hommes étaient encore des primates ? Et quitte à invoquer un Céleste pour réunir ces héros (bien que leur groupe brille surtout par la mauvaise ambiance entre ses membres), on peut légitimement s'étonner qu'aucun Eternel, des homo-sapiens génétiquement améliorés par les Célestes) ne soit dans les parages... Ou même qu'à la place d'Odin, ce ne soit pas son père, Bor, qui se montre... 

Ensuite, on a droit à un combat à mort entre les Ghost Rider et Starbrand actuels, le second voulant à tout prix empêcher le premier d'approcher de la tombe du Céleste... Alors que Robbie Reyes semble ne même pas être au courant de cela - et ne s'attarde d'ailleurs pas dans le coin, une fois qu'il a tué son adversaire ! A part éliminer Kevin Connor, à quoi sert ce passage ?

Le dernier segment est plus cohérent mais pas original pour un sou : on a droit à Loki qui, pour la énième fois, veut mettre la main sur une source de pouvoir sur Terre, mais sans se salir les mains. Evidemment, la mission échoue et, ni une ni deux, le dieu asgardien du mensonge s'en va en Afrique du Sud parachever le réveil du Céleste, dérangé par deux archéologues. Les émissaires de Loki, eux, sont embarqués par le SHIELD grâce à trois Avengers, et ce qu'ils étaient venus dérober est in fine récupéré par le fameux "personnage chéri du public" promis par Brevoort : Wolverine !

Le canadien est donc désormais non seulement de retour parmi les vivants (mais comment ? Mystère !) et en possession d'une Gemme d'Infinité (rien que ça !). En tout cas, ça risque d'être embouteillé question mutants griffus puisque actuellement on a Old Man Logan chez les X-Men Gold, Ultimate Wolverine chez les X-Men Blue, et Laura Kinney-All-New Wolverine dans sa propre série ! 

Lorsqu'on a terminé la lecture de la trame principale de Marvel Legacy, on est perplexe car il n'y a ni bilan ni assurance d'un avenir plus light. La seule nouveauté, ce sont ces fameux Avengers des temps anciens, qui apparaissent durant cinq pages, donc sans personnalité (Odin grogne, Phénix le nargue, Ghost Rider pleure son mammouth, Starbrand essuie des reproches, Agamotto avait tout prévu...), mais dont on nous promet le retour, et dont les actions impacteront le présent (à commencer par le fait qu'ils n'ont pas enterré le Céleste sur la Lune comme le recommandait Odin - bien prévenant pour les humains qu'il a pourtant toujours méprisé...).

Ce n'est donc pas brillant.

Alors on considère les planches intercalées dans cette histoire censées, elle, montrer où en sont des héros actuels... Et là, le procédé est aussi artificiel (toujours cet effet teaser) et frustrant (surtout en ce qui concerne les Fantastic Four, dont beaucoup espéraient davantage le retour que celui de Wolverine). Le sort de Tony Stark (qui n'est plus dans son caisson) est le plus intrigant et on verra ce qu'en fera Bendis (en charge du personnage), tout comme l'empire galactique (?!) du Wakanda. Mais la scène à Asgard avec cet exaspérant Thor Odinson qui se bourre la gueule en déprimant, celle où Deadpool se fait tirer dessus dans des WC, la tentative ratée de Norman Osborn d'entrer dans le sanctuaire du Dr. Strange, etc. Tout ça ne dit rien, c'est juste du placement de personnages, des allusions à de futures intrigues dans des séries, qui plus pauvrement dessiné (Immonen livre une page mochissime, tout comme Deodato, Marquez assure le minimum...). Seule la planche de Samnee avec Steve Rogers est bien composée et belle à voir (la reprise de Captain America par Waid et Samnee est, à ce jour, le titre le plus prometteur qui démarrera en Novembre).

Reste le cas des FF : ce que ne dit pas Marvel Legacy (ni les editors de Marvel), c'est que Ike Permulter, un des pontes de Marvel, refuse de relancer une série avec ces personnages tant que la Fox ne cédera pas leurs droits d'exploitation cinéma. D'où cette situation absurde où la Torche humaine et la Chose sont sur Terre comme des âmes en peine, et Reed Richards, sa femme Sue, leurs enfants Valeria et Franklin en train de jouer hors champ aux explorateurs du Multivers depuis la fin de la saga Secret Wars en 2015... Voilà qui est particulièrement incongrue de ne pas ramener l'équipe au grand complet quand on invoque des notions de générations et d'héritage puisque les 4F furent les premiers super-héros de Marvel en 1963 !  

En vérité, et pour conclure, je ne sais pas à quoi sert ce one-shot : il ne correspond ni à son annonce et ne comble rien de ce qui manque essentiellement à Marvel aujourd'hui (un esprit, une cohérence, une passerelle entre tradition et innovation, un sens évident au retour ou à l'absence de personnages : bref, tout ce qui agrège une collection de séries, fonde un univers). On a plus affaire à une sorte de brochure promotionnelle pour ce qui va arriver qu'un comic-book synthétique et prometteur, rappelant à tous, nouveaux et anciens lecteurs, ce qui distingue Marvel et ses héros et leurs histoires.