lundi 25 juin 2012

Critique 331 : BATMAN - EGO AND OTHER TAILS, de Darwyn Cooke et Paul Grist, Bill Wray, Tim Sale



Batman : Ego and Other Tails est un recueil de plusieurs histoires, de différents formats, publiées en 2000, 2002, 2004 et 2005 par DC Comics. Darwyn Cooke a écrit et dessiné Batman : Ego, Selina's Big Score et Déjà Vu ; il a écrit Date Knight dessiné par Tim Sale, The Monument dessiné par Bill Wray ; et a dessiné Here Be Monsters écrit par Paul Grist.
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Batman : Ego démarre par une course-poursuite entre Batman et un ganster en cavale après un braquage. Alors qu'il est sur le point d'être arrêté, le malfrat préfère se suicider. De retour à la Batcave, Batman est hanté par cet échec : c'est le début d'une longue nuit où il va devoir faire face à son double, ses choix de justicier, son passé et son avenir. A terme, continuera-t-il à incarner le protecteur de Gotham ?

Dans ce roman graphique de 65 pages, qui a été son premier comic-book pour DC Comics, Darwyn Cooke orchestre un face-à-face entre Bruce Wayne et Batman, apparaissant comme une créature difforme, gigantesque, surgi de son esprit. Leur dialogue sert d'instrospection pour Wayne qui vient de voir mourir sous ses yeux un malfaiteur alors qu'il tentait de le capturer.
Cooke joue sur le fait que Wayne est blessé, a perdu du sang, est fatigué : il rentre d'une ses patrouilles nocturnes, elle a mal tourné, et il est évident qu'il est victime d'une hallucination. Dans le même temps, le Batman qui vient le harceler possède une forme impressionnante, cauchemardesque, qui est à la fois son double et peut-être une entité qui a attendu que Wayne devienne son hôte après la perte de ses parents et sa décision, plus tardive, d'appliquer la justice sous le masque et la cape du Dark Knight. 
Le récit est ponctué par des splash-pages qui servent à souligner les étapes de l'existence à la fois de Bruce Wayne (le meurtre de ses parents dont il a été témoin, avec au passage un retour sur l'origine du collier que portait sa mère la nuit du drame) et de ses actions en tant que Batman (où les questions sont posées de savoir si la présence du justicier provoque la naissance des criminels de Gotham ou encore s'il ne devrait pas adopter des méthodes plus radicales pour réellement mettre fin au banditisme de la ville - ce qui renvoie au Batman des débuts, quand le personnage portait des pistolets).
Les figures de Harvey Dent/Two-Face (le procureur playboy défiguré et devenu fou, comme un autre double de Wayne/Batman), de Robin (le sidekick du héros qui n'est, après tout, qu'un gosse entraîné dans de dangereuses aventures), du père (Thomas Wayne, un médecin qu'une fois Bruce a vu échouer à sauver un patient) et bien sûr du Joker (dont Batman a provoqué l'état alors qu'il le poursuivait quand ce n'était qu'un vulgaire voyou sous le casque de Red Hood - Cooke adresse un clin d'oeil à The Killing Joke, d'Alan Moore et Brian Bolland) sont convoqués pour cet examen de conscience douloureux.

Malgré de bonnes idées, une ambiance intense et un rythme trépidant, Cooke ne parvient cependant pas complètement à convertir son argument en une vraie bonne bande dessinée. Techniquement, c'est irréprochable, même si son dessin n'a pas encore atteint la maturité fabuleuse de ses oeuvres-phares (comme La Nouvelle Frontière ou les Parker), les influences de Bruce Timm et de Mike Mignola sont visibles.
Le souci est plus narratif car cet échange entre Batman et son essence en quelque sorte n'a pas la puissance, la profondeur souhaitées : Cooke n'est pas un auteur cérébral comme Neil Gaiman ou Alan Moore où le propos compte presque plus que les personnages, il est (et il est resté) un adepte du "character driven", jamais plus à l'aise que dans une histoire où le(s) héros conduisent l'intrigue, avec des personnalités fortes, iconiques.
Ici, il a voulu sonder l'âme de Batman, imaginer une discussion entre le héros et son esprit, mais leur débat ne dépasse jamais l'inventaire, les lieux communs, les clichés. Rien de ce à quoi Cooke aboutit ne remet en cause la détermination, le fondement ou la futur de Batman et/ou Bruce Wayne. C'est plus une sorte de mise à jour, de confrontation ponctuelle, dont le héros et l'homme sortent renforcés, dans leurs convictions, leurs comportements, qu'une histoire qui relancerait le personnage dans une direction surprenante.

Bref, Ego ne manque pas d'allure, mais d'envergure, même si visuellement on assiste au surgissement d'un futur maître-és storytelling, avec des fulgurances esthétiques prometteuses.
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Selina's Big Score est l'autre morceau de choix de ce recueil, Darwyn Cooke le présente même dans son introduction comme son travail favori (à l'époque de son inclusion dans l'ouvrage).
Chronologiquement, cette histoire de 87 pages se situe avant Catwoman: The Dark End of the Street, lorsque Cooke dessinait la série écrite alors par Ed Brubaker. Mais l'auteur utilise davantage le personnage de Selina en civil qu'en costume (elle n'apparaît en tenue que dans quelques images et une pleine page, en flash-back).

Selina Kyle, après un cambriolage foireux au Maroc, revient à Gotham.





Elle profite du fait que tout le monde la croit morte mais a besoin de se refaire et, grâce à un ami fourgue, Swifty, accepte le gros coup que lui propose une prostituée, Chantel : un casse audacieux où il faut intercepter 24 millions de dollars appartenant à la pègre, convoyés dans un train. Elle obtient le concours de son ex-amant et mentor, Stark, et d'un autre complice, Jeff. Mais l'affaire va se compliquer quand Falcone, le mafieux qui possède Chantel, découvre qu'elle l'a trahi, et que le détective Slam Bradley, engagé par le maire de Gotham pour enquêter sur la disparition de Selina, découvre qu'elle n'est pas morte et mêlé à ce fameux casse...

Ce graphic novel mérite une relecture : la première fois que je l'ai lu (en vf, dans l'album Batman : Ego, chez Panini), il m'avait déçu (comme la première histoire), surtout pour le style frustre du graphisme. J'ignorai alors sa place, dans l'oeuvre, sinon dans le coeur, de Cooke, et en comparaison avec La Nouvelle Frontière, le résultat me semblait bien inférieur.
Replacé dans son contexte, Le Gros Coup de Selina apparaît en vérité comme une sorte de brouillon - mais quel brouillon ! - de ce que son auteur accomplira plus tard avec ses adaptations des Parker de Richard Stark/Donald Westlake. D'ailleurs, la mention à Stark avec le personnage du mentor de Selina explique déjà l'inspiration de Cooke, féru de séries noires au moins autant (sinon plus) que de super-héros.
De manière plus générale, Cooke connaît d'ailleurs bien ses ses classiques,et  l'hommage est parfaitement exécuté. Il truffe son récit de clins d'oeil savoureux (comme Chantel qui a le physique de l'égérie de la blaxploitation Pam Grier ou Stark qui a l'aspect de Lee Marvin, qui incarna Parker dans le film Le Point de Non-Retour de John Boorman). Le casse lui-même est superbement imaginé, spectaculaire, découpé avec une maestria bluffante.

Graphiquement, Cooke a incroyablement développé son style depuis Ego, mais l'aspect brut de son dessin pourra déconcerter ceux qui ne connaissent que La Nouvelle Frontière ou Parker. Il a utilisé des feutres, des markers, et le pinceau pour des à-plats noirs massifs.
La colorisation de Matt Hollingsworth accentue encore ce look "primal", avec une gamme chromatique réduite (des bleus foncés constratant, dans les scènes de jour, avec une palette très basique). C'est audacieux mais d'une vivacité remarquable, comme une sorte de super-storyboard, où le passé de Cooke dans l'animation (à l'époque de Batman Beyond, de Bruce Timm) est évident.

C'est vraiment une histoire de Selina Kyle et non de Catwoman, comme un segment parallèle à la série que Cooke illustrait à l'époque. Mais cet appendice possède un réel intérêt et une qualité à part entière, qui mérite d'y revenir.
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Le reste du programme est constitué d'histoires courtes, d'une pin-up (de Catwoman - superbe) et de deux couvertures (Batman : Gotham Adventures #45 & #50 - cette dernière dans le plus pur style Bruce Timm).

*Here be monsters, écrit par Paul Grist, paru dans Gotham knights #23, compte 8 pages et oppose Batman à Madame X, une terroriste évoquant à la fois Two-Face (elle est défigurée) et Scarecrow (elle inflige à Batman des hallucinations grâce à des fumigènes).

Réalisée pour la série Batman : Black and White (#23), à la demande de Mark Chiarello, un éditeur qu'apprécie beaucoup l'artiste, c'est son traitement graphique qui le distingue : le découpage est très influencé par les cartoons de Bruce Timm, et Cooke l'a illustré en utilisant un crayon, un feutre et de l'encre pour les surfaces noires.   

 *The monument, écrit par Cooke et dessiné par Bill Wray, paru dans Gotham Knights #33, est un pastiche savoureux dans lequel Batman assiste à l'édification d'une statue à sa gloire - statue qu'il se fera un malin plaisir de détruire en arrêtant Hugo Strange.

Le dessin de Wray exagère celui de Frank Miller dans The Dark Knight Returns tandis que le script de Cooke se moque de manière croustillante du "über-Batman" durant 8 pages.

*Date night, écrit par Cooke et dessiné par Tim Sale, paru dans Solo #1, compte 9 pages : Batman surprend Catwoman lors d'un cambriolage, mais il s'agit d'un leurre pour la minette qui entraîne le justicier dans une folle série de cascades dans Gotham.

Bien avant Superman : Kryptonite, Cooke avait rédigé ce récit pour Sale : ironiquement, comme il l'avoue dans la préface, le texte a été conçu selon la méthode Marvel, soit un vague pitch sur lequel a brodé le dessinateur. C'est très beau et la chute est pleine de malice.

*Enfin, Déjà vu, écrit et dessiné par Cooke, paru dans (le collector introuvable) Solo #5, est une exceptionnelle nouvelle dans laquelle Batman traque un gang après un braquage qui s'est soldé par la mort de deux innocents.

C'est un hommage à une histoire (Night of the Stalker) de Steve Englehart, Sal Amendola et Dick Giordano, publiée dans les années 70 qui compte 12 pages et Cooke l'avait d'abord proposé à Bruce Timm pour un épisode du dessin animé Batman : The Animated Series, avant de la retravailler. Le héros n'y prononce pas un mot mais c'est une fantastique capture du personnage, hanté par ses origines, d'une efficacité implacable, à l'ambiance puissante. Le plus souvent découpé en gaufrier de 8 cases, ce chapitre est un vrai résumé du génie de Cooke pour la mise en images, une leçon à étudier pour n'importe quel aspirant dessinateur.
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Ce recueil propose donc un programme varié et d'une qualité indéniable, prouvant encore le talent impressionnant de Darwyn Cooke. Mon seul regret est de n'avoir pas pu me procurer l'édition comprenant l'intégralité de Solo #5, considéré comme un des sommets de l'oeuvre de son auteur mais introuvable aujourd'hui en fascicule, et qui avec Batman : Ego et Selina's Big Score étaient le troisième élément incontournable de cet album.

samedi 23 juin 2012

LUMIERE SUR... MASSIMO CARNEVALE

Massimo Carnevale

Clint Eastwood dans Gran Torino (de C. Eastwood)

Jane Seymour dans Barry Lyndon (de Stanley Kubrick)

Tom Cruise dans Collateral (de Michael Mann)

Sharon Tate dans Le Bal des Vampires (de Roman Polanski)

Nicole Kidman dans Eyes Wide Shut (de Stanley Kubrick)

Chloe Moretz dans Kick-Ass (de Matthew Vaughn)

Max et les Maximonstres (de Spike Jonze)

Norah Jones et Jude Law dans
My Blueberry Nights (de Wong-Kar Wai)

Michael Madse dans Reservoir Dogs (de Quentin Tarantino)

Marilyn Monroe dans Certains l'aiment Chaud (de Billy Wilder)

Jeff Bridges dans True Grit (de Joel et Ethan Coen)

Patricia Arquette dans True Romance (de Tony Scott)

Clint Eastwood dans Impitoyable (de C. Eastwood)

Anna Karina dans Vivre sa Vie (de Jean-Luc Godard)
Clint Eastwood/Le Bon...

Lee Van Cleef/La Brute...

Eli Walach/... Et Le Truand (de Sergio Leone)

Naissance en Italie en 1967.
Dessinateur, cover-artist, peintre.
couverture de Y The Last Man #50
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Le blog de l'artiste : http://www.sketchesnatched.com/ 

mardi 12 juin 2012

Critique 330 : THE SIXTH GUN - BOOK 3 : BOUND, de Cullen Bunn, Brian Hurtt et Tyler Crook

The Sixth Gun, Book 3 : Bound rassemble les épisodes 12 à 17 de la série écrite par Cullen Bunn et dessinée par Brian Hurtt (#12-13, 15-17) et Tyler Crook (#14), publiée en 2011-2012 par Oni Press.
Becky Montcrief, Drake Sinclair et le frère Roberto de l'ordre de l'Epée d'Abraham convoient en train le cercueil contenant la dépouille maudite du général Hume. Ils possèdent cinq des six pistolets magiques, le sixième étant en possession de Missy Hume, qui prépare sa revanche, et engage Eli Barlow pour mener un raid sur le train en question. Barlow a le don de réveiller les morts et son commando compte Asher Cobb, un ancien devin transformé en momie, sur lequel son emprise est toute relative.
L'affrontement sépare Drake de Becky et Roberto qui gagnent un château où le cercueil avec le général Hume est enfermé dans une cellule. Becky comprend progressivement qu'elle n'est pas seulement invitée dans ce repaire mais également prisonnière car l'ordre de l'Epée d'Abraham convoîte les six pistolets pour défaire une organisation rivale, les Chevaliers de Salomon.
Cependant, Gord Cantrell revient en Louisiane, et doit faire face à son terrible passé.
Reste à savoir où est passé Drake Sinclair...
Missy Hume prépare sa revanche...
... Et Eli Barlow va l'aider dans ses sinistres projets.
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Ces six nouveaux volets de la série viennent prouver que Cullen Bunn a vraiment bâti une histoire qui recèle une profondeur épatante : en effet, la mythologie des six pistolets y est grandement enrichie, mais sans que les trajectoires des héros soient sacrifiées. Le scénariste ajoute de nouveaux protagonistes hauts en couleurs à son casting déjà mémorable et entraîne son récit sur des pistes inattendues et excitantes.
Qui est Asher Cobb ?

Pour commencer, Bunn offre à ses lecteurs un authentique morceau de bravoure avec deux chapitres entiers consacrés à une nouvelle bataille épique comme il sait si bien les écrire : l'attaque du train transportant le général Hume est une séquence formidablement maîtrisée, au rythme haletant, enchaînant les moments forts avec de l'action spectaculaire et des rebondissements qui vont durablement marquer l'intrigue puisque Becky et Drake sont séparés - on pense même ce dernier mort pendant plusieurs épisodes.
Puis Bunn consacre un chapitre entier aux origines d'Asher Cobb et avec ce nouveau personnage, la série atteint de nouveaux sommets de délire et d'angoisse puisqu'on a désormais affaire à une momie géante douée de pouvoirs divinatoires. Pour l'occasion, un nouveau dessinateur est invité et il faut saluer l'intelligence du choix de Tyler Crook dont le style se marie à la perfection à l'ensemble. Il est toujours délicat d'accueillir un fill-in mais, l'éditeur Charlie Chu a eu la main particulièrement heureuse.

Gord Cantrell retourne sur les lieux de son passé et
va devoir affronter (littéralement) ses démons...

Un troisième niveau est exploré avec Gord Cantrell, l'allié de Becky et Drake, rencontré à Fort Maw, qui a décidé de poursuivre ses investigations sur les six pistolets (et le moyen de les contrôler ou de les neutraliser) de son côté. Sa quête le ramène en Louisiane et se mue en un retour sur lui-même, son histoire intime, ses hantises. Bunn ose casser un peu le rythme de la série pour cette autre séquence mais il réussit une nouvelle fois son opération : ce passage est vraiment fantastique, donnant une épaisseur nouvelle à Gord, qui effectue des choix terribles.
"Un jour, tu apprendras, ma fille. Ce pistolet...
Il ne fait jamais rien pour t'aider."

Enfin, Becky va apprendre que son pistolet, capable de révèler le futur mais aussi le passé, et la raison pour laquelle l'ordre de l'Epée d'Abraham les protège n'est pas désintéressée et est prêt à adopter des mesures strictes pour garder la jeune femme et son bien.
 
Ce qui était suggéré dans les deux tomes précédents se confirme dans ce troisième livre : les six pistolets ont eu d'autres formes et sont au coeur d'une lutte ancestrale entre deux organisations. Cullen Bunn évoque les Templiers, les récits chevaleresques, mais ce mélange fonctionne étonnamment bien, encore une fois, avec ce mix déjà décapant de western et de fantastique.
Il est évident que Bunn sait mener sa barque et accrocher le lecteur non seulement avec les péripéties en cours mais surtout à venir : The Sixth Gun est une série addictive comme un feuilleton, ses éléments les plus baroques deviennent ses meilleurs atouts.
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L'efficacité de la série tient aussi, à part égale avec son scénario, aux dessins de Brian Hurtt, qui livre une nouvelle fois des planches d'excellente facture.
La manière ont il découpe, simplement mais en tirant le maximum de chaque case, des séquences comme l'attaque du train ou le retour de Gord dans la propriété où il était esclave, le soin qu'il apporte aux décors, l'expressivité de ses personnages, conjugés à un trait quasi-cartoony, sont imparables.
The 6th Gun est un irrésistible "page-turner" grâce à cet artiste au style vif, toujours soutenu par la colorisation impeccable de Bill Crabtree.
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Ce troisième volume confirme tout le bien qu'on peut penser de ce titre et rend impatient de connaître la suite de ces aventures - vivement l'automne pour découvrir ce que nous ont concoctés Bunn et Hurtt ! 

jeudi 7 juin 2012

Critique 329 : MOON KNIGHT - VOLUME 2, de Brian Michael Bendis et Alex Maleev

Moon Knight, Volume 2 rassemble les épisodes 8 à 12 de la série écrite par Brian Michael Bendis et dessinée par Alex Maleev, publié en 2011-2012 par Marvel Comics. C'est la suite et fin du run des deux auteurs sur ce titre.
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Depuis qu'il a été membre des Vengeurs Secrets, Moon Knight a décidé de s'inspirer des meilleurs héros de ces diverses équipes, et sa personnalité est désormais partagée avec ce qu'il pense de Captain America, Wolverine et Spider-Man. Installé à Los Angeles où il produit une série télé inspirée de ses exploits, Marc Spector découvre que le Comte Nefaria en est devenu le caïd et cherche à reconstruire Ultron, mais Moon Knight réussit à s'emparer de la tête du robot.
Moon Knight s'est allié ensuite avec Echo, qui a fait partie des Nouveaux Vengeurs et s'était infiltrée dans le milieu de la prostitution dirigé par Snapdragon, la partenaire de Nefaria, qu'ils ont réussi à arrêter ensemble, et avec Buck, un ex-agent du SHIELD, qui fournit le justicier en expertises et équipements divers.
Pour Nefaria, l'heure de la revanche a sonné : il veut récupérer à n'importe quel prix la tête d'Ultron et cette lutte coûtera la vie à un de ses adversaires. Il va aussi faire appel à sa fille, Madame Masque, qui entend bien cependant en apprendre plus sur ses projets concernant Ultron...


Moon Knight livre Snapdragon à l'inspecteur Paul Hall
en échange de son aide pour enquêter sur le Comte Nefaria
et ses possibles complices dans la police de L.A..
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Comme ils l'ont fait dans le premier et précédent volume, Brian Michael Bendis et Alex Maleev continuent de revisiter remarquablement le personnage de Moon Knight dans ces 5 derniers épisodes de leur run :  après la version extrèmement sombre de Charlie Huston et David Finch en 2004, les deux complices ont préféré se concentrer sur les troubles de la personnalité du héros et sur son affrontement avec un ennemi si puissant qu'on se demande bien comment il peut lui tenir tête.
C'est une variation habile de ce qu'ils avaient accompli avec Daredevil où la question de l'identité et l'antagonisme avec le Caïd occupèrent une large place de leurs épisodes. Ici, cela permet de redéfinir Moon Knight, sa situation de justicier, sa position géo-stratégique, et la toute dernière page du dernier épisode indique clairement que l'intrigue a posé un nouveau jalon dans le projet The Age of Ultron dont le scénariste a commencé à poser les fondations dans ses épisodes d'Avengers (cette saga, dessinée par Bryan Hitch, prévue à la rentrée, devrait clore le passage de l'auteur sur la franchise).
Un rebondissement précoce et drmatique dans ce second volume va également permettre d'expliquer pourquoi Moon Knight est littéralement devenu un vengeur, et bousculer à nouveau la hiérarchie de ses multiples personnalités. La planche ci-dessous fournit un indice, mais je ne veux pas en dire plus pour ne pas gâcher le plaisir des futurs lecteurs...
"You ruin everything you touch."

Si Moon Knight permet donc d'entrevoir une partie du futur grand projet "Bendisien", il confirme aussi que le scénariste a, depuis la fin de New Avengers (vol. 1 & Finale) puis Avengers (post-Fear Itself), entrepris de ramener sur le devant de la scène certains personnages qu'on n'avait plus vus depuis longtemps (comme Nefaria, un des premiers ennemis des Vengeurs, Ultron, ou la Vision dans la série Avengers). Faut-il y deviner une volonté de restaurer certains éléments avant son départ de la franchise, de renouer avec les "grands classiques". C'est en tout cas notable de la part de Bendis qui a souvent préféré s'en écarter (s'attirant ainsi le courroux de fans intégristes...).


Madame Masque entre dans la partie.

Ces derniers chapitres sont menés sur un rythme soutenu, ce recueil se lit rapidement non seulement parce qu'il ne contient que cinq épisodes mais aussi parce qu'il est riche en action. Les dialogues sont toujours aussi inspirés, quoique moins fournis que d'habitude.
C'est en tout très efficace, et on peut remercier Marvel d'avoir laissé à Bendis le temps de conclure son récit - même si on regrettera que le public américain n'ait pas suivi...
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Alex Maleev est également très inspiré, et dans ces épisodes il prouve, si besoin était, son aisance pour animer des scènes d'action, dont un mémorable dernier round entre Moon Knight et le Comte Nefaria dans le commissariat de police de Los Angeles.
Bien entendu, l'artiste excelle encore et surtout dans les moments plus calmes où sa science du découpage, sa faculté à trouver des plans à la fois simples et originaux, en traitant l'image de manière incroyable, avec le concours de son coloriste favori, Matt Hollingsworth, font merveille.
C'est spécial, mais les livres que produisent Maleev et Bendis ont une "touch" incomparable, ce "je-ne-sais-quoi" qui les placent au-dessus du lot - ou plutôt en marge, à mi-chemin entre les comics traditionnels, avec le folklore inhérents aux super-héros, et la bande dessinée indé et arty. Ce sont des bouquins qui procurent des sensations tout à fait atypiques.
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Bref, c'est un volume impeccable, dont le seul défaut est de ne comporter aucun bonus digne de ce nom (même plus de variant covers) - dommage car on aurait aimé en savoir davantage sur les coulisses de ce run trop bref mais remarquable.