jeudi 14 juillet 2022

PRODIGY : THE ICARUS SOCIETY #1, de Mark Millar et Matteo Buffagni


Quatre ans après un premier volume peu convaincant, Mark Millar redonne sa chance à Prodigy avec cette nouvelle salve d'épisodes (cinq au total) sous-titrés The Icarus Society. Cette fois, il est accompagné au dessin par le talentueux et méconnu Matteo Buffagni (en lieu et place de Rafael Albuquerque).  Ce premier épisode est alléchant, en espérant que la suite confirme ces bonnes dispositions.


Une série de morts affreuses et inexpliquées obligent le Pentagone à faire appel à Edison Crane. Celui-ci identifie rapidement un coupable, le Dr. Lucius Tong qui se livre sans résistance.


Depuis toujours, Crane n'a jamais reculé devant les défis et en cherche même de nouveaux. Sa fortune lui sert à financer ses lubies et à aider des oeuvres de charité, quitte à se vendre lui-même.


C'est ainsi qu'il permet à Prisha Patil de gagner un dîner avec lui pour une bonne oeuvre. Elle finit la nuit dans le lit du milliardaire surdoué et découvre ses dernières inventions prodigieuses.


Mais Prisha est la complice de Lucius Tong qui, depuis sa prison, force Crane à le libérer dans les prochaines heures tout en lui révélant l'existence d'une société secrète d'individus comme eux...

Je l'avais écrit en 2018 et je l'assume donc : j'avais été très déçu par la première mini-série Prodigy. Pourtant Mark Millar y proposait un héros à sa (dé)mesure avec ce millairdaire surdoué et risque-tout, enquêteur, aventurier, playboy : le mâle non pas alpha mais oméga.

Sauf que Millar avait oublié d'imaginer une intrigue à la hauteur de son héros et on restait sur notre faim avec une invasion extraterrestre complètement grotesque et majoritairement hors-champ. Alors pourquoi y revenir ? Surtout sans Rafael Albquerque au dessin, qui plus est.

Un nom : Matteo Buffagni. Je sais que parfois j'ai de drôles d'inclinations, m'attachant à un auteur ou un artiste dont tout le monde se fiche mais à qui je trouve assez de talent pour m'indigner qu'on ne le remarque pas davantage. Mais Rafael Albuquerque semble du même avis que moi sur ce coup puisque, se sachant indisponible pour rempiler, c'est lui qui a soufflé le nom de son remplaçant à Mark Millar.

Toutefois, ce serait mentir que de prétendre avoir craqué uniquement pour le dessinateur de ces nouveaux épisodes. Millar est un peu le roi du hit or miss et je voulais savoir s'il serait capable de faire mieux, ce qui ne me paraissait pas impossible, avec Prodigy.

Et donc me revoilà à lire les aventures de Edison Crane. Tels qu'en eux-même, Millar et sa créature attaquent cette histoire pied au plancher : l'action est plantée de manière spectaculaire avec des individus qui explosent sans raison mais forcément atroce. La police est sur les dents. Le Pentagone, rien que ça, fait donc appel à Crane pour résoudre ce mystère et, bien entendu, en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, il trouve le coupable, un certain docteur Lucius Tong. Plus bizarre toutefois : ce dernier se rend sans faire d'histoire après une brève discussion avec Crane au cours de laquelle il lui a montré qu'il s'était greffé des mains de singe (!). Le type n'est vraiment pas net, mais au moins il ne fera plus sauter personne.

Passée cette intro dans le plus pur style Millar, le scénariste enchaîne avec des flashbacks décousus où il revient sur la carrière de self-made man de Crane, sur les défis absurdes qu'il s'impose (se faire tabassr par une bande avant de démolir ses membres par exemple). Pour ceux qui l'avaient oublié, Edison Crane, c'est ça, le too much incarné. On croirait lire le fantasme de Millar lui-même, ce qui donne un petit air méta à ce comic-book.

Comme ça manque de filles, Crane ne va pas tarder à en croiser une, du style femme fatale, avec une touche d'exotisme (elle est indienne), et bien sûr, il la séduit, et la met dans son lit. Elle se réveille, visiblement ébouriffée par ce qu'elle vient de vivre. A ce stade, mieux vaut bien entendu prendre tout ça avec de la distance car, sinon, on en ricanerait. C'est toujours (ou du moins souvent) le cas avec Millar qui ne sait pas où s'arrêter et ne s'adresse donc qu'à ceux qui le savent - et l'apprécient pour ça.

Malgré tout l'ironie que cela peut inspirer, je suis quand même admiratif de deux choses chez Millar : d'abord, de la liberté gagnée par ce turbulent écossais qui a su profiter de ses succès chez DC et Marvel pour devenir l'aurteur indépendant le plus bankable du milieu (en signant un juteux contrat avec Netflix), et ensuite, par son intarissable amour du média comics. Car, même si on le moque volontiers pour ses mini-séries prêtes à filmer (pour Netflix justement), Millar n'a jamais lâché la BD, c'est d'abord là que ça se passe et il y met tout son coeur à chaque fois. Parfois il gagne, parfois il perd, mais c'est toujours un scénariste de BD.

Et Prodigy, c'est de la BD, avec des outrances, des facilités, je vous l'accorde, mais accessible, facile à aimer (ou à détester) sans jamais s'excuser d'être de la BD. Pour ça, Millar me sera toujours sympathique. Oui, il en fait des caisses, mais au moins il se bouge pour ce qu'il fait.

Et, mine de rien, s'il collabore fréquemment avec des cadors, qu'il adore chiper pendant quelques mois aux Big Two (il va d'ailleurs bientôt annoncer deux stars avec qui il a des projets pour 2023), il met un coup de projo sur des artistes méconnus et talentueux. Cette fois, donc, Matteo Buffagni.

Buffagni, vous avez peut-être remarqué son beau coup de crayon, dans le registre réalisme classique, sur Astonishing X-Men, Daredevil, Wolverine (tous du temps où Charles Soule les écrivait), X-Men : Blue (période Cullen Bunn). Un trait élégant, avec un zeste de Mignola dans le traitement des ombres, mais qui ne s'est jamais imposé aux yeux des editors de Marvel (alors qu'au même moment RB Silva par exemple perçait). Avec Prodigy : The Icarus Society, c'est certain qu'il a l'occasion de briller et peut-être de se rappeler au bon souvenir de quelques responsables chez les Big Two.

En attendant, ses planches ici sont superbes, avec de belles compositions, un découpage simple mais efficace, des personnages admirablement campés. Le contraste est frappant avec l'énergie débordante de Albuquerque, mais on n'y perd vraiment pas au change (et je suis fan d'Albuquerque, donc je le dis sans méchanceté). Qui plus est, Buffagni peut compter sur une excellente coloriste avec Laura Martin, qui soigne particulèrement les ambiances.

Bref, j'ai replongé. Sans rien oublier de la déconvenue du premier volume. Mais avec beaucoup d'espor pour ce nouveau lot d'épisodes.

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