jeudi 5 mai 2022

FLASHPOINT BEYOND #1, de Geoff Johns, Tim Sheridan, Jeremy Adams et Xermanico avec Mikel Janin


Après son prologue accrocheur, Flashpoint Beyond démarre vraiment avec ce n°1. Geoff Johns est à la baguette, secondé par Tim Sheridan et Jeremy Adams pour l'écriture. Xermanico dessine, avec un peu d'aide de la part de Mikel Janin. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que tout ce beau monde y va fort !


Thomas Wayne a recueilli le fils de Harvey Dent, tué par un agent d'Aquaman,. Il en confie la garde à Oswald Cobblepot pendant qu'il part enquêter en Angleterre, tenue par les atlantes.


Batman tue deux gardes qui surveillent Wonder Woman faite prisonnière. Il négocie avec elle une brêve alliance afin de soutirer des renseignements à Aquaman en échange de la liberté de l'amazone.


Utilisant le lasso de vérité, Batman apprend que Aquaman n'a pas envoyé de tueurs contre Barry Allen. Cobblepot l'avertit qu'une attaque contre son casino a été commise et Batman comprend qu'on a voulu l'éloigner de Gotham.


Cependant, sur Terre-0, Flash a découvert une perturbation dans la Force Véloce et soupçonne Reverse-Flash. Mais Batman lui garantit qu'il ne l'a pas vu dans sa Batcave...

Ce qui frappe le plus à la lecture de ce premier épisode de Flashpoint Beyond, c'est avec quelle immédiateté on replonge dans l'univers parallèle imaginé par Geoff Johns. A vrai dire, qu'importe que vous ayez lu Flashpoint (même si c'est facile à dire quand on l'a lu), vous embarquez dans un thriller au rythme effrené en étant renseigné rapidement sur la situation, déjà exposée dans le n° 0, et vous tournez les pages avec gourmandise.

Si j'ignore l'importance des contributions de Tim Sheridan et Jeremy Adams crédités comme co-scénaristes de la mini-série, il est pourtant évident qu'on est bien en train de lire du pur Geoff Johns. J'ai, pour ma part, l'impression, parfois dérangeante, que Sheridan et Adams sont là comme deux inspecteurs des travaux finis, chargés de surveiller Johns. Comme si DC voulait blinder le projet (puisqu'on le sait, le scénariste vedette a vu son image ternie par des accusations proférées apr l'acteur Ray Fisher sur le tournage de Justice League, mais aussi parce que depuis quelque temps Johns s'est mis en retrait, abandonnant son rôle d'architecte du DCU).

Il y a dans Flashpoint Beyond un côté produit de contrebande, comme si cet event, en marge de l'autre saga (Dark Crisis) beaucoup plus vendue par l'éditeur, refusait d'être trop mis dans la lumière. Ce n'est pas désagréable car d'une part ça correspond avec le propos (une intrigue dand une dimension supposée disparue) et d'autre part, parce que cela altère la lecture elle-même, dégagée des contraintes et attentes d'un event traditionnel. Pour un peu, sa vraie place aurait été au sein du Black Label.

Pour moi, en tout cas, il ne fait guère de doute que Johns écrit seul et que les deux autres sont là pour rassurer les cadres de DC, veiller au grain. Il n'y en a pas besoin pourtant parce que Flashpoint Beyond n'a rien de dangereux, de sulfureux. C'est un thriller d'action, captivant, très efficace.

Surtout, on reconnaît la patte de Johns dans la manière d'imposer au lecteur des coups de théâtre express au lecteur, pour l'estomaquer sans délai. Déjà, un personnage majeur meurt, et de façon brutale, inattendue, sans bagarre. Ensuite, le personnage de Thomas Wayne, qui, dans cette réalité alternative, incarne un Batman adepte des méthodes les plus expéditives, imprime au récit une sorte de détachement fataliste épatant : il se fiche complètement de la guerre cataclysmique qui oppose amazones et atlantes, et quand les cobelligérants menacent d'attaquer son pays après l'Europe, il s'en contrefiche. "Nothing matters." répond-il.

C'est que ce Batman est sur la piste d'un assassin et il va comprendre qu'on a voulu l'éloigner de Gotham. Puis Johns insiste sur un motif qu'il ressasse depuis qu'il a entrepris sa réinterprétation des obsessions  chères à Alan Moore, avec des horloges en retard, et en intitulant ce chapitre The Clockwork Killer (le tueur horloger). Le scénariste nous entraîne aussi sur de fausses pistes comme quand on imagine que Thomas Wayne a adopté le fils d'Harvey Dent pour peut-être en faire un Robin, mais c'est visiblement faux puisqu'il se débarrasse du gamin en le confiant à Oswald Cobblepot (qui lui sert de majordome dans cet univers), et le jeune Dexter demande à cette nounou peu ordinaire de lui apprendre à tirer au pistolet. Il y a un humour noir, absurde, dans ce projet.

Après le prologue dessiné par Eduardo Risso, Xermanico prend le contrôle des planches et livre une prestation formidable. Même si on devine facilement qu'il n'a pas eu beaucoup de liberté dans le découpage vu la précision du script, son trait expressif et puissant sert à merveille la partition.

Johns est devenu tellement hanté par Moore qu'il impose à ses artistes des mouvements d'appareil identiques à celui que le mage anglais indiquait à ses partenaires, comme en témoigne le travelling arrière qui ouvre l'épisode, ou le "gaufrier" de neuf cases lors du dialogue entre Batman et Wonder Woman. L'effet est sidérant, mais Xermanico s'en sort avec les honneurs, sans, lui, chercher à copier Dave Gibbons.

Les couleurs de Romulo Fajardo ajoutent à la tonalité étrange de l'histoire : subtilement, la palette choisie donne à l'ensemble un côté délavé, comme si tout ça était un rêve, une réalité finement troublé. C'est sobre et délicat, mais en même temps, on est incapable à la fin de l'épisode de définir réellemment la teinte qui domine, comme si cela devait infuser. Il y a quelque chose d' "Eastwoodien" dans tout ça, presque sous-exposé, c'est très étonnant.

Tout comme il est étonnant (car rien ne l'annonçait) de trouver Mikel Janin dessinant les trois dernières pages. J'espère qu'on ne va pas assister à une sorte de prestation comme celle que Janin a dû exécuter sur le Batman de Williamson, quand Jorge Molina a été incapable de produire l'intégralité de ses scènes. Il me semble plutôt, ici, que c'est une manière de distinguer le coeur du récit (dans la dimension Beyond) de ce que Batman/Bruce Wayne entreprend sur Terre-0. On verra bien vite si ce n'est que cela ou si Janin aide davantage Xermanico (qui avait eu beaucoup de mal sur Infinite Frontier).

Un excellent moment en tout cas. Je suis curieux et enthousiaste pour la suite.

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