mardi 31 mai 2016

Critique 905 : ASSURANCE SUR LA MORT, de Billy Wilder


ASSURANCE SUR LA MORT (en v.o. : Double Indemnity) est un film réalisé par Billy Wilder, sorti en salles en 1944.
Le scénario est adapté de Three of a kind de James Cain par Billy Wilder et Raymond Chandler. La photographie est signée John Seitz. La musique est composée par Miklos Rozsa.
Dans les rôles principaux, on trouve : Fred McMurray (Walter Neff), Barbara Stanwyck 'Phyllis Dietrichson), Edward G. Robinson (Barton Keyes).
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Gravement blessé par balles, Walter Neff enregistre sa confession sur le dictaphone de son collègue Barton Keyes dans un des bureaux de la compagnie d'assurances "Pacific All-Risk" où ils sont employés.
Walter Neff et Phyllis Dietrichson
(Fred McMurray et Barbara Stanwyck

Il raconte comment, quelques mois auparavant, il a rencontré Phyllis Dietrichson et son mari, à qui il vendit une assurance-vie de 50 000 $, dont la prime serait doublée en cas de mort accidentelle.
Phyllis, son mari et Walter
(Barbara Stanwyck, Tom Powers et Fred McMurray

Walter et Phyllis deviennent amants et élaborent un plan pour se débarrasser du mari. Mais une fois leur crime commis, les ennuis commencent : le patron de la "Pacific all-Risk" pense que Dietrichson s'est suicidé (ce qui rend caduque son contrat) ; Lola, la fille de la victime, accuse sa belle-mère, Phyllis, d'avoir tué son époux ; et Barton Keyes devine une fraude à l'assurance avec la complicité d'un inconnu. 
 Walter Neff et Barton Keyes
(Fred McMurray et Edward G. Robinson)

Lorsque Walter apprend par Lola, qu'il essaie de raisonner, que Phyllis a une liaison avec le boyfriend de sa belle-fille, Nino Zachetti, il décide de tirer ça au clair. Leur explication va conduire les amants à s'entretuer...
Phyllis et Walter

L'histoire de ce somptueux polar s'inspire d'un authentique fait divers de 1927 ayant impliqué Albert Snyder, sa femme Ruth et l'amant de celle-ci, Judd Grey. Après l'avoir découvert, et avoir lu Le grand sommeil, Billy Wilder, dont le co-scénariste habituel, Charles Brackett, ne voulait pas traiter cette intrigue "sordide", fit appel à Raymond Chandler pour adapter le texte qu'en tira James Cain (auteur du Facteur sonne toujours deux fois).

Les relations entre le cinéaste, dont c'était seulement le troisième film américain comme metteur en scène, et l'écrivain furent houleuses, car ce dernier n'appréciait pas la rigueur disciplinaire requise pour la rédaction d'un script de cinéma, mais Wilder appréçiait malgré tout le talent de dialoguiste et les ambiances créées par Chandler (lequel reconnut tardivement la qualité de leur collaboration).

Malgré cette genèse difficile, Assurance sur la mort allait durablement marquer les esprits et s'imposer comme un classique, préfigurant l'âge d'or du "film noir". Wilder a, il est vrai, imposé des idées, notamment esthétiques, amenées à faire école. Par exemple, il voulait donner à l'histoire un réalisme stylisé comparable aux bandes d'actualité et obtint de son chef opérateur, John Seitz, des éclairages lugubres dans des décors quotidiens (supermarché, bowling, fast-food, bureaux...), mélangeant de la poussière et de la fumée pour invoquer une atmosphère oppressante et inquiétante.

Les dialogues permettent aussi de caractériser fortement chaque protagoniste : Neff emploie des expressions argotiques, Keyes se lance dans de longues tirades, Phyllis procède par des sous-entendus... Cela confère un dynamisme singulier aux relations des personnages. Keyes, par exemple, malgré son zèle, déteste la bureaucratie, les formalités, mais ne vit que pour son travail. Neff, lui, apparaît d'abord comme un individu sans ambition, jouant sur son charme, avant de se laisser dévorer par la passion sexuelle et l'appât du gain (de ce point de vue, le scénario pointe autant les dangers relatifs au manque de règles qu'à un respect trop scrupuleux de celles-ci). Phyllis a un passé chargé et compromettant et agit sans scrupules ni regrets, aussi froide dans sa détermination que torride dans sa séduction.

Wilder soigne des détails qui deviennent éloquents à mesure que le récit se développe, comme ce running gag qui voit Neff sans cesse fournir des allumettes à Keyes pour allumer ses cigares, suggérant leur amitié (mais Barton se retient de tendre trop la main à Walter par peur d'être rejeté, et Neff ne peut se permettre d'être trop proche de Keyes compte tenu de son implication dans la mort de Dietrichson dont il a usurpé l'identité le soir de son meurtre pour forger son alibi). La gourmette à la cheville de Phyllis agit aussi comme un accessoire qui résume l'attirance de Walter pour elle. Tout cela est subtilement installé et correspond aux enseignements de Lubitsch dont Wilder fut le scénariste et le disciple : laisser au spectateur le soin d'interpréter les signes.

Un autre éléments particulièrement remarquable réside dans la description du couple Walter-Phyllis qui inspire un plaisir trouble : le spectateur souhaite les voir réussir leur coup tout en admettant que leur acte est condamnable. En rendant le public complice par la connaissance des circonstances du crime, Wilder invite à prendre parti pour des assassins, tout comme il joue avec les limites de ce qu'il peut montrer (il est évident qu'ils couchent ensemble). L'utilisation de la voix off découle du même procédé : il ne s'agit pas de répéter ce qu'on voit mais d'ajouter des informations à l'image (Walter Neff associe la maison des Dietrichson au parfum du chèvrefeuille). 

Pour convaincre ses acteurs, le cinéaste a dû être aussi habile : après avoir envisagé Alan Ladd et George Raft ("c'est dire si j'étais tombé bas" ironisera Wilder), il obtient Fred McMurray, habitué aux comédies pour interpréter Neff en misant justement sur la surprise de découvrir cet acteur sympathique camper un meurtrier. Pour Barbara Stanwyck, il la défia de jouer une vraie garce, un autre contre-emploi, en l'affublant d'une étonnante perruque blonde et en érotisant sa garde-robe (des vêtements moulants, la fameuse gourmette à la cheville, des lèvres peintes, des lunettes de soleil, une grosse émeraude à la main gauche) : elle dégage une sensuelle vulgarité, incarnant l'archétype de la femme fatale. Quand à Edward G. Robinson, cet acteur cultivé était fait pour être Barton Keyes avec ce mélange de rudesse et et de pugnacité, capable de monologuer sans cabotiner.

Le film devait s'achever avec un dénouement différent (Keyes assistant à l'exécution de Neff dans la chambre à gaz de la prison de Folsom), qui fut tournée, puis coupé au montage par Wilder, qui préféra une fin aussi éloquente et moins démonstrative. En tournant le dos à la traditionnelle "happy end", le réalisateur donnait à cette oeuvre une dimension tragique et pathétique inoubliable, sans doute trop audacieuse pour les "Oscar" (nommé pour la la meilleure actrice, la meilleure photo, le meilleur scénario et le meilleur film, elle repartit bredouille)... Mais pas pour Woody Allen qui la considère comme le "meilleur film de tous les temps"

1 commentaire:

Blogger a dit…

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