vendredi 20 mai 2011

Critique 232 : BATMAN : STREETS OF GOTHAM 1 - HUSH MONEY, de Paul Dini et Dustin N'Guyen

Batman : Streets Of Gotham 1 - Hush Money rassemble les épisodes 852 de Detective Comics, 685 de Batman et 1 à 4 de Batman : Streets Of Gotham, écrits par Paul Dini et dessinés par Dustin N'Guyen, publiés par DC Comics en Mars 2009 (Detective Comics et Batman) et de Août à Novembre 2009 (Batman : Streets Of Gotham).
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Le Dr Thomas Elliot tente de se suicider après avoir été corrigé et ruiné par Catwoman, mais il est sauvé par des marins et décide d'en profiter pour se venger. Ayant pris les traits de Bruce Wayne dont il a découvert la double identité, il sait que Batman n'est plus apparu en public depuis de longs mois et en déduit qu'il est mort, une occasion idéale pour prendre la place du playboy milliardaire de Gotham en détournant sa fortune.
Mais Elliott se montre trop gourmand et il est repéré puis enlevé par Catwoman qui le remet à Nightwing et Robin. Il est enfermé dans une cellule du manoir Wayne.
Dick Grayson endosse le costume et le nom de Batman et Damian Wayne continue de le seconder comme Robin alors que Firefly, un ancien agent du criminel Black Mask, met littéralement Gotham à feu et à sang. Profitant de la situation, Elliot s'échappe et usurpe publiquement l'identité de Wayne. Grayson et Damian, avec quelques amis, sont obligés de composer et autorise Elliot à jouer son rôle tout en l'empêchant d'aller trop loin.
Cependant, Black Mask, après l'arrestation de Firefly, confie une partie de son empire à Zsaz. De quoi occuper Batman et Robin...
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Pour apprécier cet album et les épisodes qu'il rassemble, il convient de faire le point sur la situation de Batman : Grant Morrison, le scénariste de la série consacrée au Dark Knight, a règlé son compte au justicier en deux temps. D'abord, il a fait subir au héros une longue descente aux enfers dans la saga du Gant Noir, avant, dans le crossover Final Crisis, de le faire succomber face à Darkseid. En vérité, Bruce Wayne, que tous ses amis croient vraiment mort, a été transporté dans la préhistoire et son retour attendu fait l'objet d'une saga intitulée Return of Bruce Wayne.
En attendant, ces épisodes écrits par Paul Dini, responsable de l'autre titre, l'historique Detective Comics (tout comme Action Comics est le titre original de Superman), reviennent sur la période entre la disparition de Wayne et son retour. Grant Morrison a établi (comme Ed Brubaker avec Captain America) que Dick Grayson, le disciple du héros, a décidé d'assumer l'héritage de Batman en se glissant dans son costume. Il est secondé par Damian, le fils de Wayne et Talia Al-Ghul. Désormais, Batman est l'élément "sage" du tandem tandis que Robin est un gamin violent.
Paul Dini, dans les deux premiers épisodes de ce recueil, s'emploie d'abord à conclure le dossier de Hush (Silence en vf), cet ennemi de Batman, créé par Jeph Loeb et Jim Lee dans la saga éponyme. En cavale, il est repris par Catwoman et Grayson, encore en action sous l'alias de Nightwing.
Puis, c'est le début de la série Batman : Streets of Gotham, lancée après Final Crisis, mi-2009. Grayson est devenu Batman entretemps, Hush est détenu dans une cellule du manoir Wayne, et Black Mask commande aux criminels de la ville.
Dini pilote la série selon un principe ingénieux puisque chaque épisode multiplie les narrateurs en voix-off, donnant à la fois le point de vue des "gentils" (comme le commissaire Gordon) et des "méchants" (Firefly).
Fidèle à la méthode déjà à l'oeuvre sur Detective Comics, dans un recueil comme Private Casebook, Dini écrit des récits brefs mais à l'action tendue, mais plus spectaculaire, en deux épisodes. Le personnage de Elliot/Hush sert de fil rouge aux six épisodes de l'album, de sa tentative de suicide à son sauvetage puis durant sa cavale jusqu'à sa capture, son incarcération et son évasion avant d'être "mis sous tutelle" par Grayson, Damian et leurs amis (les Outsiders, Zatanna, quelques membres de la JLA).
L'ensemble est très plaisant à lire, le rythme est soutenu, très fluide, la diversité des narrateurs conférant une ampleur à la série en suggérant la profondeur de la criminalité de Gotham. De la belle ouvrage, plus accessible que ce qu'écrit Morrison, où l'abondance de références au passé de Batman et les délires sur sa psyché tortueuse peuvent égarer les non-initiés.
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Graphiquement, c'est également brillantissime : Dustin N'Guyen forme vraiment un duo parfait avec Paul Dini, et son style à la fois "cartoony" et aux ambiances soignées conjugue à la fois originalité et qualité.
La force de l'artiste, dont le trait s'est à la fois affiné et diversifié, affranchi de tout réalisme tout en proposant des planches saisissantes (voir Gotham en feu) ou des vignettes savamment suggestives (le jeu sur les ombres, comme lorsqu'il révèle que Hush est surveillé par le Creeper alors que ce dernier est en civil), est de prolonger visuellement toutes les malices narratives sans que jamais le tempo ne s'en ressente.
A bien des égards, c'est le dessinateur le plus singulier et le plus efficace de DC aujourd'hui, avec, qui plus est, une productivité assez ahurissante (il signe les couvertures de la série et de bien d'autres !).
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Même si la série est désormais terminée Outre-Atlantique, voilà une production magistrale dont ce premier album donne très envie de découvrir la suite.

1 commentaire:

Jerome a dit…

Bien d'accord avec toi, cet album est à posséder pour tout amateur de Batman !