dimanche 12 décembre 2010

Critique 190 : SPIROU ET FANTASIO, TOME 4 - SPIROU ET LES HERITIERS, de Franquin

Spirou et Fantasio : Spirou et Les Héritiers est le 4ème album de la série écrit et dessiné par Franquin, sorti en 1952.
*

Le vieil oncle de Fantasio vient de mourir et a fait de lui et de son cousin Zantafio ses principaux héritiers (ne laissant que son perroquet à sa belle-soeur Esther et à sa nièce Séraphine). Mais pour recevoir le legs, ils doivent réussir au moins trois épreuves.
La première consiste à inventer une machine d'utilité publique : Fantasio présente, après plusieurs essais farfelus, le Fantacoptère, un jet-pack dorsal révolutionnaire. Zantafio, fieffé filou, l'a espionné et fait construire de son côté le Zantajet, plus puissant, polyvalent mais plus dangereux : il met le feu à une maison et Spirou sauve un enfant pris dans les flammes, donnant la victoire à Fantasio.
Ensuite, les deux cousins doivent participer à une course automobile sur le circuit de Cocochamp (inspiré de Spa-Francorchamp) et se font engager par l'écurie Turbot. Zantafio fait encore des siennes, redoublant de fourberie en organisant le rapt des deux coureurs Martin et Roulebille (qu'on retrouvera dans le tome 6 : La Corne de rhinocéros) puis en essayant d'accidenter Fantasio avec la complicité d'un autre pilote. Spirou prend le volant du bolide de Zantafio, évite le drame et arrive troisième - mais il donne ainsi la victoire au vilain cousin.
Enfin, il leur faut retrouver et capturer un animal, le Marsupilami, qui vit dans la jungle de Palombie, en Amérique latine. Mais la bestiole est facétieuse et l'endroit occupé par les redoutables indiens Chahuta's. Spirou et Fantasio attrapent le Marsupilami et, contre toute attente, échappent aux indigènes grâce à Zantafio, qui a choisi de rester en Palombie (on verra pourquoi dans le tome 7, Le Dictateur et le Champignon).
De retour auprès du notaire Mordicus, après avoir remis le Marsupilami au jardin zoologique de la ville, Fantasio découvre la nature de son héritage : l'expérience gagnée durant ces aventures.

Si on peut considérer le vrai début de la série avec le tome 2 (Il y a un sorcier à Champignac), alors Spirou et les Héritiers constitue l'album fondateur du run de Franquin.
L'histoire est clairement découpé en trois actes correspondants aux trois épreuves que disputent Fantasio et Zantafio : ce chapitrage ôte de la fluiditié au récit, mais pas son dynamisme.
Le goût de Franquin pour les mécaniques est déjà manifeste avec la course automobile dont il fait un vrai épisode plein de suspense, riche en rebondissements, plein de tension, révèlant toute la vilaine de Zantafio. On y fait également la connaissance de Martin et Roulebille, qui seront de retour dans le tome 6, La Corne de rhinocéros.
Mais avant cela, le bédéphile aura découvert l'apparition de cet engin formidable qu'est le Fantacoptère : ce véhicule n'est pas seulement ingénieux mais révolutionnaire car, comme le raconta Franquin (dans ses entretiens passionnants avec Numa Sadoul dans Et Franquin créa Lagaffe), il aurait fonctionné dans la réalité. Pour le fan de comics, et d'Alan Moore en particulier, le Fantacoptère est également l'inspirateur du jet-pack de Tom Strong (visible dès le premier épisode de la série dessinée par Chris Sprouse). Si Franquin n'a pas lu cet hommage, il est indéniable que l'auteur de Watchmen connaissait Spirou et Fantasio.

Enfin, l'élément qui achève de classer ce tome parmi les classiques de la série (et de la bande dessinée en général), c'est l'apparition du plus formidable animal du 9ème Art : le Marsupilami. De toutes les créations de Franquin, il reste (avec le Gaffophone) la plus mémorable et l'artiste conservera toujours une affection spéciale pour lui (en conservant la propriété et l'usage après avoir quitté la série). Par la suite (même s'il le regrettera un peu), il dôtera la bestiole de facultés de plus en plus irrésistibles, comme un jeu avec ses héros et leurs lecteurs. Quoi qu'il en soit, Franquin ne tardera pas à remettre le Marsupilami en vedette puisqu'il réalisera le tome suivant (Les Voleurs du Marsupilami) dans la foulée et en fera la vraie mascotte de la série.

Graphiquement, Franquin s'est déjà notablement affranchi de l'influence de Jijé en donnant leurs formes quasi-définitives aux personnages. Son trait n'a pas encore la souplesse qui fera sa légende, et le découpage est très académique (avec le fameux gaufrier, rigoureusement employé), mais la lecture est d'une clarté déjà exemplaire.
Une oeuvre et un style sont véritablement en train de naître sous nos yeux durant la soixantaine de pages du récit.

L'album incontournable par excellence : la légende est en marche.

Aucun commentaire: