dimanche 8 novembre 2020

BLACK WIDOW #3, de Kelly Thompson et Elena Casagrande


Kelly Thompson est en train de réussir quelque chose de vraiment intéressant, original, avec sa reprise de Black Widow. Elle renoue avec l'inspiration, tout en ayant changé de registre (moins d'humour, plus de mystère). C'est accrocheur. Et élégant grâce au dessin d'Elena Casagrande. Pourvu que ça dure (même si j'en doute...).


Toujours en planque devant le domicile de Natasha Romanoff, Hawkeye et le Soldat de l'Hiver s'interrogent sur quoi faire au sujet de leur partenaire. Leurs réflexions sont interropues apr Yelena Belova, l'autre Veuve Noire, qui joue le rôle de la baby-sitter de Natasha et assure contrôler la situation.


Il n'en reste pas moins que Natasha ne va pas si bien que ça comme Yelena s'en aperçoit lorsqu'elle la surprend en train d'essayer sa robe de mariée en pleurs. Elle avoue son trouble, comme si elle était engagée dans une histoire autre que la sienne. Puis se elle ressaisit subitement.


Ces atermoiements n'échappent pas à Arcade et à ses commanditaires qui font tous partie des ennemis et/ou proches de le Veuve Noire. Parmi eux, le Lion Pleureur veut se venger d'elle et a avancé ses pions à l'insu des autres...


En effet, quand Natasha rentre chez elle, elle sent une anomalie. Personne ne lui répond quand elle appelle son mari. Puis lorsqu'elle pénètre dans la cuisine, elle tombe sur plusieurs tueurs. Elle réussit à les neutraliser cependant.


Un dernier tueur retient son mari et leur fils à l'étage et elle s'en débarrasse à son tour. Mais elle est ensuite prise d'un violent malaise et perd connaissance...

Il semble que, quoi qu'on fasse pour appréhender le personnage de Black Widow, ce soit toujours pour l'inscrire dans une intrigue en relation avec son riche passé d'espionne, d'Avenger, d'agent du S.H.I.E.L.D.. Kelly Thompson n'échappe pas totalement à cet écueil mais si elle le contourne efficacement.

Ce troisième épisode démontre en effet que ceux qui sont responsables des profonds changements dans la vie de Natasha Romanoff sont tous des figures connues de son passé : il y a là Viper (une agent de l'Hydra), Le Garde Rouge (son ex-mari), Snapdragon (une mercenaire) et le Lion Pleureur (ou du moins quelqu'un qui a repris cet alias ayant appartenu à un des méchants du run de Waid et Samnee). Pour certains, il s'agit d'écarter Black Widow de leur business, pour d'autres de l'éliminer, et pour les derniers de la faire souffrir. Le Lion Pleureur veut sa mort.

Le lecteur, lui, fait le deuil de l'originalité des deux précédents épisodes où tout suggérait que Kelly Thompson en avait fini avec les histoires du passé au profit d'une machination complexe et diabolique où Black Widow avait raccroché et tout oublié (littéralement).

C'est dommage mais pas désespérant car la scénariste excelle à entretenir le mystère sur cette conspiration et d'autres éléments. Le plus notable étant le bébé qui a à peu près un an alors que Natasha a seulement disparu trois mois et que la dernière fois qu'elle a été vue, elle n'était pas enceinte. Ce n'est pas non plus un enfant adopté dans l'intervalle puisque Yelena Belova s'en est assurée, grâce un test ADN. Thompson révèle le rôle de Belova avec habileté et sans écarter Hawkeye et le Soldat de l'Hiver. On peut parier facilement sur le fait que ces trois-là auront leur mot à dire bientôt étant donné la manière dont se conclut cet épisode.

Même si je suis modérement fan des intrigues au long cours dans une série régulière car c'est un art difficile, j'aurai quand même bien aimé que Thompson ose davantage faire traîner les choses et nous fasse plus durablement douter de l'état de Black Widow. Il y aurait matière à exploiter le lavage de cerveau dont elle a été victime ici et surtout à deviner qui en était responsable, étant donné que Arcade ne pouvait avoir agi seul. Mais il est désormais évident que tout ce pan-là sera résolu au terme de l'arc (donc à la fin du #5 si j'ai bien suivi les solicitations), pour lequel Thompson promet des réponses bouleversantes.

Un autre motif d'inquiétude concerne la partie graphique. Non pas que Elena Casagrande défaille : au contraire, elle continue d'enchaîner brillamment les épisodes et celui-ci offre encore de beauc morceaux de bravoure. Le point culminant est sans aucun doute la double page (voir- ci-dessus) où Black Widow neutralise acrobatiquement une bande de tueurs aux ordres du Lion Pleureur. La décomposition du mouvement, le flux de lecture, le dynamisme de l'ensemble est admirable.

Idem pour les autres scènes, beaucoup plus calmes : Casagrande anime avec brio le dialogue entre Yelena, Clint et Bucky, puis entre Yelena et Natasha. Elle sait découper ces moments de façon à ce que les échanges verbaux ne soient jamais ennuyeux, en variant les angles de vue, la valeur des plans, les expressions des personnages.

Tout cela est particulièrement valorisé par la colorisation de Jordie Bellaire, qui dose ses effets magistralement (l'ombre du feuiilage des arbres sous lesquels se cachent Bucky et Clint et qu'on voit sur leurs visages ; la lumière rasante de la salle d'essayage quand Natasha porte sa robe de mariée, l'absence d'éclairage artificielle dans la maison).

Mais il semble que Casagrande soit un peu à la bourre et elle serait épaulée par Manuel Garcia bientôt (un artiste qui n'a pas du tout le même style qu'elle). A voir comment sa contribution sera gérée (si, par exemple, il dessine des flash-backs, cela passerait, mieux en tout cas que s'il produit des planches que Casagrande n'aura pas le temps de faire). Tout ça m'inquiète un peu dans la perspective du second arc, d'autant plus que Thompson a souvent dû entamer des séries avec un artiste avant qu'on lui en donne un autre, souvent moins bon.

Le plaisir est donc un peu entamé par la tournure plus convenue du récit et les incertitudes liées à sa partie visuelle. Croisons les doigts pour que Black Widow ne se crashe pas...

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