jeudi 19 décembre 2019

MARAUDERS #4, de Gerry Duggan et Lucas Werneck


Marauders est décidément une drôle de série : après le précédent épisode, Gerry Duggan devait se rattraper. Il le fait en partie, tout en restant trop allusif sur la chronologie des événements. Mais d'un autre côté le scénariste déborde d'idées, bonnes, sur la caractérisation et la dynamique relationnel des personnages. Graphiquement, c'est au tour de Lucas Werneck de suppléer Matteo Lolli.


Sur les côtes brésiliennes, trois jeunes mutants cherchent à fuir, mais la marine militaire du pays et le héros Parangon leur bloquent le passage. Tornade les neutralise et évacue les enfants avec le concours de Pyro, Lockheed et Iceberg.


Pendant ce temps, à Taipei, Kitty Pryde et Lucas Bishop sont en mission pour résoudre l'affaire de la disparition de ce milliardaire près d'un portail krakoan. Ils déjouent la sécurité de l'immeuble où ils habitent avec sa femme, une fanatique anti-mutants.


Grâce au pouvoir de Kitty, ils parviennent à pénétrer dans une panic room au coeur de laquelle a été installé un cube. C'est là qu'est retenu contre son gré Lim Zhao, le milliardaire. Sa femme a mis en scène sa disparition pour servir ses intérêts politiques alors que lui est pro-mutant.


Deux gardiennes mutantes interviennent alors et engagent le combat avec Kitty et Bishop. Ils arrivent à s'en débarrasser prestement et libèrent Zhao. Kitty interrompt un meeting de sa femme pour révéler son stratagème, ce qui vaut à cette dernière les sifflets du public.


Alors que Bishop, sur les conseils du Fauve à qui il a signalé les gardiennes mutantes, accepte finalement de devenir l'évêque rouge de la Hellfire trading company, la femme déchue de Zhao scelle une alliance avec l'organisation Homine Verendi, formée par les anciens du Hellfire club...

Ce qui sauve (mais jusqu'à quand ?) Marauders, c'est la sympathie qu'on éprouve pour ses héros et uniquement cela. Gerry Duggan dispose avec cette curieuse équipe, au casting improbable, d'un matelas indéniable, à commencer par Kitty Pryde, une des mutantes les plus attachantes - et auprès de qui beaucoup de fans ont grandi.

Mais cela suffit-il à tout pardonner ? Non. Car Duggan par ailleurs rend confuse une série qui n'en a pas besoin, en particulier sur le plan de la chronologie des faits. Ainsi, on découvre, un peu médusé, que le précédent épisode était en fait situé en amont des autres (celui-ci compris). Il mettait en scène le Pr. X avant son assassinat dans X-Force #1 et sa résurrection dans le #2. Il dévoilait le retour de Shinobi Shaw au même moment, mais alors que les Maraudeurs étaient déjà formés par Emma Frost.

Pourquoi avoir déconstruit ainsi la narration et consacré un numéro entier aux père et fils Shaw alors que la série était déjà sur les rails et filait droit, quand quelques pages auraient suffi ? C'est pour le moins maladroit.

Duggan montre aussi qu'à force de courir plusieurs lièvres à la fois, il est obligé de les attraper de manière précipitée. Dans le premier épisode, on comprenait que Lucas Bishop enquêtait sur la disparition d'un milliardaire coréen. Cette sous-intrigue, prétexte à introduire dans la série une énième figure de fanatique anti-mutant en la personne de l'épouse du disparu, est résolue ici de façon distrayante mais tardive et accessoire.

Le scénariste y déploie à la fois le meilleur et le pire de ce qu'il sait faire. Le meilleur quand il anime le binôme Kitty Pryde (oui, je persiste à l'appeler Kitty car je trouve que l'appeler "Kate" est vraiment un gadget inutile) - Lucas Bishop : il se sert de leurs compétences, de leurs pouvoirs, de leurs personnalités pour le coeur du récit et c'est jubilatoire, au point qu'on se demande pourquoi personne avant n'a eu l'idée d'associer ces deux mutants. Le pire aussi, il faut bien le dire, parce que tout ça aboutit à un cliffhanger agaçant où Duggan ressort de leur boîte les gamins insupportables du Club des Damnés qu'avait employé Jason Aaron dans Wolverine et les X-Men.

Ce qui manque en vérité ici, c'est une direction. Le pitch de Marauders est élémentaire et efficace (une équipe au secours de mutants persécutés qui assure le rapatriement à Krakoa tout en distribuant les remèdes de l'île aux nations amies), mais c'est comme si Duggan voulait le compliquer de façon absurde, en racontant l'histoire de manière désordonnée, en multipliant les pistes, en séparant les personnages, en ne sachant visiblement pas écrire à la fois les aventures des Maraudeurs et les manigances politiques au sein de la HTC.

Pour ne rien aider, la série souffre de ne pas avoir de dessinateur fixe, stable. Déjà trois artistes en quatre numéros, et sans qu'aucun ne convainque vraiment. Lucas Werneck est bon, j'ai suivi son travail sur Tumblr où réalise de belles pin-ups (il avait même redesigné à sa manière les X-Men très élégamment, mais cela n'a pas été retenu par Marvel). Mais c'est un narrateur moyen, qui alterne des planches efficaces et d'autres plus brouillonnes (reconnaissables par des cadrages inutilement biscornus et un abus de traits de vitesse, tous deux empruntés au manga).

Quand Werneck se contente de suivre le script, tout est fluide, à défaut d'être bluffant. Il tient bien ses personnages, représente solidement les décors. Puis, peut-être faute d'indications dans le scénario, il enchaîne avec des pages maladroites, approximatives, qu'il ne sait pas comment remplir, avec des cases mal taillées.

On a envie d'être, de rester indulgent avec cette série, mais elle joue avec nos nerfs. Attention, donc. 

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