jeudi 7 janvier 2016

Critique 787 : UN PETIT BOULOT, de Iain Levison


UN PETIT BOULOT (en version originale : Since the layoffs) est le premier roman écrit par Iain Levison, publié en France en 2003 par les Editions Liana Levi, traduit par Fanchita Gonzalez Battle.
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Jake Skowran réside dans une petite ville américaine dévastée par la crise industrielle : l'usine qui employait la plupart des hommes a fermé après que son activité ait été délocalisée. Sans emploi, Jake s'efforce depuis d'éviter ses créanciers et parie ce qui lui reste d'argent, sans grand succès, pour tenter de se refaire. Il a tout perdu : sa petite amie, sa télé, son abonnement au câble, sa stéréo, son aspirateur...
Pourtant, coup sur coup, Jake décroche deux boulots : son meilleur ami, Tommy, lui propose de l'aider dans un magasin-station service dont le caissier vient d'être abattu lors d'un braquage. Le salaire est misérable et les conditions de travail déplorables, encore plus lorsqu'un cadre de cette chaîne de supérettes débarque pour rédiger un rapport sur l'activité de l'enseigne locale.
Jake est aussi sollicité par Ken Gardocki, son bookmaker, qui lui a proposé d'effacer ses dettes de jeux contre la somme rondelette de 5000 dollars : en échange il devra tuer sa femme, une ancienne strip-teaseuse, plus jeune que lui, qui le trompe avec un autre homme. N'ayant plus rien à perdre, Jake accepte aussi ce job.
Sa place auprès de Tommy fournit une couverture à Jake qui assure les nuits en alternance avec un adolescent surnommé "Patate", prêt à fermer les yeux sur son absence la nuit où il va exécuter son contrat. Il le remplit parfaitement, sans laisser de traces derrière lui, ni même ressentir de remords ensuite.
Gardocki est pleinement satisfait et propose d'autres missions à Jake. La police finit par s'intéresser à lui, mais sans réussir à le confondre. Toutefois quand il rencontre Sheila, une jeune femme travaillant aussi au commissariat (à des tâches subalternes), il hésite à continuer à tuer, conscient qu'il peut entreprendre une nouvelle vie amoureuse sérieuse...  

Comme j'ai envie de le faire pour les films, je souhaite également désormais ouvrir des entrées pour d'autres lectures que des bandes dessinées. J'ai toujours apprécié de lire des romans, parfois des biographies et des essais, mais la consommation de comics m'en a éloigné : je n'avais tout simplement pas le temps. Et puis si, autrefois, je pouvais engloutir un livre rapidement, aujourd'hui c'est plus laborieux : il faut vraiment que je sois captivé pour ne pas me décourager. Aujourd'hui, j'ai aussi envie de varier les plaisirs de lecture pour découvrir de nouveaux auteurs, en retrouver d'autres que j'ai délaissés, et éviter la saturation de bandes dessinées (comme cela a été globalement le cas avec les comics super-héroïques ces derniers mois).

Le problème quand on veut se remettre à lire des romans, c'est : par où (re)commencer ? L'offre est pléthorique, les envies multiples. J'ai choisi de redémarrer par un petit volume (deux cents pages), dans un genre que j'ai abondamment fréquenté depuis toujours (le polar), et aussi attiré par la perspective que l'ouvrage élu allait connaître une adaptation au cinéma (le moment venu, je pourrais ainsi vérifier la qualité du film par rapport au matériau d'origine).  

J'ai repéré Iain Levison dans un article récent paru dans "Paris Match" à l'occasion de la sortie de son dernier opus (Ils savent tout de vous). Je ne connaissais pas du tout son travail ni sa vie, juste que deux de ses oeuvres allaient devenir des films : Arrêtez-moi là, réalisé par Gilles Bannier, avec Reda Kateb, Léa Drucker, Zabou Breitman, sorti le 6 Janvier ; et donc Un petit boulot, réalisé par Pascal Chaumeil, avec Romain Duris, Michel Blanc et Alice Bélaidi, à venir.

Né en 1963 à Aberdeen en Ecosse, Levison vit désormais à Philadelphie et Un petit boulot est son premier roman, édité en 2003. Avant de vivre de sa plume, comme il l'a raconté dans Tribulations d'un précaire, il a collectionné les jobs les plus improbables (une quarantaine !... Poissonnier, livreur de fuel, cuisinier, déménageur, livreur...) et cela est utile à savoir pour apprécier Un petit boulot.

En effet, la dimension sociale est aussi, sinon plus importante dans son histoire que l'aspect policier et très souvent, le narrateur nous livre ses réflexions, pleines de colère, sur la crise qui accable les petites gens comme lui, évoluant dans des cités industrielles désormais misérables. Le chômage, le manque d'argent, aboutissent à un manque affectif, une rage contre les institutions, la dématérialisation du monde, l'impuissance politique. 

Le roman noir, en général, a toujours été irrigué par cette détresse économique, poussant des individus ordinaires à sombrer dans la délinquance, le banditisme. Certains auteurs ont considéré que c'était le corollaire d'un fatalisme pour des héros s'adonnant à des actes criminelles ou des policiers n'ayant plus aucune illusion sur le déclin du monde. David Goodis a écrit de magnifiques pages dans ses meilleurs romans à partir de ces notions, développant le polar moderne tel que Dashiell Hammett l'a formulé en jetant les intrigues de salon dans la rue.
   
Le thème du héros prêt à tout pour s'en sortir a aussi inspiré à Donald Westlake un de ses titres les plus puissants, avec Le couperet (adapté au cinéma par Costa Gavras, avec José Garcia). Mais Iain Levison traite du sujet avec sa propre personnalité, sans imiter son illustre prédécesseur : son style se distingue par une narration volontiers nonchalante, avec donc ces digressions "off" de Jake Skowran, mais quand même énergique. L'usage du présent de l'indicatif et de la première personne du singulier (puisque toute l'histoire est racontée par le personnage principal, de son unique point de vue) rendent la lecture très fluide, immersive, et permettent d'éprouver de la sympathie pour ce personnage qui va pourtant commettre des meurtres.

L'autre atout de Levinson, c'est l'humour qu'il parvient à glisser dans son propos : la comédie ne provient pas des dialogues qui sont rares (et cela sera intéressant de voir comment le film contournera ce parti pris) mais des situations qui basculent souvent dans l'absurde. Et c'est réjouissant. Pour son premier contrat, la chance sert Jake ; pour le suivant la situation est à la fois macabre (il doit achever un malade du Sida en phase terminale) et délirante ; et sa dernière mission (sur une plage, avec un fusil puant l'urine, avec une cible qu'il rate et devra achever de manière acrobatique) est même hilarante. Le contraste qui s'opère entre l'horreur des assassinats et l'humour grinçant avec lesquels Levison les met en scène est irrésistible tout en jouant sur une dilatation du temps qui souligne l'amateurisme de Jake, la pénibilité de sa tâche, et paradoxalement son efficacité à l'ouvrage.

Les relations entre Skowran et Gardocki sont savoureuses, surtout lorsque ce dernier, préoccupé par l'enquête ouverte par la police (et la révélation concernant son chauffeur personnel...), verse dans la paranoïa... Tout en poursuivant ses affaires ! Les scènes avec Tommy sont moins relevées, tandis que le second rôle de "Patate" ajoute un zeste d'étrangeté intrigante (parce que l'ado souffre d'un problème d'élocution qui trouvera son remède de manière inattendue). Quant à la romance entre Sheila et Jake, elle est croustillante puisqu'elle ignore qu'elle fréquente un tueur (même si elle finit par se douter que son amant a des occupations troubles quand elle accepte un week-end avec lui en Floride).

Un petit boulot est un petit bijour, qui se lit vite, avec un plaisir intense, et qui concilie la réflexion sociale avec un plot policier très efficace. Une vraie révélation.
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Pour finir, un post-scriptum concernant le film tiré de ce roman : il a donc été réalisé par Pascal Chaumeil, mais le cinéaste n'aura jamais vu son long métrage terminé puisqu'il est prématurément mort, à 54 ans, à la fin du tournage. Il avait signé auparavant Un plan parfait, avec Dany Boon et Diane Kruger, et surtout le formidable L'arnacoeur, avec Vanessa Paradis et Romain Duris.
C'est d'ailleurs parce qu'il souhaitait retrouver Duris et le confronter à Marion Cotillard qu'il avait initié son projet suivant, une comédie intitulée Vivre, c'est mieux que mourir, inspiré du Magnifique de Philippe De Broca. Mais il ne parvint pas à le financer et adapta donc Un petit boulot.
Dans les rôles principaux, on trouvera donc Romain Duris (Jake *) :
 Michel Blanc (Gardocki *)
 Alice Belaidi (Sheila *)
(* : les noms et prénoms devraient logiquement être modifiés, au moins francisés.)

La date de sortie n'a pas encore été communiquée.

1 commentaire:

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