dimanche 5 août 2012

Critique 341 : DAREDEVIL, VOL. 2, de Mark Waid et Paolo Rivera, Emma Rios, Kano, Koi Pham

Daredevil, Volume 2 rassemble les épisodes 7 à 10 et 10.1 de la série et l'épisode 677 d'Amazing Spider-Man écrits par Mark Waid, publiés par Marvel Comics en 2011-2012. Les dessins sont signés Paolo Rivera (#7, 9 et 10), Emma Rios (Amazing Spider-Man #677), Kano (#8) et Koi Pham (#10.1). 
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L'homme sans peur va vivre trois nouvelles aventures dans ce 2ème album :
Quelles informations précises contient l'Omega Drive
convoîté par les 5 plus puissantes organisations criminelles ?


On fête Noël chez Nelson & Murdock, et
Matt et Kirsten McDuffie flirtent...

Tout d'abord, Matt Murdock est obligé de reporter un rendez-vous galant avec l'assistante du procureur, Kirsten McDuffie, car il accompagne une classe d'enfants non-voyants pour une sortie à Noël. Un accident de la route va les obliger à défier une nature hostile pour s'en sortir : une épreuve aussi bien pour Daredevil, dans un environnement qu'il ne connaît pas, que pour ses protégés...
Daredevil et Spider-Man font équipe 
pour aider Black Cat... 

Puis, Spider-Man demande de l'aide à Daredevil car Black Cat est accusée d'un cambriolage chez Horizon Labs (où travaille Peter Parker). Cependant, l'affaire se révèle vite plus complexe qu'il n'y paraît - d'ailleurs l'illusion est au centre de l'intrigue puisque l'objet volé est un créateur d'hologrammes...
... Mais la Chatte Noire est-elle vraiment
innocente ? Ou manipule-t-elle Daredevil ?

En tout cas, la situation prend une tournure
déplaisante pour le Tisseur...

En effet, ce cambriolage est une ruse pour permettre à Black Cat, recrutée par l'organisation Black Spectre, de séduire Daredevil et de tenter de lui dérober l'Omega Drive, ce disque dur contenant des informations secrètes et convoîté aussi par l'A.I.M., l'Hydra, l'Empire Secret et l'Agence Byzantine.   


Daredevil va défier l'Homme-Taupe sur son terrain :
une aventure aux tréfonds de la terre et de l'âme...

Black Cat libre, Daredevil est prévenu par Foggy Nelson qu'un glissement de terrain a englouti tous les cercueils, y compris celui de son père "Battlin' Jack" Murdock, dans le cimetière où il reposait. Le héros est obligé, à nouveau, d'explorer une zone qu'il ne connaît pas : les entraîlles de la ville, là où l'Homme-Taupe, responsable de cette profanation, règne avec ses moloïdes. Ce voyage prend alors un double sens car il s'agit à la fois de descendre dans les profondeurs terrestres mais aussi pour celles de l'âme, en s'interrogeant pour les deux adversaires sur la notion de deuil.
Black Cat va-t-elle trahir Daredevil ?

En l'absence de Daredevil, Black Cat peut inspecter le domicile de Matt Murdock où elle trouve l'Omega Drive. Achèvera-t-elle sa mission en trompant le justicier qu'elle a charmé ?

La somptueuse dernière couverture
signée Marcos Martin.

Réponse dans le dernier volet de ce 2ème acte où Matt Murdock, après une visite à un détenu qui a attaqué son cabinet, découvre qu'il a agi pour un contrat lancé par le Black Spectre. De quoi fournir à Daredevil le moyen de mettre une nouvelle fois en garde les cinq organisations criminelles contre toute tentative de s'en prendre à lui ou ses proches...
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Après un premier tome exaltant où il a réussi à relancer la série en lui donnant une autre tonalité, ce deuxième volume du Daredevil écrit par Mark Waid était attendu au tournant. Allait-il transformer l'essai ? Et si, oui dans quelle direction ?
Le scénariste marque d'abord une pause dans l'intrigue initiée au 4ème épisode (l'affaire de l'Omega Drive) avec un one-shot magnifique où il envoie Murdock et une classe d'enfants aveugles à l'extérieur de la ville à l'occasion de Noël. La sortie va connaître une péripétie qui éprouve tout le monde et soudera finalement le groupe. Cet épisode (le #7), récompensé récemment aux Eisner Awards, est un parfait concentré de ce qu'a entrepris Waid en reprenant la série : il envoie son héros dans un environnement qu'il connaît peu ou pas, où ses capacités surhumaines ne lui sont pas d'une grande aide, et où il doit aussi sauver d'autres personnes, aussi handicapés que lui. L'histoire a l'efficacité et la beauté d'une fable, avec sa morale sur la solidarité et le courage.

Ensuite, à l'occasion d'un crossover avec la série Amazing Spider-Man (pour lequel Dan Slott s'est temporairement éclipsé), Waid réunit deux justiciers habitués à collaborer puisque DD retrouve Spider-Man. Black Cat est accusée d'un vol, dont elle est d'ailleurs coupable. L'objet du délit est symbolique puisqu'il s'agit d'un générateur d'hologrammes, un engin à même de troubler l'homme sans peur comme le tisseur, mais qui est aussi là pour nous prévenir que rien, dans cette histoire, n'est ce qu'il paraît être.
En effet, l'affaire se révèle rapidement plus complexe et perverse, et la duplicité de Black Cat encore plus grande : elle a accepté de voler le créateur d'hologrammes et d'être arrêtée pour mieux approcher Daredevil et découvrir où il cache l'Omega Drive. Un agent du Black Spectre l'a recruté, et l'on comprend qu'après l'union des organisations criminelles (AIM, Hydra, Empire Secret, Agence Byzantine) dans l'arc précédent, une faille apparaît.
Waid traîte ce récit dans les règles de l'art, avec de l'action, une enquête, et des surprises, mais surtout beaucoup d'humour - voir la réaction de l'homme-araignée quand il surprend, à leur insu, DD et Black Cat s'embrasser langoureusement ("Je crois que c'est mon origine de super-vilain", réplique irrésistible).

Puis une nouvelle aventure appelle Daredevil et va le conduire encore une fois en terrain peu familier, très hostile, face à un adversaire inattendu et retors : l'Homme-Taupe. La volonté de Waid d'opposer le diable rouge à des ennemis inédits se confirme (après Klaw dans le vol. 1). Mais ce n'est pas pour le simple plaisir d'étonner : il s'agit aussi de trouver des vilains dont les capacités et les tourments correspondent à ceux de Daredevil. Le mobile de l'Homme-Taupe pour profaner un cimetière entier est certes glauque mais aussi d'un romantisme morbide et conduira le méchant et le bon à accepter, dans la douleur, de faire le deuil de très proches.
L'intelligence avec laquelle Waid manie ces concepts tout en les intégrant à des aventures rythmées, épiques, surprenantes, est un modèle du genre et confirme à quel point, en une poignée d'épisodes il a su redynamiser la série, son héros, son univers.
Il n'oublie pas de clore, en chemin, la mission de Black Cat, de façon tout aussi adroite.

Enfin, en guise d'épilogue, nous avons droit à un épisode ".1", initiative lancée par Marvel pour permettre à de potentiels nouveaux lecteurs de prendre le train en route sans être perdu. Le scénariste s'acquitte honorablement de cette tâche (qui n'était cependant pas bien utile : après seulement dix épisodes, n'importe qui aurait été capable de comprendre où on en était).
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Le premier volume tirait aussi parti de sa cohérence graphique, avec seulement deux dessinateurs réalisant chacun trois épisodes d'affilée. Le départ soudain de Marcos Martin (qui aurait un projet en creator-owned chez Image, écrit par Brian K. Vaughan - même si, depuis, rien n'a filtré) a rebattu les cartes et visiblement obligé l'équipe éditoriale à improviser.
Paolo Rivera (toujours encré par son père Joe) dessine trois épisodes et autant de (magnifiques) couvertures. Son travail, notamment, sur le dyptique impliquant l'Homme-Taupe, est extraordinaire : il s'est inspiré de Gustave Doré et représente les catacombes de manière saisissante, mais réussit aussi une fabuleuse bagarre entre DD et son adversaire dans une vallée de diamants. Magistral.

Puis Emma Rios illustre l'épisode de Spider-Man : son style vif est très original et pourra dérouter certains, mais elle utilise des effets d'encrage incroyables qui donnent un vrai mouvement aux scènes d'acrobaties de deux justiciers.

Kano, artiste espagnol trop rare et trop souvent cantonné à des intérims, lui succède à l'épisode #8. Ses planches, élégantes, au découpage à la fois simple et inventif, évoquent la période où John Romita Jr dessinait les aventures de DD, encré par l'immense Al Williamson. On aurait pu penser que Marvel tenait là le nouveau suppléant à Rivera, mais non (en fait, c'est le non moins excellent Chris Samnee qui remplira ce rôle et deviendra même l'artiste à temps plein de la série)...

La présence de Koi Pham pour l'épisode #10.1 n'est pas une bonne nouvelle, c'est même une faute de goût tant il n'est pas au niveau des autres. Sa copie est tout juste passable, voire bâclée par endroits (lui, reviendra pour un prochain épisode, mais heureusement Marvel s'est rendu compte que c'est une erreur de casting). Regrettable méprise, surtout que la couverture de cet épisode, splendide, est un montage de teasers réalisé par Marcos Martin.
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Malgré quelques inégalités visuelles, ce deuxième tome confirme quand même tout le bien qu'on peut penser du relaunch dirigé par Mark Waid, très inspiré. Le fil rouge de l'Omega Drive n'a pas fini d'animer la série, qui s'impose vraiment comme une grande réussite récente de Marvel.   

1 commentaire:

Franck Jammes a dit…

ça fait du bien de revoir DD affronter des vilains.