lundi 7 mai 2012

Critique 324 : THE AVENGERS, de Joss Whedon

The Avengers est un film écrit et réalisé par Joss Whedon, d'après un scénario de Zak Penn et Joss Whedon, inspiré des personnages créés par Stan Lee, Joe Simon, Larry Lieber, Jack Kirby et Don Heck, produit par Marvel Studios et sorti le 24 Avril 2012.
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Considéré comme mort après son combat contre son demi-frère Thor et qui avait abouti à la destruction du Bifröst (passerelle permettant de passer d'Asgard à la Terre), Loki passe un marché avec un mystérieux extraterrestre pour disposer de l'armée des Chitauris afin de conquérir la Terre. En échange, le dieu asgardien promet de livrer le cube cosmique à son débiteur.
Sur Terre, justement, le colonel Nick Fury arrive dans un centre de recherche du SHIELD en cours d'évacuation après que le tesseract (le fameux cube cosmique) ait manifesté des signes inquiétants d'instabilité énergétique.
Loki apparaît peu après dans la base et s'empare de l'objet et assujettit, avec son sceptre, Hawkeye (tireur d'élite du SHIELD), le Dr Selvig et neutralisé Fury. Ils s'enfuient tandis que le centre s'effondre, mais Fury, les agents Maria Hill et Phil Coulson, et la majeure partie du personnel ont survécu.
Fury décide d'activer le projet Avengers Initiative pour capturer Loki et récupérer le cube cosmique : la Veuve Noire, Natasha Romanoff, recrute Bruce Banner alias Hulk, réfugié en Inde, tandis que Coulson requiert les services de Tony Stark alias Iron Man et que Fury informe Steve Rogers alias Captain America de la mission qui les attend.
L'équipe est rassemblée à bord de l'héliporteur, le quartier général volant et gigantesque du SHIELD, et réfléchit au moyen de localiser le tesseract. Banner et Stark le localisent à Stuttgart et Captain America et Iron Man y affrontent Loki, qui se rend après avoir brièvement résisté (pendant que ses sbires dérobent de l'iridium.
Thor surgit ensuite pour ramener son demi-frère à Asgard mais Iron Man et Captain America s'interposent. Une bagarre oppose les trois héros qui choisissent de s'allier pour le bien commun.
A nouveau à bord de l'héliporteur, les désaccords sur la stratégie à employer et les projets de Fury divisent le groupe. Seule la Veuve Noire, qui, par la ruse, réussit à deviner les intentions de Loki (provoquer justement des tensions entre les héros et réveiller Hulk), prend conscience du danger qui couve. Hawkeye attaque au même moment le vaisseau du SHIELD et le prend d'assaut.
Dans la panique qui suit, non seulement Loki s'échappe mais piège Thor alors que Hulk dévaste le bâtiment volant et rudoie Thor avant de s'enfuir à son tour. Iron Man, Captain America, l'agent Hill et Fury rétablissent miraculeusement la situation, la Veuve neutralise Hawkeye, mais l'agent Coulson a trouvé la mort entretemps.
Cette perte va pourtant servir Fury qui s'en sert pour souder l'équipe et en convaincre les membres restés à bord de collaborer. Reste à savoir où Loki va frapper : sa nature vaniteuse conduit Stark et Rogers à penser qu'il va se servir de la tour du milliardaire pour sa position géographique (en plein coeur de New York) et son goût du spectacle.
Pendant ce temps, Thor se prépare à en découdre avec son demi-frère et Banner cherche à rejoindre la ville.
Hélas ! les Vengeurs arrivent trop tard pour empêcher l'ouverture par Selvig d'un portail dimensionnel grâce au cube cosmique et l'armée chitauri envahit New York par une brêche géante dans le ciel. Banner rejoint le champ de bataille et reprenant la forme de Hulk prête, avec Thor, main-forte aux héros face aux assaillants et Loki.
Le combat est titanesque et dévastateur, l'issue incertaine - au point que le gouvernement ordonne qu'une bombe atomique rase Manhattan.
Mais, libéré de l'emprise de loki, Selvig révèle à la Veuve Noire que le portail peut être refermé grâce au sceptre du dieu asgardien et Iron Man réussit à se débarrasser du missile nucléaire dans la plaie interdimensionnelle.
Les chitauris, coupés de leur base, tombent tous. La Terre est sauvée.
Thor ramène enfin Loki en Asgard grâce au cube cosmique et le reste des Vengeurs se disperse, Fury étant désormais convaincu qu'ils répondront de nouveau à son appel en cas de nouvelle menace.
Le contact extraterrestre de Loki enrage de l'échec subi et de la résistance des humains. Mais son chef se révèle alors : il s'agit de Thanos, l'incarnation cosmique de la Mort, dont le sourire inquiétant suggère qu'il n'entend pas malgré tout en rester là...
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Dire que l'adaptation d'Avengers était attendu (au tournant) relève de l'euphémisme, d'autant plus quand on mesure la folle audace qui a abouti à la réalisation d'un tel film. Pour cela, revenons quelques années en arrière...
En 2008, Marvel Studios, entité désormais comprise dans l'entreprise Disney, entreprend, après avoir récupéré les droits de plusieurs personnages, auparavant détenus par d'autres majors qui ne les ont pas exploités, d'en tirer des longs métrages. Kevin Feige, le chef de projet de la compagnie, ambitionne rapidement de développer un univers partagé semblable à celui des comics et ainsi d'aboutir à une superproduction qui réunira les principaux héros Marvel.
Auparavant, depuis le début de la décennie 2000, Marvel a su revitaliser la franchise "Avengers" en la formulant comme une gamme : d'un côté, il y a plusieurs titres successifs (et parfois simultanés) prenant leur source dans la série historique classique, créée par Stan Lee et Jack Kirby, désormais pilotés (en majeure partie) par Brian Bendis, et de l'autre, il y a la version des Ultimates, plus adulte et "réaliste", revisitée par Mark Millar. Le succès commercial de ces opérations et leurs directions artistiques vont servir de base aux films, au point que (surtout dans le cas des Ultimates) on puisse les envisager comme des comics "prêt-à-filmer".
Dès 2008 donc, sortent Iron Man 1, réalisé par Jon Favreau, avec Robert Downey Jr dans le rôle-titre (une surprise et un carton), puis L'Incroyable Hulk, de Louis Leterrier, avec Edward Norton (conçu aussi pour faire oublier la version précédente d'Ang Lee. Là encore un succès, moindre mais notable). Au cours et à la fin de chaque film, des indices sont semés pour que les spectateurs comprennent que les personnages évoluent dans le même univers, sont connectés, et préparent le terrain pour des suites et l'apparition d'autres héros (ainsi sont évoqués le projet Avengers Initiative, le bouclier de Captain America, le SHIELD, le marteau de Thor, le cube cosmique... Le colonel Nick Fury et l'agent Coulson servent de relais entre ces éléments.).
En 2010, la suite d'Iron Man remporte un nouveau succès en salles, malgré des critiques plus réservées.
En 2011, c'est au tour de Thor, réalisé par Kenneth Branagh, avec Chris Hemsworth, et de Captain America (sous-titré The First Avenger, confirmant que la réunion des personnages est programmée), par Joe Johnston, avec Chris Evans, remplissent les salles à leur tour (le second film recevra cependant de meilleures critiques).
Joss Whedon est alors annoncé officiellement comme le metteur en scène d'Avengers qui démarre dans la foulée de celui de Captain America : le choix du créateur de Buffy contre les vampires étonne un peu car, cinématographiquement, c'est un débutant (en matière de réalisation) mais pour l'écriture, c'est un script-doctor confirmé et un scénariste-connaisseur de comics aguerri (d'ailleurs, son run sur Astonishing X-Men le prouve, et lui avait valu d'être pressenti pour réaliser X-Men 3).  Bien entendu, tous les acteurs ont rempilé (à l'exception d'Edward Norton dans le rôle de Banner, mais sa vision du personnage divergeait déjà avec celle de Leterrier).
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Le dessin animé Avengers : Earth's Mightiest Heroes (Avengers : l'équipe des héros en vf) démontra que le potentiel de cette équipe de personnages, qui s'unit pour triompher d'une menace à laquelle aucun de ses membres seul ne pourrait résister, mais dont les caractères tranchés, les méthodes, les pouvoirs (ou l'absence de pouvoirs) et les origines les obligent à une coalition difficile, était prometteur sur le papier et dans un cadre feuilletonnesque pour un format animé. Transformer cet essai avec des comédiens et sur un format plus court (le film dure 2h 22, ce qui est conséquent sans être démesuré, en comparaison avec des épisodes du Seigneur des anneaux ou d'Harry Potter) serait-il possible sans sacrifier des pièces précieuses ? Et comment réussir un film qui soit accessible au spectateur attendant un blockbuster épique mais assez référencé pour attirer la connivence de fans hardcore ?
Le pari était difficile, mais ne faisons pas durer le suspense, il est largement remporté. On peut même affirmer qu'il s'agit de la meilleure adaptation d'un comic-book à l'écran, la plus intelligente, la plus respectueuse, un spectacle à la fois divertissant et malin, dont la qualité principale est de ne prendre personne de haut.
Si on voit plus loin que les simples films Marvel et qu'on l'étalonne par rapport à d'autres productions inspirées par des créations de l'éditeur ou d'autres comics, cette réussite est encore plus flagrante. Souvent, parmi les adaptations de comics que j'ai vues, l'ensemble était convaincant mais un détail, parfois dérisoire, gâchait la fête, empêchait d'adhérer complètement. Parfois, le projet lui-même part avec un handicap tel qu'il faut se résigner à l'avance : par exemple, Watchmen de Zack Snyder est un objet qui n'a rien d'honteux, mais qui ne peut rivaliser avec la richessse et la finesse du matériau d'origine. Parfois, aussi, la production opère des choix hasardeux ou malheureux ou stupides : dans le premier Spider-Man de Sam Raimi, le Bouffon est affublé d'un costume grotesque, et dans le deuxième, les regrets de Dr Octopus dans sa dernière scène sont pathétiques et ruinent un peu le bouquet du feu d'articices. Parfois, enfin, la prétention de la mise en scène étouffe un genre qui ne gagne pas à être traité comme du cinéma d'auteur (quand bien même la bande dessinée gagne à être, elle , audacieuse) : les interminables Batman de Christopher Nolan sont si sérieux, complaisants dans leur névrose et leur violence, qu'ils ressemblent à des films d'auteurs gonflés aux hormones (qui plus est affligés de l'interprétation inexpressive de leur star).
A contrario, les oeuvres les plus accomplies et les plus jubilatoires sont souvent celles où la production, du réalisateur aux comédiens en passant par la technique et la direction artistique et le scénario, ne cherche pas à surpasser les comics mais à tenter d'en reproduire la magie naïve, mélodramatique et extravagante, ou alors à prendre un chemin de traverse pour qu'un cinéaste puisse faire cohabiter ses visions personnelles et les excentricités de la bande dessinée. Dans le premier cas, le premier Superman de Richard Donner reste un exemple enchanteur de ce que le cinéma peut apporter aux comics : le film a bien entendu un peu vieilli (ne serait-ce qu'au niveau des effets spéciaux) mais il conserve une grâce étonnante, un charme enfantin unique - pour la première fois, on croyait vraiment qu'un surhomme pouvait voler. Dans le second cas, Tim Burton fit de Batman le défi (2ème film de la franchise, première époque) un savoureux "contre-film de super-héros" en privilègiant les vilains (Catwoman et le Pingouin), ces "freaks" semblables aux créatures fantastiques qui peuplent son oeuvre.
Reste une troisième voie, qui est curieusement peu exploitée : celle des dessins animées pour le grand écran. Les Indestructibles de Brad Bird est un authentique chef-d'oeuvre et un gros succès commercial qui semblait ouvrir une voie royale au genre dans ce format-là (une suite avait même été annoncée, on l'attend toujours). Mais depuis les super-héros n'ont plus eu les honneurs de l'animation !
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Joss Whedon a su, avec Avengers, puiser dans ce que les films précédents des studios Marvel avaient préparé (les personnages bien sûr, mais aussi des éléments narratifs qu'il fait converger - le cube cosmique en étant la clé de voûte) et se paie le luxe, dans la désormais rituelle scène-surprise de générique de fin, d'indiquer une piste pour la suite, avec une menace qui ravira les fans et attisera la curiosité des profanes.
Roué à l'écriture de séries télé, le cinéaste sait que le moteur d'une bonne histoire de super-héros repose d'abord sur ses personnages et les relations qui les agitent : aux quatre vedettes ayant déjà eu droit à leur film (Iron Man, Hulk, Thor et Captain America), il a eu la sagesse de n'en ajouter que deux autres (Black Widow, apparue dans Iron Man 2, et Hawkeye, aperçu dans Thor), plus évidemment Nick Fury (dans un rôle plus étoffé) et Phil Coulson. On pourra discuter de la nécessité de la présence de Maria Hill, sans toutefois qu'elle ne gêne le déroulement des opérations. Le méchant est à nouveau Loki (comme le suggérait la scène finale de Thor) et en même temps, c'est heureux sur un plan historique puisque, dans les comics, il provoquait également la création des Vengeurs - mais pas de la même manière car le film ne s'inspire pas d'une histoire déjà lue (ni dans l'univers classique de Marvel, ni dans la collection Ultimate - exception faîte des chitauris, qui sont l'autre nom des skrulls mais dont Disney n'a pas le droit d'utiliser le nom pour d'obscures raisons juridiques).
Le scénario comporte trois actes dont le classicisme est compensé par le crescendo dramatique et spectaculaire de l'action : d'abord, la menace est identifiée (Loki est de retour, s'empare du tesseract et prépare une guerre contre la Terre) ; ensuite, le groupe est assemblé mais échoue et à coopérer intelligemment et à deviner le piège tendu par l'ennemi qu'il croit avoir maîtrisé (suite de séquences qui va de la capture de Loki à l'attaque de l'héliporteur avec la mort de Coulson et le retour d'Hawkeye) ; enfin, l'équipe se soude autour d'un double objectif commun (venger Coulson - et par ricochet leur honneur - et contrecarrer l'invasion chitauri menée par Loki).
Chacun des ces actes est très bien écrit et prouve que, à partir du synopsis de Zak Penn, Joss Whedon asu à la fois doser les moments forts, avec de l'action, du grand spectacle, et des plages plus calmes, avec les rapports entre les personnages, le rappel de leurs passés (même quand il n'est que suggéré, on comprend parfaitement qui est qui, d'où il vient), l'apprentissage du travail d'équipe, avec en plus une dose d'humour (jamais facile, jamais gratuite, à la fois discrète et efficace, permettant à la fois de respirer et de prendre du recul sans jamais se moquer). C'est ce délicat mélange de premier degré (avec de vrais valeureux héros et de vrais méchants ennemis) et de distance (où quelques bons mots fusent, des "punchlines" percutantes - quoique le fameux cri de guerre "Avengers assemble / Vengeurs rassemblement" ne soit jamais prononcé !) auquel est parvenu Whedon.
On peut dire que la meilleure leçon à retenir, le plus grand enseignement à tirer d'Avengers, c'est qu'il renoue avec le cinéma de genre car les comics super-héroïques sont eux-même au carrefour de plusieurs genres bien définis : dans les livres, on trouve du mélodrame, de l'aventure, du fantastique, de la connivence. C'est un mix de récit chevaleresque (à la fois moyen-âgeux, de pirates et de cape et d'épée), de western, de soap opera, d'histoire de guerre, de romance parfois, de roman de gare, de polar, de science-fiction, d'histoire d'amitié. Et tout ça, on le retrouve dans Avengers le film rhabillé façon super-héros mais rattaché à ce qui a précédé dans l'histoire du cinéma populaire, avec un viking volant et son marteau magique (Thor), son soldat du passé au bouclier emblématique (Captain America), son homme-robot futuriste (Iron Man), son archer post-Robin Hood (Hawkeye), son espionne tueuse séduisante (Black Widow), son monstre comparable à un ogre de conte (Hulk), son mauvais génie revanchard (Loki), et des militaires manipulateurs et justiciers à la fois (le SHIELD). Tous ces ingrédients sont comparables à une fresque où des archétypes issus de diverses sources littéraires s'uniraient pour contrer un danger menaçant leurs existences distinctes (des univers différents) et communes (tous proviennent de l'imaginaire ou d'une réalité transformée) à la fois. Et finalement, c'est en s'adressant à ce qui a émerveillé l'enfance de tous les lecteurs et/ou spectateurs qu'Avengers gagne son pari : le film procure un plaisir enfantin mais sans sombrer dans la mièvrerie ou ricaner des codes narratifs et esthétiques qu'il convoque.
Tout cela suffit à dominer les bémols qui surgissent subrepticement ça et là : un dialogue un peu lourd en termes pseudo-scientifiques entre Stark et Banner, la fuite de Loki (avec Hawkeye et Selvig) en voiture (alors qu'un dieu capable plus tard de se démultiplier peut certainement se téléporter avec ses complices), l'absence d'Asgard (une simple et rapide scène montrant Odin envoyant Thor sur Terre, grâce au Bifröst reconstruit, récupérer Loki aurait été bienvenue plutôt que de faire allusion à de "l'energie noire" dépensée par le régent divin nordique pour permettre à son fils de retourner parmi les hommes)... Mais, comme on peut le compter, c'est vraiment dérisoire en comparaison avec le reste et ça ne suffit en tout cas pas à gâcher le plaisir.
Et quand bien même serait-on d'humeur tâquine, la dernière partie du film comblerait largement n'importe quel amateur de grand spectacle et de baston homérique : en effet, Avengers dispose de la plus impressionnante et jouissive bataille qu'on ait pu voir au cinéma dans cette catégorie de film. Une bonne quarantaine de minutes qui voit les Vengeurs face aux chitauris et Loki, avec des destructions massives, des morceaux de bravoure, du suspense, de la tension, un rythme échevelé. Joss Whedon y glisse même un plan-séquence virtuose où les héros, souvent en binômes sur le champ de bataille, dans les airs et au sol, sont filmés avec une fluidité éblouissante, grâce à une caméra aérienne : sans doute tout cela n'est-il qu'un vaste trucage, avec des raccords maquillés, des images purement virtuelles, mais quelle sensation ! On est littéralement cloué à son fauteuil, l'effet étant amplifié par la spatialisation du son, c'est presque comme si on était à côté des héros, dans Manhattan dévasté. Si un bon western se juge souvent à l'intensité de son duel, le comic-book super-héroïque se mesure à la puissance de sa "battle royale", et assurèment Avengers place la barre à un niveau extraordinaire, pas parce que le spectateur est assommé mais plutôt parce qu'il vibre du début à la fin - nuance décisive !.
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Le casting est parfaitement dirigé et évite là encore les pièges qu'on pouvait craindre, confirmant que les teasers ne racontaient pas tout, et que Whedon a su à la fois profiter de la distribution et la bonifier. On pouvait, par exemple, appréhender que Robert Downey Jr, qui a tellement dopé son personnage de Tony Stark, ne soit en roue libre, cabotinant à qui mieux-mieux, et éclipsant dans un one-man show déplacé ses partenaires : or, si le comédien continue de sa tailler la part du lion et gagne des répliques irrésistibles, il s'intègre au reste de la troupe sans chercher à tirer la couverture.
Mark Ruffalo (Bruce Banner) et
Robert Downey Jr (Tony Stark)

La vraie révèlation du film est Mark Ruffalo : cet excellent acteur, souvent sous-exploité, avait la tâche ingrate de remplacer Edward Norton dans le rôle de Bruce Banner. Il réussit mieux que cela en le faisant carrèment oublier, notamment parce que l'équipe des effets spéciaux a eu la riche idée de lui faire également jouer Hulk grâce au procédé de "motion capture" (le monstre a donc le physique "amplifié" de son interpréte et n'est plus seulement une créature en images de synthèse). Jamais vous n'avez vu le colosse de jade aussi puissamment représenté !
Chris Evans a gagné en autorité dans le costume (élégamment redesigné) de Captain America : si le personnage n'est pas encore autant en décalage avec son époque que dans les comics, c'est certainement celui qui à l'écran possède le plus de potentiel pour les suites prévues (dans ses aventures en solo ou en équipe).
Chris Hemsworth (Thor) et
Chris Evans (Captain America)
Chris Hemsworth doit négocier le rôle le plus délicat de la distribution : son entrée en scène est, comme indiquée plus haut, un peu maladroite, de plus Thor est le personnage le plus extra-ordinaire du lot et incarne d'abord le contrepoint de Loki. Mais comme Tom Hiddleston, suave et infect à souhait, Hemsworth a l'intelligence de ne pas en rajouter dans le registre du viking colérique et musclé : la sobriété de sa composition est finalement judicieuse.
Tom Hiddleston (Loki) 
Jeremy Renner (Hawkeye) et
Scarlett Johansson (Black Widow)

L'autre couple en vue est celui formée par Scarlett Johansson et Jeremy Renner : Whedon qui aime et sait écrire des rôles féminins forts a su attribuer à la première une dimension à la fois sexy et trouble bien plus aboutie que dans Iron Man 2 et la comédienne sait en profiter.
Pour camper l'archer (plus ombrageux que dans sa version papier), Renner doit attendre le deuxième tiers du film (après que son personnage ne soit plus sous l'emprise de Loki) pour briller par l'intensité de son jeu (très Steve McQueen).
Enfin, la galerie des seconds rôles est soignée : Samuel L. Jackson est impeccable en Fury chef d'orchestre, le charisme de l'acteur fêtiche de Tarantino suffit à habiter le personnage. Gregg Clark et Cobie Smulders parfaits en agents Coulson et Hill, Stellan Skarsgard en Selvig, et Gwyneth Paltrow en Pepper Potts (lumineuse) complètent la distribution. 
A ce niveau-là aussi, Avengers touche juste : le choix des interprètes et leur direction n'empiètent jamais sur la dimension de leurs personnages, les fans y retrouveront leurs héros respectés, les autres seront satisfaits par la prestation mesurée des comédiens.
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Avengers est donc bien l'aboutissement du projet fou entrepris par Marvel Studios il y a cinq ans. Mais il est aussi mieux que ça : un grand divertissement ludique, complice, percutant, et la porte ouverte vers un nouvel acte qui va voir les retours successifs d'Iron Man, Thor et Captain America dans des "sequels", peut-être d'autres films consacrés à d'autres personnages (Black Widow, Nick Fury, Hawkeye), voire l'exploitation de nouveaux venus (Ant-Man - et The Wasp ?). Et le triomphe commercial impressionnant du long métrage (déjà largement remboursé en moins de quinze jours !) et l'apparition de Thanos ont de quoi faire rêver... Même si, en définitive, après un tel coup de maître, c'est d'abord Avengers lui-même que sa suite devra surpasser en qualité ! 
En tout cas, que vous soyez un geek ou un simple curieux, c'est un pur "kif" (ou un "nerdgasm", au choix) pour un blockbuster qui tout en vous en donnant pour votre argent ne se moque ni de ses héros ni de vous.

2 commentaires:

ALIAS a dit…

Toujours plaisant de lire un amoureux des reves ;)
- ALIAS

Franck Jammes a dit…

Attention au spoiler à propos du vilain final (qu'on sentait venir). Bon papier, rien à ajouter.