jeudi 22 septembre 2022

BLACK ADAM #4, de Christopher Priest et Rafa Sandoval


Black Adam est l'exemple même de la mini-série qui ne manque pas d'intérêt mais cruellement de rythme et de clarté. Christopher Priest a des choses à raconter mais il le fait de manière (trop ?) détournée, ce qui entame l'attention du lecteur. Rafa Sandoval dessine cette histoire avec grand talent. Mais est-ce suffisant ?


Sorti de l'hôpital après être revenu à la vie, en signant une décharge mais sans réveiller Malik White à son chevet, Theo Teth-Adam fait le point sur la situation avec son conseiller, Shep.


Durant son séjour dans l'au-delà, Theo/Black Adam a rencontré le panthéon d'Akkad qui lui a reproché de les avoir affaibli et l'a renvoyé sur Terre pour prévenir les hommes de leur arrivée.


Malik rentre chez lui pour y être attaqué par le démon Etrigan. Celui-ci est missionné par Black Adam pour le tester et déterminer s'il est digne de ses pouvoirs


Malik réussit à écarter le démon et décide d'assumer son nouveau statut. Cependant, Nergal, le dieu de la guerre d'Akkad, rend visite à Sargon le sorcier...

C'est quelque chose qui interroge les lecteurs des mini-séries de DC : avec leur format récurrent en douze chapitres, n'est-il pas préférable de les lire une fois qu'elles sont disponibles en recueil ? En effet, tous les auteurs ne découpent pas leur récit de la même manière et certains préférent concevoir des intrigues plus appréciables en un bloc qu'en feuilleton mensuel.

Christopher Priest, c'est désormais sensible alors que Black Adam atteint son premier tiers, paraît avoir élaboré la construction de sa mini-série de telle sorte qu'elle soit plus digeste et accessible en recueil. Et sans doute cela se vérifiera-t-il quand Urban Comics traduira tout ça dans un beau recueil avec l'intégralité de l'oeuvre.

Pour ma part, j'ai de la difficulté à suivre. Il y a un faux rythme qui me dérange. Jusqu'ici, je restai dans l'expectative mais je me fixais le cap du premier tiers pour être sûr de cette impression. C'est désormais atteint et mon sentiment se confirme.

J'aime bien cette mini-série, la manière dont Priest s'est emparé de Black Adam, la création de Malik White (même si, au début, il m'a agacé), l'introduction d'une théogonie (sous-titre de l'histoire, en référence à la fois à un ensemble de divinités - le panthéon d'Akkad - dans la mythologie d'un peuple - celui du Khandaq - avec des origines analogues, mais aussi relative à une doctrine aux origines des dieux).

Néanmoins, si je suis honnête, ce n'est pas non plus une histoire qui me passionne, que je suis impatient de retrouver chaque mois. Parfois, l'action se précipite, parfois elle se traîne, j'ai du mal à raccorder les différents éléments de l'intrigue entre le trépas et le retour à la vie de Black Adam, le transfert de ses pouvoirs à Malik White (qui paraît toujours être sorti de nulle part, alors qu'on imagine mal que Black Adam ait élu son successeur par hasard), et toute cette affaire de dieux d'Akkad, dérangé, affaibli par la trahison originelle de Black Adam mais qui, maintenant, veulent qu'il annonce aux humains leur retour.

Dans cet épisode, Priest intègre le démon Etrigan, un personnage que j'adore, mais dont, là aussi, j'ai eu la plus grande peine à comprendre ce qu'il faisait là. Il paraît avoir été missionné par Theo Teth-Adam/Black Adam pour tester/entraîner Malik White/White Adam, mais ce n'est pas clairement explicité. A la fin, on a surtout l'impression que cette séquence a servi à produire de l'action explosive comme un quota pour un comic-book super-héroïque. Alors que j'aurai préféré savoir si, d'une part, Etrigan était réellement mandaté par Black Adam, comment et pourquoi Black Adam l'avait contacté, choisi, convaincu, etc (car Etrigan n'est pas exactement du genre à obéir aux ordres et question puissance, il doit bien valoir Black Adam).

La présentation des dieux d'Akkad est aussi tréès (trop) sommaire : on connaît leurs noms, leurs attributions divine. Ce qui est plus trouble, c'est le lien entre ces dieux et le sorcier qui a donné ses pouvoirs à Black Adam et la raison pour laquelle la trahison de Black Adam envers le sorcier les aurait affaibli. Là, je n'ai strictement rien saisi. Et encore moins quand ces dieux renvoient Black Adam sur Terre pour qu'il prévienne qu'ils vont arriver. OK. Mais pour quoi faire ? Visiblement, ils ne sont pas contents, mais pourquoi alors ne pas règler ça avec Black Adam directement ?

Et enfin, Priest, à la toute fin, montre une rencontre entre Nergal, dieu de la guerre d'Akkad, et Sargon le sorcier. Celui-ci n'est pas très connu (et même certainement pas connu du tout de la plupart des lecteurs). Sargon fait partie des magiciens les plus puissants de la Terre et s'appelle John Sargent. Ami de Giovanni Zatara (le père de Zatanna), il utilise un rubis magique pour faire le bien. Mais Sargon est aussi le nom familier du roi d'Akkad, le dieu des dieux de ce panthéon. Priest dait d'une pierre, deux coups, c'est malin. Peut-être que Nergal va vouloir rétablir Sargon à sa place de chef alors que celui qui préside aux dieux d'Akkad actuellement est Ashur, fils d'Anu (qui a chargé Black Adam de prévenir les humains de leur retour). Mais après ?

Beaucoup de questions donc, peu de visibilité, un manque de swing. Il faut s'accrocher. Et une des choses, sinon la chose à laquelle on se raccroche, c'est le dessin de Rafa Sandoval. Black Adam est superbement mis en images et Sandoval impressionne - en tout cas, moi, il m'impressionne car comme je l'ai déjà écrit, je ne le pensais pas capable de produire des pages pareilles.

Avec le coloriste Matt Herms, il forme une paire royale qui donne à chaque scène une intensité très spéciale. On est constamment entre chien et loup, avec d'un côté une partie sombre consacrée à Theo Teth-Adam/Black Adam, bousculé comme rarement, s'interrogeant sur qui a voulu le tuer et pourquoi, ce qu'attendent de lui les dieux d'Akkad.

Et puis, une partie plus lumineuse, avec Malik White/White Adam, plus explosive, plus dynamique, qui tient plus du récit initiatique d'un personnage subitement pourvu de pouvoirs extraordinaires, mais dont on devine qu'il ne les conservera pas puisque la mini-série s'inscrit dans la continuité et qu'il n'est fait mention nulle part d'un White Adam dans les événements ayant suivi cette histoire (rappelons que Black Adam se déroule avant Justice League #75).

Dans les deux cas, Sandoval et Herms font un boulot remarquable, c'est une série superbe, dans un registre réaliste et descriptif, avec des personnages solidement campés, mis en valeur. Mais est-ce suffisant pour une histoire qui est parfois aussi très confuse et frustrante ?

Evidemment non. La BD doit être aussi lisible pour son écriture narrative que graphique, et il est indéniable que Black Adam ravit plus les yeux qu'elle ne comble l'esprit. Je me demande donc, non pas si je vais arrêter les frais, mais si je ne vais pas plutôt laisser passer quelques épisodes, pour voir vraiment où ça va, si je pige ce que Priest en tête, quitte à reprendre les critiques en résumant et en anlysant plusieurs chapitres d'un coup.

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