jeudi 11 octobre 2018

AVENGERS #9, de Jason Aaron et David Marquez


Pour ce qui est à la fois le neuvième épisode du run de Jason Aaron et le 699ème de la série, Avengers semble se chercher. A moins que ce soit son scénariste qui échoue à trouver la bonne formule - après un premier arc long et brouillon, celui-ci s'achève déjà ! Mais si on s'en tient à ce numéro, le problème est ailleurs, comme un écho à ce qui se passe dans un autre titre chez la Distinguée Concurrence...


Au large des Bahamas. Un bateau de croisière est attaqué pour être rançonné par Tiger Shark. Mais, à bord, se trouve le super-héros Stingray qui intervient, agacé que ses vacances avec son épouse soient troublées. Les deux adversaires se battent sous l'eau avant une intervention expéditive de Namor...


Les Avengers plongent dans les profondeurs de l'océan Atlantique où les attendent une brigade d'atlantes sur le pied de guerre. Le combat s'engage aussitôt, bien que les héros ne le souhaitent pas. Ghost Rider est englouti par un monstre marin mais réussit à s'en échapper seul.


Pendant que l'équipe est occupée, Black Panther, lui, approche d'un sanctuaire sous-marin. Namor fond sur lui, prêt à l'éliminer comme il l'a fait avec Stingray car il ne tolère plus de présence humaine dans les mers, son royaume. Les Avengers arrivent en renfort mais aucun ne parvient à contenir la rage de Namor.


Jusqu'à ce Captain America, avec lequel une vieille amitié le lie, ne s'interpose et le raisonne. Il obtient de Namor qu'il lui remette les employés d'un navire de la compagnie Roxxon qui a tué cruellement des enfants atlantes, en lui promettant de les faire juger et condamner.


Mais Namor reste déterminé à se faire justice et noie les coupables dans leur cellule de prison. Puis, s'adressant à ses alliés, les Défenseurs des Profondeurs, il promet de faire respecter sa loi désormais à quiconque s'en prendra à son domaine.

Soyons clairs : la lecture de cet épisode a quelque chose de grisant. Il est très rythmé, riche en action, l'opposition entre les Avengers et Namor tient toutes ses promesses. Le Submariner est montré dans toute l'étendue de sa considérable puissance - au point que, comme Thor, le lecteur pourra même s'étonner de le voir stopper Mjolnir ou résister à une rafale d'énergie cosmique de Captain Marvel ou se relever après que She-Hulk lui soit tombée dessus.

Namor est un personnage fascinant : séduisant, ombrageux, charismatique, il est aussi un des plus anciens héros de Marvel, créé par Bill Everett dans les années 40. Et Disney-Marvel n'en a toujours pas récupéré les droits d'exploitation cinématographique (ils appartiennent à Universal, qui n'en fait pourtant absolument rien, aucun projet n'a jamais été annoncé le concernant - un comble !). Ce n'est ni un bon ni un méchant, en revanche il a provoqué des catastrophes considérables (comme de noyer New York à ses débuts, ou de guerroyer contre le Wakanda plusieurs fois, dont une fois sous l'influence de la force du Phénix dans Avengers vs. X-Men). Mais aussi oeuvré contre les abominations nazies en qualité de membre des Invaders (dont une reprise aura lieu l'an prochain, sous la houlette de Chip Zdarsky).

Entre temps, Marvel et plusieurs scénaristes ont tenté ces dernières années de redonner une place de choix au Submariner, sans le succès d'un John Byrne dans les années 90 (qui anima une série formidable). On a vu Namor catalogué mutant (une vraie incongruité), redevenir un des Defenders (grâce à Matt Fraction)... Mais ce fantastique caractère semble être comme une anguille glissant entre les doigts de ceux qui veulent s'en saisir.

Jason Aaron n'est guère plus inspiré en le mettant en scène comme un criminel de sang froid, n'hésitant pas à passer à tabac et livrer à des requins Stingray (certes personnage de seconde zone mais ami de Namor), puis à former une sorte de milice sous-marine prête à dézinguer quiconque viendra déranger les habitant des profondeurs. Ce qui aurait pu être une formidable occasion de positionner le personnage en monarque éclairé et tolérant (comme Tom Taylor semblait vouloir le faire dans X-Men : Red où Namor recueillait des mutants à Atlantis dans une métaphore sibylline des migrants) sombre dans une écriture du personnage sinistre.

Je ne demande pas à ce qu'on fasse d'untel ou d'untel un bisounours mais le cas de Namor ici renvoie à celui du Dr. Fate dans Justice League Dark de James Tynion IV : on ne sait pas quoi faire d'un héros potentiel, hé bien, faisons-en un méchant ! Le souci, c'est qu'en chargeant la mule comme le font Aaron et Tynion IV, bonjour pour rattraper l'affaire quand Marvel et DC voudront réhabiliter le personnage (Fate bénéficiera sans doute d'une pirouette scénaristique magique, mais le casier de Namor devient tellement chargé qu'on voit mal ce qui pourrait l'effacer).

David Marquez, avec le concours non négligeable de Justin Ponsor aux couleurs, accomplit un travail sensationnel de mise en image, donnant à cet épisode une énergie folle, et parvenant, envers et contre tout, à représenter la majesté patibulaire de Namor dont le charisme écrase celui de tous les Avengers réunis, en particulier des membres de plus en plus horripilants comme Ghost Rider (traité comme un Spider-Man au rabais) ou She-Hulk ainsi que Black Panther (qui se comporte moins comme un leader que comme un type agissant en loucedé). Certains critiques US ont ironisé sur le look un peu goth que Marquez a donné au Submariner, mais finalement cette version passe bien.

Elle passe en tout cas mieux que ce qu'Aaron en fait en esquintant le personnage de cette manière et en paraissant vouloir saboter les Avengers. En termes de puissance, c'est une des formations les plus impressionnantes assemblées. En termes de dynamique de groupe, il y a à peu près autant d'alchimie entre eux qu'entre les interprètes d'un super rock-band attendant le moment d'exécuter leur solo. 

Le 700ème épisode sera sans doute mon dernier (ce sera en tout cas le dernier dessiné par Marquez, auquel se joindront Ed McGuinness et Andrea Sorrentino). Quelle déception, quel gâchis !  

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