mercredi 26 juillet 2017

COLOSSAL, de Nacho Vilagondo


Déplorablement refusé par les distributeurs français, disponible uniquement en e-cinéma chez nous, Colossal est pourtant un des meilleurs films de cette année, combinant originalité, sensibilité, grand spectacle et intimisme.
Gloria (Anne Hathaway)

Gloria est une jeune journaliste new-yorkaise un peu trop portée sur la bouteille et les fêtes. Un matin, elle rentre chez son copain, golden-boy moralisateur, qui lui annonce préférer qu'elle parte - au moins le temps qu'elle réfléchisse au sens de sa vie, et à celui de leur couple.
Garth et Joel (Tim Blake Nelson et Austin Stowell)

Gloria retourne dans la ville du New Jersey où elle a grandi et y croise Oscar, un ami d'enfance qui tient un bar. Il lui propose d'y travailler  - en espérant visiblement profiter de la situation pour se rapprocher d'elle... A moins qu'il ne soit pas si bienveillant.
 Oscar (Jason Sudeikis)

Entre sa volonté d'arrêter de boire et de nouvelles gueules de bois, Gloria apprend en retard une nouvelle extravagante : un monstre géant est apparu brièvement à Séoul où il a semé la panique et causé des dégâts. En visionnant les vidéos sur le Net, Gloria découvre, sidérée, que la créature a le même tic qu'elle - quand elle est anxieuse, elle se gratte la tête - puis qu'il apparaît à 8h. 05 (heure américaine), lorsqu'elle passe par le parc devant l'école où elle était élève. 

Gloria devine un lien entre elle et le monstre. Mais elle choisit de partager son secret avec Oscar. Mauvaise idée car, effectivement, il n'est pas bien intentionné : jaloux d'elle depuis toujours, il entend se venger. Peu après, un robot géant apparaît en même temps que le monstre, toujours à Séoul, et les deux ne s'entendent pas... Coïncidence : Gloria vient de coucher avec Joel, un ami d'Oscar, et Tim, son petit ami, veut qu'elle rentre à New York.
Oscar, Gloria et Tim (Jason Sudeikis, Anne Hathaway et Dave Stevens)

L'aspect le plus curieux du film tient d'abord à sa construction : les deux histoires ne semblent pas reliées, avec d'un côté la crise existentielle de Gloria et de l'autre l'apparition de ce monstre (déjà vu 25 ans auparavant). Puis, subtilement, Nacho Vilagondo nous fait comprendre le rapport étonnant entre la jeune femme et ce qui paraît être l'incarnation littérale de ses angoisses et démons. La révélation surgit d'une manière si évidente et fluide à la fois qu'elle est jubilatoire parce qu'elle n'est pas assénée. Le cinéaste laisse le spectateur tirer la conclusion qui s'impose, et évoque ce que M. Night Shyamalan savait si bien faire à ses débuts (Sixième sens, Incassable, et surtout Le village dont le twist final reste un modèle du genre).

Le scénario, écrit par le réalisateur, traite aussi, via le personnage déboussolée de Gloria, de la violence masculine : à cause de sa consommation d'alcool, la jeune femme s'endort, ivre morte, et se rappelle en rêvant à une scène fondatrice de son enfance, quand elle surprit un geste rageur d'Oscar qui lui était indirectement adressé. Cet ami qui ne lui veut que du bien à son retour dans le New Jersey est le vrai responsable de son malaise, entretenu depuis par sa vie en couple avec un affairiste trop dirigiste avec elle.

Et puis le film bénéficie d'interprètes exceptionnels : entourés d'excellents seconds rôles (Tim Blake Nelson, Austin Stowell et Dave Stevens), Anne Hathaway et Jason Sudeikis sont formidables - elle, sensationnelle en jeune femme dépassée par les événements (mais qui trouvera un moyen définitif de tout régler) et lui, épatant de sournoiserie.

Colossal marie parfaitement l'étude psychologique au film de monstres à grand spectacle grâce à un angle judicieux et une narration fine et puissante à la fois : impressionnant.

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